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Full text of "Fabliaux ou contes, fables et romans du XIIe et du XIIIe siècle..."

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„,,„.., X.ooyk- 



f A B LIAI 

o n 

G O N TE S 
Kt^ arii« BT nu xii» si, 

■X OME. QUATRIEJ 



,:, Coo^^k- 



FABLIAUX ou CONTES^ 

DP XII* XT Dtr XlII'-Sitçis^ 

FABLES ET ROMAN o^ icmv 

: Traiiiu- ou exltatts ttapAs pù^eart Maaufiriu 
I du umsf 

Avec des Notes lùftoTîqDes & critic|ues , & (ce 
îimaàoas qui ont été faites de ces Contes 
depuis lent origine juT^u'à nos jouis. 

VoavelU Edition , augmentiç d'une Dijftnaîio» 
furies TrouBadoufs. 

Par M^ ^ï G » A M D.e( 'CtwM*L 

SU afud u hottor mùqmiaâ , 6faialâ juojm, 
PJin. Epift. 

TOME QUATRIEME. 

%^ 

 PARIS, 

Cie* Edgiitb Ontrot, UbKÛcft; 

<}aù des Auguftins. 

M. DCC. IXXXI. 

■^*te ApproBation 1 6 Privilège du Roi* 



FABLIAUX 

01/ CÛNTÊS 

bu XII* ET Dû Xlli* SIÈCLE. 
DU PAUVRE CLERC 



«/s ne veux pas, Meftïetus, voiis tenif 
ici ax furpeiitls ; & fans moralité ni prcain* 
bulc jt vous ditù^touc uniiuenr qu'Jil 
ieiine Glerc de province écaÎE Veilu à 
Fuis i dans le ileirein d'éiudicr au;! écûj^ 
les (a)i mais qu'après y avoir deniéilté 
qudque-tcms & vendu pie« à p!ec*> 
pour ftibfifter, te peu d'tiïèB qu'il avait, 
il ("éUit tt enfin, pM Ig ijécelSt^.foïÊ^ 

301144 ■' 



1 F A B ï^, I A W X ,1 

d'en fonir & "île ietourncr chez lui. Il I 
allaic à grands pas , comme im homme I 
pieSé d'arriver , & marclut ainâ .tout le I 
Jour fans prendre aucune irtiurcmire î ear- 
U ne polTëdait pas une maille. 

te Coir cepcnîlant, quand la'nuiC' ap- 
procha, il lui fallut fbngcrl chercher m» 
afile. Heureufemenî s^lFrit à , lui une 
maifon iftartéc. Il é'y prifchta ic pria 
au nom de Dieu qu'on, voulût bien, Iç 
recevoir.. Le m^tre 'dii Jo^^s , &onnêti 
bomme St.bon laboureur, était allé au 
moulin. II ne fc trouvait' à la mailba 
daus le ihomcnt 'que fa fjirvftniÊ'âC fk 
femme. Ccllc-ci répondit féchement qu'elle 
ne recevait p c rf o im e en—I'ahfence de 
fon Seigneur. Le pauvre Clerc redou&U 
d'infVances. Il repréfenta le mâlhenr de 
là ficuation , & dcinanda , pour toute 
grâce , une place dans l'ét^Ic avec un i 
morceau de pajii j '' mais il- ne reçut 
qu'une réponfè plu^ dure encore ^ue Ix 
'première, & on lui ordonna de fe t&- 

Coiimie il fortût , il vit entret \m ya- 
|ci a chargé il'uii .paOiei daos lequel 



OOCOKTES. ï 

teùem deux barrils * àe vin quç k frm- * n ux 
me prit & rangea dans un coiti. La fer- pou. 
viOR en même tem's plaça dans une ai- 
noire on gatcaii qa'elle avaic fair , & " 
on morceau de porc frais qu'elle tira du 
pot Enfin , le moment d'après', parut im 
PifUï qui enveloppé de fa ciiappe noire 
fiSi près du Clerc fans dire mot. Se 
uui àas la tnailch. 

Tout cela ne fit qu'augmenter le cta- 
gria du voyageur. Fort tri{te comme 
TOUS l'imaginez , accablé de faugue ; 
mourant de faim & ne fâchant que dc- 
TEnir, tl alla s'affeoîr a quelques pas Je 
li fui le bord du chemin pour déplotet 
fon fort. Un payfan qui yinC à paflet 
avec un chcral chargé , Se qiii l'entendit 
fc plaindre , lui demanda ce qu'il avaitl 
« Vous Toyez , répondit le Clerc , un 
» bwnme au défefpoir & réduit , fauté 

• faille , à pailcr id la nuit, ^ute d'à- 
" file , tepric le payfan ! eh ! pourquoi 
" n'allei-voas pas ftapper à la porte dç 
" cette maifon vis-à-vis ï — Hélas ! Sire J 
"je l'ai fak , mais on" m'a renvoyé*. 

* ■" ReuToyé , coiblen ! eh bien ' api 

A* 



4 Fabliaux 

B pîcncL que csitc maifôn-Ià c'eft la 
• mienne, Suivei-moi , vous venez û. 
» Ton peut y loger ». 

Le Paylàn le prit par la ama , Se ftap- 
pant en maicre à la poux il appclla Ta 
femme. Celle-ci, qui ne l'anendait. pas, 
fut fort fiitprife. Sire , dit-elle au Curé , 
cacbez-voos dans cette' établejje le ferai 
coucher de bonne heure. Se quand il 
fera endormi , vous pourrez vous efqui-- 

- vet. .Tandis que le Piëtie fc cachait elle 

alla ouvrir. Le Payfan fit cnttet le Clerc ' 

, « Notre ami ^ lui dic^l , preuei un fiegc , 

. M quittez votte chaperon ; mettez-vous à 
" votre ai(e. Moi, voyez-vous, je fuis 
■• un bon vivant , (àos façoO', qui aime 
t» les hoiinêtes gens & la joie. Çà , notre 
» ménagère , qu'cft-ce que vous nous 
.» donnerez pour régaler notre hôte î 
•• — Rien , Sire, Vous favcz. que quand 
B vous êtes parti pour aller au moulin 
» vous comptiez y paifcr la nuit; je n'ai 
B rien préparé, — C'ell vrai , ils m'ont 
»t expiîdié plutôt que je ne croyais ^ parce 
•î qu'ils n'avaient pas d'ouvrage ; & j'en 
-M. fuis bien aife , puif^uc cela m'a îm 



■ Coogk- 



otjContis. f 

» roKontrer ce brave homme. Mais par 
= Siict Cidmem ! rien auffi c'eft trop 
" ptn. — Il reftaÎE un morceau de pain. 
■Cdiuinc & moi nous l'avons man- 

■ gi — Après cour , ce que j'en dis n'eft 
" pas pour moi ; c'eft pour ce pauvre 

■ piéaiB qui doit avoir faim. — Eh bien ,. 

■ pnitque vous avez apporté de la fâ- 
' rine , Cïlhetine n'a qu'à en palTer un 
" 'pn k TOUS faire quelque chofe. A la 
" guure comme i h guene. Un mau- 

• ïïii repas eft bientôt oubW ». 

le toati juta beaucoup , mais il' &lliit 
m partir par-là. Quant au Clerc , qui fa- 
'lit à quoi s'en tenir fur cous les propos 
ic II fonme , & qui avait vu les pri- 
pirarifi d'un bon fouper , il enrageait 
intérieurement , & il eut été très-aife 
ic trouver l'occafïon de fe venger. 

En' attendant que Catherine eût fini , 

* Piyfan ptopofa au voyageur de chan- 
er ou de conter quelque hiftoîrc. w Moi , 
„1m dit-il , jcfle fiiis qu'un fot , mais 
>i j'aime les gens d'etprit & qu! Tavenc 
-lire. Alloits, camarade, dites-nous-en 
bOQC jolie. Je ne fais ni Chanfon ni 

Aï 

Coo^^k- 



^ Fapxiaux 

„ Fabliau , répondit le Clerc , & )e ne 
„ luis pas homme à vous moitir en coa- 
„ cani des hgats fans vérité ni taifbn. 
„ Mais je vous dirai , Il vous voulez * 
„ une avQiture qui m'eA arrivée en rouie 
' „ ce matin , & qui m'a caufé une belle 
a, peur. — Eh bien , 'Sire , contez-jiôus 
„ donc votre peur } & je vous tiendrai 
„ quitte (à) : car je ùis bien que vous 
n n'ctcE pas Ménécriet „ ; Alors le Clerc 
commença ainfî : , 

« Sire , je venais de traverfer un bois, 
„ & il était environ tierce *, quand j'ap- 

|i_ „ perçus dans la campagne un nombreux 
„ troupeau de cochons. Il y en avait de 
„ grands , .de petits , des blancs , des 
„ noirs , en un mot de toutes les tailles 
„ Se de toutes les couleurs j ma^s j'ad-. 
„ mirai fui-tout celui qui menait U 
j,, bande. Il était gras , luiûnt , rebondi; 

' „ en un mot tel qu'a dû être cebi dont 
„ Catherine tout-à-l'heurc a tiré un mot' 
„ ceau du pot. Quoi 1 ma femme , m as 
f, du bacon , interrompit le mari , & m ne 
„ nous le dt{ki$ pas „ ! La femme rougit j 
^ comme elle n'eiu lica gagné à nier 



„,,„..,., Cooyk-' 



o 1 C e n-T t s. 7 

fc &ït, cUc ea cçnviat. « Notre suni , 
„ iJDUca le Payfap,. nous, ne mouitons 
„f»i de faim i ceque je vhs, &.vous 
„avn bien Eût à.e.\\o\r d^s cocitons. 
„ AUoDS adierez Yotie-tiQoite. — Je di- 
^ Diis donc , Sire , qu'il y snm dans la 
„ bande un beau cochoD. 11 s'écarta un 
H peu. Un loup écaic là aux aguets ; il 
M ùmc ieSas , l'emporte & &'enfuii , a 
»■ pcu-piés comme le valet qui vient de 
„ veait ici , quand il y a eu déport Ton 
„ Ttn. Comment , par les Ikînts dieux . 
„ nous avons du vin, t'écria If labou^ 
„ reui t Mous voilà trop heureux. Mon 
„ camarade , grand merci , ça kn paflêc 
„ le bacon ; mais dites-mol , eil-ce qu'il 
,1 n'y avait pas là quelques chiens pour 
„ courir après votre loup ! — Non j le 
„ Pprchei apparemment était teûé dans 
„ le bois ; je ne le vis point. Moi 
„ j'euflè très-fort déCré d'arrêter le vo- 
„ leuti mais comment m'y prendre ! Par 
„ bonheur j'appcrçois à mes pieds une 
I, giolTe pierre. Oh ! nu foi , elle était 
„ bien fans exagérer aufG grolTc que le 
i,gâccaa qu'a Eût Catherine „. A cet 
A4, 



? F A 8 t 1 A X 

mots U femme tdta coniînidiie. " OuîV 
j,, Sin , dit<elle en balbutiant , )e lui ri 
„ faii &iré ua ^ttau , je voulais vous 
f, furprendtc. . . .' U^ eft aux ocufe. . . ^ . 
„ Vous voyez que fsd Congé k' vous. 
f, — Dieu foit Wnî ,- notre femme ; A 
H c'y a pas là ' de quoi me &cher. Mail 
entre ooos , vive notre hôte , avec fer- 
peurs , pour iâire bonne chcre. Si bien 
6om , Site , que vous jenâtes une pieira 
au loup. =c'Je la lui jette , commsvous 
dites , & je l'utrapc. Mais voici le 
terrible de l'aveanire j Se c'eîï alois 
que fai eu vraiment pcui. II lâche le 
bacon , Se Te retourne vers mot en 
., gtitiçatK des dents Se me regardaoC 
avec des ycm fiirieux j comme feit 
en ce moment le Curi qui eft là-bas 
au fonds de l'^cable. Un Fr^e dans 
ma maifon , s'^ria le payfao l Ah 1 
coquine , tu fais dmc venir des amou* 
reux quand je fuis dehors 1 6c c'cll 
pour cela apparenusenc que m avais 
un fî bon fouper „ ! Mon homme 
«uiTî-tôt de ûilîr un bâton , & de tom" 
ber à h»s raccottAÙ fiu £i lêinmc. J.c 



ou Contes. 9 

ïrfne , qui prévoit que lôn rour va ve- 
nir, veur s'échapper. Il eft arrêté, bïmi 
& oairance , dépouillé loat ou , & dans 
ot étar mis à la porte. Pour le pauvre 
Clerc , il mangea le fouper du Curé , 
il bot CoD vin ; & le lenHemaîn , quand 
il parût , on lui donna encore toutes fes 
bardes. 

Il y a tm proverbe de Villaio qui dit : 
ne rclîifcz du paJn à perlbone , pas même 
à celui qne vous ne devez jamais fc- 
Toir. Ce pHwerbc eft bien fage j car 
tel homme qui ne vous parait pas à 
craindre, peut vous caufer fouvenibcau- 
coiq» de chagtîn. C'efl ce qui arriva ea 
eSêt k la femme. Si elle avait donné 
aûle au Clerc quand il le lui demanda , 
il n'eût rien révélé i le reodez-vous n'eût 
pas été Tu du mari , & elle fc fut épargné 
bien des coups; 



Ctfi frolailemtnl it te Conce fu'a M îmki 
tetm èi Soldai Magicien, qu'on traure i'M 
rmu It! ricutSs, & Jont on a /ait un OftrtJ, 
nmipuDuM le FablimiiU Cltrc nticstatu 

Coo^^k- 



lo Fabliaux 

fiitt battre Itfemmt. Dans fimitutîaa moderne i 
le Soldat galcfit H( fe vengt qu'en la tïrane 
d'embarras, b faijant efqu'yrr VAmtia. Voilà 
encore une it cti dij^rences triachames qui 
iaiiqutia, d'une mamere fenjîllt, la changt- 
taeia it maairi errUiés itas uni ndtian. 



NO TES. 

( a t Eraic vtjm i Paris iaos le d^tia i'i- 
wdler-au» écolts). L'Oniveifit* établie , â ce 
qu'on croit, fous Philippe- A uguft= i o" ^ous 
Louît-l^JeuM , jg^iflàii dt ]i plus grande 
célçbmt. On ace aurait^ fe$ Ecoles, qoa-fcu- 
ItBtei;! de.iouiei W pjuti" dp ttoy laïae , 
mais cqcaip djt piipcipa^K Eta» de l'Ejiopr. 
Elle compta loog-umî ju/qu'i vingt ou ttenie 
mille écoliets ; & il y eut mCine d:i Prb> 
fclTcun obligé!, faute d'cfpace fu^fani . de 
donnée Icuci leçons dans des places publia 

. ( h, Comet-nM* vqtre pt»r, & }t vous riea- 
draî fuine }. Pour égayée la laUe, fijc-Eouc 
quand il y avait des étrangert, il fcait d'u- 
l^ge que chacun cosiit Ton hiDoiie. Il fcn 



ovCqimtes-, ït 

encOK qucllion de cène coutume dans le Ft> 
blûu ia Saerifiabi. Le Po£me des DiMa it 
U Chaffe , die fie ceux qui vouiaieni l'en 
iikoiit étaieni foccfi iic cCnunencei le(.pr«; 




F A s t rir X 



A U B E R à E . . 



\-/di veuc m'&outer î je lui cornerai 
vue jolie aventure arrivée demicrement k 
Compiegnc , & que j'ai entrepris de rimer. 
Un Bourgeois de Compiegne, relî>eâé 
àe tout le monde & fore à Qgn ufe, avait 
un fils prodigue & qui vmait le pkifir. 
Près d'eux habitait: m pauvre homme , 
{lero d'une fiUc eiuiçmcment jolte. Le 
Jouvenceau, devenu amoureux delà Belle, 
fi lia d'amitié avec le voiCn, pour atcrap- 
per £3 fille. Il la courtifa long-tems Se la 
pria d'amour j mais elle irait fagc, St à 
toutes fes inftances elle répondit toujours : 
M Sire , je n'aimerai jamais que mon maii, 
» Il ne tient qu'à vous de Têrte ; & ce 
•» fera bicQ. volontiers, je vous le jure, ," 
» que je vous préférerai à tout autre». 
Notre Amoureux ne demandait pas mieux. 
Toute (k «ainte était que Ton pcrc n'y 
voulût pu GooTeadc j & cette ciaiocc iaii 



O V C O « T ï s. I^ 

fondée. Le bonhomme en effet ne trouvinc . 
pu ce pani fonable, défendit à fcm fiU 
d'y penfer. 

Dans CCS circonflances un MaJtJiand de 
(avilie, devenu veuf, vint feirc la de- 
■undc de la PuccUe, & l'époufa. Je vous 
lailTe à imaginer [oui le cliagrin qu'en eut 
k Dantoifeau. Il pleura, chercha à &ire 
rompre le mariage , maudît mille fois U 
fortune de Ton père ; enfin quand il vit la 
chofè conclue , il prit Ibn parti , Se ne 
fi>ngea plus qu'à tâcher d'obtenir de U 
femme ce qu'il n'avait pu avoir de la £Ile. 
Il mit donc (on furcot (bturé d'écutcuil , 
Se fâ belle robbe d'Eftanfôrt teinte en 
vetd i & alla Mnfi faire une vifire à la 
nouvelle marine. Mais eUe le re^ur fî 
mal , 8c le pria d'un ton 11 fêc de ne plus' 
Kvenii .-qu'elle lui interdit poui- jamais 
toute efpéranee. 

Troubléd^me pate31etécq)tion au point 
que vous pouvez croire , îl cniRt , pour 
l'alTeoit , dans une nùifon voilîne chea 
uae vieille couturière de fk connaHtàntt , ' 
nxnmée Dajbe Auberée, Aubctée qui le 
nt pôl* K aenblam, loi dcmasda'cQ 



ï4 .F Al t ï X u r 

qu'il avait. Il raconta à U Toitinc l'hifloire 
de fes amours , 8c ajout* qu'il mourraîc 
»'il ne foSéàaic fa belle maîtreffe. 

L'iuuiguante la i^us adroite qui cxîfla 
jamais, c'était Pâme Aubct^c. H n'y * 
point d'homme, qudqu'habîle qu'il fùc, 
qu'elle n'eût mené >vec là coide fi elle 
l'avait enctepris. « Quoil c'eft pour fi 
„ peu que Vous vous déTolez , dît-elle au 
„ jeuoe homme! Mon pauvre ami, prenez 
„ courage. Je vous piomecs , moi , iaccf- 
u fainnient un entretien fecrec avec clic ; 
„ le ce fera m£me (on jaloux qui vous 
„ CD. procurera le platfir ; mais que me 
„ doQnetC2-^ous » } Le Damoifcau , dans 
la joie que lui iofpira cette alTurance. 
piomir cinquante livres. Allez les chercher, 
reprit Auberge. Il y alla. Donnez - moi 
maintenant votre lurcot, ajouta 'i- elle. 
Se retirez -vous; mais tenez -vous prêt 
pour cette nuk ou ppur l'auue , fi fal à 
Vùai appeller. * 

Le pro;et arrKigé <£ins fi t£ce , Aubciée- 
R nùt^à b fènGtre pour ^er le moBieni 
où le Mgrchand iisit à ks afiâires. Dit 
qu'iUc l'eut TU G>tm t elle jifit fiia Bom 



ou Contes. ly 
tcan cotut , roula le furcot du fi\ine 
homme en forme de paquet fous Ton bras, 
& i!b aînd chez la. nouvelle mariée, 
« Qae Dicn (bit avec vous, ma belle 
„ Dune, lui dit-elle. Si qu'il rçgatde 
„ eu pitié _ I3 pauvre déiùate. Le bon 
„ conir de femme que c'était ! Au&. lout 
„ le monde l'aimaic dans !e quartier. Je 
n n'aurai; point paflï une fois devant & 
,t porte qu'elle n'eut; cri^ , entrez donc , 
„ DasK Auberge, entrez donc. Elle, me 
„ donnait une chaire , Se puis nous cau- 
„ fions cnfcmblc. Si j'avais befoin de 
„ quelque choie , je venais l^ardiiqeni le 
„ lui demander. Son (kng , ma bonne 
„ Dame , elle me l'eûr donné tout de 
„ mËme. A^"' j'"' f*'f "n*! ^icn grande 
„ perte en la perdant. Ne pleurez point 
„ pour cela , voîfine , répondit la mariée. 
„ £h bien ! vous &ut~il quelque chofc ! 
„ Parlez. ~r Je vous dcn^ande pardon de 
„ la liberté que je preods , . ifa bcuuie 
„ IXunc} mais puifque vous êtes fi gépé- 
„ teufc , je vous dirai que vous pouvez 
„ me rendre la vie. Dppuis quelque temy 
1» nu Jîlle cft malade. Elle a cruembi 



\S Fabliavt 

,', parler de vorrc bon vin blanc & ^c 

vos périls pains, & Toilà deu« jours 
„ qu'elle me perfécute pour en avoir. J'ai 
„ roujours jufqu'à pr^fent àiSéié devenir, 
„ parce que je ne fuis pas accoutumée à 
„ importuner ccui que je ne connais 
„ poinr. Mais que ne fait - on pis pour 
,, fon cnÊuit î Vous fcnrirei un jour cela 
^, comme moi , ma voîfine: — Vous avez 
„ eu ton de ne pas venir plutôt , Dame 
„ Auberée. H n'y a rien que Metfire & 
„ moi nous n'eudîons donn^ à votre fille. 
„ Mais afféycz-vous donc. Que vous iné- 
„ ritci; bien d'être heurcufc, reprit Au- 
„ ber^e en s'affiyant ; 8c que je prierai 
„ Dieu de bon cœur pour que vous le 
„ foyez toujours ! Cerrcs la défunte n'a 
„ jamais eu qu'à Ce louer de votre inari. 
j. Il ne lui refufair rien , ni joyaux, m' 
„ robbes. Je ûis tout cela {àvammcnt , 
„ moi qui vous parle. Par exemple c'cfb 
„ là-bas -qu'était Ion Ut». - 

En difânt ces paroles, Auberée entre 
dans le fonds de la mailôn. Elle examine 
l'appartement, vilîte les meubles Bc de- 
suiodc à voit les habiUcmcm de la femme. 



O V C "O MT B S. 17 

CTnc ^ennc mariée en pareil cas ne le (ait 
pas beaucoup prier. Ccllc-ci étale tout ce 
qa'cltc a, elle'&it voir enfiiicc foa lit i 
voilà, die- elle, où Mefïïre & moi nous 
coacfions. Anbcrée n'attendiit que ce mo- 
mcni. En tarant le lit pour en examiner 
U bonté, elle iburre adroitement , & fans 
ccre apperfue , par-deiTous le matelas ,.Ie 
paquet roulé que cachait foa manteau. 
On babille, ou jalë encore quelque tems. 
Enfin la couturière fêinc de fe rappeller 
que fa fille fe défoie peut-être en l'atten- 
dant. On lui donne un pot de vin , un pain 
& une galène ; '& elle fore 

Le foir rentra le mari après avoir bien 
coum pour lès t&ita i & comme il fe 
trouvùt tàtlguè , il demanda auffi - tôt à 
foupci, afin de fe coucher de bonne 
heure Mais à peme cil-il entré au lit , 
qu'il eft fdtpris de fenrir fous Ca reine 
quelque chofe qui le bleffe. Il fe relevé, 
il tàtc j & rire le paquet qu'y avait caché 
la Vieille. A cette vue il pâlit d'effroi. 
Va poignard qu'en ce moment vous lui 
auriez enfoncé dans le cceur, ne lui eûi 
pas tiré une goottc de fàng. Il met i% 



$S F A B L I A vx 

verrouil poiu mieux examiner le paqucC 
& trouve que c'efl un furcoc d'honmae 
Je fuis donc trahi , . s'Àriic-t-il avec dour 
leur 1 Elle en aime un autic & ne m'a 
époaCé que par complailànce. Mois il £c 
jette fur ùta lit en foupiiaut. L'iolbuic 
d'après il fe reÎMc 8c fc promené à gr^ds 
pas ; puis it s'arrête pour fonger au parci 
qu'il doit prendre. Mais plus il riJfléehic , 
plus il Ce trouve culbarraiTé. Un million 
d'idées , plus dércfpérantes les unes que les 
autres, viennent aflîégcr à la fais Cca 
cfprit troublé. Enfin Ca fureur augmente 
à un tel pomt qu'il dcfcend, prend Ci 
JFêmmc par le bras , & la met dehors , en 
l'accablant d'injures. 

L'époufe étonnée fe trouve tout-i-coup. 
Avant d'avoir eu le tems de dire un mot , 
en pleine nuit au milieu de la nie. Elle 
n'a pas la ibice d; £ajie un pas , tant 
elle ell étourdie. Aubetée , qui avait 
prévu l'aventure, fe tenait aux aguets 
pour en épier l'événement. Elle accoun: 
•• Quoi.l c'eft vous, ma belle Dameî 
„ £h 1 que i;herchrâ ' vous dans la tue i 
f, une pareille licutc i Vous cft-il anivi 



„,,„.., X.ooyk- 



ou C O N T ES. IJ ■ 

„ quelque dioCc î — Ah! ma bonne Au- 
„ We , que je vous trouve à propos ï 
„ Qud chagrin! Mon maiî vient d'entrer . 
H Kxa-à-coup en fureur , 8c il m'a chalTéc 
„ÙDs me dire pourquoi. Je fuis bots de 
„ moi-même. Dc^idce Edtcs-inoi l'amitié 
„ île m'accompagDcr jufques cbçz mon 
), pete. Gardez- vous-«n bien , répliqua la 
„ Ënc Vieille ; on le fauraic dans le quai- 
II tict , ic votre aventure iëraitune efclaiv- 
„ ée. Voulez-vous d'ailUurs vous cipofer 
„ à être grondée î C'cft par où commen- 
II «raie le bon- homme. Il fuppoferaii: 
» queiqu'intrigncî & fans vouloir vous 
j. écouter, il vous renverrait. Croyezr 
» moi , il y a probablement du vin dans 
„ toat ceci j venez chez moi tandis que 
I, votre mari dormira, Dcmaio, quand (k 
I. tête fera raffife, nous retournerons chcx 
II vous enfemble, & vous verrez qu'il tw 
H iaura pas feulement ce'qu'on voudra lui 
» dire. Puifque vous m'avez obligée^ il ' 
II eft bien jufte que je vous oblige à mon 
>. tout », 

En ifant cela, K fans attendre de rli 
poofe. Auberge emmené U Dame, Scit 






io Fabliaux 

conduit dans une chambre tout an fond 
de fon logis, " Vous voici maintenanr en 
„ fureté, lui dit-elle; reprenez vos fêns, 
„ Je vais vous apportera fouper. Non ! 
„ répond l'autre , le chagrin m'étouffe i il 
„ me ferait impofllble d'avaler la momclre 
„ chofc ». Auberée voyant que Lt Dame 
ne voulait tien "prendre, lui confeîllc au 
moins de Ce coucher. Ccllc-ci s'en défend j 
mais enfin à force de raifons & d'impor- 
tunités die Ce déshabille & fe met au lit. 
A peine y 'eft-clle que la Vieille coure 
avertir le Touvcnceau. D'après l'efp^raacâ 
qu'on lui avale donnée, il ne fongeait. 
guercs à dormir, comme vous pouvez 
croire , & attendait affïs à fa fenêtre 
*' Quelles nouvelles , s'écria-C-il î — Trcs- 
„ bonnes. La biche e(t dans mes filets ». 
Il faute alors les efcaliers quatre à quatre» 
H accourt. 

Ce gai pàtntfi dtrini jut trof.i-ijimme 
T^fie d'abord t> 'ftvt trier ; U Dumaiftat lui 
rifr/fian qat fi pitlju'im venait , dani P/tat 
& h lica où tUt fi vaure , on eroiVoie àif- 
ftiUmiat ju'(i/4 n'tfi ftu cvqitli' Il pri^ig 






u C o N T E ■s. ai 

ic fa firpriji & de fia trouble. La muwl/c 
Luaitt fiiccombc ; màt moins fàrerc que l'tif 
trt, aUc'ci enfin piu'doBne à JÔn Vim^iuir ^ 
tf remhrajfe. 

Le matin goatid en fonna les Matines 
à l'Abbaye de S. Corneille, Aubcr^enna 
dans la chambre des deux amans. «Levez- 
„vons, dit-elle au jeune homme , & 
„ronezd'ki. Eh i pourquoi doncrontr, 
„ demanda t-il ? H n'efl pas encore jour. 
„ — Allons , ob^fTcz ; te poltit de répli- 
„ que, (î vous voulez que je vous (etvc 
„ encore ime autre fois. Et vous , Datoe, 
„ il faut Coaga à votze mari maintenant i 
„ c'eft mou aâidre , habillez - vqos te 
„ foivez-moi',,! 

Aubcrée fonit alors avec la jeun* 
nuriée qu'elle couduîâi à t'Églife dfi 
l'Abbaye. Là, l'ayant placée à genoux dans 
un coin , Se allumant un cierge auprès 
d'elle , elle lui mie en main un gro^ livre, 
& lai dit de rcncr dans cette polVure 
jafqu'à ce qu'elle revînti La Vieille après 
oia counu chez l'époux. Jl avait v^i I9 



li Fabliaux 

nuit toute entière à Ce promener dans Ci 
chambre, ïn révan: à fon malheur qui 
tatiriftait beaucoup. Cependant il Ce re- 
pentait d'avoir chaffi Ta femme , & fans 
«fle il avait eu l'oreille aux icouees , 
iaas réfpoir que peot-ftre elle revien- 
drait au logis. D^ qu'il entendit frapt>er, 
il , courut à la porte ; & vit Auberée qui 
lui coma qu'ayant eu la nuit un fonge 
terrible Ce drant allée à l'Abbaye aiîn de 
prier Dieu d'en détourner les effets , elle 
avait été fort furprife d'y trouver fa femme 
en pleurs. " Il faut que vous foyez bien 
„ dur, ajouta-t-elle, d'envoyer à l'Eglife 
» à une pueille heure , un tendron de cet 
" âge , fi aimable Se fi' )oti , que vous 
n devriez tous les jouts laiflët dormir I3 
« grâiTt' mâtinée poiir fc raïraîehir le 
■ teint. A l'Eglife , s'écria le mari étonné, 
» mais en inême tems fort -joyeux ! Dame 
» Auberée , vous m'en &itcs accroire. — 
- Oui , Sire , a l'Eglife. Et fi vous tic 
«• me croyei pas , venez- y avec moi ». 
Il' y alla, le trouva fa femme dans la 
pofliire où Auberée J'avait nûfV. ajnnc 



ou G O N T 1 8. ij 

Fair iJe prier Dieu fon d^otement. Ce 
[pcâacle édifiant le calma R bien fur Ton 
[Dnpc, qu'après lu^avoii fàic des excuCet 
k ïVDoé que la veille il avoir bu quel- 
ques coups de tiop, il lia tamcna 'hà- 
wmc au logis. Cependant l'biftotre de 
« furcot , qu'il ne pou vmï expliquer, lui 
ttftiit encore fur le cœor rSt durant toute 
Il ravànée il ne fit qu'y réfléchir Se fe 



Câûi-ik la dernière vtâoiFe quelle 
î[ojolii[ de remporter Au berée. EUe fc 
"à, ammt h veille , aux aguets à' la 
'^éue, pour attendre qoî ic Prud'homrae 
lortîtj & ■ Jorfqu-*ctle le "vit panir, elle 
rommaiça à citer de toutes fes forces, 
Wtt an tonde d^fe^lt : crence fous, 
nwBiJoiii JefuB 1 trente fous ! H faut done 
1* je meule. Et en parlant ainfi , elle iè 
^"fV'K la V poitrine 8c pleurait à -toiu 
*^ le cŒur. ■ '- 

Aur cris qu'elle poulTatt, le Marchand 
*»ritn pour lui demtnder ce qu'elle avait. 
^ fine VittUe . faiis -ïaire femblaat de le 
^, tt coHime- une 4uaaK bois d'elle» 



„,,„.., X.ooyk- 



34 .Fabliaux 
même , condoua de ciiet toujours! 
Trente fous, mon boa Dieu! & oi 
veur - on que je les trouve 1 Je fuÎ! 
ruinée, ils vont venir ici tout prendre, 
tout faifïr. Ah! voici le malheur que 
m'annonçaic naon rèvc». 
Ces lamentations qui avaient tair & le 
Eon de la vérité , «scitereot la compaJTioi: 
^lacutioCté du Marchandi II entra, & 
dranc la Couturière par la manche, il lui 
demanda <me feconiie fcùs ce qui l'atSi- 
^eait ainfi. ■" Site j répondit - elle , voyei 
i, â.je ne fuis pas bien maUicuteiife, Hier 
,-il cft venu chef moi un jeune homme 
m'app»rter,.mi,iureçt. U y.arait (}uel~ 
qucs pcauK k recoudre , & il le vou- 
lait pour ce matin- J'ai commencé tout 
tout de Cuite ' à y. ttavajller ) mais 
comme j'avais à &nir, je j'ai poné 
avec moi , pour ne i>as perdtf dç temSj 
âippofé qu'on me fît attendre j & l'aj 
lailTé quelque part , (aas pouvoir de- 
viner où. Le jeune homme vient ai 
venir me le redemander i je n'ai pu 
k liû lendie, il « ùâi in ti^a^e se ^ 
il ^'' I 



ft U C O N T I s. If 

„ m'a menacée de me pdutfuivre en ju{^ 
„tice £ je ne lui payais ueçte fous qu'il 
..lui coite. Trente fous, tnon voifinl 
„ Soagex Jonc quïtle &mnic ça ait. AH ! 
i,S)t ne le reErouve pas , je n'ai pitu 
„qu'àin'alltr jetcet à l'eau. Dites -moi , 
„ bonne Aubcréê, reprit le Maschanà, 
„ ne feticT-vons pas Tchnc fciei^att logis î 
j, — Oui, Sircj & à telles cnfeignes que 
„ votre femme ikifàit foa lit , & qu'elle 
„ m'a même fait aiTcoir à côté d'elle , 
„ pour caufer dii mbracnt. Au refte le 
„ furcot eft-ven & fourré d'écureuil. Il y 
„ 1 de plus une couture coihmencée quel' 
„ que pan , & vous y trouverez mon 
„ aiguille & mon.dé,,. 

Jamais joie n'égala celle que reflcntit le 
Marchand, quand il entendit cette nou- 
velle. Il fe rappellait bien que le futcot 
qu'il avait trouvé était vert & doublé 
d'écureuil. D ne lui iâllait, pour devenir 
leplusheureux deshommes, qu'y trouver 
encore l'aiguille & le dé. C'eft ce qu'il 
alla vérifier , 8c ce qui acheva de combler 
fou bonheur. Ainfi tous quatre furent 
Tome IV. a 



16 Fabliawx 

contens ; mais je vous laifle à décider t^vi 

des quatre le fut davantage. 
^ VAutnir finit fsr ttm rffitattn , que ra.- 
renient unt ftmirtt fifa itnt foctifi fi une aiurt 
femme ne l'y encourage. TiUt efi honnttCj 
fige (f pure , ilit-il, pii bientôt ctfftra d* 
fdre .y^ jUt vint H» mi «ù «"t vdiUIn*. 



exr CoNTts. 
A M M E L O T. 



Par All- 



ia y» Piicts fiàvaittu , dant lit (litg frt- <i«fro' le 
mtri, ow pour <n<rcur V>m il n« «M- ^""'• 
fviadcrs du treiilerne Jiecle , foni et çu'au- 
jnurd'hâ noiu d^iljoiu Romuice j t'c^-i- 
fîirï , un ptti'c Potme , compafi dt fitncit^ 
régttlitrti , b cenitatia le récit d'une artn- 
tare emaurtufe , &> oriiniiirtment mgijue. 
Lt nom que nom bit troni donne annonce 
uu ori'inc ancienne. Cffe dénomiiuaion ce- 
fendant m fe irouye point Ami les tnamtf- 
tria, Let Romança qu'on va lire y for- 
ttni le titre de Lais , ai y font font ricnc 
comme Us Chanfoia- Je ferais ^rt parti i 
croire gue rûiTHUiim J« et genre dePoiJie 
^ due d Audrjroi ; m moins des J!» Ro' 
manctt qâe fai d/cQuvtrtet ,il y en a cipf 
sut lui appiiriitnntnt. Il cfi étamtmtt qi^il 
ait troiai pujfi peu f imitateurs , & gs^vii 
Feëme ci > avec lt charme lu ckani, ft 
trowainu ràads il» fois lanarration ani- 
mét tf rintfrtc dramatique des FaHiaux^ 
n'ûtfos MaecutiU'i par U Naiioit , Jiir-toue 
iaû ai Huu où elle lintatr jue «ft nifie^ 



ïS Fabliaux ' 

' & ntMOMna Chmfins. Taî diji fait ÏS 
inlmt rcmarqac aujùja du Drame pajlorat 
i^ Aiamrlt-Bojfu , qiù ne fia pas îmicé da- 
ptiaage. Mât tu refit tpiel gu'aït iti /• 
ficcU dt et» diffirentei comgifinoas , tilts 
if en fine ptt mains un titre pour ta ^oire 
de nos Pmiitces fepceatrianales , muiguMet 
Id proprtM en appartient incoiaeJtiéUrruhr. 
tet Rammutt iu cni^ieme JTecie digèrent Je* 
'■ jjStrei , ta et que dam cautes la coupleti 
fine toujouTt ternùnli par va refiràn , & fus 
ce refrtin fin mime dam cellei d'Judtfi-ai 
à la È,omaact entière. D'ailtturs ctteifi ckaïf 
taiem comme tti nStret ; If l'ap ta peut 
voir la mifiqitc dani le mamiferu de ta fit* 
HiotUipie da Soi, ni 7Ï11, .' 
Iftmmeloc a neuf eaupleis , (htcua dejîxftrs; 
dont les trait premiers fiai de dû filU~ 
Us, f^ies trois dwBierj de pwrre. teftat 
d» kuiâtne rers , qù fin de refrein i roui 
Ut cm^tts , ifi fuï Gui aiin« Anunelota 



E ITR AI 



M J A PiincclTe Ammelot aimait le ComK 
Gui. Le Roi Ton père la. force d'^pouTer 
un Duii qu'elle détefte. Sépuée ùoJî <]» 



ov Comtes. 19 

ixi ttnanr, cffe a'x plus ifftutre cooTo- 
lïQon que de s'enfermer chaque jour pouc 
le pleurci ; mais Vépoux , qui rurptend 
iês pbÏDtcs , la malcuîtc ciucUement , 
& t'cDfcimç dans une piiCbu. HeurcoT^* 
ment pour elle. Qui , en lerenaDt d'im 
Toumob , apprend le traiicmctit odieux 
qi^éproDve Cl nujtteflc. B va attaquer 
le mari, le tue & emmeadsTCWcdui 
ta tcircs où il l'épouftt 




• <i 



•50 F AB.i. î A u r , 



%A LAI D'ID-O ÏNE. 

Icfi^ie it t'tet Romàace diffire fort peu dt 
' " ttlui dt U friciieiit't. Elle a vingc-cmi 

eauylta , chiain de cinq vers AlexaTiiriiu 
Jûr tméftiûe riMê fémiaine. Le fiia du «- 
fetia efi Jùe belui qui éprouve -les chagriu 
4'«n(our,'<lo)[ bltadt fpcouv«r Ces plaîlîiii 



Extrait, 

Xl>Oi»E ert fiHprife pat Ja Reine fa 
mère , avec le Comte Garfilc, ion amant. 
Ix Roi , inftruic de l'aventure, cnfcrmç fa 
fille dans une tour, £lk y pafl^ trois 
•nnées malheareulè, Enlîn le Monarque 
Ùh publier un Tournais dont le prix doic 
«tte la main de fa £Ue. Garfilc accourt. 
Idomc trouve Iq moyçn de Jui jencr par la 
ftoftrc de (k prîfon une de les maiicljeî 
fçnr porter dans !e combat. Animé par 
ce gagç d« l'amoijr , Garfilc cft vainqucw 
9: il obtienc îoa. amuK. 






O U C O NT B *. 



L A I D ■ I S A B E A U. Par A.». 

itpdMTte eoupltu de- tinj vert , nte « Bâiïrd. 
t^th! Gérard accend la jijie. 



Extrait. 

yiRARD aimait Ifabeau, Ifabeau 
anuii Gétard^ mais leur amour était , 
^i'|fiquellmtou^i^cd^ toujours itrc, pur 
StJécent Une fi belle union eft troublée 
»ut-à-aMq>. Les ^arens de la PuceUe l'ac- 
tordent en mariage à un VavaflëttT: Gé- 
'ird ïientj a)nitQ,e auparavant, lui parler 
ifc û tendreffe : mais elle répond que 
K pouvant dcfiwmais le voir fam crime, 
*w renonce à lui pour toujours; ficle 
Piic même de ne jamais fc ptéfentcr de- 
ïatdle. De: défefpoir, Géiard fe cioifo 
pour U Terre-Sainte. Il veut cependant . 
»VMt de partit, voir encore une fois (k 
■lifte 'ipOieau. Il fe rend cher elle & U 
WqTe d«is fon vcrgçr, Sss adicus font fi 



ji Fabliaux 

toudians qu'ils réveillent cour ramour qH' 
la Dame avait pour lui. Elle fond ci 
larmes , elle l'embrafTc pour la dernier' 
feis & tombe , ainfi que lui , fans con- 
nai^ancc. Le mari, qui de Ta rcnécr< 
voit ce fpcâacle, en meurt de douleur j 
& cette mort procure à Giasi le bonhcui 
d'^afcr ik mvcrellè. 



DU Ca«TES. 



LAI DE BÉATRIX. p«Au. 

itùoi la 
La caipUa it ttttt RoTatnct fini de ftjr "*^^^ 
ren , donc cin; AUxaairms fur une mlmt 
r^mt , & iim Je toit ^ilàbei , finxia de 
rifi-titt. Le fini du rifreia cfi jiu lei miDX 
laafb pu un amoai cxccline , Tont bien 
doulouceux, 



R 



Extrait. 



E T I R i £ Ami là dutnlirc pots 
pleatcr plus librement , k belle Bàttrii ' 
s'y livrait au défcfpoir. Son pcre venair 
de k promettre en mariage au I!>iic Henri 
fon Suzerain ,& elle fe trouvait enceinte 
ia Comte Hugues. -* Daos l'èw. od je 
„fuis, comment oretai-je me prifenter 
„ïui careflM d'un ^oui, s'icria-t-eUe ! 
„Noo, fallût-il mourir ,iamab nul autre 
„ que Hugues ne recevra les miennei. 
„ Mais pourquoi ne vient-il donc pas de- 
„ mander ma main à mon pcre! Peut -il 
^ oublier U fltuaoon oïl il n'a laiUZe 1 



$.4 F A ,B t I A TT r 

„ Il va m'en coûter pour, lui l'IionneQr S 
„ b vie. Hilas i combien font amers le 
„ maux que caufe un amour extrême » ï 

Un vieil £cuyer, attaché à la mUfbr 
de la demeirelle , l'entendant gémir vient 
la confoler. Elle lui confie fes douleurs , 
te l'envoie à l'IoAant vers Hugues, auquel 
elle &it dire qu'elle l'actemira tel jour 
dans le verger de fi>n pete. Le Comte 
eH à peine averti du danger de fôn 
ymance, qu'il vole i fon fccouts avec 
quelque» "'uns de fes Chevalicirs. H la 
trouve au verger. Je n'ai plus d'eQ>oîc 
qu'en voiis , lui dit-elle ; fauvez-raoi dç 
la colère de nion père. Hugues l'embra/Te, 
en l'alTur^t d'uh amour étemel. Il la fait 
monter (Ut Ton cheval & l'enlevé. 

A cette nouvelle le Duc Henri , furieux, 
tccouit'chezic père, fbn ValTal , pour le 
menacer de toute Ta colère. Celui-ci pro- 
leftç qu'il a été trompé lui-mÉmc le pre- 
mier par la fille, La mère , dans l'cfpé- 
Tanee de coofblet plus prompteraent le 
Duc , lui apprend que depufs long - tcms 
Béaurii aimait Hugues. Mais ce cruel aven 
devîcni ua arrêt de mort pour le jaloux 



„.,....,-.,C.oogk 



* ir C o N T E s; ff9 

HcnrL II y ruccombc. B^trix , pendaaï 
ce taas, iaàf arrivée ùas iluiger chez 
Je Comic Hugues. Les deux amuis s'étaient 
^M)uC(s tout auiH-tôc } Si il; ^eiic , toute 
Icuc vie , un sio4tlc d« cgaitaacc Si 






t'« 



F Art I A u JE 



p« Au- ARGENTINE. 

*tcf:«i le 

Bîwtd. j^iiB-Jipe <oiç((u, eompq/ïi chacun de Jip 
ptn, iant cinq 'Âliaeairmt f»'taic finit 
Tinu fénùnint , tr àaa de huii filMii fur. 
imE mqfailinc. Ceux-ci formtm le rejrtia ■ 
& Jtgmfitm qat femme qui a mauvais mari 
a fouyent bisn du cbagiin. 



E X T K A I T. 

JLj e Comte Gui rftaii l'époui d'Argen- 
linc EQe lui avait (k»iné fa en&ns mâles, 
S: pendiait phifieurs années il lui fuc-- 
fidele; mais' s' ^ tant amouraché de Sabine, 
fuivancc de Ta fènjme , il prit l'époufc en 
faaine & la rendit malheuceure. Temmc 
qui a maMvais mari, a fouvetit bien du 
chagtiii. Gui néanmoins flir long - teins à 
tiuflir auprès de ù DemoifcUc Elle Ce 
leflifaic opiniâtrement à Tes delïrs. Enfin , 
à force de promclTes & de piéfens, il 
vint i bout de la ftduire, & iuificpirdre 
U doux nom de PuceÛe. 

Bi- 



»U-G O » T ï »J iff 

, ^tatôt Aigcndiic fut l'iofidi^Iii^ de /04 
Inari. Elle ne pue s'empêcher de lui ca 
ftjre des .rtpKKéie^i'mais Qui àlois n6 
^dint plat ni décence , ni mefures , I^ 
i^udia indigiichient. Elle cmbrâflc fei 
tn&ns qu'elle recomi113r.de, en pleurant ^ 
iui domcflîquês , & part faiis fivolr'oi" 
aller. Après bien des cburics & des tia-* 
veifes, eile arrive en Allemagne , &-fe* 
liiet au (èrvicc de l'Empereur. Peu'd» 
tenij après, les ènfans , devenus cominS 
«lie odieux au perc Si à la nouvelle favo- 
rite , font châlTés à leur tour. Us dé- 
tiennent de braves 'Chevaliers , Se font 
accueillis par l'Empereur qui leî prend à 
ti folde, G'eft à ta Gotir qu'ils- reconnaif- 
fcQt leur mère ; mats alors fbritiant I* 
projet de réparer Tes iiialheùrs » ils partçne 
tous lue avec elle Se viennent au Cltâte^ft 
lin Comtb Argentine ejl nf t^Uie _dan'> (^ 
droits , Gui obligé de ^tc ù, paix ,, 2c 
Sabine chafTée avec la hoiux & le foéfàt^ 
jqu'tUe méiiici , 



#■ 



U'ome /^ 



*■ U. CHATELAINE DE S. GILLES, 

CoH litei a iti fthliit ftr Barhtfia , ir la 
aimt ajmft , fOr M. dt Saiiat-falayt gui , 

' fommt au Tàtliau. i'Auciffin , y a fait 
^pdjtiu chanj'cminii EUe a crtaa-cinq cou- 
plia , les cauplm ncaf vtn , 6* Ici vtrs 

l hdcfiUaiti , txctpté It huiritmt tf It nni- 
riane qui, imitant {lu dey jrowtrlei ou de» 
rifre'ms cir/t if futrti chanjbas du tcms , n'ona 
poùic de mefurefiat. Le ieriùer mat' d'un 

ea^ltt Jiàvtnt. 



'/\ Saûtc-Gnitis ntiefôis ^tÛE un Cliâ* 
tclain fan pauvre qui Avait aoe fille k' 
jnaiier. EBe loi fut deroandée par un 
■pBain.^rithe en tetrtîj & il b luiae- 
toith. " Non , mon pcic^ s'écim la Pu^ 
•> celle , moi qui ai.goui ami le fils d'un 
»• Comte , jamais je p'^ufeiai ce Vil-, 
f jajn i i'eo tnooaiuï. U £uit vous ]| 



ùtCàïiTts. J5 

tttiCoadre, répcmdii le père. Cet ^ommc 
*• eft riche, vous aurez avec lui de Tar- 
» gent en abondance, ceinture d'or & 
»■ habits de foie. — Mon père, que Dieu 
b puoiflc celle qui aimera quelqu'un pour 
» foD argent. Moi , mon cœur s'ï refufe j 
>> il me (^[ que toutes les richelTes de ce 
*• mc»idc ne raient pas le plaifit d'aimer , 

Er i'aim' mïex moHr pncele 



a Ad celle , 6 j'ai ceixe déltcatedè , qui 

• pourra m'en blâmer î — Tont le monde. 
» nu fille. Sachez qu'on méprife celle qui 
•> dérobéîi à Ion pece , & que Dieu lui- 

■ même tôt ou tard la punit. — Et bien; 

• mon père , je vous obéirai quoiqu'il 
> m'en coiite ; mais <jaclfes craintes mon 

■ telles m'inQ>irc cette chanSin , 



Comme elle parlait encore, ajriva U 
Villaio. B s'était déctaJS pout venir I4 



Jfo Fabiiaoc 

Sancer , & dans la joie que lui inC' 

piraic foa bonheur, il avaic clianté coût 
le long de U rouie •^Aigcnc faic époufer 
» à Villain fille de Geotilhomme , Ce difîuc- 
» il. Rien n'égale en beauté celle que je 
» vais avoir. La rofelaplus fraîche n'ap- 
■o proche pas de fon teint. Ses ycm bleus 
» rclTemblent au Paradis ouveRi ils brû- 
» lent quand ils regardent; oui, ils me 
» brûlent. Je ne puis éloigner d'elle mes 
B pcnfées , ni attendre plus long - icms. 
» Vite , gentil Prêtre Nicolas , mariez- 

. » nous. Volontiers , dit le Curé ; oii eft 
= ia' future î — La voici. Mais fâchez 
'> d'elle auparavant lî mon amour lui pla!;. 
» Confehtez - vous à époufer ce Villain 
>' pour fon argent , demanda le Prêcre à 
» la Pucellc ï Mon perc l'ordonne , té~ 

■ /f pondit - elle ; je n'ofe lui défobéir. 
» Hélas '. âut-il donc que j'aie un mari 
» malgtémoi. Oui, c'eft malgré moi , SC 
t> jamais je nt pourrai lui être lînelle. Peu 
" mHmpoirce , reprit k Cuté , ce font vos 
» affaires aies Tiennes: moijevousmarie". 
■La Cj|utelainc s'en rcviîit, enchantant 
piftemcntces j^roles: J^ n'atpoiat âmot(r 



fttr Contes. ^r 

S mon gré, j'en vivrai moins ieuriufe, 
loffqull lui fallut entrer chci fon mari , 
tfle ajouta: « c'en cft donc fiut, voici le 
1 lira où je ne pourrai pIu':, aucun jour 
» de ma vie, me trouver feuleTans pleurer. 

■■ Ah i mon ami a tardé trop long - cents. 

•■ Dans un moment il fera trop tard ; je 

■ loi ferai enlevée pour jamais ». 

Elle avait il peine achevé que foadaïa . 
vaid l'ami qui entre. Aufll-tôt elle chante. 

■ litoce voix ces paroles : « Doux amante 
» c'efi pour voui qu'on m'affiîge ; maisja- 
>■ maïs jt ne vous oublitrJi. Non , ajouta* ■ 

■ t-elle.jene vous oublierai jamais. Tant 
" que Dieu me laiflêra des jours , je n'en 
" paflêrai . aucun fans vous aiœer. Mon 
«cœur, pendant votre abfence , était 
> comme une âeut que la gelée a flétrie, 
-Ceft an Villain à ffchcr maintenant; 
• moi je renais : & dût - il «i cttïer de 
» jalonlîc, je cbanterai , 

Acola moi , te baïlîd doucement : 

Car Umal i' amour 

Quar li mjut d'amer me tient iolimeoi. 

%lLùs, an^g lantËs c(u'îl en eft teitti 



41 FAbliauk 

» encore , Se avant qu'on nous furpTcme , 
» fongcons à nous échapper d'ici. Il oc 
" nous ûuc que travetfer ce vallon pout 
» aiceindrc vos rerces. Là, nous pouiront 
» en sûreté braver nos ennemis ». L'ami 
D'héHta pas. Il prit la Pucelle fut fon che- 
val , & l'cnlcva auiTi'tôt en chantant cet 



£n ce moment arrivait le Châtelun. Ltf 
Villaia, accourant pour lui tenir l'énici , 
apperçoit . le Damoifcau qui enlevait Gt 
femme. « Au nom de Dieu , rcjidez - moi 
" ma mie , ctk-t-i! au ravifleur, & prenez 
» tout mon bien. C'cft ma Mie , c'eft ma 
B femme , celle peut laquelle j'ai tout 
» donné. Oui , vous m'avez achetée 
«> comme on acbcic un animal , lépoodk 



«uCOHTSf. ^l 

• la Demoifellc j mais oa me livrait nul» 
» gté moi , & je .tiens k matcb^ oui >^ 
A ces mots die ^panit. Ea tnfmc tcmt 
cncicTEU dans h cotu les gcK <lcla nâcb 
Us chantaient cet ait ; Saïue^ & danfe^ , 
vokt qui aimt^ loyaltoKHt. Mais le VU- 
laîa, booteux <Ie Ton avcotuie, s'enfuit 
EuK TOffltoit leur parler. 

CepcDclanc il aflcmbla fes païens , pour 
Ik conTullcr fu le paiti qu'il avat i 
pceadic. « Laifln-là votre sukfefe , lui 
•> liiient ceuz-d, Bc t^tc nci votie labou- 

■ rage. Eh bien! labomons ilonc , rtfpoo- 
•> dit-iL K fai &it U focoTc de choifîi une 
B {ènune bien an-dcfiîis de moi , on ne 
B doit pas DK le t^iochei i j'en lïiîs affcz 
H puni. TtnMÙs trouvé /« nid dt la pie ^ 

■ Moit Itt fttits m'ont éckappi'o, 

D6p la Ocmoifcllc avaitgagn^ la terre 
tpc lui avait donn^ en dwiaire Ton ami. 
Iles maux font tcnninés , s'^ctia-c-elle | 
je dois bien chaneet à perlent : 



J'en fuis plui jolicK tSkt, 
la DtOKi 8c Dcmoilèllcs du lieu viniedi 



Ï4 FABLfAQ* 

h ùiaa , & elles chantcrent à Ùi nâce dc^ 
.chanfens nouvelles. Pour le Damoi&au , 
il difaic en regardant A Mie: Ak Toilili 
iKtuoa , j'av bien placé mon cœuf, 

rai 'm",re 



: Yolok^ 




h'XJ C O K T ï s. 



** M A R I A N. 

Ct Fdliaa efi t!ré du Caftoiement. Il ne Ji 
troae put daiu la verjioa jue BarbtifiM em 



u» 



■Jti Roi tutbulent & «nbkietii in* 
qni^oïc tous Ces voifins, & ùlos celTe 
lait en gueire avec eux. Ses fumets épm~ 
Qs taoïmaxectat enSn & hautemcat, qu'il 
s'illarma Si «mvoqua nn Paritment dca 
friocipaux Clercs & Laïcs de Ion Royau- 
me (a). Quand ils fureat *Scsa\Ats , il 
£c plaignit à eux de (oa malhcoi qui 
le (btfaic .i des guerres étcmeilet. IL 
cnignïit , diriût-il , qu'din ne ^uiTenc 
«ne punitioQ de fes pochés , S( les pria 
ic lui dire pdr quelle faute il avait at- 
tifé (iii fa tète la colcre du Tout-Puif- 
.anc. . 

Les ÇccKûaftianes liaïleriniL Its ptc-, ' 
Cl 



^ FabIiaux 

miers. Loin de rien trouver de téprëhcn— 
£ble ims la. coaduite du tyran , il ne leoc 
parut au contraire qu'un Piincc juftc Se 
humain. Us ioucient fur-tout là {ai âc 
(3. dévoQon , & ne voyant rien en liû 
que d'agréable au Seigneur, ils ne pou- 
vaient le croire l'objet Je la vengeance 
cflefte (h). L'aflcmbléc fe fépara ^fi. 
Cepehdant , foie que le Monanjac ef- 
&y3t d'en impcfer , foit que fa conP- 
eience ne l'eût pas djfculpé aulTi aifé- 
incnt que le Clergé , il vauluc confulter 
encore , & d^uca quelques Officiers vers 
un de les fujets , nommé Mârian , hcni- 
mc renommé pour fon favoic H. fa prit- 
dcDce. LalTé d'un, gouvcmemene tyrauni-' 
que , le Philofopbe s'était retiré dans un 
bois où ii vivait feul, fans crainte âc 
làns dclirs. Dès qu'il appcrçnt les Dépu- 
tés , ayant même qu'ils lui euflcat ex- 
pliqué le fujet de leur mifTion , il s'écria : 
•< Dieu avait confié ce Royaume à votre 
,i maître ; il en a abuH Se Dieu l'a puni, 
«Retournez' fur vos pas.- Au moment 
„ oit je vous parle , il u'cft plus „. Les 
"Ëmvjit tlta, fCTJàteot* 6c ilf àoqvb 



« V Cent f ï s. 4f 

Mot à leur retour «iç l'Hetmite plùlo- 
Ibphc D'avaît dit que trop vtai Ptb- 
dânt leur abfcace , les /ùjets s'ëuîcnc 
révolta contre 1r çjrian , ik l'avaient 
sflâlliné Si vcnucot de fc choi£r ua antre 



Bon Roî amenile le Pjyi , ajrnat te ftrft» 
itm fia nenM langagi ,- 3c fî le Roi âii dit 
mil , c'eft 11 (ctie i^ui en fouffit. Cf fui gPIb 
fofic fHtraee .- 

<2Biil^uîd delicaut Begu«. çleâuDiur AchirL 



N O TS S. 

le', Cmtoja» tm FatlcmeiK eampofl ici 
^buifoua Cltrci if tilci de faa Rajaimt ). 
On De toaaaiSvi , aa tenu dei Fiblic» ,' 
^ne deux Oïdiei dxat l'Etat; te Clugé & Is 
MoUcfIc. Ce fiit pomneiirement il noi VoU- 
m, que la poliiiqae de Ebilippc-Ie-Bel in- 
tioJuïfie iins l'iSênihîtt de 11 NiiIoD , le 
iro'gitmt , cc]ai du peuple , ijui s'appelUpout 
^ut [«ifea 3ttrt-£m. 



»( f A B El A tJ » . 

( hi Us tu pDiirnicàt U CTwt r^dbjit dt l^ 

ftngeaate cite fie}. 



Cette lifODlJ; iitiUtoire du. Sxaiti coui^ 
«fan. dans U Fable de U Foniiine , Se le- 
dilèouEi du Lion aux iniiniiix aflèmblct, ont; 
une renémblauce ^ar<jU.£e aveçccc CD.itoil; t4a 



OtI COKT li. ^ 



LA CHATELAINE DE VERGÏ. 

t'Jacrur Atclame dans fan i&at eamrt tel, 
Irgbrii & peifidei omit jid gagaata rotrt 

. toT^îance par det çonfiitncts adroita Cr pv 
une appariace de hyault , ta ahfent pour. 
*aui afraehcr rotrt Jkcrti , & vmi lartt. 
tnfidte i la riflt puthfUB. ft haitc Ici Anuait 
•H jmfitre if ila diicrèâim ; & I». Oiiartl 
A étktr Jur-teul: «J iapruitaeti , rropxoi»r 
maïui ■ J0itf . jc /ruic ^ tipiy'iivrj 1« perCff 
Al c*ur ju'on oïflir ^ gagatr ; ^ miAit 
tUii n'amtntet p^' fiififurfoii in malhntrt 
fbii grand] ençort ; co/mne il nrrif a ■ diCi 
il, il la nitct d« DiK it Sou-gagat , tu 
pamt de Vergg, , 



u, 



M C&ndliet beaa: Se TuUantQ »(Hiï« 
mi Agolanc , en.. était, devenu éperilii- 
nut amoureux } Sc^itïaiinit tantqu'anfîii 
<Uc ne fut sl^péchcE de_ câki à fin» 



„,,„.., X.ooyk- 



ifs ■ F A B I I A U'* 
' tunour. Mus ce iiit à cette condition £3'-' 
pielTc que jamais il ne LûlTerait rien 
foupçonnci ^e leur întelligeitce , Se que , 6. 
pu Cx &atc un fècret auSÎ in^root pour 
elle venait à èac découven , dès l'heure 
fi^ma ij ^pi9uverak auKUC de haine 
^ifil aiuait iniques-la ^couv^ de cco' 
dreffe. 

' D'^itcs de tels IcntîmeDs , la belle Se 
prudente Cliâtclaitie avati pris , pour voir 
Ton Amant , les pcécaïuions les plus {cru— 
{ukufes. Hle occupait dans foo Chàccxu 
an sKtattemcnt q;ui- donnait fur îc ver- 
ger. Agcdane , loifqn'eile permettait qu'ït 
^Itit lui témoigner ton amour , Ct ren- 
dait l«ul au vttTgcr la nuk; Se là, caché 
duiiere quelque aibic-, -il attendait co 
ISenee.un figtul Gonveiui. Ce lîgnal^Uk 
an petit chien que lâcteic Vergy , dès 
qu'elle fe trouvait libre. L'animal , par 
les j^qipemens fie les catellés , Tcnair 
aycitir le Chevalier, qui alors fe (lil^ 
fitit dffQcemeot dam la cbuabFe où H 
lEtait sûr de uou:vcr la ChâtriaJnc fëulev 
Le lendemain il foicalc avant le jour; ec 

^t'était ainfi. q/u mtmt ce «mbU àtagt 






ou Comtes. ^.,. yï 
cimpé uniquement du plaifÎT ^ , 
tf'aînm-; Se (fautant pius heuieu^ qi» 
Caa baobeur était ignoià 

Agcisae , que Et valeur attiraic Gm- 
vcfir à la Cout du Duc foo fouveraïa , 
en ^ta» devenu le confident & l'ami ; 
nAis il était devenu aullî , fans le la- 
voir, bien plus cher cncbce à la Dû' 
cJicfê. Elle n'avait pu voir làns amtnif 
tant de grâces Se de beauté ; Se idos 
Jtec &ÏS , s*il D'eue point aimé aîlleuis, 
cDc ie mit à portée de le dëvinei. Ca 
tangage néanmoins a'ayant pas été en- 
icfldu , il làllnt Te lé&udre à en pulcD 
m autre. 

' Elle ptit donc un jaat i pan le beau 
Clicvalîei, Si lui témoigna quelque fnt-^ 
pife de ce qu'avec de la réputation &' 
tous les avantages extéiieuts , il n'avair 
pas encore , parmi tant de Beautà qu'o^ 
fiait la Cout de Boutgogn? ,^ fait le 
choix d'une arak. H i^ndit que U 
ctûnte de voit ixjoai l'hommage de fin; . 
eœnr l'avait julques-là empêché de l'of-; 
frit. Elle le trouva trop modeft: , l'ez^ 
ittia à cotnpwi: un 901: plus, tôt ù^ 



fx Fabliaux 

forces , & l'affura qu'avec un mérite re 
ctmnu oa trouvaic fans pekie des cccai: 
qui ne demanddcnt qu'à Ce tendre. Maû 
elle.voulaic qu'il le dérerminâc au plutôt, 
le fur-tout qu'il ne fît Ton choix que 
ims, les premiers rangs j principalement 
É on daignait lui faire Ceaât qu'il étaic 
Ùmé. Il fc retrancha toujours à dire que 
n'étant ni Comte ni Souverain , il devait 
apprécier iffez fcs fidbte prétentions pour 
ne pas ambicionnet lidiculcmeut le bon- 
heut des Rois. 

- Abufée de plus en plus pai ces paroles 
dont la citconïpeftion femblait faite pré- 
iîimet qu'Agolane jufqu'à ce jour n'avait 
pas aimf , ia Diicheâ'e crut qu'il ne ,jàl~ 
lait plus que l'encourager en faifant dif- 
pardire la didance des rangs qui poti- 
Tiit l'eStrouchcr eocorc. Elle lui Je- 
Bianda ce que répondrait fa modefne, 
fi elle allait le choilir pour fon Cheva' 
lier Se lui avouer qu'elle fe (êntatt de- 
puis long'tems de l'amitié pour lui. Il 
i^ttît avec une teQ>cftueufe naïveté: 
•* Madame, je l'ignoiais, & je remercie 
«Dieu de U grâce qu'il m'a iàite d'ob- 



,, tentr vos bobiés SC celles de Mosfc»- ' 
„ goeut. rerperc qn'il me fera encore 
„ celle de les mériter toujours, & de 
„D'i»iblîer fanuis la fbt Se la loyaucj 
„ que je vous dois à tous las deux- Eb I . 
„ qui vous prie de trahir votre Seigneur, 
„r«ptit-cUc aulB-tôt d'un ton très-at- 
„ ^ „ î Puis avec un regard furieux 
qu'elle accompagna de quelques tojures , 
elle Ibrtîi pour aller dans Coa apparie» 
meni cacher {à honte & méditer ù veo* 
geancc. 

La nuit en elFct , quand le Duc fe fiie 
^iici à Tes côtés , cHe commença à foo- 
prer 8c à gémir. Celui^î, qui aimaic 
«adremenc Con ^ufe, fût inquiet, te 
voulut (kvoir qurls étaient fes cliagrins. 
"Je'gérais (ùr vous, beau doux Sire» ' 
„ répondit-etle. Qu'on ne fait gueres , 
,,'hélas! dans votre rang fur la fbi & 
„ l'honneur de qui f on peut compter l 
„ Souvent même c'en de ceur qu'on » 
„ le plcK comblés de biens que s'éproo- 
„veac les plus grandes perfidies. J'ignore 
„ où tend ce difcours , reprit le Duc 
y^toopé,, & dois éucsiîf ds 1»&14U4 



f4 FABtlAWr 

«, de ceux qui m'cacouieot. Mais fî parinX 
f, eux on me dénonçait un tralcre , vous 
(, me veiricz bientôt employer , pour le 
», punir , un chàùmeni exemplaire — £Ik 
I, bien'. Sire, punilTcz donc Agolanc. Vous 
f , iâvcz tout ce que vous avez £iit pouc 
(, le perfide ; ap^cncz que pu recotuuif- 
t, lance il cherche à vous déshonorer ^ 
(, & qu'hier j'ai eu à rougir > tout le jour , 
f, de Ces {oUicicacions criminelles. Ce ti'eft 
„ point à ton que les Dames de votre 
„ Cour s'étonnaient , ainfi que moi , de 
^ n'avoir déoouven à riiipocrtte «icune 
„ unie 3 en voici la caufc , 8c notre Cuxit 
f, prife maintenant doit ccHer „. 

Le Duc fut iî profondément aflèâé de 
ce reproche de crahifon dsns un iK^nme 
qu'il avait aimé tendrement, que de-toute 
la nuit il ne put Fcpofcr. Le lendemain , 
dés qu'il fut levé , illt, manda; Se après 
lui avoir reproché avee amercumc fou in- 
gratitude & Ta perfidie , il lui ordonna 
de fortir , dés le jour même , de Tes teircs , 
s*il ne voulait , le lendemain, y pédi i 
un gibet. 

Ces mcoaccs im^vucsi cesicptodics 






f 

* ©OCOKTES. , ff 

I âoTs Se fi pca mérités interdirent le 
fcb,CTaIier au point qu'il fut quelque tems 
fens poavoic rendre. L'idée feule qu'il 
aDait pour jamais ëtie féparé de Vergy, 
k ^Xfaît ^cScm. Enfin, revenu de Coa 
premier trouble , il pria le Duc de Ce 
nppcBcr iz fidélité , & de ne pas coo- 
damner iàns i^cuves & fur ta fimple 
délarion peut-être de quelque méchant ,. 
VD tuaTc Iiomme coonu par plufteurs an- 
nées <f(mc conduite irréprochable. " Ce 
» n'en point ud ennemi ; c'en la Ducheflc 
„ cITe-méme qui vous a accufi , lui ré- 
„ pondir le Duc Oferez-vous rejcttet foo 
„ tiraoîgDagt ,,. Cette atrocité de la Du- 
dielîc ûifit d'horreur te ChevaKet. 11 ne 
«ndut pourtant pas l'accufer pour fe dé- 
fendre ; Se d'un ton pénétré il Ce ccatenta 
et répondre : " Sire, pnilqiK Madame s'dt 
npfaim de moi , elle a cm pouvoir le 
„ plaindre £ua doute. Se fe dois me taire. 
„ D'ailleurs maiMenant que vos oreilles 
^ ont ité prévenues par elle , ré|{^irais-je 
„ » vous prouver mon innocence „ î 

Le ton donc (az prononcé ce peu de 
mats fit iinprcffifw ftu )« Duc L'a»cfat? 



yS Fabliaux 

menr & TetHnie lui parlaient déjà en & 
veur de l'avcufê ; mais une chofc com- 
battait dan« Ton ame ces reniimens fa- 
vorables : c'était la réSeiion maligne de 
la Dudicfle fut l'indifférence apparente da 
Chevalier, Cette remarque avait fingiilié- 
rement frj^ipé !c Prince , & il ne doutait 
nDlIcmeot qne celui qu'ca n'avait vu jui^ 
qu'alors ainiet aucune fcaime de fa Coui , 
D'aimât véritablement la Ëenne. Pour le- 
ver ce fcTupuIc , il exigea qu'AgoIane 
jurât (iir fôn honneur de lui répondre avec 
vérité à uik queJlioii qu'il idlait liù làire. 
Le Chevalier, qui n'y vit qu'un moyeQ 
Sicile de conferver à k fois l'amitié de 
ion Souverain & le cœur, de Vergy, jura 
iàns héliter. " £h bien, reprit le Duc, 
l'on ne vous a coimu îufqu'ici ni à ma 
Cour ni ailleurs 4'apparence mfmc d'uq 
attachement; & tant que j'aurai ceitç 
incctiitudc , je vous croirai coupable, 
„ Répondez-moi fans déraur. Aimez-voQ$ 
I, fedetcemenfï Qui aimez-vout î Voilà 
ce que je veux favoir , Se ce qui &u| 
peut dillïper mes foupçoas. Contiez à 
«^nma amitié ce Cçaxx que jcoois mé^ 



OtJ Contes. .jt 

t ritcr I cUe vous eft r«iduç à ce pdi. 
„ Si, vau5 refufez , vous n'èces plus à nies 
„ ycoi qu'un craîirc 8c un perfide , digne 
t, de route ml colcrei, ChoifiiTez ,). ' 
Ce iiic alors qu'Agolane fentii Se l'im- 
frudencc du ferment qu'il venait de £iiiC( 
& l'cmbatras cruel de fa finution. Ofc- 
ra-E-il avouer au Duc qu'il aime fa niecc ! 
IvIaiiquera--c-U au fecret inviolable qu'a 
ciigé Vergy ? S'il fe taît , il eft banni j s'il 
parle , il Iiabii fon amante : Se quelque 
patriquil prenne, il eft sûr de la perdre. 
Encore s'il pouvait la voir dans foi^exil ! 
que ferait un bannilTcment à ce prix L 
Mais elle ne peut le fuivre; & pouria- 
i-il vivre fans elle ) 

Combattu & déchiré lour-à-tour pat' 
CCS pcnfées défcfpurantcs , il ne peut plus 
cacher fa douleur. Des larmes s'échappenc 
malgré lui & coulent fur Ces joues. Le 
Duc laendii cherche à Je raiTuccr. I! lui juie 
à fou tour , fur la foi qu'il lui doit co)nmc 
Suferaia > de ne. jamais, révéler à qui 
que et foit dans l'univers le iccrei qu'il 
Kcaâ ; éc il le demande de nouveau , 
moins comme l'cagagcracitt d'une pat«lc 



êonnie que coitime im témoigna^ p^^ 
âeux de conEuice & tl'ellime. « Ah ! Site, 
f, s'ëcrie le CbcTittiet, par<lonTicz ces com< 
t, bus à un cœur rempli (tailleurs <Ic le- 
,j coimaidiuce pour vous : mais il s'agit: 
», de mon bonheur , je vais tout pcraiï: 
y, Sl j'en mourrai. — Agolaoe, il cft donc: 
i, des chofes que vous craignez de coft- 
,1 fier à votre ami ! Et voilà le prix que 
„ reçoit de vous là teadre0e { Aii ! t^ea 
il eH fait ; vous voulez que je votK 
„ haiflc „. 

Ct^rqtieche fi doux 8c S touchant alla 
au coeir du Chevalier. 11 ne put y ré- 
fifter , &U avoua enfin ce mtftere terri&ie> 
le fecret de là vie. Le Duc Sabord 
n'en voulut rien croire. Sa nièce vivait i 
dans une retraite fi profonde que Tavea 
^une intrigue avec elle ne lui parut qu'an 
menfonge adroit- En vain on lui coma : 
la haiiTance de cet amour , fcs âéaals, ' 
les rendez~fous dans le verger li le : 
fignat du petit chien: il s'obOïna wa- : 
jours à nier tout ce qu'il ne verrait p2!> 
& exigea ablôlament de l'amant beureoi 
«lu'il k mcfûb; avec lui au tendcz-vos;. 



Mgolaâe ne ponaîc phu reftTer cette ^c-' 
nutnde , aptes avoir accotdé ta ptcmiete. 
ill convint donc avec le I^ Je cettatnef 
ptécaimwis. Tons deux fe tendirent le Shit 
fêpaténKnt i os lieu défigné , 0c de là. 
ïs partirent eofèmble pour ^er au Tciger. 
A pçme y farefit-iis utît^s qu'ils en- 
tendirent le ^àt chien qui à (bit ordi- 
nûie accourst , ea jappant , vers Agalaoe 
pour le catedêi. Le Duc aion^ feignant 
d'&ie convaioca , die adka as Chevalier « 
Se le quitta , ocmune fi ce premier tk-^ 
moign^c loi tÎK fû£} mats l'inftant d'à- 
pits il revint fur fes pas , & le futvic doc- 
tement Si fans bruit , rdfolu de voir oïl 
ic terminerait cette mtIUrîciire aventure. 
k laquelle il ne sttiyait pas encore, la 
porte était eiUT'oHverte. Il vit entrer l'heo- 
rcuz Aifolaflc. Il vie fà- nîece , au premier 
IWiât , fe lever avec ttaufpDrt , accourir 
hoft d'eBe-iftème vers &o anaant & lé 
ferrer daàs Tes feaàx ^txi, en le baifànt 
»itle Svts. « Mon- Ana ^iâ , ma fcDli 
>> joie ac tout ce qui m'eft le plus cher au 
•»inoo(fc , qrfil y- alonp-icms qu* je né 
li:^ 'Val St ^M kiât'ât tu k* jwH* 



*> ici m'ont paru longs ! M^ cous mes tJiO* 
M {[rias font oubliés; fie me voilà heiueulè 
» puifque je t'ai retrouvé'^ Et à ces moisi 
cUe le preiTait de nouveau contre Ton cccûr^ 
le l'anbtiSak encofc fans lui donner lé 
tenu de répiHnlrei Elle le fit entier enfin 
dans fâ diambte, oii la nuit s'dcoula pour 
emt dans des raviflemens qu'il me feraie 
în^tofTible de vous décrire. Ceux-là feuls 

. peuvent les comptendre à qui Amoui 
les a dépardsi Eucote Amoui ne les ac- 
corde-[-il pas à tous ceux qui Aiment; 
. . L'apptoche du joui foïça cepeadant Ago^ 
Une de Ce retirer. Vetgy , après lui avoir 
fixé le terme du prochain rénduz-voust 
le teconduilit à là porte > en le, coù-> 
yiant de baifers Se lui reprocbtuit tobte 
ea larmes Coa empreâèmt^it à partit. Mais 
à peine eut-il. fait quatie pas qu'elle le 
rappella auffi-tôt pour l'accabler de «m* 

' velles carelTes , Se la retint étroitement 
Terré dans fss bras Cuis plus vouloir lui 
permetué de la quitter- Il fallut qu'il s'en- 
arrachât avec une forte de violence. Elle 
te&A quelque «ms fur le feuil de la potiG* 
tStx de jouir .malgré lui du fUiHx it. i» 



o-u Contes. W 

*toîr. Ses yeux , à travers Vobfbinté, cher- 
chaienc encore à le fuivie. Enfin elle ne 
icotia que pour laaudirele joui Se k 
lumlcic. 

Le Duc qui aTOÎc ité c^oin itt pro- 
miers cranQiorts (les deoz amans, le Aie 
aullï de leurs tendres adieux. Il avait eu 
le cotuage do paflçr k ouic dans le vef~ 
gei , & il y attendit le départ du CIk- 
Taliei , moins pour aquérir une nouvelle 
preuve de Ton innocence , à la fin trop bien 
reconnue, que pour lui readrefurlo fien 
même U'^ùftice qu'il lui devait. Dès qu'il 
le vil Torcir , il courut après lui , l'cm-: 
braïTa tendrement , lui demanda pardon 
de Tes foupçons injurieux ,^ l'alTura-pouf 
toujours d'une amitié inaltérable. Agolane « 
futpris de le voir , le conjura une féconde 
fois par tour ce qui eA le plus faaé de 
cacher à jamais ce fccret de fon cceur. 
B Je mourrais de douleur , dit-il , lî dans 
»iput l'univers un autre que vous pour 
n vait le foupçonnet. Ne m'en parlez plus 
» vous-même , répondit le Duc ; car dêj 
e ce momuit je l'ai oublié » : & auflî-tôc 
.. Tome ir. ... . H . . 



tfl ,. F A B 1 1 A tr * 
rcntretenant d'autre choie . il le 
•u palais. - 

A tUner il le fit afleoir i Ces cAe^s. II 
afféda de le. traiter avec plus de dîftitio- 
tioo encore qu'auparavanc , & lui et caac 
de carefTes , lui moiura tant d'amïtîë , 
que la DuchelTc n'y put ceoir. Elle feignit 
de fe trouver mal , 8c de dépic quictanc 
ta table alla le mettre au lie. Le Duc, 
qui ne lôupçonna pas d'abord la caulè 
de cette brufque retraite , accourut allar- 
mi: & comme il interrogeait Ton époufe 
fut cette incommodité fubitc & fuiprc- 
aante ; « Eh ! ne devrais-je pas mourir de 
» chagrin , dit-elle , quand vous me mé* 
»> prifcz alTcz^ur accueillir encore celui 
» quevous & moinous avons tant dcrai&ns 
»de haïr; quand, après les plaintes qu'hier 
t je vous ai faites de lui , je vous vois , 
•> pour m'infulrer fans doute , l'accablér 
•> devant moi de vos cateflès î Madame j 
w reprit le Duc, ceflez de m'en dire da 
» mal. Je fais ce que je dois croire fur 
» l'état de "fon cœur. Ne m'en demande* 
•> pas davantage ; mais ni vous ni perfotuift 
vau oionde, ne ifuûiiàcz imiateiiiuit ^ 



ou Contes. €p 

i> lui ôai mon amitié ^ Et Tans amodie 
de céponfe , il Cocût aulTi-côr. 

La Ducbclîe lefla conftcrnée. Après avoir 
eflay^ des rebuts , elle Ce voyait une ri- 
vale ; & pour comble de défefpoit il lui 
était défendu de la connaître & impolTibla 
de s'en venger. Sa jaloufe fiireui: fe le 
promit bien cependant i Si, tiop sûre de , 
la £aible^e qu'avait poor elle Ton maii, 
cUe réfoluc de lui arracher dès le jour 
même ce fecict funeite , la caufc de Coa 
malheur, tt nuit donc , quaiid le Dua 
vint fe placer à fes côtés , elle feignit 
de vouloir fe retirer , comme lï elle eut 
renoncé pour jamais à partager là couche. 
II l'arrêta , & l'embralTant avec tendrelTe , , 
la pria de relier, e' Que vous êtes faux 
"& trompeur, lui dit-elle! Vous affèéic» 
"ici le langage de l'amour; & vous ne. 
» m'aimâtes -jamais. Ix>ng~tems hélas 1 vos 
» proteftations m'ont fSduite : il m'étut 
H fi doux de les croire! Mais qu'aujoutt. 
ud'hui me voilà cruellement déCàbufôe! 
" tk ! comment lui demanda le Duc î — 
n Le Chevaher vous a trompé par des : 
'«.mensonges 1 & vous l'avez cm. Je sa 



Cl4 Fabliaux 

» demamie point 2 les connaître, puirque 
» vous fies léfolu de me les cacher. Mais 
B ce qui me pénètre , c'cft de voir ma, 
■ » tendielTe payée d^in pareil rcwur. Ja— 

■ nuis , vous le làvcz , mon cceur n'a 
B eu aucune penfée , jamais il n'a eu un 
u fecret qu'il ne vous l'ait conffé aullî— 
Btôii Mon feul plaint était d'aller le dé- 
"pofei dans votre ièin 5 & vous , en rc- 
»' tour , vous ne m'annoncez les v&crcs 
nquc pour ro'avenîr qu'ils me £bnt ïn- 
» tecdis „. 

A ces mocs , elle éclata en lôupirs Se 
tii fanglotSi avec une vérité fî furpic- 
nante que le Duc en fat attend ti. « AeJ le 
» amie , lui dit-il , je fens qu'il ne m'cft 
» pas poflible de vivre haï de vous j mais 
» fâchez auffi que fe ne puis , Quts me 
» déshonorer , vous révéler ce que vous 
» exigei de raoî, — Ne rae Tavouei donc 
«•'pas , cher Sire; mais cherchez au moins^ 
» pour me tromper , des prétenes ptus 
»plaufibles. Votre tcndreffc m'a confié 
» fouvcnt des fecrcts bien susemcnr 

■ importants ; le vous favez 6 jjt- 
•jaais je vous ai ouifë un fqwntir. Non 



6 tt C o *r r E s. €j 

to eacoK une fois , ce n'eft pas mon in-' 
■> dî&rétkui que vou& craignez } mais voue 
«cGCttr eft changé, & vous ne m'aîxnez. 
* plus „. 

Les fànglots alors lui coupèrent U voir, 
& les larmes inondèrent fon vîGige. Le 
Duc , pat Ces careflês , chercha en vain - 
à la confolct ; il ne parut qu'augmenter 
fe iloulcurs. " Non , s'écria-t-il , je ne 
•» puis plus r^âfter à vos chagrins ni rien- 
„ avoir de caché pour votre amour. Vour 
„ allex voir julqu'où va pour vous l'excès 
„du mien: maïs aulfi gardei-vous de le' 
„ trahir jamais ; nui vengeance ferait ter- 
„ rîbte , Se je vous préviens qu'il y va' 
„ pour vous de la vie. Voici mes condî-" 
^ tîons i vous iêntez-vous capable deles 
„ accepter î — Oui , je m'y foumets, in-' 
„ grac î puifquc vous croyez la crainte 
„ de ta mort plus puilTante fur moi que 
„ la peut de vous déplaire „. 

Ce langage acheva de (ïduîre Te trop 
iâiblc Due. Amour l'aveuglait ; il oublia. 
là promefle , 8c conta imptudenunent à" 
Il perfide tous les aveux que lui avau 
fiits Agrfane. Il n'ouWia , nt les rcBdez* 



eé F A B 1 I A O £ 

vous âaas le vetget &>at il venait ^&i9> 
témoin lui-même , ni le moyen adroîc dim 
petit chien , ni fur-tout l'amour tendra: 
3e û nièce pour le beau Chevjlîer. 

Chacune de fès paroles était un coup de 
poignard qu'il enfonçait dans le c«cur de 
la Ducheffe. Elle eut la force de diflîmuler 
cependant , & rcnôuvella même pluGeurs 
fois les tcrmeas de dilcrétton qu'elle lot 
avait laits : mais dans Ton amc irritée elle 
CD fiûfaii d'autres bien difércns , & y, 
jurait de mourir ou de ^è vengçi de f» 
rivale. Dès ce moment elle oc s'occupa, 
plus que de ce projet .cnicL Jour & ouic 
elfe y rêva , âc chaque îolUnc de ictaiJ 
fut pour elle un /iede. 

L'occaCoD de la vengeance ne fc pr^, 
|ênta pourtant qu'à la Pentecôte. Le Dtiç^ 
abrs tint une Cour — Pléniere , à laquelle, 
furent invités les grands Seignçurs & les 
ièmmes qualifiées de fes txm. Vftgy ne. 
manqua pas de s'y rendre. A fa vue la 
DHcfaelTe pâlit de tage, tout Ton corps 
fiénût. Elle Te contint cependant , Se fê. 
tesdic même afTez maîtredë de £t co- 
Utc pour aire à à oicce plus de carc^ct 



ou Contes. 9;^ 

encore qu'à fbn ortlinaîrc. Mais afiir 

le dîner , quand les Daines patTcrcnt iua 

ibn appartemeor pour Jâire ou pour ré- 

parec leur toilette >TaQi la iaoTe , die 

les exbortz beaucoup à la gaieté. Puis. 

t'adtcfiâot à Veigy : " Pour tous , belle 

„ nicce > je ne vous y iuTÏK pas , & m'ep, 

M repofc fur votre bel ami Madame , ré-, 

„ pondit laChârdainc avec douceur, j'igDore 

„ deqoiyous voulez me pailer; mais je n'ai 

„ point d'amis que je ne iHUlTe avouer . 

„ 3f qui ne doivent &iic hcHuieur à M<xi-% 

„ {tignenr Bc à iboi. — le le ctois bien ^ 

„ belle rdece ; quand on ed d adroite Se, 

,, qu'on lait lî bien dredêr de petits cbîens . 

„oiipeut n'avouer ^ue ce.i^'oi^vcut,,^ 

Les Dames ne firent pas d'attention à ce, 

dïTcours , puce qu'elles n'y conçii^en^ 

lien ; ec elles Ce rendirent dans ks Meft 

inni commencer les dan&s. - 

- foUt Vçrgy , qut étouffait ic donlevs 

k de hoore , éUe paUk dans une gan^ 

H^ TDcSnc OÙ die le jctta. fut un &[« 

& s'atwidooiia à Cot\ délHpoir , fans s'ap^ 

percevoir mpmc d'une, fcrrance qui ^1^ 

ilpiJlwtâl^SespEawaxs plaintes Bupit, 



Xi Fabliaux 

ics «proches à fon' amant, qu'elle fbop-I 
çotma d'avoir acheté pu une perfidie le 
cœur àe la Ducheâe. " ÏH! feraic-cllc în- 
„ liruite de mon fecret , s'&ria-c-ellc ;. s'il 
,,'116 l'eût aimée plus moi qu'il a trahie î 
„ Il me trompait donc , quanit il rac par- 
„ lait d'amonr.Et moi , ô mon Dieu, voua 
„ fàvez comme je l'aùnais ! Doux ami > 
„ que TOUS al-je &it pour m'abaadonncr 
„8c me trahir aia& i Depuis que je vous 
„ ai aimé , avant m£me de vous aimer ^ 
„ ai-je jamais rien dît on rien pcnfé qui 
f, méritit mie cruauté pueiUe! Dieu m'eut 
„ oSén $c fa gloire Se Ton Paradis , qoc 
H je tes CU& tcfiife , s'il eût &lla 
„ vous peidie, . Vous étiez toate ma ri-- 
„ chefTc , mon bonheur 8c ma joie. Moa 
^, unique plailïi fut la terre , quand je 
„ De pouvois. vous voir-, était de pen£x 
„ à vous ; & 11 mon cani eût pu toti- 
^ JDtus être adoré du voue , je n'euflc 
n^Ius vu id bas auaHi malbcur à craindre;. 
„ Amour , le pouvaii-je croire qu'if m'a- 
,-, bandonneraic ainll , lorfqu'atlîs ï' mes 
n côtés & ferré.dtns fes btas , il mejutaic 
A ^a'il itaîc tout encia. i moi j. M^'iJ, 



o ti C o « T t s. ^9 . 
F> m appdiait h Dame , la maîcreJTe ie 
„ foo ame & de fes jours , & me le di-~ 
„ fait d'an ton fi doui , que je mourrais 
„ de plaifit à l'entenilrc î Je ne croyais . 
„pas alors que Coa cœur pût admetire 
„ ttainc ou courroux pour moi, J'cfpérais 
„ qu'il m'aimerait toute fâ vie , comme 
„ i'ims sûre de l'aimer loute la mienne. 
3, Si la mon fiit venue l'enlever avant 
„ moi , je l'eulTe bientôt fuivi dans la 
„ tombe i & j'eufle préféré le boniieur 
„ d'être enfevelie auprès de hit à la dou- 
„ leur de vivre pour ne plus le voir. Mou- 
„ mns donc , puifqu'il ne vit plus pour " 
„ moi. Le Ciel loucbé de la loyauté de 
„ mon amour, {ne ptetidca eo pitié fans 
B doute. Puiflê-c-il pour toute punition , 
„ (ombict de fes biens l'ingrat qui me ' 
„caufe lamort! Moi, je !a lui pardoimej 
„ «lie m'eft douce de (à main, & je meurs - 
„ uns regret quand je fonge que je l'ai ' 
„ aimé „, A ce^mots les yeux de Vergy 
fe ferment , fk chaleur s'éteint. Elle veut . 
iiçpeDer un inflaat iès forces , pour dire ■ 
adieu ii lôn amant ; & lui tendant les bras 
mjaucû otlc «dt voulu 'le .ferrer unc.^.- 



79 FABIIAUX j 

fois encore , elle tçmbe fm le lit , fom* 
pire Se incurc. 

Agolape igDorùc cnciéiement ce qui Ce 
pafTait auHï près de lui. Il était dans la 
iàlle avec les Dames , oblijgé pax cooi-' 
plaifance de fc prêter aux plaiflis ; mais 
il ne voyait pas celle qu'ainulc uoique— 
ment Ton cceui , & fcs yeux inquiets la 
cherchaient par-tout. Enfin Turpris de fît 
longue abfeace , il en demande des nou< 
Telles au Duc qui le prend par la main* 
2c lui montrant le cabinet , lui dît d'aller 
la chercher. Il y entre avec l'emprelTe- 
ment de l'amom i sc voir , ( quel (peâacle 1 ) 
un corps pâle & làns vie. Il cherche en 
vain à le ranimer par fes bairers j fea 
lèvres ne reoconcrcnt que des lèvres gla« 
. cécï par la mon. La Tuivimie qu'il a^^r- 
^it, & qu'il interroge, lui répète naïve- 
lucot ce qu'elle vient d'enioidre. Trop 
éclairé par cet aveu , il s'écrie ; " O U 
„ plus tendre , la plus loyale Bc la meil^ 
„ leurc deî femmes , pour récompeafe de 
„ tant d'amour je vous ai donc rrahici 
u Se vous feule en avez voulu porter la 
* peine. Mits je vous ferai jultice, S% 



OTj Coûtes. .9t 

^, vrws ferez vengée „. Alors il faîlît une 
i^ée qu'il voit fufpendue à lit inuraiUe , ~ 
3 Ce l'enibnce <lans le cœui, 8c tombe 
eux pieds de Ton amante. 

La TuivaDtc effrayé» court dans la faite 
aveidr le Duc da double malbeut dont 
elle vient d'être ti-moin. Il va confidérer 
ce nifte rpeâacle , devant lequel il rcft« 
immobile. Pois tout-à-coup , armchaot en 
fureur l'ipée qui perçait le ccEut de fon 
miUieureux ami , il retourne vers la Du* 
thclfe. " Te t'avait promis la moit , fi m 
„ me trabilTais , lui dit-il j meurs , tu ne 
„ mérites plus de vivre „. A «s paroles , 
il la poignarde & la fait tomber à fcs 
pieds. De toutes parts s'ileve ui cri pcr-i 
çant , les datifcs celîent , on approche , 
on cft effrayé. Le Duc alors raconte la 
trifte & déplorable aventure de ces i nx 
fidèles .amans. En la contant fes larmes 
coulaient en abondance. Si tout le monde 
pleurait avec lui. Mais qti^nd on vit ap- 
porter les deux corps , on n'enrcndic pliA 
qoe des fanglots. 

Le lendemain il leurfit rendre tons les hon- 
Qcuis fui)el>ics qu'on tend aux SD^vcyôit^ 



->t -F A B L ï A u r 

.Bi leur éleva un licke inaufoUc ilansl^v 
quel il les rcnfetRu tous deux , réunis fous 
■ «ne même combe. Dès qu'il eut fatisfaft 
à ce devoir , il ne fongea plus qu'à ex- 
pier ià-6ace. Dans ce delTcin il prit la 
Croii , fc rendit à la Terre-Sainte , an 
■entra dans l'Ordre du Temple, Mais (âr»s 
ccflê l'idie du malheur dont il avait écc 
]a caufe relia prélcme à Ta mémoire. Tant 
qu'il vécut , tout fon extérieur annonça 
.un chagrin profond; & jamais, depuis la 
more de fon ami^ on ne vit une feule 
fois fes lèvres fourire. 

Quelle fui la fource àe tant de maux? 
une feule imprudence. Soyons donc dif- 
ctecs , puifqu'unc indiTctétion peut a:voir 
de fi tettihles fuites i & par compal&on 
pour nos deux amans .prions Dieu qu'au 
jour du. jugement il Us place à fa droite. 



■ Si tramt espii iam Ut Comes ds la Renie 
Miigiiecicc de Niyvic , t. i > J>- 410 > 

- ■£(' dàas In Hidoitéi iragtjuts de BcUcIb- 



„,,„.., X.ooyk- 



en cR » fait axjft , foui le licre- de Cam< 
VcQc je VcTg/ , un Jfoman in-ii ;ui d eii 
Jeux iiiiioiu. Pour pauvoir doaatr djaa Conti 
wil artaint iiéniut , l' Jiut^àr , qu'on dit (tri 
h Ciimmandeur it Vtgnacowz , y a in/tré hcau- 
»!{! ic faits kijioriquei du règne de Philippe' 
/fùgufiè, & ptujït'urs norni il!k}htiy ifancicnnct, 
ftmitlei dt Bourgogne. JU^ il «JI ies hi^oi- 
ris fui nt comportent qu'une ctrtd'me langultlr i 
& foartnc , en dildyaiâ nînji ùHe attiaurt lou- 
cfmnn^ di fui ilte aie partie il Vimfrtc daai 
fHt rflJitfcepdbU. 

Le Rimait de U Comceffe Je Vei^ i^ in- 
firi dma la BiUiodujuc dt CimpagjUt n 






^4. F A B t I X W X 

l>« Bet- LE BOURGEOIS . D'ABBE VILLE 
LA HOUSSE COOTÉE EN DEUX, 



V_<ïu« à quî la Katute a d^artî quef- 
qo'e^rit, devraient bien , pour amufei 
leur Seignenr , s'eiefccr à mtttre en Ro- 
iiiaijc [«utes les aventures jolies qu'ils ap- 
prennent. Dani un grandchâteauoù chaque 
jour il entre & fort une multitude de geos 
de tous pays , on entend conter mille tî\C-~ 
lorictccs agréables donF an pourrait aifé- 
ment tirer jorD, Ceft ce que faifaicnt nos 
pr^d/cefliurs ; aufli ont-ils laiifé après eur 
une r^puration. Si nous voulons en avoir 
une à not^e tour , fuivons leur exemple 
& ne craignons point la peine; car- il- en 
coûte pour faite de jolies cliofcs. Mais ' 
malhciireuffiinent on ckvient parcflèuï. 
Nos Ménétriers -le contentent de leurs 
vieux Contes , & ne Te piquent plus , 
canune autrefois , de réveiller leurs audi-> | 



„,,„.., X.ooyk- 



O V C O H T E s. 7|' 

•e^ par des nouveinrés. Je vais , mol ^ 
MeffieuFs , vous en donner une j e'cft 
Une aventure arrivée, il y a dix-neuf à 
vingt sus , à UQ riche BOnrgcois d'Ab- 
beville. 

Il jonifTait d'une fbmine aflc7 confiée- 
rable. Mais étant encré en guerre avec 
OBC Ëunille puilTante , la - crainte <]u^ 
tôt d'en cire ëcrafé' lai fil prendre le 
parti de renoncer à- (à ville Se de venir 
l'émblir à Paris avec fa femme Se fou 
fils. Lii il fit liommage au Roi , 8f de- 
vint Jhn kommt. Quelque connailTance 
^'il .avait en fait de négocË , Se dotA ^ 
il profita pour établir un petit com- 
merce , Inî aidèrent encore à augmenter 
Ton pécale. On l'aima bientôt dans le 
quartier , parée qu'il était officieux S: 
honnête. H efl (î aïfé , quand on le vent, 
de fe faire chérit ! oo, n'a befoïn pocfc 
cela que de bonne volonti; fouvciit Q 
n'en conte pïs- ucc obole. 

Le Prud'homme palTa ainfî fcpt ait- 

nées, au bout defquelles Dieo retira à 

lui là femme. II y en avait trente qu'ils 

éuicot unis, usa jamais avoir eu en* 

Ea 



'ffé FABI.IAUT 

ièmble le moindre dîd&emL Le jcoiMt 
homme , pendant ptufienrs jours , psWuc 
û affligé de cène perte que le pcic £è 
vie obligé de le confoler. « Ta nXMa eft 
» morte , lui dic-îl ; c'eft un malhcui 
r> fans remède ; prions Dieu feulcmcxic 
» qu'il lui falTe miréricordc i nos pleurs 
ri ne nous la rendront pas. Moi-même 
» j'irai bientôt la rejoindie, il iànt t'y 
» attendre. A mon âge ou ne doit pitis 
»fe flâner de vivre long-tems. Ccft de 
u toi maintenant , beau fils , que dépencl 
K ma confolation. Tous mes pateos 8c 
^amis font reftés en Pontliieu, je n'ai 
»plus perfonnc icij tâcbe de devenir un 
» joli Tujet ; & A je trouve ude fille Otge 
» & bien née , donc la &mille puiiFc 
■ me fournir une fociété agréable , quel- 
le que dot qu'on me denumde je te la 
■•donnerai, 6c je finirai avec vous deux 
•> mes vieux jours ". 

Or dans la même rue que le Bour- 
geois , Se tout vis-à-vj^ de lui , logeaient 
trois frères , Chevaliers , Gentils-hom- 
mes de père Se de meie 8c tous trois 
eitiiais pour leur vak»x. . I^oîné icak 



OV Contes. yf 
Veuf, & avait une fille. Toute «cne &- 
nulle ^ti pauvre : non qu'elle fûc vi-t « 
lais fômmc ; mais <kns un moment de 
AtatSc ayant été obligée de recourir à 
des ufiiTiers , & l'emprunt , pat l'accioif' 
fenKnt rapide des iniéiêts , étant monté 
à trois mille' livtes , Tes biens fe ttoor 
▼aient eng^s ou faifis (a.). Il ne ref- 
tait gucres au père que la maiCbn qu'il 
lubiiaic EUc était lî bonne qu'il eût 
pu ai(Sment la louer vipgt livrfs. H 
aiuait mieux aimé la vendre : mais il ne 
3c pouvait , parce que c'était un biea 
de là femme qui de droit revenait à la 
Pucelle. 

Le Boufgcoîs alla faire aux trois frères 
la demande de la Demoifelle. Ceux-ci , 
avant de lui répondre , voulurent favoir 
qucUc était fa fortune. " Tant en ar- 
„ gent qu'en effets , répoudit-il , je polTede 
t, quinze cens livres. Tont cela a été aquis 
„ três-Ioyalement. fcn donnerai dès à pré- 
„ fent ia moitié à mon fils , & il aum 
^ l'amrc moitié après ma mort. Beau 
„ Sire , reprirent les frères , ce n'eft 
j, pas 1» ce qu'il nous &ut . Vous pio. 
Eï 



y8 FABtiAox 
H mettez aujoutd'hui de lùflcr à TOCitf 
«, fïU , apr^ vous , une moitU de vos 
(, bicus : & vous le promettez de bonne 
f, foi , nous n'en doutons pas. Mus d'ici 
„ à ce tems-là , il n'a qu'à vous prowlre 
„ envie de vous foire Moine ou Tcm- 
„ plier (hj , vous donnerez alors tout 
„ au Couvent j ic vos pctits-cniiins n'ao- 

Les trois frètes ciîgerent donc que le 
Bourgeois fit, avant de conclure, une 
donation entière de tout ce qil'ÏI polTé' 
dait; ou lïaon.il5'{ê tcfrifaicnt au ma.' 
tiage. Le Bonhomme de Ton côté ne 
voulait point de pareilles conditions ; maÎE 
l'amout paternel l'emportant ta&à , il 7 
confcntit r & en pr^fence de quelques 
témoins qui furent convoqués dans la 
maifon (c), il renonça folemncllement à 
tout , fans fe réferver feulement une maille 
foat déjeuner. Ce fut ainlt qu'il fc mk 
dans la dépendance de fcs cnfans , Se 
qu'il fe donna lui-méroe le coup mortel 
Hélas ! s'il avait fu quel Ibrt lui était 
dcftiné , il n'eut ca gatdc vraiment de 
■rfy dévouct. 



Les deux épou^ curent an fils , qui 
crût ca âge , & qui zmuHiça beau- 
coup d'elprii & >k bonnes qualités. Le 
Vieillard pcodant ce lems vécur unt bien 
qoe idaI à U BwCan. On l'y ToulTTait , 
puce qu'il gagnait encore quelque dioTc 
pu Ton jnduAtie. Mais avec les a^^es 
In in&mîcés f accrurcnc j il fe trouva 
hors d'état de travailler , & sflois on le 
couva incommode. La I>ainc fur-toiu > 
qui était oigunlleufë & fierc , ne pou-' 
vait le TouiFrir. Chaque jour elle mcBa- 
^t de fc retirer , fi on ne le renvoyait j 
k elle pcrfécuta fi Ibrc Ton mari que. 
l'isgrat, oubliant ce qu'il devait à I4 
leconnaifTance & à U nature, vint fi- 
gsîlier à fon nuiheurcux père de cbcr- 
cbtr ailleurs un adc. 

" Beau fils , que me dis-ai , s'écria Iç 
„ Vieillards Qug»! je t'ai donné le âruic 
a de foixaotc années de Tueurs , tu jouis 
„par moi de toutes tes aifet ; & pour 
„réconçeofe m me chaflèsl Veui-tu 
„ donc me punir de t'avoir trop aimé } 
u Au nom de IMeUj cher fils, ne m'ex- 
pSoCes pas à mourir dç £dra. Tu Sxj^ 
■ E4 



Sa Fabliaux 

^ que je ne peua plus mucher : âccortf ç-J 
„ moi dans la maifon quelque coin inu-* 
„ aie. 7e bc tc demande ni un Ut n{ 
j, fcs mets de ra table. Un peu de pùlle 
„ jecc^ fous cet appentis , du pain & <îo 
„ l'eau 'me' fufliront. A mon âge. il &uc 
„ fi peu pour vivre ! Se d'ailleurs , avec 
„ mes infirmités & mes chagrins , je ne 
„ te ftrai pas long-tems à charge Si m 
„ veux &ire f aumône en eipiatioa de 
„ tes pécb^ , eh bien , &is-Ià à ton 
„ perc ; en eft-il une plus juftç ï Cher 
„ fils , rappetle-coi tout ce qu'il iQ'en > 
a coûti de foins pendant trenteans pour 
„ t'ilever } fooge à la bénédfftion que 
i. Dieu promet i eeur qui bonoretont 
„ kî bas teuFs parens ; Se crains qu'it 
„ ne te maudiffe à jamais , Il tu oÇès 
, „ devenir toi-même Iç meurtrier de ton 
„ père „. * 

Ce difcours touchant émut le fils ; mais 
îl allégua l'averHon de là femme , tc 
pour le bien dé la paix il exigea que le 
Vîeillaid fonît. " Hi ! où veux-tu que 
„ j'aille , répondit le Prud'homme ? Des 
^ àrangeis me lecçvront-Us , quand luoçt 



« Ti Contes. St 

ntnopic fiU, me rejette i Sans argent 3c 
„ fans rcrïburccs , il &uc éoac que ic 
„ mandie le pain dont j'ai befoin aujoiîr- 
„ dliui pour ne pas mourir „. En par- 
laoc ainlî , la face du Vieillard était tonte 
baignée de larmes. li prit néanmoins le 
iân>n qui l'aidait à fe feutenir, & fe 
leva , en priant Dieu de pardonner à Coa 
fik Mais avant de fortif il demanda une 
dcmierc grâce. " L'hiver approche . dit-il; 
t,le û Dieu me condamne it ,Tivrc en- 
„ carc iiïTqu'à ce tems , je n'at tien pour 
„ me défendre du froid. La robbe que 
„ je pone eft en lambeaux. En recon- 
^naiflanccde toute celles qu'il m'a &lla 
„te fbutnîr pendant la vie, beau fili> 
„ accorde-m'en une des denpes. Je ne 
„ te demande que h plus mauv|ifc , ccHe 
„ qae tu ne veux plus mettre „. Cette 
légère faveur lui fut encore rcfiifée. La 
femme répondît qu'il n'y avait point à 
la maiTon de robbe pour lui. Il demanda 
au moins Tune des deui couvertures qui 
ferraient pour le cheval ; & le fils . 
TOïaot alors qu'il ne pouvait s'en Aéktf 






Si FABiiAur 

dre, fit fignc au jeune cnfone d'en ap' 
poner une. 

Celui-ci n'avait pu voit fans attcndriC- 
fement les adieux de fon relj3e£tablc 
AïeuL II avait dix ans , Se je vous ai 
déjà dit qu'il ^tait.plein de bonnes qua- 
licës. Il alla prendre à l'écurie la meil- 
leur des houlFcs , qu'il coupa en deux, 
H dont il vint apporter la moitié au Vieil- 
lard. " Tout le nionde veut donc .ma 
•' more , s'écria l'ai'eul en (ângloitani ! 
» J'avais obtenu ce âiblc foulagcmcnt 
» pour ma milire ; & on me l'envie » ! 
Le fils ne put s'cmpécKet de gronder 
l'eniànt d'avoir outrc-patTé fes ordres î 
B Pardon , Sire , répliqua le Jouvenceau j 
» mais j'ai foupçonné que vous vouliez 
■> bientôt fûie mourir votre perc , 6c 
» j'ai voulu Ccconder vos iniencions. L'au- 
to tre moidé de couvemire au refte ne 
' B fera pas perdue : je la garde , .pour 
» vous la donner quand vous ferez de- 
» venu vieux ». 

Ce reproche £ adroit Ira pp a le £li 
coupable,* U Ceaût fçs tons > & fe ptof^ 1 



Or Contes. Sf 

tcmanc aux pieds de fbn perc ca lui de- 
maodapt pardon ,- îl le 6f lenrrer dant 
la maifon , lui mit en main tous (es 
biens , & fe conduifit à fou égard dans 
ht. Cvite aTec Je refpeâ Se' les foios qu'il 
lui devaîu 

Rneacz bien cette hilloicc, vonsao- 
ttcs peies qui avez des en&os à marier. 
Soyez plus lages que celui-ci > & u'allex 
pas , comme ]uî , tous jeaer dans aa 
gouffc dcmt vous oc paumez plus Tor- . 
de Vos cufàns auront pour vous de l'a- 
midé fans doute , Se tous devez le croire : 
mais le plus sûr cependant efl de ne pas 
tous y fier. Qui s'expofe à dépendre dM 
autres s'ezpofc niccSaiiement à bien des 



Se traire iaui U NovcHwro ItalUos* 
t- S' 

Cbet M; l'AbM le Monnicr, ( Fiblçt .p: «t ) 
le JUi mctfaa ptrt i tHSpitd ,fy illià tnoit 

M pn it Jhiipt de ttmt ta ttim iant un pot 
Jtiîtàn. U VieUlard mon, on rnt Jt d//m* 



ta pot ; mai! l'enfant voit U garâtr -pour fis 
Hms où il -miStn! oujjt fia père d t'Hépïrat^ 
Citte r^onfi dure (f ptu rtJfcSafuft du bam~ 
tin fiojus ici, ptrct qu'il rCin rijàhe aucun 
Jien ,- rSi Util ^e dans It RaHina c'cfi lui trtàc 
d'efprit &■ dt /cncJBitnt , ^i rnchflntï , forc* 
Ifi'Û imptchC- de feipt uns mma/aifa a&ion> 

Deatlej Kittoitcs 'PUiCantes de Ingénieurecî 
f. ni, kpifi, giuitiil l'apperiàk gu'oa n'a 
fài! tfgmdi joiïï lui , fait tenir un toffrt 
fu'il préttnd canteair de l'argent icnt p^qu'aj 
lors U n'avait pas twlu parler. | Pi'on , dan* 
fi Cii'Tu.d.U dfis Fil( Ingiiu , a- imité ce ii^ 
ymemem ) . Oa change de con^dce enyert In 
yieillard ; maû à f» mopt on ne troure dont 
fc cqJre qu'une maS^it, mec laie, iafcripctoa 
pli la itXmc à affommer toui pire affe^ paê, 
{^Jl pour fe mettre à la merci de/et enfani^ 

Il y a une Hi/hriette dt tégende, incinJA 
U Bonerd (le Crapaud) , dont lejljet efl U 
ViAnt'jue ethàci^ Un tabaurtur- , ta marUia 
fonfih, lai a donné tavt fin tien , (^ il nt s'tjt 
riSiné , poia fa ful>MP'^f f ■ <:fli' * /" /""" 
tnt, qu'vn petit ch^mp ^'il çomimie d cultiver 
lui-inAnt. Mqit l'igt U matant hors d'éeai is 
K^aiflp- til a, ft^wt 4 U (ornpi^oit. df a 
^î»''t^ di te ndigrir («i (f fi fimniff 



O V ÇONTSS. 9i 

t* aùjtttl tn Tttiur il offre fin chamf. Un 
/sur Ut àaut »i<li» firent mourant ic^iîm^ 
WQ/a thei l'ingrat itmmifr d dîner. Dh jifil 
Ui apperf»ic il ftii enlever les pinw, df lem» 
fiijtmt de groi pain hit. Ut fi rairnt m 
T/learaai. Lui aujprk recommeaci fia dlaer. 
Hais [0ul-ii-rDip un groi crafOui l'ilanct mit 
rtcideiifiaierv ^'v^ àes ^Ifts . & l'vrocie à 
fi leyrt ju'ii mari mite firtur. On vtut vi 
tàn arrfcher. If reptUt , tm nt fiit (u'aaf- 
miattr lu ifiideuri du eoupalle. Il rtcoimait 
fi fifie , V» à Rame pour tit demtndir Cab' 
filurian, (f vient U rlgara. 4l°r) U, crtg^ 
mmbt il lid-mimi. 

Ce Conte , plia iignf_ i'iadufgeaei fin lean- 
foup £autrti jarct qu'tsa mcini la morale en 
t/i beimi , efi donné comme vrai dam le lirtt 
iti Abciileirfe Thom^t Cmtiiapri, Diomûùcaàt 
mi virait »tri lemUitu du ^Ilf* ^ecle. L'jtf. 
ttur préteai m/mi; ta avoir apprii Iti détailt 
d'un défis eonfierei,, Itjutl orgie vu, djit-U,, 
4 P*ri/ U malbeurfioe ayet fin trapaiid- Ptut- " 
dre efi-cf de ce Alpine Jhomi ÎM le Fa- j^^J" 
Hier , taaear du Boiieicl , a tiré fin Conte. Fr, t. 3. 
On ta fi: en ij^o unt pi(ce de ThlStre , P- 'iSi 
fini ti nom du Miwuji ti wi»Ç^ de| «- j^ j',,^ 
Sm insiW A " -F"-, l- 1 i 



Se F A B, l 1 A tl X 

ie Coiae du Ciipaud fe rrourt a^ daBIf 
h Doâtiaal de Sapicnce ,/oi. HKI.P'.. 
Ctlui de la HoaSe coupé: en deux t &é mîx 

PD vers far M. Jmbert. 



JV O TES. 

( a , Ayaat M obligé il recourir à des ujîfr. 
riiri , & l'tmfnmt fsr l'acCToiffemtut rapidm 
des intlràs itna monii à crois mille iines , 
fit bieai fi trourtrem fiijis ). Il a déji été 
pIuQcUcs foii mention dei uAliiers dam lei 
Fabliaux ; & l'Hillokc cft d'accord avec Ici 
Poéiiet dj lemi , fut ceue Épidémie dsfttuc- 

miUïiis gouvernement. Ce furent les Italiens 
qui l'apportetent en France. Exercés au com- 
merce , donc ilc avaient Tuiirei parti pour 
l'enricliii .avant let autrei nationi de l'Eu- 
rope, ils vinrent s'ttahiit da{ii le Ro}'3Uiiie» 
où la poUtiquc aveugle de nos Roii , au lieu 
d'animer l'induttiJe de leurs fujeti ', vendit X 
as étrangers 1* droit de les rançonner. Le» 
villes de leur première téfidence furent Mont^ 
pdliec, Nîmes Bc Cahots ; 8c le nom qne le 
fni^lelcuï donna, celui in Lombarii oa if 



toDCftNTlS. 9; 

CAotrfinit L'amoui défoidooné du gain , 
qu'iorpirc natuTcUcoKiiic le commeicc ijuand 
h probité ne vient fis lui fcrvir de frein , 
poiia les Lombards i^ l'uAirc , commcoii 
iBojea le plui ptonipi ppur gagner. Ils ne 
pfciaïcDi que fui gage , 1 vingt pour cent d'in- . 

ttttt^ &> il au bouc de ûx moii on ne rcii' 
lût poini ion gage , il itiùt perdu. En Ab- 
glcterte ili l'étaient tellement muliiplïci iju'il 
n'r avaii petfonnev i ce gue dit Mach. Pà- 
lii', qui ne teuc dut , fini aiiiat en eicepier -""ir 
le Roi. Par-ioui on les ex commun iaïc . on '' 
lei chaSJùc : maii avec quelques Tomnics dir- 
(rihuéei à pcopoi aux Sâuveiaini , ils iro|i- 
Taîent biemàt le, moyen de Ce faite lappcH^, 
La Coui de Rooie même , qui (e Tctvaii de 
leur minidere pour faire patvenir en Italie 
l'argent qu'elle lirait det Royaumes Chriâtas , - 
lu rouicnaii tacitemeai '*. PluGeuri de nos vil- '' Miirttt 
les ne lougîient pas d'apptendte d'eux , S: Antiq- 
d'exercer i leur imitation ce mÉiie. infime. ^^^'^_ ^ 
Vbilîppe-Augufte accorda en laio aux habi- p, S^tt 
tuu de Cân une chatte par laquelle il s'en- 
gageait à ne lei pourfui*re, pour faii d'u- 
fuie , ni eux, ni leurs cnfaiot > lû leuEs hiri- 
ticts i leui mon. 
tb'i Icf ufnrifu lei pliu nombreux ^ ]e> 



•8 Fabliaox 

flus bibiUt de [OUI , la plus dingeniix efll 
miaie teint , parce qut leur religion le» av- 
wtife i !*iite , ce fureot lei Juiû i & de-Ià 
tint cette b»ine iaccojible qu'on leur por- 
tait , CCI DUlTaccei ^'on en fit plufieutt toit 
' itns cetuinei émoiioni populiiret , cet a(r£cc 

' de profcriprion leadut 6 Touvenc coaic'cux , 
ic CCI ptéïentioni enfin, accompagnéeid'exé- 
ciuiaa 3c de méprit , qui fc font perpituËc* 
en pliiie jufiju'i nom. En i]lf-> un Jiûf 
obdnc du Roi un piivilcgï pouc pt£iet à qaa.- 
ac denieri patilïi pout livie d'ïnièiji par fe- 
maïne. Le Precuceut du Roi s'oppofa i l'en- 
létincnienc de cette conceHion, ne Toulasi; 
accorder que quatre denieri tournoi! > au Iî>il 
de quatre dcnicti patilÏ! ; ce qui eût fiui ua 
quart de diffîtencE. La cauTc fut ptaidie ea 
' pleia Patlemenc > te l'ufuriet conâtmi par 
' ' Chaîfy ^"^' ^""^ '''"' ptlrilege \ Au rclte , cei iatage 
yif de Arrjt n'itabtiQàit point une jurifprudence nou- 
Ch.yl, „Hj_ £^ ijfio, une Ordonnance du Roi 
Jean , ( rcnouvelUc dix ani aprjt par Cbatlet 
" Ord. V) avait d*féadu aiiï Lombardî d'exiger pat 
île f r. t. Icniaine plut de ces quatre deniers ", Soui 
3.p.^?S. Charki VI, lei Juifi obtinrent de pouvoir 
■H-Pd' "^'°" P""^"' ''i* "" l'intérêt de l'intérêt ■". 
^j,^ ■ Enfia , pour moniret Jufqu'oik allait J'aridHfi 



O V COKTÏ». Sj 

U tant cet loupi étiangeii qui fe panagcaicot 
le Royaume afin (Tca dcvorer les habitans , 
il fu^ca de dire que ]tt Juifs a^'^nr pstli à ' 
Philippe-de . Valois une fommc de quatre ce m 
mille francs , les ïniéilcs fc^ifnt mqnics e^ 
«Qèi peu de lems ideuxmilliotu '. AuIIi qu'ai- ' 
iiTa-l-îl ! Le Roi , pour fe libérer , chadà les 

< b . n n'a qu'à roua frtnirt tiane de ttÉU 
fuir* Moine ou Templitr ). la ïÉnÉrarion du 
Knu pouE la ptolcflion mooaRiqus faifdc que 
beaucoup de paiciculie» , & mfme des Fiîn- 
cn, Toiaïeiii finie leuu iovri dan: d;s Ceu-. 
veni. Saii|i Louii lui-mime voulut i^uittet 1^ 
Couronne pout fe fairç Religieux ; & ce ne 
'Jiii que le routage k l'aJreGè Je h Reine 
^U) le ficeni renoncer 4 fon projet< 

{ e , £h préfence de gvtlqutt i/moini ^ fit'. 
tau coiaojiUi itiu la maifon , il Ttnaafa fo- 
IrnmeUfment d rouE ]. A""c u'^Ê' 1"' • 'inlî 
^ue 1: précédent , s'^lùi éubli dans des tei^ an- 
liiientt , quand, ^rtfque pctfonne ne fjrhan^ 
liie , on ftaii obligé d'appellet des cémçiq^ 
(oQt coaftiKi les mirchi) B( les cotitcaô^ 



F. ASIIAU-* 



* DU CHEVALIER 

QUI CONFESSA SA FEMME. 



X Bit 6e Vue , dans le BelSn, éwc 
un ménage qu'on proporait à la ronde 
comme un modèle d'union. Le mari , 
bon chevalier , aimait tellemenc fà 
ftmme , & il avait en elle une Û grande 
o>nfiance , que non-feulemcnt il la laifTaîc 
CK tout maictetTe abfoluc, mais qu'il 
n'eût pas même voulu entreprendre la 
plus petite chofe fans la confulcer. La 
Dame jouiiTaic dans le pays de la meil- 

w 'itwiïmji'' ?""" "»;> ■«*' 

de Ion tourtereau , plulieurs années hcu- 
teufes. Mais tout-à-qoup elle tomba ma* 
Jade alTez fétieurement pour fite allar- 
mée. Elle £[ venir alors Ton Curé à qui 
«Ile^fe confefTa, Se entre les mains du- 
qiiel elle diCpora , en legs pieux , de 
^lu ce qai lui appancuait. Néanmoim , 



„,,„.., X.ooyk- 



O tf C O N T E s. jr, 

K croyant pas app^iunmenc une feule 
ibfoludon futETancc , elle appella foa 
mari : « Cher Sre , lui dit-elle , rendei- 
s moi im fcrvicc. J'ai fouvcnt entendu 
• parler d'im Religieux du Couvent yoi- 

> Un , que tout le monde dit .être un 

> ùint bomioe. Dans l'état où je fuis , 

■ je ferais charmée d'être réconciliée par 

■ loi avec Dieu j envoyez , je vous prie , 
" qudqu'un de vos gens le chercher. Je 
«n'y enverrai point, répondit l'épooz 
> complaifànt ; j'irà moi-même ». Et 
uffi-tôc il mcHiia à cheval , èc Ce rendit 
u Monaftcte- Mais en chemin il fit 
piques réflexions fur cette manie d'un 
ftcond Confeflèur. Tant d'empreflemcnt 
lui in{iiini le dclir d'en connaître le mo- 
tif i Se afin de le lavoir bien sûrement, 
il téfolut de revenir fe préfentcr à I» 
jJicc du Moine. 

Arrivé au Craivent, il alla defcendrc 
àa. le Prieur. Celui-ci , qui ie connaîf- 
liit particulièrement , accourut au devant 
i lui pour le recevoir , Se fît prendre 
Im cheval par un valet. «Je vous al 
)■ me véiitablc obliesidon , lui dît-il p 






t^* . FABtIATJIC 
w d'ètiç venu ainC me furpieodre , entrcK S 
» & puifquc je vous tiens enfin , je vous 
M annonce qu'on ne vous lailTcra pas 
» partît de firôt. Beau Sire , r^ondir le 
n Chevalier , je fuU on ne peut pas plus 
» fenliblc à vocte amiiif ; mais il ne 
» m'eft pas polTiblc d'en profiter. Je re- 
. B parts dans l'inftant , & viens feulement 
"VOUS demander un fcrvicç. J'ai befoin. 
» pour quelques momens , d'une de vos 
« robbes : prétez-la moi , je vous prie , 
•• avec vos bottes & votre cheval. Je 
H reviendrai , avant minuit , vous tendre 
» le tout ". Le Prieur y ■ conTeotit , & 
le Cbevalier Ce revêtant de l'attirail mo- 
naftique retourna fous ce déguifeiqcnl ait 

Afin de n'être pas reconnu , il eut 
foin de n'arriver qu'à la nuit , Se d'a- 
b^îAêr fon chaperon fur les yeux de 
manière à fe cacher le vitàge. Un valet 
vint l'aider à defcendre de cheval , Se Is 
mit entre les mains d'une des fuivantcs 
qui auflt-tôt le conduilît à l'apparte^nent 
de I? malade. II n'y a^ait dans la cham- 
tre d'autre dartd que celle d'une petÛQ 



6 U C O N T ï s. .tft 

iuapc , allumée dans un coin de lu chc 
mînfc, « Madame , dit la Suivante, voîà 
» le Religieux que vous avez rnaud^. 

> Qu'il entre , répondit la femme , 8c 

tj qu'on nous laifle Ah , Sirc , 

" ajonia-t-cUc en s'adrciTant au &uk 
» Moine , qu'il y a long-tems que je dô- 

* fitùs de vou» voir. J'ai grand befoth 
» 4e coofblatîou. AlTéyez-vous , je voUi 
•• en Tuppiie. Ma douce Dame , répartit 
" celui-ci d'une voix contrefaite , «"eft 

• âxc £àgc que de chercher à rentrer 
« eo grâce avec Dieu. Il eft le maître 
" de norre vie , Se peut nous l'ôter à 
■ fon gré. Ayez confiance en fa mifért- 
» ticorde, 8c avouez-lui humblement vus 

> &nte5 ; maïs n'en célez aucune ; car il 
*> cft écrir , vous le favez , qu'un fcul 
•• péché caché fufEt pour tuer l'ame. J'en 
>, ai beaucoup à me reprocher , reprit 
n U malade i je jouis d'imc bonne ré- 
1, potarion , Se n'en fuis guercs digne. 
H Hélas ! quelquefois, pour une fimple 
» étourderie , telle femme eft déshono- 
„ rée , qui ne le méiîre pas auiani que 
I, moL J'ai fouvcnt manqué de fidélité'à 



^4 F A B l I A tr * 

„ fflon mari , & je prie Dieu de me lie ' 

„ partfonner „. 

A ce difcouts vous pouvez vous figurer 
la grimace que iîc le Chevalier (bus (on 
chaperon. " Dame , dit-il , vous avez Cur 
„ un grand péché. Ignorez-vous quels 
„ font vos devoirs î Aviez-vous à vous 
„ plaindre de votre mari ! — Non , Sire } 
„ mais vous trouverez peu de femmes 
„ plus fiJelIes au leur. Quelque beau Se 

' „ qu^que jeune qu'il foit , 00 a plus de 
„ defîrs qu'il n'a d'amour. Souvent même 
„ il eft fî froid & il indifférent qu'il ou- 
j, blîe fes devoirs. L'époufe , dans la 
„ crainte de perdre fon eftirac & de lui 
„ infpirec un foup^on dangereux , n'ofc 
„ {es lui rappeller : & en dépit de toutes- 
„ les ré&lutions qu'elle peut laite , bîen- 
„ tôt la nécelTité la force a un autre 
„ choîi. Et avec qui avcz-vous péchi , 
„ demanda le mari l — Ah ! Sire , voilà 
„ ce qui aggrave ma faute; , & ce qd 
„ dans ce moment me fait trembler pouf 
„ mon falut. C'eft avec le neveu de moa 
„ Seigneur. Je l'aimâis éperdument , & 
u~&uis mone de douleur H je li'avak 



o C o N r E s. ç'f 

.réuflî à m'en iâite aimer. J'en fuij 
enfin venue à bout. Voilà cinq aos 
cnôcrs ^ue nous rivons eoicmbie, 
— Avec le neveu de votre mari ! Qnoîl 
Dame, vous ignoriez donc que cet 
amour eft prefque inceftueux ? '— Je k 
fayais.Site; mais telle eft l-extrÊmité 
où ïiwis fommcs réduites, nous autces 
femmes de qualité, Encourties làns ceffc 
de valets qui efpionnent nos aétions , 
nous femmes obligées , iî nous voulons 
les tromper, de choïfîr pour ami l'homme 
dont iïs doivent Ce défier le moins. Mon 
neveu dtait dans ce cas. Cent fois le jour 
il pouvait entrer & fonir de mon appaf- 
tement, fans que perfonne pût y trou- 
ver à redire ; & j'ai profita de en 
avantage. Souvent même je lui ai faît 
part de la fortune de mon mari ; car 
je me fuis rendue maîtrefTe du Château 
& j'y difpolc de toutï Vient-il dés 
àiangers î C'eft moi feule qu'ils de- 
mandent : ils ne s'informent (èulemcnt 
pas du Seigneur, qui .n'eft rien, & 
que j'ai totalement anéanti. Telles font 
,lcs fcounes. £Ue$ vcolcui toutes d6^ 



fl$ Fa b l I A V X 

„ nùnM î & c^eft un mal , parce qn'teuifc 
'„ natmellement avares , jamais elles Ho 
„ peuvent bien tenir une maifon „. 

Le Clievalier n'en voulut pas favoîr 
avantage. Il enjoignit à la malade unC 
pénitence telle quelle , & retourna porter 
l'habit dû Prieur; après quoi il reviiic 
chei Im j où d'abord U commença par 
" dialTer fon neveu. 

Une criiè heureufè iauva la Dairit 
£n peu de jours elle fut guérie : mais ute 
certain matin qu'elle, venait de dormér 
des ordres à fes gens avec le ton aË- 
folu qu'elle prenait d'ordinaire, l'époiix 
choqué Te levant en fureur , lui dit : ' 
«Qui vous autorife à tani'd'infolenciî, 
j. Madame î Je Tais, il eft vrai, qiie 
>, telle eft la coutume dae femmes, 8C 
„ qu'elles veulent dominer ; mais quatld 
„ ce font des coquines , elles devraieiit 
„ rougir devant tout Is monde & étte 
i, modeftes ,,. 

L'^poUfè ne fit que rire de ce dilcoutt; 
6t de l'air le plus tranquille elle tépon- 
.dit : " Efptit .tentateur que vous êtts, 
y vous croyez qu'oa n'a pas deviné Vos 



OtlCoUTEB! fp ' 

'„ tufès î ta belle fîneflc d'avoir pris on ■ 
„ habit <îe Moine 1 II fallait donc ca 
^ inème lems changer aufli de vois 6c 
„ de vifage. Avouez au moins que je 
„ m'en fuis paiTsblcment vengée. Une 
„ autre à nu place , en vous voyant 
„ foas ce déguircment venir furprcndre 
„ taveu de fes ÉublelTes , vo'us eût peut- 
„ être airachë les deux yeux. Moi j'ai 
„ voulu d'une aune manière toos punir 
j, de voctc ttahiroD. Cependant, Sire, 
,, en m'égayant k vos dépens , j'ai trouvé 
■fi t occafion de vous donner quelques 
y, avis. Votre neveu , par exemple , nout 
„ coûtait beaucoup. Si je vous euflè pto- 
„ pofé de le renvoyer , vous euffiez , lui 
„ & TOUS , bataillé long-tcms. Je me 
„ fuis fervi d'un moyen plus fimpic ; & 
„ dans un inllanc 41 a reçu Ton cong^ 
„ Vous oubliez quelquefois , cher Sire , 
' j, que j'ai certains droit»; & qnoiqu'enu» 
„ nous je ne (bis pas, coimne vous-lc 
„ favez j extrêmement cxigeaniê fur l'ai»- 
„ tiele , encore eft-il bon cependant de 
„ vous les tappeller de tcms en ten». 
^ Enfin vous avez en moi une confiance 
Tom< if: I 

.. C,oo^k\ 



^ ?ABtlAtTX:. 

s, abloluc : |'eû fuis alTutémenc trèi-tt^ 
t, connailTance , & tâcberai toujours de 
„ n'en pas aboyer ; ' maïs ne convient-U 
», pas 4uc ijnelquefbis an moins voiiJ 
„ ayei l'ait de vous mfler de vos aSai* 
,t res î Si vous m'aviez perdue , pat 
», exemple , que devicndricz-vous aujoui' 
„ d'huiî Ce n'cft pas mon int^ifi, c'efl: 
», le vôtre que je conlîdcrc en foat ceci, 
„ parce que , nialgr^ votre épreuve Iiu* 
», miliance , je tous aime toujours. Pour 
„ ma couduice au rcde elle eft irr^rcH 
„ chablc>~ Je puiï hardiment roarcher pat'> 
„ tout la tête haute , la ne crains fous 
,, le ciel ame vivante qui puilTe fe vanicf 
», de pouvoir me foire rougir „, 

Le Chevalier ne pouvait s'empêcher da 
Je rendre à des tairons Ci ptaufibles. Il 
reconnut l'injuftice de lès foupçons , doné 
il dematida humbleqent excufe ; & plein 
-d'admiration pour une femme, fî refpe;:-' 
table , il lui fut encore plus founiis qu'atp 
faravant. Hais quand on lut l'avencuro 
' dans le BdUn , i^ y cm des gcos taaiîsii 
.gai en liniu bcaïuouyt 



ov Contes. 



Dam ht CcDi Kouvcllci nourell» âe la 
Coui de Bour^ogDC, un Ckrraliir rtatriat 
tht\ lui ofrls un Ion; veytgt , tfi Jiirpru Cy 
îrauver dt UvaiJJelUt^detmtubUjjuia'yitaiMia 
pat d fin d/pari. Il vcui fasoir conuntia tout 
ttla ifl ttmi; t'im jour iiftn jm fa fenaaa 
doit aUir à confiée , U ta fe plactr dam le 
fonftffonnui pour l'éctiiiier. Aprii un ceriaia 
naiiliri de ftccadillit , tUe t'acctifi d'aynir tu 
eomnuTct ertç un Ecuytr , a*tc un Chttalwf. 
tf un Prfcri. Lt mari alart jeta imcri^V 
fi fait connaître. Mais ta femme . avec une 
préfence d'efpru aimiratk , lui répand ; n'i-, 
liei-yaus pas Ecuyer quani je ïow ai éfoaféi 
Vaut ius dapuii dtvemi Ckttalitr ^ &• mjin* 
ttnaia nnu voild Prière. 

La Foaaine , {ui a copié (t Came , n'y 4 
fait micun changement. 

DaiU Bocace , uigt femme rigmrenttment 
tuftrmr'e par fia mari jataua , rtue mir m 
Uterti un jtuae hamme qu'elle aime , Er dont 
la maifin n'ejl féparie dt la Reimt qve par. 
lui Tnur. Elle tarife pour cela de dire d fill 
mari gu'ellt voit aUtr d ^effi. Il ra d* 
P^mt fi flgftr ia)u le tonfejfittmal, ClUfti 



- ioo Faïiiatjx 

^accufi i'aimtr un Précrt , çid tomtt Ut JoJtS 
vient ceuclier ercc cil*. %t jaltaia va la laàt 
Jidmna , ettc un poignard , aatit-àrt. dfa porte 
' le prfteniu Brim pour VaSajfimr. Pudant ce 
timi U jruni hamme vient per-dtjjus le loir aa 
rtniri-woui' Enfin épris aroà- attendu inuri- 
Itment ptnfiturs miiti ,iVp«u« acce.Htfafe/nm* 
finjurtt ,6" lui faU cojiniifcre qu'il n'ejl que 
trop infink. fat vnuht roui punir dt voire 
tvriofiti, bii dit-elle ; fai dit que ji couchait 
toucei Us nuiri avec un trctre ; tï f avait rai~ 
fia , pàjqttt vtm l'inex daia et momtni-ld, 

Bandello , t. i , p. dj ijîippoft que le mari 
mjùicmi le Prtert pour entendre par fin moyeu 
la confiffion itfàftmme.b qu'il-lapaignarde 
«nJïuM. Qut l'oit Mirçert en ag^jinatt (y ta 
jdoufitt arrectt dti deux NovtUijlei kaltent ^ 
t,vtc let trais Coniei Franfals ; bf l'an verra , 
camme je Vd déjà iie , avec qatUt vérité les 
tTaâoni fe peigatnt /ans U vouloir. 

Milerpini , t. 1 , p. ift, ^0», yi , a eogji 
Wtrt FatliiuL 



„.,....,-.,C.oogk 



V C o v T E 3. lor 

DU P R ET ïl E 
QUI DIT tA PASSION. 



E" r T X A rr; 



U» 



r Coté de village, fbit ignonnt, 
taébraît POfficc le Vendredi Saint Au 
momcnc qi^il diur conuneacei la Paf- ' 
fion , fon MiiTcl combe & il peid l'cn- 
droic marquée En vain il. lâche de le le- 
tioavcr : if a beaa chercher , beau fêuil' 
Icter toutes les pages Se aller d'un bout 
du livre à l'autre i les foins Coat inuti- 
les. Pendant ce cems les Paioifliens , qui 
n'attendaient que la fin de l'OfEce pour 
aller dîner (aj s'inqKuicaEairat beaucoup 
Os l'imaginaient que le Curé ne s*aBiu- 
ûii malicicufcmcni ainJï que pour les 
£ùre jeûner j^m lon^-cems. Malgré lit 
lÀinteté du lieu , les Villains murmuie- 
(OUjfic ils. giondeiCBt miËiiie fi haatcp 

II. 



JOi F AU K I A V X 

mcnc qiic le Prêtre àémnctrti , ne (»» 
chanc comment Ce tirer d'embarras Et ne 
voulant pas <i'Ù!Ieurs perdre Con oSrandc. 
eommencï les Vêpres du Dimanche, Dixic 
Pomirtus Domna ttuo. Pour ca impofer 
•à fes Paroilïîens , il prononce de_tems ea 
(cms un mot fort haut. Il va ainfi jufqu'i 
MagnijUat & Compiles , afin de leur 
donner le rems de Teoir à TofFrande. En- 
fin , quand elle eft finie , il lè^met à crict 
Barraias dune voix fi tecribie que les 
Vitres Je l'Égiife en tremblent. Les Pay- 
fans aulTi-rât (c jettent à genoux. D'une 
voix. plus forte encore il crie Crmifigt eum. 
Et lous, pénétres de compooiaioti, bai- 
fenc k i«rrc S: fc frappent la poitrine en 
^eurant. Abts il chante , lu^ Mi/pï efi î 
Bi les rcn^çoie chez eux. 

NOTE, 

( a , tti Parvîffeni fùî iCeotni^ia ipit tu 
/« it l'Once peur alltr iher ). Aa défaut 
d'bâilOgEit oq ».r*n ^xt , i ce qu'il Tro. 
bl< 1 i la lin it l'OSK.t , le ptemitr repu âa 
eu joutt de jeâne, Mns la iïûiu &û3ul 
'donc di'ii it Ski baosc bcuK* • 



OB Comtes; k^ 
I.A1 DU BUISSON D'ÉPINE. 



B 



lEN des gcni ne rcgudeot les Lais que 
conune des Fables. J'ai cependant mes 
garans pour toutes les avcncutcs de teoz 
que i'ai fiixs. Elles ont été chantées on 
Bretagfic & ailleurs. On en cwifcire à 
Cviion les originaux ; & c'eft dans cette 
foorce authentique que je vais puifcr en- 
core celle que vous allez euendre , & qiù 
}ufipi'id n'a é^ connue de perfonne. 

En fircugne jailit fiit an Damoiliau 
ftaa Si beau , fik naturel du Roi & xett- 
bernent aimé de Ion perc. La Reine avaic 
d'an premier lit , uoe litle chùmaMc , 
qui étant de mfme âge que le jeiuie Bâche- 
bet fiu élevée avec lui. Toujours enfeai^ 
l>Ie, les deux enËus comraâereni l'oa 
pour l'autre une amitié & grande qu'ils 
ne pODvaioit plus le Ji^iatcr. Pcu-à-peit 
cette amitié devine phis tcndic AinQ'lq 
VcDiNanicc, k kK^uclk i&m,'v\tin* 



3d4 f A t i l À.V T 

tôt ou plus tard , que tout 1 
ob^ide. Au lieu <lc. ces jeux de l'cii£ntce 
qui les avaient tant amufiis , c'étaient dos 
carelTcs. Se des bai(cn ; & déjk , poixr Tes 
Eivourer avec plus de liberté , ils làraient 
tiompet les yeux de leurs furveitUtos. 
Peut-ccte que , s'ils avaient ainJÎ tou)ours 

' caché leur boolieur , ils etdTcnt pu en 
jouir bng-tcRis ; mais Amour Si, jeuncâe 
ConnaiiTent-ils la prudence ? , 

Vn jour que le jeune Prince revenait de 
la cKalTe accablé de &tigue Se de chaleur , 
il fe retira dans une chambce écartée , ic 
ic jctta fut un Uc pour reposer. La Dc- 
œoilëlle, qui ne l'avait point vu de la 
joumée & qui le guéttak impatiemment 
à une fenêtre en attendant fon retoup, 
t'échappa dés qu'elle le vit. Se courut 
aulC-tôt le trouver. £Uc s'a£t à Tes côtés 
fur le lit , eiTuya la fueut de fon vifaga > 
lui bailà la bouche & les yeux , Si enfin 
lui lit de fi douces carcflcs que bientôt le 
Damoifeau oublia (à Kitiguc. 
Mais tout - à ' c«up la porte ^ouviît^ 

' Cétaic la Reine qu'on avait couru avenir 
4c.l'é^iiy^e dt la Prmccflc » Se gùjl 



O XI C N T s 8. toj 
tïnftant même avait volé fur fes pas. Les 
Chroniques dt CarlioD ont oublié de doos 
apprendre & elle foc avertie à tcms. Tout 
ce qu*on y lit , c'cfl qu'après beaucoup 
de repiacbcs & d'injures , la mcrc em- 
menii fa fille ; qu'elle la tint , depuis 
ce ïour , enfermée très - étroitement S SE 
que le Roi fut prié de ikire veiller audi 
de fort pr^ fut U conduite de Ion fils. 

De part Se d'autre les ordres Atreoc 
obfcrvés avec une celle rigueur , qu'il ne 
fat plus poflîble aux deux amans de fe 
rccrouver. Ce fm alors que le jeune Prince 
iè leuentit de fou indilcrérïon j -nuis il 
^taic trop tard , Se il n'y avait plus de re- 
mède. £a vain il rêvait nuit Bc jour auf 
moyens de la réparer & de tromper les 
ilsveillaiis } jamais il ne put y réulfic i 
lettres, tnel&ges, rien ne parvint. 

La PrinrelTe fc trouvait encore plus à 
plaindre que lui ; car outre la doiileuc 
«le rabfence , qui leur étale commune , 
elle avait de phis à fûppoctct des repro- 
cbes journaliers Se de mauvais traicemens. 
Ces nouvelles , qutl avait le chagrin d'ap- 
gteaixe, BùHàaa ibo iiq>plice. II fondait 



io£^ Fabi.iA.uz 

<n lûmes , & enfermé dans Ion appac^ 

tenKot il employait , à ptevei , des joiii^* 

nées eatiercs. Enfin , ipreoanc en haine la. 

tnaifon pacemelle, il réfolcit de la quil»- 

ter, « Siic , dlc-il ufi jour au Roi , je 

M viens vous demandei une grâce , c'eti: 

» de me £ûre Chevalier, 11 y a trop ton^— 

» tems que ma valeur languir à l'ombro 

o de ce palais ; je veux alte^ dans uno 

*i terre étrangère eiTayer mon épéc & 

»> montrer que je fuis digne d'être voctQ 

■■ fits », Le Monarque fcliùta le jeuiiQ 

Prince Tur cette noble téfoludoo. Il lui 

promii de IVrmcr Chevalier dans deux 

jnois ; mais il voulut qu'en attendant cge 

honneur il s'exerçât , pour le mécitex „ 

à Tuivre let Tournois , à garder Ics^Pas— 

d'armes (.a) Si. à courir les aveonirçs , 

qui étaient alTex iréqucntcs dans CoO, 

]R.oyiume. • 

Au terme fixé , le Damoilèau te^t la 
Chevalerie. La journée fe paQà en fêtes. 
ï,e foir, après le féftln, on fie entrer dans 
ja -(aile un Irlvidais qui chanta le Lai 
d'Alix & celui d'Orphée C i ). Les Che- 
valiçn coTiûcc fAilcrçnt d'aitoes «&!):• 



„,,„.., X.ooyk- 



O tr C N T t 's. ÎSf 
tSatOtai chacun les aâions &meufes ac 
rivées dans h Bretagne , 8c dont eux, oit 
Icun pères , ftTaictir été les témoins ou le) 
héros. 

Quelqu'un s"étaiit flvifé de dire qu'au 
Gué du BuilTan d'Épine 11 y avait chaque 
timit , la veille de la^ Saint-Jean , unft 
■veomie célebie 2c qui demandait le plul 
grand coutage » le nouveau Chevalier i 
jalouz de gagner Tes éperons , annonça 
qu'il voulait la tenrer. Son père allarmé ' 
eflàya d'aboril de le àiwvaau: d'un projel 
aufli dangereux ; mats ^uBnd il vit que 
Tes repréfcntàtions écaient-inuiîles , i) l'ci' 
honi» au moins à Te montrer pteux te 
hardi , & pria Dieu de bénîi fbn cntrE' 
jrifci 

■ C«te ïiouvellc, •pandut dans I» châ- 
teau , pa vint bientôt aUï oicîUes ii lA 
Princeffe. Elle ttentbla pour fonaraaTitJ 
ic ne tbilgea plus qu'à s'éîhaft>«' rt jout- 
là , fi elle le pouvait , Coîi pour le détouf» 
bci dii combat , loit pônc (jartager t« 
péril avec lui. Elle y réuflît. Avec le fd» 
cOnrs de Tes draps qu'elle aitacTia le fflacln 
à fa èiatm tae^ W ^ ftb-vetljttDtM 



teH FxBtiAux 

dormaienc encore , elle dcTcenJic êaia t9 
verger Si Ce raidir au Gué du Builjbn. Un 
ïafhut aprOs paroi le Héioj , la lance en 
main & couverr des armes de fa dignité 
nouvelle. Dès qu'il cur appcrçu fa Mie , il 
fe précipita de foa cheval pour voler dans 
Tes bras. Ils s'arrofcrcnt mutuellement de 
larmes , ils fe racontèrent tout ce qu'ifs 
ivaîent foiifFett depuis leur cruelle répara- 
tion, & fe firent tour à tout mille queftions 
qu'à chaque mpracnt ils interrotnpaient pac 
leurs carcJTcs. Mais lout-à-cpiip tax vit 
pataîtte fur l'autre bord de la rivicre ua 
Géant , qui , au Coa ds cor , défia en- 
fcmble tout ce que b Bretagne noorrilTaic 
de braves. Le Cbevalier aufli-tôt s'arrajcha 
' d'encre les bras de là Mie i il s'élance 
fur Cpa cheval,- crai^f fe les âots & mac* 
ciie fié^emenc à foa ennemi. 

Le rifle iit Canit , dans Uqutl , filon tl 
tojbani iCehri , Il Poiii fan mardur tnfim- 
lle It ccurage 6* rtmoar., ne cojttuni plaa 
ga'im Ung récit il pliifieurt combais JiKCtff.fi. 
Us i^oia, r!éa i'imfr^tm jutla Jttuaita dt 
lu Princt£i , ^ , i It tiu in daagtr, tf- 
p-ayit, 



6 il Q o ^ t a* Vt>i^ 

$'>jh pwD- fin emaitt, fait rettacir le riragà 
it fil vns , & ionïtïe f£m(i il douleur, Li 
Chpotitr , irainquear da Géait i rnieK i 
aiti a U ràmmt i h Cour & Tfpà^ 

it» Brnenî oni fait lui Là àt cttxt aren* 
vm, ajoiùt It Peitti (r il> font «ppitU H 
Ui d( l'Ef fnéi 

A^ o r îï À 

t i , fl vàiiuï ^'tt t%«A-f iè j gà'd» ta 
tai-T^mn ). Sent de tombai i Jini Itqud 
ïn brave , lËul où rontmu de quelques lu^ 
ini , tléfeluUii ua paUagc i aa pane . un ilé>i 
Si , CDDiTc lotii ceux qui Venaieai CtwtCta* 
ter, en quelque nomlire qu'ils fuITcnE 

(b. On fit entrer deiu la fille un trtatiiiit, 
jai i^àiÛTi U Làî £Ma celui' S^'Oifhit h' 
ic n'ai pu irooTei ées deux Lais» quî ^aieHË 
cilebtei , '6c doni 'à eft foliTtut fldi dm ^ 

%» ■ 

Tonu ÏV- 8 

,. Cooyk- 



F A B L I A * 



LAI DE GUGEMER. 

C« Came tft enwr* , feloa VAmeur , nn taî 
dd^Breroiu. En *oiri an «trait pliu /tenifu 
p/£ Ici txrr&ti Oriiiiaiivs , Gr dani ICfueZ 
/"ni eonfiryi tçu; rt jui m'a fara miriu*, 
it Vint. 



j\ D tems qu'Ams , SoQTcraîn de la 

Gr2nd%Btetagne , régnait à la fois fur la. 
pecice comme Suzecain , il y eue da;u 
ceUe-<i, parmWes Barons fes Valfaui, 
lin Seigneuï de Aéon qui avait pour Sis 
le Damoifcau le plus beau & le plus ac- 
compli qu'on eût encore vu jufqu'alois 
dans fes deiix Royaumes. Ce 'fils Te nom- 
mait Gugemer. Son perc , quand il le 
vit en âge , l'cnv^sya auprès d'Arnis ; & 
le jeune Héros s'y'diftingua tellcmeîit par 
ùi valeur qu'il mérita d'être armé Che- 
valier jiac les nuiiis de l'itluftic chef de 



XJ C N t ï s. ÏIl 
ia Table Ronde. Mais quoiqu'il n'y eue 
à la Cour, dit l'Auteur, aucune Dame 
oo Pucellc qui ne Ce fût iait honneur "d'être 
la Mie ; qiloiquc même pluJieurs d'entre 
elles lui eiilTcat (ùr cet objet ^t des 
avances , cependant il q'aima point ; ce 
qui , ajoute le PoSte , rabattit étrang»^ 
ment de la haute opinion qu'on avait' 
conçue de lui. 

Revenu cher fon pcrc , tin jour qu'il 
diaffait dans la forêt de Lfon . il bleflc , 
lans le Tavoir, une Fée, méramorphoffic 
en biche. La âêchc aulli - tôt retourne , 
par ffrie, furGugemetj * le Jsleffe lui- 
même à la cuilTc fi violemment qu'il tombe 
de chevaL La biche lui annonce cnfuice 
qu'il eil condamné à foxiFtir des douleurs 
bo'iribles , jufqu'i ce qu'il fc trouve une 
ièmmc dont l'amour, le guérilTe i mais , 
pour fofl "falaire , celle - ci i Ton t^ur 
fouffrira tout ce 'qu'il eft pol1%le à une 
(ënune d'endurer. 

Gugemer , hors d'état de remonter fur 
fon cheval , envoie au château fon valet 
chercher du fecours ; & , en ' attendant » 
it le trame Tur une Aaife au- bord de I* 



su Fabliaux 
mec. Une aonc Fée , ^vorable , 8c eiW 
nemic de la première j le. ptocégcaic. U 
^pcn^ic à t'aacrc fur le ciTfLgc un yûdàau 
â'fbenc , donc lu voiles 8l tes cordages 
fuient de foie Se fui lequel l'or Se Vax~ 
gent brillaient de routes parts. Pouffî pu 
un initinâ fccret , il y monte ; Se Y 
trouve un lit de bois de c^iis , omvetr 
^un drap d'oc , & éclairé pac des torches 
que ruppoctaienr deui candélabres du 
ntême mécaL Pour alToupir le fcnrimenc 
de les fouf&ances , la Fée l'endort. Il 
tombe fut le lit. AufE-tôt.le vailTcau parc 
te le porte aux lleux-od l'artcnd fa gué^ 

Ce lieu était une tour de marbre , dans 
laquelle fe trouvait enfermée une. Ccin- 
ccfic , nommîe I^ogivc , jcUnc & belle 
te ^ufc d'un mari jaloux & vieux ; car 
tti tfi i'arrli d'Amour , qut Ioils Us 
yttiUards fiàcnt jaloux : aii0 Coia U 
monit fe rijouit-il quand il Itur arrive 
eenairt malheur. 

Celui-ci , pour l'éviter , avait pris loat^i 
les précauriofls que fuggcre Ur crainte e» 
fAKil cas, U ns hifiùi au^cit de (â ftoi* 



©u Contes. tif 

tte , lorfque les aiîidres de fcs États l'o- 
bligeaient pour quelque ceins à s'éloigner 
d'elle , qu'une nièce Heyét pu lui , & im 
vieux Piétte gui leur difaic ia mtfft ^ 
Itsfervahs mais qui, indépendammene 
de Ton âge , fe trouvait pai unfc grande 
inibi'niQe hots d'éut d'allarmct un ialoux 
(d). Ce gaidien n'avait pas l'amc d'un geô- 
lier. Bon & compadlTaot au cootiaire , it 
accordait au Ton de fa piifonnicrc quel- 
ques adbudlTenieDs , & lui laiflait fouvent 
la liberté de ftf ptomenci fut le- faprd de 

La tante & la niccc s'y ptomçnatent en- 
ièmble , quand elles apperjurent le vaiC- 
féau magique qui cinglait ycts elles à pleî- 
Des voiles. Un ptemîet mouvement de 
fiayeut les poiw d'aboid à fîiir ; mais n'y 
voyant peifoone , te lalTatécs d'ailleuts 
înEéiieutcmeitt par le pouvoir fecrec de la 
Jéc , elles l'attendirent & curent même 
la curlolîté d'y montet. Elles trouvèrent 
Cugem^ étendu fur le lit oà il doimait 
encore, 'A la pâleur & au làng donc i\ 
{tait coHven , elles le crurent Gins vie. 
Le fore nuUwuteux de ce beau Jeune hom^ 
Gi 

, .. Cooyk- 



114 Fabiiadx 
jne 6nut n&nmoins Nogîve de complu-' 
fioa; Elle lui mit k main fui le cœur , 
& le Centtat bante , clic s'écria : il n'cft 
pas mon. 

A ce cri , le Chevïlier s'éveille , & fc 
fbulere pôiti U lâlacr. Elle lui demande 
quel eft foQ nom , fa patrie ; pai quel 
arc merveilleux il eft venu dans cette terre 
étrangère. Il raconte, fba avenmte; maïs 
jt ne Tait ni où il efl ni comment il s'y 
trouve porté , & prie la Dame d'avtilr 
picid de l'on état, Lalflèt' mourir un fl 
beau Chevalier, quel cœur de roche ca 
eût été capable ! D'un autre cfité , com- 
tnenc fîdre ? où le cacher 1 Le danger prcC 
fait , !c mari était abfent : on ptoporc à 
Gugemêr d'entrer dans la tour, It s'y traî- 
ne , appuyé Hir les deux Dames. Elles lo 
. font coucber , le panîcnt , lui apportent à. 
manger & ne le quittent qu'après s'êtro 
bien affûtées par fa bouche qu'il fouffrc 
moins. En effè^ la Fj!e , Ci proteartec , 
avait verfé fur fâ plaie un baun^c divin 
qui le guérit dans la nuit même ; mais 
foo coeur venait de recevoir une autre 
bleffiirc que- la Princefflç ftulc pouvwt 



O U C O N T E-S. Ilf 

guérir; & celle-ci •l'empËcIia de leçoCet. 

Le lendemain quand Nogive entra , il 
rougii. Nogive rougit aufll de Xon coté ; 
car Amour l'avait blcJTée comme luL 
Néaiunoias elle l'interrogea fur la daté. 
Alors il fît , ea tremblant , l'aveu ^u mal 
nouveau qu'il refleniaic , & Gipplia U 
Princefle de lui tendre une féconde fois 
la vie. Elle répondit avec un fçurite char- 
mani , qu'une maladie auJC récente ne lui 
femblait pas encore capable de pouvoîi 
fallarmer; mais il la prelTa d'un ton lî 
tendre & avec 4es prières Ci toucliantes , 
qu'elle ne put téHdez davantage. Elle (ê 
pencha fur, le lit , comme pour arranger 
la couverture , & l^llâ prcndie à Gagemet 
un doux baifer. ^. 

L'Eieuieus amant paflè ainlî prés de fa 
Mie plus d'un an entjer , comblé des â- 
veurs de l'amour , & ignoré du jaloux. 
Mais il fe rappelle enfin que depuis long- 
tems il vivair éloigné de fon pçtc ; Se il 
vevt retourner auprès de lui. A cette nour 
Telle, ktendteNogivefedéfcfperc. Lar- 
mes , ptiercs , carclTes , elle emploie tout 
pour le rctcoLi. forcée de cooTcatiE à foa 
G4 



îli FABtIAUS! 

fKpait , cHe hi (tonn^uac cdoEore qu*cUa 
yvah aqaéc dMne manière comine d'elle 
ftule i & lui 6k promettre de n'^uftr 
îamab que ccHe «bot la miin pootn la 
dénouer. Gageincr te jure & fert. Mais la 
Fée etucinîe , toujoars acharnée à El 
fcrte ^ amené m ce moment I'4>o<u , qui 
appelle fts garJcs pour le fâtte arréteti 
Le Chevalfcr tes ébatte avec ftin épée , Se 
arrive au nvagc où h Fée , fi pcoiearice ^ 
4vait conduit le varflëau d'éfaciK. li 3bor<le 
kcuFcufbment dans 1^ patrie. Schi pcre ^ 
pour l'y filer, veut lut donner une épouft. 
Gugcmc;tdéc!arcqu'iincprenA-a que celle 
çuî pourra dénouer h ceinniie. Anllî-tôt 
tout te qu'ft y a en Bretagne de veuve» 
^ de fiUes àanaiier viennent tenter l'if 
ventore ; maïs aucune n'en peut rcnît k. 
bout, 

Pendancce tenu , l'informoéc Nogîve y 
chargée de fers , plongée dans un cachot » 
eondamuée an pain & à l'caa, éprouvait 
de la paît de.fôn époux tous Ips tourmcos 
qa'cft ç^ablc d'inventer la- ycmgeauco 
d'un vicilËird cruel S: jaloux. Elle ne Tup* 
port»ie-la vie que pour- pou^ùt fingef-en.. 



„,,„.., X.ooyk- 



^ V C a vt T t s. rxy 

tptc à Gugcmer, Souvent elle tiçitùt foi 
nom , & ne ilemandait au Ciel que le 
plaifir de le revoit Un joor qu'elle fit- ' 
fait ce fouhait, Klut-à^Mup , par la puif- 
iànce de la Fée amie, fcs fers tombent, 
es portes s'ouvrent ; elle fon , & trouvQ 
au rivage lo vaifleau magique , qui la 
conduit en Bretagne dans les États du Roi 
Mériadtis. Le Monarque , ^ris de fit 
beauté , lui patle amour. Elle répond 
qu'elle n'aimera jamais que celui qui pour- 
ra dénouer fà ceinture, IJ l'edaic en vain , 
otnii que toute ik Cour, Dans feipoir de 
trouver quelqu'un qui en vienne à bout', 
il &it publier nn Tournois. Gugemer s'y 
rend. On lu^ parle de i'é^crangetc Se de cette 
ceinture païcille à la lîennc. Il reconnu 
la Mie , & prie Métiadus de la lui léndic, 
ofiiant en lécompenlè au Monarque de 
fe ^re (on Homme-lige & de Je Icrvir 
pendant tipis ans à fcc h^ avec cent Chc> 
Tïlîer^ Mériadus reiufe. Gti;^emer alors 
le dé£e les atqies à la main , 'À Ibrt pour 
fi venger. Tous les Chevaliers étrangers , 
içprouvant la }u(Uce de la demande , 
i: (bu poni. On revient eu fotce 

es 

, .. Cooyk- 



tl^ F A B L I A Tf X 

aiEégcT le Monart^ue , qui dans un aâkut 
cft tué. Peu Je tems après . le mari a le 
niêiiic fon , & Gugemer ^ottfe la veuve. 



NOTE. 

(ajS ne laifaiz auprh it fa fartmt p'wat, 
vieu éievit fur lui. • . . ) Le PoÏie fait ici Ja 
defcriptioD lia la chambre qu'occupait fon hc' 
foïnc. Elle éiaîr peinte en oc, dil-ll; tC oa 
j voyait , tntt'auttcs ftijeis , une Vénus jettec 
'dans te« flammes te lirie qu'i iciit Ovide" 
' poat guérit d'aniout; b dédaiet , arec în- 
dignation , que jamais elle ne favorifEt^t de 
fcs plailîrt ceux qui l'autaieni lu. Cette idée 
rd ingénieuff ; matt efl-ce li le ubleau qu'on 
Jaloux devait làicc leptéfenter ! 



eu CoNTis. 1 
DE M A I M O N. 



£ X T R Jb I 7 



M. 



Iaiuok était valet San Comte. Son 

, tevenant cliez lui apr^ un Toor- 
nais, h rencoutH fur le chemin & lui dc- 
nande où if va. Il répond d'un gtand fâng- 
£oid qu'il va chercher un logement quel- 
que part. « Uo logement , reprend le 
» Comte effrayé t Qu'eft-il donc arrivé 

■ chez moi ï — Rien , Monté îgneur, — 
« Mais quoi encore î — Pasgrand'chofe, 
•• vmisdis-je. Seulement votre chienne 

■ qae vous aimiez tant eft morte. — Con> 
M ment cela i — Votre beau paleiiroi qu'en 
B panGùt dans la cour s'en effiuouché ; il 
■* l'a écrafëe en courant , & il efl allé (ê 

■ jcrtcr dans le puits. ~ Eh ! qui a efEi- 
n rouché le cheval î - C'eft notre Da- 
* moiCèau votre fils , qui eft tombé à Ces 
V pieds duhauid'uoQ fenêtre.— Mon fils* 

G.i 



luo, -Fa » II A V * 

u gr^d Dieu X Où éuî^nt dqnc Ta booM 
" &Ià mère ÎEft-ilblefléï — Oui, Sire» 
» il a ^cé tué' toidc^ Se- quand oq eft 
» Tenu l'apporter à Madame , elle s'cft 
M tellement faific qu'elle eft tombée mon& 
x> aulTi fans gariar. •^ Çoquip ! au lieu de- 
» t'enfile , que d'cs-iu ^li" cheEchet du; 
» fecouis^ou (]ue ne rcft^s- tu au, Chk- 
" teau ï — • if n'en eft ptUs feefàin , Site, 
» Marotte , en gardant Madame , s'eft 
» endormie ; une lomicfc a mis le (en , Se 
» il ne toftc glus tien ■>. 

Ainfi le Comte peryjait à b fois tout ce 
qniluidtait cher , il fc trouvatrrans alîl&i 
& à entendre le butor , les chofés zUaieni 
te mieux dti.moDdc^ 

Ce Ce/i« 4 6^ ni» ài firt. gait- M 



• P C a » T- E s. 



e^ * LA MALEHONTE. p^th», 

gut» 
deCuM 

Ci frifcffju [^ uBt piirç iqùrtpe d/t mou , t« traw 
Jï pico^fliie . ^ jt^ VtaSt fup^imit fant 
t/Jîter , Jî le CaniM dt Ci^Iu n'in trali 
fVié iaat Im, Vfiwint it VAcaHmit dtt 
Stttcs-tinrtt. Il prAtnd , d'qirh Faucha^ 
{id titjaurniniim m^^ qut c'efluaeeri- 
tifUi du Roi d'Ângltierre Henri fil, gifaf 
garemmtnt t.Autaa: .liàmiùe fn, Ett tmi. 



Xl y avut nac coutume cb An^ctOTejt 
jar laquelle le Roi hétittk en pirtic de 
ceux qui meuiaîeqt uns enfiins (a). Ua 
bourgeois , mrttmé Hpnte , écanc au 1k 
de la mort , feic le partage de & lôrtuiuk 
U en laide la moiâé à fa tcmmc y & mec 
fautre inoidé dans i)nç malle qu'il chug« 
im fiçn compère d'aller > apr^ Sha végas^. ' 
leœctK enire les mains du Monarque, Lq 
«ompere J^ tcud i, I-ondios» & awoncQ 



111' Jî A B t 1 A U X. 

qu'il ippottc an Roi la Malle Honte. On 
le chaÏTe d'abord ; mais en&n tout s'cx-^ 
pliquc ; on compteod qu'il veut parler de 
hmal/e de Honte, l-c Roi s'amufc beau- 
coup de Ta balouidiTe , Il lui fait pié£êne 
de ce qu'il apportait. 



if ÙT S, 

-ta , n y aità >nc cauturne m Angtcterrt 
fer lajarUc U Roi haïrait de tout cnm qui 
Bimiraitnc fans t^am ■). Oa [Toute , Air cette 
coutume . Une longue dlOêTiuioa dini le 
fîlollâîre de Su CiDge , au mot Stredtuuh. 






ou C O K T E s. 



t X)U PRÊTRE CRUCIÉIÉ. 



iVlESSiRE Roger, fiiireut Je crucifix 
fort renonUB^ , voyait iôuveot venir chez 
lai lin Pxctre nommé Confiant, Il Toup- 
çonae une intrigue avec fa femme i & afin 
d'en aquérir quelques preuves , il fait 
fcmblant de partir pour la campagne & Te 
met aux aguets. Le Oit ÎI apper^ir le 
Prêtre entrer chez lui. Trop bicnconvaîncii 
''- ce qu'il veut fàvoîr ,■ jl revient frapper 
tnmaître. Conftaotne fait comment échap- 
per. La femme lui dît de fe d&habiller a^l 
plus vite , & d'aller dans l'artelier ft cou- 
cher ., tout QU fut quelque croix , parraï 
les' crucîSi. Mais l'^pouï , après avoif 
Ibupf, paffe dansl'tttelîet à fbn tpur » 
ibus prétexte d'examiner fes ouvrages. Oh , 
©h ! dît-îl , to'ilà un Chtift bicrv indécent 
l'avais sûrefueiit uop bu ^uaod^ai ait 



1%4 Fabliau* 
celui-là. AafG-tôç mon homme , d'un coi^ 
de couteau , corrige l'indécence. Le Prêcrc 
cnfanglancé vcuc s'enfijic. Il cil arrêté j &: 
Kogcr l'oblige encore de payci guioze 
livres pou: ù- ranjpn. 

Si traute djtu Ut Ho*clIc di Fc. Sacchecti i 

Danf Sixaparol«, f'^ d< eoDCcrt arec foi» 
mari qu'ilôt fonnte jout ce teut à un PrAru 
Tandis que ce deraiir fait le crutîjùi , deu» 
Xdigiaiftt rienntia pour cix acliettr vn- Ce- 
bd-ci Itur coavitnc, maii etlti y vouiraiiTit 
flm dt iiçençe. VArtiJle traiot It rantitfa' 
nie. Lt Vrùre tgr^i fi fiute (ma niL.iflt* 
ieax Naittt cWctt <ai miracle. 



n jr a lui aart- Fahliiai , imituli le Forgcte* 
iie Creil , iani lequel certain Pritre flirpit 
far un mari , tjl , comme ici ,' AUtviîfl. Lt 
foêtt , mmmi GautUr , fiait par Jôuiuiter t 

mitti 
Qae fvSTtta aInS iiournii 

Tnlt Ji Prttni d« raere irfi^ 
Qui racrcmeot de Miilige 
TgutiKM i. hoaw ■* t PMI» 






«■ U C O » T E s» lijf 
<Ctluî-f i fi troutt dans Malcrpini , t. x, fi 
149 , JVtl». 9i- 

Pool i^afmt fans Sou^i , f. 134 > areç us 
i/nouenuat agirent. 

Dua Us CcQi KouTclIu nouicUei 4« I4 



„,,„.., X.ooyk- 



■%X<i F A B L I A U « 

-_ 

lirfe. LAI DU PRISONNIER, 
LAI D*IGNAURÉS. 



M. 



i ïssiiuas , je veux vous conter une 
aventure fort étonnante , que ra.vêntpar 
coeui tous les Bretons , Poitevins & Fran- 
çais , fc qui arriva en Bretagne à un Cheva- 
iier. Ignaur^s ^tatt Ton nom. Jamais juT- 
qu'alors on n'avait vu dans ce Royaume, 
peut-être même n'y verxiM-on jamais Pahdm 
plus vaillant S: plus beau. Il était VaiTal d'un 
Comte puilTanc , & avaic pour voifùis dans 
ià Terre douie Gentil hommes , comme 
lui Barons du Comte , & fes Pairs, Ceux- 
d étaient: matiéi tous douze. Ils avaient 
même , dit la 'Chronique , de jolies fem- 
mes. Ignaurès , maîuc de fon cœur , pou- 
vait cboilîr parmi ces Belles celle à qui 
il en ictait iiommagc- Mais pour n'iaa 



„.,....,-.,C.oogk 



O U C O N T E !. Ity 

fK atHoaiiaSé du choix , porté d'ailleurs 
nanircUcmcnt à aimer tout ce qui eft ai- 
mable , il £t à la fois fâ coût aiu douze j 
& bicDtôt, tant fa figure avait de cliar- 
mcs , il obtînt de .routes des ptcuvcs Don 
éqiÛToqacs d'amour. 

Cette midéneuTe intrigue fîit conduite 
de. dt parc avec tant de Tecret &; d'adteffc 
^ue, loin de fc croire onze rivales , il n'y , 
eut uicane des Dames qui ne s'imaginât 
jouir Tetile du bonheur d'éttc aimée. Si 
qudqae lois il lui arrivait de fe fépater 
d'èlics pour aller raérîtei pat fa valeur le, 
prix des Tournois , toutes , fans le (àvoîi*, 
fe difpacaient à l'envi l'honreur de lo 
parct de leur main ; K il n'y paratirait plus 
qu'avec un fafte & une magnificence dont 
ceux qui s'en étonnaient* davaptage ne ■ 
pouvaient deviner la caufe. II mena ainli 
pendant un an , c(«te douce 8c joycufe vie , 
adoré en fecret de fçs douie maîitpffes,. 
Mais l'une d'elles enfin , époufe du Sei- 
gnenr d'Anal , plus éclairée quciesaotiet 
apparemment , ou plus jaloufe , conçut 
qnalqiKs foupp)ns qu'elle néfplut i'éclMl- 



Ii8 Fabiiaux 

Les Dames Te trouvaient toutes rafïèiïi-" 
blées chez elle le jour de S. Jean. Elle 
les mena , fur le Coii , promener dans £(>n 
verger ; & là , aft milieu de ces ^laUka— 
teries & de ces petits jeux qu'oidinàlrcmea c 
fe permettent les femmes quand elles £bnc 
CDir'elles , celle-ci annonça que II chacune 
voulait s'engager par ferment à )a dtfcr^'* 
1 non , elle propoferait un divcitifTemcne 
qui pourrait int^reJTer toute la trouppc 
le ièrmenc fut ^i aufS-tôt , & la Dame 
d'Aria alors parla alnJî • « Douces Da- 
j» mes , nous fommes toutes jeunes , nous 
„' avons un nom , & l'on nous accorde à. 
„ toutes quelques agrémens. Avec ces 
„ avantages on peut , fans préfomption , 
„ Te flatter d'être aimées ; &: probaMc- 
„ ment il n'y en a aucune de nous qui 
„ n'aime à fôn tour. Mais quelle eft celle 
,• qui a le plus bel anmnt î qui doit fa 
„ glorifier d'un meilleur -choix J Voilà ce 
„ que je voudrais comuître , & ce qu'il 
„ ne tient qu'à nous de favoir. Amu&ns-' 
„ nous à cela , puifquc nous fommes 
„ dans un jour de joie. ChoililTons \in 
H ConfclTcv, Nous icons 4 l'iwc api^ 






A U C O N T E s. <ft^ 
n taaae , lui dire noctc Cura , Se cUa 
„ prononcera „. 

Comme os éuit en uain de tire , cetM. 
idée fiiï fôit applaudie. D'une vôiz un^ 
DÏme on, dicnfit pour ConfeiTeut celle qui 
l'avait piopof^. Elle alla donc s'alTeoit: au 
pied d'uD lubrc , & ttlon l'une des femmes 
viaE fc piéfantcTi « Allons , douce Dame , 
„ ouvrez -moi votre cœur, ne ^gui-> 
„ lez rien , & avouez fiauchemcnt quel 
„ eft Toece bel suni> — Dame Pcètre , js 
„ pots le nommer hardiment , puirquc 
„ j'ai Tu lui plaire & que c'eft le Chc> . 
„ valicf le plus redouté 9c le plus beau 
„ de tout le Royaume. Après cela je n'ai 
„ plus befoin de vous nommer Ignaurès »• 
A ce mot , U Dame ConfelTcur changea 
de vifage, Elle eut la force néanmoins de 
cacher fan trouble ) elle icnToya ia rn 
Taie & en appclla une autre. Celle - d 
approcha en (e frappant la poitrine. « Belle 
Il Sœur , CCS lignes de douleur annonccnc 
„ une grande faute : votre choix elf donc 
,, bien blâmable î '-- Point du tout , Dà- 
„ me ; car j'aime le plus courtois , le 
u plus biavc Se te plus accompli des honr . 



IJÔ FABtïÀO* 

„ mes ; & de plus )'ai le bonheur d'en écrc 
„ ahnie », Alors elle Domina de même 
Ignitutès , & je vous laide à penfer quel 
fut le nouvel étonncmcnt du ConiclTeut'i 

Une troijîeme fur appellëc : -c'éadt la 
plus jeune de la trouppe. Elle accourur en 
iâutanc ; & , avant qu'on l'ioterrogeâi , die 
d'an ton fort Icfte : « Mon bel ami n'cfl 
u qu*un lïmpic Clievalier ; mais il ell iî 
» parfait 8c R beau qu'il mériterait d'être 
•= Duc ou Roi ■> ; & elie nomma encore 
Ignaurés. Que vous dirai-) e ? la quameoie, 
la cinquième , toutes les onze enfin firenc 
k mime aveu ; & la Dame-Ccmftflcur , 
qui d'abord avait feilli à crever de jalou- 
fie , finit prcfquc par rite de l'aventure. 

Les conftflions achevées , elle revint au 
cercle ; & la tio'uppe impatiente la prcfla 
de juger." « Il n'en eft pas befoin , répon- 
» dit-elle. Nous avons toutes été ttom- 
» péci, 8c nous aimons le même homme; 
» mais fi vous m'en croyez, ihnefe glo- 
» rifierapâs long-tcms de notre honte , & 
» nous nous vengerons du fcélérat ". Cc 
difcours fit jetter un ai de foreur à l'af- 
femblée. Toutes Ici bouches demandcccDE 



O T# C O N T I s. IJ» 
vtDgeaacei ■• Elle fera aiifli prompte que 
■ sûre , fi vous voulez vous en rapporter 
» à moi, ajouta la Dame d'Ariol, Dès ce 
" foir pcui-^cte , d^s demain au pitis tard , 
u le perfide viendra fans -doute demander à 
» quelqu'une ijc nous les témoignages d'a- 
il mour qu'il a fu nous fiirprendre. S'il s'a- 
" drcflê à moi , je lui donne rendez-vous 
o dans ce verger. J'aurai foin de vous pré- 
» venir auparavant. Vous vous y rendrez 
n avant lui. Dès qu'il feia entré , je fctmfr- 
» rai la ponc & ferai un ligne. Pataiflez 
» alors , Se qu'il ne forte que hors d'érat 
n d'en abufcr d'autres déformais ». Cha- 
cune promit , s'3 venait à elle , d'employer 
la même rufe ; 8c la jaloufie , la cg|pre 
avaient tellement aigri leurs cœurs , qu'el- 
les s'y engagèrent même ^ les plus affreux 
fermens. 

Ignaurès ne favait rien de cette barbate' 
réfotbtion. Le lendemain , ainlî que l'avait 
prévulaDamed'Ariol|il fe rendit che« l'une 
deresniaiire{re5,& voulut, à fon ordinaire 
lui faire qiiclques cardTes. Elle l'arrf ta , 
fous prétexte que fon mari était à la mai- 
touj 8c , comme pou s'en dédommager. 



f(t. ï' A B L J A *X , 

bû donna , Je (bii , aa verger, tin tei^ 
dez-yoïis. Les onie offenfécs fiittnr avct'^ 
des audî-td^ Elles aceoucuient , à Mieur£ 
msuqait , umées de rafoirs & de cou- 
teaux I & Kteadiretit ^ cachées derrière des 
berceaux ou des aibics , que leur Tiâimé 
)patû^ 

}\ vint à ùm tour. Maïs à peine c(l-ii 
tatié que la porte Te fêimC , & que , dans 
Un din d'ŒiI , il fe voit eDn>uré de douze 
femmes en fureur, quî^ le ^r meurtrier cA 
irinaia, lui crient t trdttc, reçois le prix 
des ctrurs déloyaux Si trompeurs^ il pa^ 
taîc étonna d'un pareil accueil ; cepca- 
dant , Tans s'cfFiayet , il taluc ks ennemiesi 
Mm^ la Dame d'Ariol , voulant que ce 
châtiment foit juridique & que le coiqKt-' 
ble hii-m£ni« en reconnatiTe t'eqnîté , de- 
mande la pcrmSflïon de parler. « Ignaurés j 
»■ dit-cflc> tépondex-'nioi! Ne m'avez- 
» TOUS pas proteD:é mille fois qucwou^ 
B m'aimiez? Oui, tna toute belle-, r^- 
•> pondit-il ï Se je vous le jure même cn^ 
D «ore en ce momenti Tù été « & veuî 
» être , iufqu'à la mort , votre ami Se 
» votre Chevalict. f ciâde , fi tous £tcs 
i.roa 



• fbn Chevalier , Tcprit une antre qni 
» énimaic de rAge, comment |}ouvez-vous 
» écre le mien t Vous m'en impoUez donc * 
» quand vous me fùùsT. les mêmes fer- 
» mens ï — Non , douce amie , fut mon 
» honneur je dilàis la vérité. Vous arez 
•> mon œui Se mon ame , & vous l'aurez 
B toute ma vie' ». Une troilieme -ayani 
voulu lui iâire des leprodiet : « & vous 
„ auâïj'belle reine, ajonta-t-^, vous m'^ 
tes plus chete que moi-même. Ou plu- 
tôt , mes cheies amies , vous êtes tou^ 
tes 1] aimables que je vous aime toute*, 
„ & qu'il m'cft impoflîble de vivre lânc 

MelCeois, vous efl-41 arrivé quelque- 
fois de renverfer une luchc! Anffi - tîx. 
vous avez vu un million de mouches mt- 
técs fendre fur vous en bounlonnant , Se 
TOUS menacer de l'aiguillon. Telle iiit 
esaâement la Ctuaticni de l'inlôrtuoé Che- 
valier. II voyut de toutes parts briller ait- 
tour de loi le fer vengeur, & n'cnteo- 
dait que ce cri terrible : " Meurs , cral* 
„ tre. Non , mes tendres amies , s'Âma* 
y c-îl , non je rat noonai fos. Qix>i<iue 
TomtlK H 

. , . Cooyk- 



i^ , p A B 1 I A O X 
,t {àosarmesau milieu 4e vous, je vous 
„ ai été trop cher pour vous, craindre^ 
,j Fuifé-le umé de la lance 8c du haubcn , 
„ je me livrenis avec autant de fécurité 
„ encre vos maios. Néamnoîns , s'il tous 
,', faut mon ûng, je vous le livre. Où 
„ trouverais'jc une mort plus douce î Frap^ 
), pez ; miis au moins que celle de ivous 
„ qui m'a aimé davantage me porte le 
,j premier couti (o) „. 
' Ce dilcouTs touchant du Chevalier fue 
prononcé avec tant de grâce, fes beauï 
yeux en ce moment pâturent aniihés d'un 
feu fî tendre , que le cœur des Dames fut 
défaimé. Les rafoirs tombèrent de leurs 
Mains , & quelques larmes même s'échap^ 
petcQC de leurs yeuT. Mais la Dame d'A' 
riol , qui par Ton efprit avait jufques-lil 
dominé les autres , demanda qu'il im" tôt 
^rmis de propofer un expédient. " Cheva- 
„ lier , dit-elle à I^aurès , tu nous as 
„ toutes trompées , & tu vois , perfide , 
;, que nods t'aimons trop pour ne pas te 
„ pardonner. Mais nous ne voulons plus 
'„ l'ècre. Sans douce que , dans un aufu 
ta grand nombre, il ca eft un< dt nout 



O O C O N T I s. IJJ- 

,t qne ni aimes. Noratne-la ; qu'elle vive 
„ hcureufe 'avec loi-, les autres fe recire- 
„ ront aulTi-tôt. Nous laéricoos bien pci»- 
„ ëric JavofT diacutie un amant fidèle „, 
L'avis fut adopii par les Dames avec 
applaudiflemeut. Elles prcfTêrent le Che- 
valier de prononcer. Il s'en di^fendtc long- 
tems , 8£ protcfta qu'il voulait perfifter à 
les aimer toutes les douze. Mais la Dame 
d'Arioi lui ayant dit d'une voix menaçante, 
en reprenant An couteau ; choiiîs , ou 
meurs j îl r^twfit : *' CrueHc , je dr- 
„ vrais bien vous haïr , vous qui me 
„ privex aujourd'hui de ces Beautés fi 
„ aimables. Mats enfin , puilqu'il fitut y 
„ renonrar Bc fuK un choix , {oyez ma 
„ Mie. C'eft à vous que je donne mon 
„ cccur , 8C je vouï le donne pour tou- 
„ jours „. A ces mots , il k jetta dans 
lés bras pour la b^fcr. Les autres dé- 
darereni que , dès ce tnement , elles re- 
nonçaient à lui ; & elles £e rctirereoc , 
la boBt^ fur le fiont ft la lagç dans le 

«EUT. 

Ignaurès Ait fidèle à fbn {^riaeitt. Il 
M TÛ plus que d Mie nouvelle. Maû j| 

a» . 



*)? FÀtLIAVX 

ne pouviit gucies , uns donner lieu UK 
Ibupçons , s'abftenir d'aller chez lu autres 
qu'il voyaic auparavant , Si. faire cliex 
celle - ci. des vilïces. beaucoup plus &i~ 



La lôn> qui n'a qu'un pcriuîi; 

tttrapée 

EU moulE <&t piifc te eogiauit. 

On fut même , j'ignore comment , ( pat 
la jdmifïc d'une des rivales fans doute ) 
' Tavemure du yerger ; Se un jour que les 
douze maris éaîenc raflcmbL^ chez leur 
Suzeràin, l'un des geai du Château s'i- 
tant mis à rite en les regardant , on lui 
en demanda le fujet. Dans ta crainte d'é- 
prouver leur colère , il refufa de le dite 5 
mais enfin ralTuré par eux : " MeSicuiSa 
„ répondi^il , je ris de vous autres qui 
„ ftes tous douze cnrcgiittés , pat la 
„ m^e main , dans la. confraiiie de Moib< 
„ feigneur S. Atnould. Il yen ■ uo de 
„ TOUS pourtant iàit pour être le chef des 
I, autres „. A ces paroles , les maris of- 
teaCia ùiaâtçta de colctc Us vouliuwt 



p V Contes. ij? 
Ikvoii alors da délateur quel état le aotn 
de leur eimeii^j & le Scigcnt Icut conu 
en détail toute la coa&flnHi du vetgei, 
& le choix qoe le Chevalier avait été 
obligé de ^e de l'une des douze fèiH- 
mes. "^uifqu'il ne Ttcot plus que chcK. 
„ moi, dû leSeigneui d'Ariot, c'eCl moi 
„ &ul que regarde le Coîit de notre v»- 
„ gcancÉ. Je vais ■travailler à vous le U- 
„ vrer , tenez-vous prêts „, 

Le Chevalier , fans allarmcs fur ce pf»- 
Jet cruel qu'il ignorait eatiéiemeni , ac 
nunqua pas , [blon ù coutume , de le 
tendre bientôt chez £t Mie. L'époux , ea- 
Eonné de fatcllttes , l'épiait nuit & jour. 
IVs qu'^ parue , il te fit ùâ&t Se garo»- 
ICI, ac envoya dans linftant avertir les 
autres offénTés. M^ de Gm côté-, la Dame 
d'Aria) dépécha aulli , en toute d^geoce , 
no Exprès aux Dames , pour les inftruîie 
du malheur qui menaçait leur ancien amW 

Quoiqu'elles cnlTent renoncé i lui ■ il 
leur était toujoun également cher. Ptt- 
fonnc encore ne lui avaiE Gtccédé dans leur 
eœur. Eh 1 qui eulTcnt-elles pu aimer , 
tgxii k Elui beau & le plus parfait d« 



•ïjS Fabliaux 
bommes 1 A Con danget , leur stnotr 
fc réveilla. S; toutes, ^ra d'çllsf-mè^ 
jnes, volèrent à Coa Tecouns. 

Il n'cB émt plus tenu. Déjà les mariS: 
flTemblés délibéraient enti;'Eui fui Ion 
fupplicc & leur vengeance. Le pfts furietu^ 
de tous ayant projmft de lui arracher te 
«œui pour le faire manger aux douze cou-- 
pablet , d'une voix munime on adopta cet 
horrible projet Elles furent ùiviiées à 
. dkçr. On ne leur laiflâ voir , peadanc- 
tout le repas , qu'un calme aftèâé : mids 
quand dies fe furent ralTaiîéc; de ce mets 
«bominable , rai eut la barbarie de leur 
annoncer ce qui le cooipofatt. Alors elles 
éclatèrent en iânglots. Toutes , malgré 1% 
ptéfencc de leurs mans , fè tépandirent 
en éloges fur Tamant chéri qu'elles ve* 
éaienc de peidtc. Les unes louaient Ca. yst^. 
leur {^s pareille & la gloire itent il s'était 
«ouvert; les autres fou 4rt de plaire , Ck 
courcoilïe , fa grâce incomparable Si Ces 
yeax amoureux auxquels nul cccui ift 
^pouvait lidûv.. EnËu l'une d'elles a^anç 
(ait vœu dç ne p9S lui fûrvivrç , & , apiâe 



O U C O N T 1 s, ï^9 

«iKune nourriture, les aatrc à TmAant fi. 
tcnt le'mènK fument; & toutes fe rcriterent. 
pour l'exécuter. En v^ des parentes Se 
des amiçs vinrent chercher à ébranler cette 
télôlution par des rq>réfcQtations Se cfci 
prières; perfonnç ne réuflit, Enfermëcs 
dans leur appanement , ces atnantes déteC- 
fêlées s'y livrèrent aux gimiffemens Se 
»ui larmes , jufqu'à ce qu'enfin répuilè- 
ment & la langueur vinrent terminer içi« 
Tore malheureux {i}. 

Le PoëK prie Dieu de tèur accorder m» 
flace dans fou Paradit. Il âtmanii ta nrfme 
gract pow la muitrfj/e qtd t'a tagagé icam* 
pofir fan Lai , fait , filon lui, pour ht pé*i- 
tables amans ; 6- il finit par un long ponrti* 
4t cote Bttie. 



Ce Cvntx a iti mù tn vtjtj jw K 



■ < \ >■ V*iippt\ ; maU mi moins pie eeUt 4x 
MM ^ m'A wni 4<itiiaii$t mt gotui^ pc- 



tjp FABtiAO» 
mûr niip ) On ptfieni que Jean de Hsung ; 
CoDiiituateur du - Roman de U Rofe [ ^u'il 
acheva yen i joo )» Échappa d'un danger pa- 
reil , par une care femblable. Les Dames de 
la Cour , choquËei d'une infitiité de T«n 
qu'il avait iti&éi conice leur fixe daot foa 
Roman , Se en paiticulioi de ceuiE-ïi i 

T(N1U< tta, tettx, aa Cita, 



Kreni, dit- on , complat ilc Fen idiider à 
coQfi de ragfs. Foui cela ellet l'aicitetenc 
nn jovt dam une dct chambrei du Vaiah^Sc 

. d£ji elles ^'appiliaient â le fiiftigpi: , quand. 
mafcrc Jtiiin, &I0D Fauebet > camnwnf a 1 dire : 
«( Jlfu Dam» , ftdfyifiî fâat gue jt reçaba 
il ebajlimtnt, ce dtit ttrt de ceUet fut [ù 
n oSei^iti. Or n.'aijt parlé ffie du mtfchaacea. 
M if nimbai le vauî pi Rei toutes, ItUes.faffM^ 

.' M £r vemuatfei, fartdat , que ciUe. îtiarfvaua 
n fàfefeittira la plus ojginfie , commaice- i 
n me fi^er , comme U fbu ponde pute dft. 
M tautu cellu que foi bUme'at a, Jt n'y t* 
Eut fat ont ^ foalùt arair nofntar àt tomt 
mtaccr , 'ajouK FïodKt i. CE n«î^C AM|E 






O O C 0*N TES. ■ I4t 
Te voudtaii biea Tavoic où Fiuchci a' piû 
c«nc anecdoK , fur laquelle il ne cite aucun 
garant , Bc que Wui uoi Anteuii modcmci 
am lépfiie d'âpre! lui. Le Chevalier de la 
Toui t dan* fou tnfiruâian àjit F}Utt ( qu'il 
Privait en lijj , c'Eft-i-dîte, peu d'aanée* 
apfii la mon de Jean do McuDg , puiCju* 
celui-ci TÎvaic encore , â ce qu'on pcftend, 
(D ijf4 ),hn bien meDÔoii de l'Iiilioire dit* 
pai Faucbct ) mai* il Paiiribue i nn Chera- 
liec , qui ft crouvani uKnac j àf ia mocc fW 
nob fêdimei laloufei qu'il avaic uihiei , 
Rompa ainfi teut colère. Oi G l'aventute tmt 
lÈelleinenE ariir^ 1 Jean , efl-il probable qu'ar 
TecUcilibriliqu'elle devait avoir, la Tour l'eât. 
faoïraifon , pitt£el un iirangcr ! Ne doit-on 
pai ToupçontieT, au coonaire, que le Ronancitc 
Cuirique l'iianr aidrc par fec vert la haine de* 
Damei, quelqu'un, pour cmbeUir l'hiftoire 
de Ta querelle , le Tera plu i m^uc Ibt fan 
compie J'aoecdoie de la ploi pule, qui riel' 
lemeni eft beaucoup plui plaifan» dani fa 
bouche que datu celle du Chevalier volt|e> 
Au Tclte, que ce foit la Tour qui la doive 
A Jean . on fHiHorien de Jean â la Toul , il «ft 
Kidenc qu'fiaai poflcrîeure i Doue Fabliiq j 
^ n'fs eft qu'une iaimîea* 



t41 FabCiAVX 

Daiu ht Ccnio Norcllc Anriche, f. 4oï 
Wni- 3$ , tUi tfi dRriiWe à un Guilldumi 
Btrgiim de Provaut. 9 

£ei AHuiie di BittoIJo ■ p> 47 * Id frftejn 
j^Soiifim BtTtiAi' 

Ç L(i Ficçûc CAvaie d» <yrcilî Auioiî, 
Jp-s*. ■ . 

^ £e le Tiifoi ia Réciiadoiu , p. BS , Ol 
CSMiJon GoaneHa. 
Les Contu du Henc (J'OuriU» [ ai Poât, 

(b) Ce Conte > iii fut probiblcmcnt fut 
Il fin dit XII' lï^cle, 6c avinc que U Poicoit 
•(U itÉ leptis par Philîppe-Aug«ftt fur i'Aii- 
yletcirc, puifque', i»a> Ici piemiccEt Hgnei, 
I«t Fiançais y fonc dillingués 4<:s PoÎLsviiu^ 
Or, c'en ï{rî ce.mimï lems qu'une vieille 
Chronique t que .dît ivoir poûèdie Fauchée ^ 
place l'aventure 11 connue de ce Raoul, Chl- 
ttlain de Coud , le fi£ros ^ deux Tragidiei 
■noderiKi. fileHé i^oitellemem au (icge d'Acr* 
en it$i 1 il chargea fou Ecuycr , dit la Chro- 
nique, de porccr apc^ fa moïc fon cqur à 1* 
Dame de Fayel qu'il aiiiiaii. Lïcuyer arriré 
en France fut fuipiii par l'époujt. Celui-ci 
. prït le cour , Se le Ac mangei i fa ftmme , 
^ui iitftn^ie if Sm W^bfmtJiata de ne^lu* 



t> V C 6 H t * ii i^ 

frcndic de oouiiiturc , & Te lûlTa mouttc da 

' On a Fait anciennemeiic de cËtic biftoin an 
Roman qu'on iio are manufcrh â la Biblio'; 
thcijue du Roi. Du B:IIoi , qui i touJu prau- 
rcc l'auilientieiiï de l'aaecdoie. Se qui a ttit 
i ce fujcc Uae diUêtiaiioD , ïiie en pieuve cd 
Roman , dont il donne mime un exttuu 
Tiompé par la 'dace iiiS , qu'une main mo*' 
deroE*! mile en iJK de l'ouTUge , il le n^ 
garde comme-compoTé vert ce lemt-iâ; quoi- 
que r£cri[ure Toit du XVi ûccle , ou tout an 
plui de U fin du XIV^. Mail le miBûfciii fûc^ 
il , ainli que je le croicaii volontiêr^, la copie 
d'un manufcrii plu) ancien , il ne pcoUTCtlJE 
pai davaniage. J'ai lu ce Fol'ms avec anen- 
Hon } & t'oft aflurer mes Lefieuci que e'efl 
lin viAÏ Roman , daa: loute }*éceadue de la 
fignilïcaiion que noUi donnètu aujourd'hui A 
ce mot. De vingt pieuve: que je pollnais ta, 
alUguir, une Tufliu, parce qu'elle eft fans 
riplique ; c'en h témoignage de l'Anteui lui- 
mtme , qui au contmcncemenc de Ton Pot'me; 
dit deux foii (brmcllemenc que c^eft un 
conte . un conte qu'il imagine pour réjouir. 

L'-biHoiit dit Tionladaun tSn un Mn# 



X44 Fabliau^ 

taetu pareil i celui du Cbîcelahi de Coucî| 
le > es qu'il ùuK bien icmacquer , l'eft co- 
ton ytu la fin dit XII> Ccclc. Chet le Pot'te 
ptoveofil, Raymond de Cadcl'RoiilIilloii ; 
{alouxde CoaEçujei Cabcftiing, l'igotget il lui 
«rtache le cvur qu'il Ëùc ippt{ici& fcrvic i fafcm- 
BK } Be c«lle-ci jure de mime de ne plui mangera 

AlTurimeni on ne peut niei que tes deus 
■re'niurn ee reûembltnt paifiiremem À telle 
qu'on vient de lïie dans !e Fabliau. Malf^uand 
on tbaje enfuit: qu'elles' fonc priciCËmeni du 
mtme rcmi, d que dant toutes les deuK fur-touc 
fe ttbure, comme dans le CoBie. le wu Gnguliet 
de (é laiflei mourir de .faim , oncftbieik lenti 
de foup^onnet (ju'elles viennent toutes deux 
d'une mime foutce. 

Ce n'elt pat la picoùeu (bis que l'ignorance 
du tenu & le spût pour le mervcitlcux ont 
convenî en faits biftoriquti les fiâions de 
Bol Romancieci. Je n'en citetai pour eiempla 
que le chien de Moatatgii , dont j'ai dc^ pailâ 
f tic.Uemmcntt C'eft ainlî que les L^gendaicet 
pout lendie plus tecommandable le Saici donc 
Ut fctivaieni la vie, lui ptEtiieot dès aâioni 
te des niiacles incrojrablu. . 

On prétend que la fcene d'hotreue dont il a 
ilt Ûi[ ici sKuisft^'fft fCASHTd!" en Ef^a^ne 

ÀUf 

.. Cooyk- 



e V Comte». ï4f 

Ibiu Charies II , k qa'ua ccrcxin Macqnîï d'Ali 
toigai mangcl auQi , ftiu le favoir , le cdui dé 
fa malirtUc , que fa femme jaloulc avait igoc 
gEc eHe-mfmtr. Je laiQf Bulc AatTDpofbafc* 
b plaifii de prouver la vériié de ces abomiai-Oi . 
tiooi dégo'ûcj'ncês. Pour moi j'iiiûe i ccoir* 
'qu'elles d'ooi exiAé chci dous que dam le Lai 
2'lgni^réi ', oi l'on peut les eïcu'fcc Ibui ci. 
qu'en a lu jurqu'ici dfmontrf que ce n'inienf 
pat là les mauit it la Nation. Dudielàe aft 
moini . D, Dupleflîs tc l'Aiontte , malg:f 
I*au[ori(é de faiichet ii de ï» Chronique , oui 
ttgUtit l'ïveilmn du Ctiiiélain de Couci comk 
lue û peu pioulïe ^u'ili n'cit parlent pais ilint 
la gf analogie qu'ilc ont donoèeile aac Miifon 

Phrafque , dias fit Triomphes d'Amour ^ 
tût l'hijlein de C^tfisingi 

Bicace en a esmpgji unt ifltriUe, id'lptît 
f« qu'en râconuient lei Poè'iel fcovenfiuK { 

ftCONDO <:hI HAÏONTAHO I FlLOVIHZAtlf ' 

tfoii caaaitt-dt ciltt-à , 11 en b fait atcart unà 
tutre ioia le héros tft Tarandt , friittt dt 
talernt ; UjatUt difite de it pnmiere , tit 
rt pic le œuf ici tfi celui d'un amant fii< 
TaHertdt'a'fiTfrit ckexfafilU. hvrfyt'tn fera 
nn recuâii de Contci polir lei Ciomihiâei, il 
fatira hienfi a^dtr i'outlitr enw-ci. 
. TomttK t 



t^6 F A B L I A U X 

LA VESSIE DU CURÉ. 



J\tl Bcu &s hhles Se îles meofonges 
que d'auciu vous débitent, je vais moi , 
Meflicuts , vous dire l'iùftoite dlio cet- 
uin Cuté piès d'Aflvcis. 

SaCitrc était afTcz bonne; & d'ailleui9 - 
au lieu de manger , comme bien d'autres ^ 
tout Ion revenu , il eut pendant' long- 
tcms le bon clptit d'^onomifct j de forte 
qu'à 11 fin il fè trouva fort riche. M^îs 
la mort , qui n'épargne petfonne , ni S.oi't. 
DÎ Duc , vint le chercher pour làire , te 
grand voyage. II. devint hidtopique. De 
'tous les Médecins qu'il condilia aucun ne 
lui ayant donué d'efpétance , il prit £Ôr. 
parti , dilpofa en cciivres pies de oour ce 
qui lui içpartenait ^ Tans en excepter ni 
- un pot ni une fervicttc ; & ^rés avoir 
ùnll fait lès arrangemens Se mis ^à conf^ 
cicDce en repCM , il aç fbngea jJus qu'à 
bien mouir. 



„.,....,-.,C.oogk 



o-w G 6 V r t. t. t^f 

Dans ccne i^conftaace , arrivèrent Viaa 
Louis Bi Frère Simon , deux Dominicains 
d'Anvers, qui avucnt pifché dans le voi-* 
finage & qui d» tems en tenu paffaicnc 
cha le Cuié. Us comptaient y trouver ' 
à l'otdinaiie bon accueil & bon gîte : maïs 
pour cette ibis il ^ut aller chercher à 
dîner plus loùi. Ccpeadaat ils demandèrent 
des nouvelles du malade , ils le queftion- 
ncienc Tur Ton étx , lui tâterent les mainst 
les jambes , le corps ; Se d'un air de corn- 
palCon convinrent qu'il avait trop atten- 
du, & que le nul était crû à untclpoÎQC 
qu'il devenait impol&bk de l'aTrftei - 
] Comme ils aHaicnr fonû , ik'&eoc 
ii?ftexi<ai que te C\ai aytat ietyonmiCi 
pendant toute iâ vie j il. dcraÏLamài dao« 
Coa coffre beaucoup d'argeBr:;.>aLift loir- 
mercat le i)i(^,d«.,Iui an-ffcaBnoeéi quel? 
que chofe.. « Nhus avons brfoin de vtfegs 
» livres ppui awc KbUorheil^ , Te dï- 
B ten^iI£. Si nous pouvions ]c« SOaanitX 
» ce boiifE , riouG térionï iita. JVfiix pa£ 
» le Prieur :dj«.€oD<refH»'Cea:p idée Ibuii 
[^ Il fod qii'it» léfaWein dclaiscctte 
\ exécvriou i, Sl aa.cWËqueiKe. fcufc 



M pABttAVr 

IjOtiis, comme le plas beau parleai ici 

deux , fe chargea de l'entreprifc. 

Il fa rapprocha dMK du malade ; fie 
d'abord , avec le langage onâocnz de la 
d^odoa , commenta par lui parler de la 
ntoit i puis l'exhorta à fongcr au falut Att 
Coa ame & far-tout à racheter les péchés 
par raumôflC' « Je nfen fuis déjà occupé , 
„ r^KHidit le meunuit. Des chofes dont 
„ je puis difpofêr ici , tl n'y en a aucune 
„ que je n'aie donnée pour l'amour de 
„ de Dieu i 8c tout , fufqu'au lie où voua 
„ me voyez fouftir , a fa deltinadon. 
„ Quoi ! Sire , vous avez tout donné ^ 
„ s'écria le Moine furprîs î Mais ûvez- 
t, vous que ce n'ell pas a/Tez de faire 
„ l'aumône , fie que , pour plaire à Dieu , 
- „ il &UI encore , félon l'exprcffion de 
„ l'Écrtnitc , czamincr comment on U 
„ &it. Je ne pouvais guetcs ittc ttonqter^ 
„ répliqua le Curé. Ce village m'a nourtî 
„ 7u(qu'à préfent, je lailTc à fes pauvres 
„ maproviion de blé qui peut- bien valcnr 
„ dix livres. Py ai des parens dans le be- 
„ fois , je leur d«anc mes vaches fie mes 
H troupeaux. Je n'aipoini oublié les or- 



9U CONTIS. H^ 

{, pfaelint ni les infirmes s enfin les Bi- 
„ giÙDCs (a) ont un legi , & les Cotde- 
», li«^ cent fijus. Ces difpofitîons font 
„ fort édifiantes itlTurémcnt , reprit le 7ar- 
ft cobin ii) ; mais nos bons Pcres , Sîre , 
f, vous les avez donc oubliés t un Cou' 
„ TCnr ten^Ii ie tant de faints Religjeux, 
„ qui jeûnent Guis celTc , qui ne ponent 
„ point de linge. Se qui tous les jouis 
„ plient le Seî^eur pour vous l Ab ! mon 
„ frerç , Dieu ne vous fen point mîTéri.- 

Le Prêtre , un peu étonné de ce difconts, 
répondit qu'il était au déferpoîr de s'être 
tant pFeCé ; mais que mttibeureufenicnt ît 
n*éiait plus en Ion pouvoir de réparer (à 
&ute i qu'il ne lui refiait plus iten il dot»- 
net , pas un denier , pas lin grain de blé. 
I.CS deui Moines revinrebr à la ''charge. 
Xy propoferent de réformer le teftament , 
jft de changer la difpofidon de quelques- 
nfis des legs , pour les leur appliquer. A 
Jçs ctKcndre, c'était la meilleure, aumône 
que put f^ire en fon état le malade ; tc 
en la lui fuggérant ils fongeaient moins , 
difi^çnt ilsa i Û déuc^e de leur Monafterej, 



Jjo F A B t 1 A U tf 

quelque preffantc qu'elle fflc , qu'à l'inrf- 
céc tendre que leui intpirait le ùlat àe 
Ibo ame. 

Cène avîdici impudente & fi peu ekiir 
tienne indign» le Cm*- Il téfolut d'en 
punir les deux caf&ids , Bc , avant de 
mourir', de divenir à leurs dépens les 
Bourgeois d'Anvers. « Beaux Frères , leur 
„ dit-il après avoir feinc de révcr un mo- 
„ ment, il me refte bien encore , je l'a- 
„ voue , un joyau prédem dont je ne 
„ vous ai point parlé ; mais pour celui-â> 
„ il ra'eft impoHible de m'en defTaific 
„ avant ma mon : & , tout déferpéré 
„ qu'eft mon ëtai, m'en offrît -on dans 
„ le moment cent marcs d'or , je ne pour- 
ri rais me rifouikc à le céder, je veux au 
„ moins vous le iailTer après moi ; & je 
„ remercie Dieu de vous avoir envoyés 
„ ici , taudis que je vis edcore , pour Ae 
„ fournit l'occafion de (aire une II bonne 
„ œuvre. Que votre Prieur vienne de- 
„ main , je lui en ferai la donation Co- 
f, IcmneUe,,. 

les Moines enchantés partirent aul&v 
(ôb Tout en urivant sa Mooallere , îk 



o tJ ,C o N T I s. lyr 
it afTembler le Chapitre , où iU an- 
II le coup de maicre que leur zele 
adroit venait d'opérer; & ils demandctcnc 
que, pour célébicr cette bonne ibmme, 
il y eût , le foir , ifgal aa réfeâoiie. La 
demaiide fut re^ue avec les plus gtauds 
applaudiCememens , Se palTa coût d'une 
Toii. I^ Prieur envoya aciiecer flans Se 
^tés. Au lieu du vin ordinaire de la dé- 
peoCc^ il fit fervir tout ce qu'il y avait de 
meilleui daos la ville en vins vieux Bc 
nouveaux. On chanta, on but, on trin- 
qua à l'Hidropique S: au Frère Louis , qui, 
Kjut glorieux des fiiccès de fon éloquence , 
fiiiMZ des eflbrts pour aSêâer une conte- 
nance modelle. 

Pendant ce rems , toutes les doches de 
féglife fontmaient en branle , comme fi 
îon y eût apporté le corps d'un 5aini; 
Les vcnlins, étourdis , fe demandaient les 
uns aux autres quelle fête 'on célébrait 
le lendemain au Couvent. Enfin , au mi- 
lieii de cette Gûnic or^e cependant , Freri 
Louis , en politique coufommé que les 
pkifîrs & la gloire ne détournent pas de 
Bta delTcin, icmit la convïTlTation fur le 
l4 
, .. Cooyk- 



tfX F A I I I J. U ï, 

)oyau , Be propoGi Jejaminet ce qu'il 3^ 
«vait lie mieux à Bute pour le voyagç 
il lendenuiD. Pour lui , jaloux de l'hon- 
neuf achever fcul fan projet , il Bic 
ifavis que firc Prieur ne fc donnât pas 
la peine d'aller au village j & il t^ic d'y 
jotounict avoc ïteK Cilles , fierc Guil-^ 
laume , Freie NiccJe & Ii«[c Robfit. Oa 
le laillâ maître abrolu de conduire cette 
ftlFaire à Ton gié. Lç vin 8c la }oic a^^ùenc 
même tellomeac échauffa les tètes , que 
quelque chofe qu'il lui eût plu de propo-. 
lëi, on y auiait a^^laudi égilemenc^ 

Le lendemain , dès qu'il fut jout , Icft 
cinq Compagnons patiirenc , fi: ils ne- 
£rent qu'une couife jufqu'au village ; tant 
îh daignaient d'arriver trop tard Se de 
trouver leCuïé mort. Tk le-lâluetent dé-. 
votieuTcmcnt au nom de Notre-Scigacur , 
le lui demanderez s'il ne fe fcniaic pas un 
peu foulage. " Hilas ! non , beaui Frètes , 
„ r^poodit'îl. Mon bemo s'apptoclie ;, 
„ mais foyes les bien-venus. Je n'ai pas, 
., oïdilié la promena que je fis hier au 
„ Frerc Louis. Que quelqu'un de vous 
ft ^Ç à U ville i il fer^ bon d'ap^ci^ec^ 






ov Courts, ifj 

„ kî le Maire & Jes£chevifit, afin qu'ils 
„ puïïeat; lèrvir de témoùis , &- qae per- 
„ fonne ne vous contelle le don que Je 
„ TOUS deftmc „, 

C'était là une noiftelle malice de £i 
fan pout les dûie. cronei encore. Les 
cinq Moines , tout fiimans de fueui , 
ùcaienc prefque la langue comme un Ic- 
Trier qui a chaffé tout le jour. Frère Gîl- 
• les Si. Iiere Robert néanmoins pioporereat 
de retourner à Anvers ; & malgré leiK 
&tîguc , ils tecommencereni leur coutfë. 
IpSa , ftu bout de quelques heures . ils 
amencrent les MâgiUrais^ 

Le Curé , {âluant ces Officiers Se les 
priant de s'alfeoii: , leur adrefla ces pa- 
roles : •■ Seigneurs & amis, j'étais hier» 
„ ainfi que vous lAe voyez , gilTaaî (ùr 
„ ce lit de douleur , quiu>d Fiere Louis . > 
„ que voilà , eH venu avec un de tes 
„ confities loger chez moi. En digne 
„ Frcre Prêcheur il m'a eihorté à la mort . 
„ & fur-tout à £iin: quelque legs à foa 
„ couvent pout racheter mes péchés. Ta- 
„ vais eu l'imprudence de dilTpofet de tout. 
tàli m'a r^iérçti^ « par zcie pooE noa- 

li 



«54 Fabliaux 
„ ilàlut, que fi je ne lent donnais qnA- 
„ que chofe , Diea ne me ferait aucune 
„ miféikorde CO > ^ ™o' » ^^ Chrétien 
„ qui ne veuï pas être placé parmi les 
„ boucs, je me fuis rappelle hcuteufè- 
„ ment que j'avais eqcote un joyau dont 
*> )c pouvais les gratifier. Je déclare donc 
„ en TQirc piéfence , doux Seigneurs , 
„ que je le leuc abandonne dès ce mo- 
„ ment en toute propriété , & que mon ' 
M intencioa elt qu'ils en jouilTeat auflî-tôt 
„ après ma mort,, . 

Les Moines ne làvaienc trop que penfer 
de ce difcours , moitié fiirieui , mftitié iro- 
nique. Ils fèigniccnt pourtant de n'avoir 
poinr Tenti b leçon i Se Frère Louis , 
l'orateur de la bande , preJTa le moribond 
4e déclarer enfin aux Magillrats quel était 
ce joyau. „ Chers Sçigncuis , répliqua le 
„ Curé , c'efl ma veffie , dont je leur 
CBoDtfer j, conlèillc de feire une aumôniett * pour 
„ aller quêter des [ùcceâion& Ma. maladie 
„ adûlareodreaii^le & Iarge.£l!e pourra 
.„ cqncenii beaucoop , & je ionhaite qu'Us 
at la templiiTénc „. 
. A ces jnocs , t09t.ce tpi'il j srm cTaf^ 



o B Comtes." ijf 

ttbms ^s IsL chambre , MagiltRUS & 
Bucres, fe mir à rite tfnnc telle fiwcc , 
que les Frètes , confits , Ce fàuverent en 
Duudiflànt Frère Lonîs & Ton éloquence, 
Vous dire ce qui lui anîva au recour , c'cll 
' ce que j'ignore. Tout ce que je Jais , t^eft 
que l'avenmtc fut bientôt t^andue dans 
la ville , Si que pendant lotig-tcms aucun 
Jacobin n'ofà s'y montret. On me la conu 
lotrque j'y palTai ; 3c elle me parut tî plai- 
ùare que je k mis auffi-tôt en Romane. 



Ce ufiamau ivrUfjut ff dérifaire efi eu- 
tvre mu dt ett pttifaiatriu étta on fini c#ra- 
ftnut^tnt honneur d Jtan ie Mimig. Faaehtt 
lahà A attrïMi , d'aprtt uae Chraaiqui SA^ 
guitiint,' £r noi Compiltttws ojitcioners , jim- 
fh tgaoraia tf arnowaix dt là fingulariti , 
font tofUt , fans e»gjntit , iTâprli F^chtt. 
Jean , fihit ttlid-cî , avait ,par fin tefiamtiit , 
'tfgui eux Jacobîiu dt Farit dt» cojp-ri pi'H 
- £fàt TtTifirmtT toute fa fonmt i mail c'itaii'i 
. condition 511*111 ciUbreréem un firrice poUr 
'le rtpot le fia amt , fr jn'iï» ne lu auvririteiit 
^^U II finie* cAAr/. Ht IiJ m fient ifi» 
I.* . 



f5£ FA9LTAV» 

insgiliffîiK. Mais If cop» "« coMfBflîme 9«^ 
(Im ardoifis.; & gudiKl i'' *ii''*'V j'u oui^ 
b qu'ils fi tirtor dujiéi, iti tittrireot daitt 
^^t alU coltrt , fiCiU tMiuirurtnt le cofyt. 
faucha youM qaflt Fsrltmeja vtagta te 
totte . 6- (tt'il thljgiaies Moines de lui donner 
itofi Itur C(oîti:« ant fîpuliur.t ignoratie. 

XI pourr.sv i'tn t" être rfe cff^ hijîarieitg 
comme d( crtlet de la plus pute , 6" du eeur 
wangi. Jejiê' cinrainca ju moîni que Jï fiiUr 
thu fil (onnu /" deux fsMidiuf i^'an v'Cql 
tfi /ire . tout dépourvu qu'U /coic de goût b dit 
nûijiu , H tii été JriJffi du Vimis»ii<mi 



Ditw Ir FiraogoD dti Nou*cl!st , /Ut lAj 
f . Wle/pUglO"" à un Cvi m wur parei*- 
d' celui du F^Uwu. 



WOT£S. 

( A , Ici 9;guûiu^ ■ , ) Soci^'i de Sllu dj- 
wut ^i(i l'éuit ciab'ÎB 4'iu U Flandcu tj\ 
)itd( Elict qe (firaitn^ point de vvux, pot- 
,*aka('ua habk paiiKulicc , Bc «iyaitot du ir%t 



tf V CONTl,»» ijf 

f !j , lent douu dant fou Royaume ptulïcuia 
CubliflèiBcns. 

(b,£f JiicBiia^..,}te mot de Jacobin Cg 
trouve dans l'origiBil. Lei Heli^eux de S» Do- 
jniÏDiquc poicaicnc donc '^j^ en Fcaocc ccAlt* 
nom, que Icuï fvaic fait 4onnç[ i Paril l4 
lue fdinr-Jdjiui qu'ils bibicaici\u 

( c ,11 m'a rtpréfiiai jus Jî je n< Ino" rfon- 
luii jucljue choji, Diiu ne me ferait aicua^ • 
Wiifiricarie). Un autre Poïie, coniemçorvn i^ 
S40r. dit du mime Otd^e :. - 

. Li Jacobin (om II iirmd'iunnine 
Qb^ oh Fiiii , » a ont Xdim « 

tlS roDt Bol.A Apo£lcI 

IMVI l'it Ml» 

K fi (è moen , fe il sa namm* 

Usa tifcinciii , l'use d Mb, 



hjt Fabliaux 



«* DE LA MAUVAISE FEMME- 

tti trou Caittts fiîvans font fiui a fiul (Sf 
mlmt ào't , gui , commt an U wtna , ne hue 
naritiupat traf. 



Extrait du pkehizk. 



U» 



/ s homme ëoic allé Tcndaiigei la vi^ 
gnc II eft blclTé à J'oûl pu une bnmdie 
& obligé de levcDÛ àtez lui. La fenuac , 
pendant fbn ablêncc , avait donné un ren- 
dez-vous i. quelqu'un. Entendanc Ton man 
fri^pcr , clic hit cacher le galanc dans 
fon lie i mais l'époui demande à fc cou^ 
cbei , fie elle fc cioutc fort cmbartalTifc. 
Sous prétexte de vilîitr la blelTure , elle 
&it afleoir le 'prud'homme , baîfc l'Oïil 
malade , lui tw^c hiutrc avec la maint 
comme pour s'aiTurei fi le mal cft lànj 
remède j fie donne aln£ à l'ioà le eeiQS iç, 
«"évader. 



ou Contés. 



Lb Riine dt Nmiarre ( c. i , p. S( ), attr'ihit 
a Coace à un yicax vuler-de-chambre du Due 
ffAIcnçon , qui haix borgne , if qui , averti que 
Ji femme avait une iiurijiie , rwient la nuit la 
fÊrprtaire, aprh avoir feint départir pour ta 
càjfçagiu. La femme accourt d'un air joyeus , 
ta difaat ja'elle vitnt de rftir ju'Ji royiit it 
fin manàt ail. Lt reJU cemmt ci-drjjus. 
Se trouve iant l'ArcidU di Brcnit ,p. iii. 
Dam ht Comci du ficai fOinille , r. i, 

Utut It Nouvcm RccDdl de bons mon; 
r.2,p.«6. 

Dani VEWitiei boni mots, 1. 1, p. 190. 

Daailts Contei Laiini AeWUotaio\e.Jim 
le titre i^xat Coclidi. 

Data Ut Novcllc di Sabadioo , Nnv. W, 

Dam cilles di Milerpini , 1. 1 , NùV. 44. . 

JJans celle» dt BindcUa, t, t , p. ito^ 
Nov. u. 

Et daas Ici C«nt NouveUn nouretlci ie là 
Couc de Bouigogne, iV^- >^* 



F A B t I A ». 



Extrait du second VabliaV. 

Uhe autre féroine , dans le . même cas 
que tu piemicrê , eft fuiprifc' de même 
par foD mari! qui revient d'un pélirinagc. 
La mère, pour la tirer d'cmlîarras , va 
chercher di| velours qu'elle a achcié. S/: 
qu'elle veut, dit-eUe , fiiire voir à fon 
gendre , avant qu'il fc couche. On étend 
les pièces. devant les yeux du joui. & 
l'amant s'échappe. 

Extrait du thoieixur- Fabliàv. 

La mère iCi met 4 l'amoureux une ^e 
nue dans la main , Se lui dlr de Te rapir . 
derrière la pone , avec l'air d'un homme 
eiTrayé. Le mari , qui le voit en carrant 
demande ce qu'il fair là.. On répond que 
^cfl: un mafheutenx que deux atTafTins 
(■ouifuivaienr & auquel on a donné afite. 
1,'époux le rafTuEe. Il lui die d'attendre 
lufqu'an foîr pou fordi ^ & le ^i maa- 
ftr «vcc lui. 



OV COMTÏS* 



Cï Tailîim tfi tiri £1 Dolopatoj, ou R<î-i 
qiaii iei Sept Siget . iota U 9 ai [vU [luM 

{Se troiat dam lit Kiifcs d'Amour. 
Duos Vxaieih , t. i.p. 71, Wo». Xt- 
DflnjIfjConïivalesSeimones.t. i.,p. »7i 
Dtm l'Apologiï pauc Hfrodats. * 

JJfns Its Oxiom^iTi [.urciDJi Jocî le Tilcs; _ 
£( iùot ht CaatM <h> ^<"^ (fOuvilUi 
t. i,p.«o+, ■ 

I>iiru Boucç, fit Joum. Nor. Vî , unt 
ftmme gdatte , enfcrmie artc quelqu'un f u't/Iq 
t fàt nnir , tmni fraj^tr i la fant. £II« 
Ctche ttfirf ierritrc Jj lie, 6- va ùurrir. Ci-: 
teh un Jictnd ivni)uriuf fi' elle accueille e"""'!^ 
U premitr. ilaîl Vlfmia arrîre i fin tout- 
Alors tilt ixc d cthii ^i vîtm i'tncrtr if 
jTKttre Céfic'd la main ff 4c ^ortîr ,. m jurant 
gu'ilfiurafi vtngtr. Le man nt fdt et guc. 
ttia figni^, Ld Dana rifoni .comme ci-iej^. 
J'ai , ju'cNt d daiiaé ajile 4 un homme pouTt 
Jîiiïj ; fu'an infl^M aprh , l'aggrejeur efi tu-. 
p-i pour h càercier , meît p.'Heurtu{ïmeia i| 
ne Va poinc trouri: tt attrs tlUfitit fiivr in 



tSi F A B t I A U X 

Se OCMicc dmit It Recueil de Sinfoviiio.' 
Dam les Facécieufes Journées , p. iji , ult 
ftunt hontme , ne pouvaai piniirfr aufrit dcjît 
maîmfft fui tfi gardée Jhêremtnt psr un mari 
fulou» , fe rifiigît chti elle cammt l'il àais 
pturfuivi. Vif aux lui donn; alilt , tf fin queL- 
gut tims aprit , pour voir jî les tjfûjjiai pré- 
tendus fefini ritir/s, Alan inix irSln apofih 
■toureat fir iui,l'ipée d la main. Il efl obligé' 
it fe fiufir . £r d-alltrfi cacher chtl un ami ; 
tnals pendioi ce tims le jeuae hamme exécuta 
tibrement le projet pour Ujutl il ttait rtim. 
T Se trame eiifli iiat PaEabofco ■ p> l9 % 

%. Et daiu Ici Am2m Hcuitvx , p. i)f> 

Dam U Piinicmpi d'Amour, Je commette 
temem de Cmemare efi U mtmt que eheiBo- 
tact ; maU la femme fait etchir Jùcce^vt- 
meia Us diuM galant dam le grenier. Ils s'y 
taaeia ; & {udiii le niiiri demande d'où vient 
te triiû ^it entend , elle lui ripani jue ee 
fiat deuM meitiiau qu'elle a loge' fir shariti 






© U C O K T I s. iSf 



DES TROIS FEMMES 



E X T K A I r. 

o I s femmes mariées , le pTomc 
nfemblc , trouYCnt un anneau , Se 
t qu'il appactiendia à celle des 
trois qui jouera le meilleur tour à {bn 

la première enivre le Gen. Dans cet 
état elle lui iàii une Couronne , l'habille 
en ,Moine , & le porte , aidée d'un (ien 
amant , à l'enuée d'un Monaftete. Quand 
il Ce réveille & qu'il fe voit ainfi accoutré, 
il s'imagine que Dieu , pat un elièt mi- 
raculeux de fa bonté , l'appelle à la vie 
monaftique. Il va fe préfeuter à l'Abbé , 
le demande d'écrc reçu parmi les Frères. 
ta femme , avertie , accourt avec l'ait âa 
déTclpoir > mais oa l'exhorcc à la réfigiUK 



•ii(;4 , F A B 1 1 A tr X 

don Se à fêlicicçr Ton man aa contTUre do 
la fainte rélbludon qu'il a prîli. 

St irourt dms le Grand Caion tn nrti 

la féconde avait pour dîner , un vea- 
âredi, des anguilles làlées Se funiécs. Son 
tnati lui dit de les raenre fur le giil. Il 
n'y avait point de feu à lamailba; lôus 
fTcKVo d'en aller chorcfaei ^Ueurs , elle 
fort , & va trouver fon amant , chez le- 
quel elle refle toute la femaioc entière. 
Le vendredi fuivant , à l'iieute du dîner * 
elle entre chez un voilïa qu'elle prie ilc 
lui peraienre de griller fes anguilles, Mon 
»nari me fait çntagEC , dit-elle. Je no 
£tis plus que devenir , & je crois qu'il 
perd la tcte. Dès que Us anguilles font 
grillées , elle les apporte toutes chaudes 
au logis. L'époux demande ou elle a été 
depuis huit jours , & il veut la battre). 
Elle crie haro ( à l'aide "}. les voiiins ac- 
courent, Se entr'autres celui chez lequel 
«valent été grillées les anguilles. Elle ft 
plaint i eux de la folie du Sire , qui pré^ 
Sçad , dic-ellc , ^ac ià kmmi » ét^ hu^ 






bvCbvrti. Uf 

^urs abfcnte. Le voîlîn jure qu'elle n'i 
refté chez lui que te tcms nécelliûie pbui 
griller fon pbîflbn. L'ducre le met cd fu-< 
xcur i on le CûGi , ûû le Ile comme un 
fou , & on l'enférilie. 

La croiHeme propose i fon ami de 1'^- 
-{nufei. Il croie qu'elle veut rire ; la chotë 
étant impoflible , puisqu'elle eft màii^ej 
mais cUc âlTuie que fa propolïtioà eft 
ttès-féricufc , & répond même de l'agr^ 
ment de fon mari. Le moyen qu'elle em- 
ploie pour cela conCfte à fe déguifcr , Se 
à fe tendre aînJi chcz^un npmmé Euliaclie' 
qu'elle a gagné par argent. L'amani i 
prévenu le mari qu'il va époufcr la nicce 
de cet Euîbche , Si il le prie de con-, 
duire £à future à l'églife. L'autre y con- 
tent , Bc fait ainlî , fans le favotr , pré- 
fent de foir; ép&fifc. té Potiie demande. 
* <Lui des trois femmes a mérité i'anncau. 



Ce FaUimformt dam les Cornes du lîcut 
d'Ouïille , t. 4, p. sf;. une hi^airt fort 
loagJit. 

Ptnt (a Fanpz Bcbdianx, p. 86, treit 






tS6 Pabhawîe, 

ftmmet gagtBt it nUmi d {uî joatra le màU, 

leur tour à fca mari. L'im Jt Uijc ptrJùaÀer 

ftr hjitnnt qu'il cjl Moine , & il n'uiachaa- 

Itr U nujji. Vautra ft cruymt man ,fi laigk 

porter ^ ctat mejji 4aat une bitrre i If le 

p-ti/ttmt y eluBoe tma mit 

^ St mnait ainji dam Itt Conriralet Sn-: 

Imones.c. l,p. ^09. 

3 Dans tel Dilices de Vecboqoet ,p,lS6» 

J Ec dam Ifs Facctis , moai St buclc ii Lod- 

^Domfaichiif. 171. 

Dam I«> Coaccs pour Rire , p. 197 , trait 
ftmmtt traiatm lui dhmaia ; 6" rerbicre 
ffi'tUtt chaififfeaf U gromit, comme iau le 
Fdtli^u , tj Cille qui imagintra, pour triarçir 
fon mari , la rufe U plut adruitc. .Maît Iturâ 
HUrtfoia différtni dt ceas-ct. 



„.;,.., x.ooyk- 



o o Comtes. i9jf 

sa 

** LA VIEILLE. 



Extrait. 



U» 



/ N jeune BacKelIer , coottols , aïmil* 
ble ,' Se li beau parleur ^7/ n'eut pat 
craint dcu» Avocats , trouve en ronie , 
près d'un gué ,, une. Vieille Hai^Ue qui 
laccommodait Tes guenilles 3q ÏÔlcit. 
Éprilè de U figure du Damoifcau , cellfr' 
ci lui demande im bai/ér. Il la repoufle 
avec mépris. Elle le pourfiiic jufqu'au bord 
de l'eau , en s'accrochant à fa fellc & le 
tiranc par {es habits. Dans ce moment 
anive un grand Seigneur avec fa fuîce.. 
La Vieille iinplore &q appui contre un- 
Sis ingrai ,. qui la ddailTc , dic-cllc ^ &; 
qui veui U laider ca-dieçà de la ijvier^ 
^ vun le Bacbelier proreâe qu'il ne con- 
naît point cène feaunc , fc qu'il, ne l'ai. 
jamais vue j le Seigneur , pour être par-» 
âitcjrïcac coaTunot ^e «e-a'cA poiat-ËR 



t^ T'a b 1 i a V ï 

incre , eiige de lui qu'il en dtnine i ^ 
f'inftant même , une preuve bien écrange 
klTurémeni. Celui-ci pcéfctc de fc diie le 
fils de la Vieille. Alors on lui ordonne dé 
, la prendre lîir Son cheval & de U porter 
àc l'autre côté du gué. U cii forcé d'obéin ■ 
La Vieille , pendant le paflage , le bai£e 
mille Se raille Ibis ; & les cSbrcs qu'il 
Êit pour s'en défendre , font fiic au» 
lûmes le Conite & Ces gaa. 



boni PÀnoile , chant XX , une f^eiUe , ai-- 
TÊtU par aae rirUrt , voit paffer U guthieri 
tiarplûji . ju'eUt fric di la o-anfportir fur 
l'autreTivi. NoA-feuttmcnt Murphifi-y coOfeni, 
matt le ckemia (tant mauyaii, tilt pouj/i td 
ceuncâjU jufyu'i la porter ta croire ^ttipii 
ttms, Ztriia , qu'elU rincoatrt , (f qui d fis 
Vîtes priai l'Ama^ont pour m guèrrîtr , là 
raillf Jîir U intîtréjji qu'illt a'efi ehoifit- Utr^ 
pW/î ifrlt/t lui fropofi de ft frittrt , i con^ 
mloa qtit s'il tfi vaiani il Jira oblige ii J> 
ckarger. de U VitilU , ff dt U ceaduirt par~ 
VU arei bi lU tnaimui* > fi' Xirtla fi 



« V C O N T I t. I0f 

poît farci dcfibir la loi d lojiiellc il c«- 
fiiul 

L'Opera-Coitàjut it Ittkt Urgele o^t flii^ 
fhifieaTtfciait gui au tdniCDiQi de rijfanbleaet 
tt»ec et Ftblitiu 



*^ F'A » l t A li X 

• A L O U L. 

Extrait. 

J\ Lout iait trn Villain , ri<^< & fort 
ttvire , à qui Ton bi^ avait fait ^ulcf 
b fille d'an V^'^afTeat , jeune & jolie t 
donc il écaic cxcrêmcment ialouzi La Belle t 
tounnetit^e par Itii peadânt deux années 
entières , en éoût venue au foini de 1q 
ha'ii 'i more , &: avaic juré dans fou ame 
âc s'en venger , dct qu'elle le poumitt 
Cependant ï'acaûoa. ■ favorable ne s'en 
Jptéfenia point avant la fin d'Avril. « Tout 
» s'anime alors , dit Je Poirte , wuC Ci 
» tcoouvellei L'ait plus doux {emble épa- 
)• nouir les àxursi Au point dn jout , fous 
t» la fèuilléc nouvelle , le rolGgnbl vient 
•• par Tes chants ftmourem nous exciter ail 
, M plaillr } & ils font lî louchdns qu'on ne 
M peut les entendre lâiis mourir d'amour m 
la Dame n'aydnt pu rtpofer de toute lâ 
auit . & leva 1> aiam > tandis que fbd 



O U C & N T ï ï. Yft 
^iloiiz dormait encore , pour allet dant 
le jardin écouter le hérauc du printcms. 
Le Ciité par halàrd était en ce rnoment 
dans le lien qui n'était fëparé de l'autr« 
que par occ haie, 11 ialue la Dame , lia 
converfaiion avec elle , & finit par lavcn* 
gel d'AlouI. Elle le quitte en lui doimanE 
lendez-vous au même lieu , pour le Ibir. 
AIoq! , quand ù femme remte , lut de- 
mande d'où elle vient ; K peu fitisfàfe 
de là réponfe , il veut aller au vergée vé- 
lifier des foupçons que la jaloufie lui in{^ 
pitc. D'abord il n'apper^oit fur l'herbe que 
la trace de deux pieds j plus loin il ea . 
trouve quatre : & enfin il voit une place 
ou il n'y a plus de lol^e. Alors il refte 
'^ouftené ; mais cependant il ne veut 
ftoint &ire de bruit , juCqu'à ce qu'il ait 
des preuves plus claires, 

tci le Fablia(i , qui offrait quelques ta- 
Weaui? agréables *: des caraiSeres affezbien 
delfinéf , devient auffi groilîéremeot cr- 
duriet que platement învraifemblable, L« 
Prêtre n'ayant point trouvé au verger là 
maîtrelTc , parce qu'Aloul l'a fait couchot 
«vint lui a a. l^nif ludcocc de monter citea 



tfl FAStlAVX 

tlle~8c de Ce mettre dans le cas de t£' 
Tcilkt le Villain. Celui-ci le Caifu ec ap- 
pelle Ton rnoode. L'aune s'échappe. Il rx 
fc cacher dans une étable où il eft trouvé 
par une vieille ferrante. H s'y prend , poiic 
engager la Vieille au filence , d'une façon 
affez adroite. En effet elle n'ofe le dé- 
celer. Elle lui procure même , par recon- 
oaiflance , les moyens de fortit ; maïs il 
a l'audace de t^pnonter. La fervance cette 
fois-d le cache dans un faloir. On le cherche 
long-tems. Enfin il eft failî ; Bc les valets 
allaient, en fe diveriillani, lui jouer un fort 
mauvais lour^ fans l'adrefTe des deux 
femmes qui trouvent le moyen de le ti- 
«CI de leois mains & de le faire ^vadciW 

<■': ' '■ 






e V C o H T 1 s. I7Î 
' LES DEUX CHANGEURS, 



E X T K A I T. 



D. 



/ettx Ctiangeors, nomnrfs l'un Maf 
tin , l'autre Etranger , s'étaient aiTociés 
pour leur commerce, uns cependant oc- 
cuper la mÉme mairon. Après qiielqoa 
années de fociété , Macdn fe nuiie } 8e 
l'autre trouvant ta nouTelle mariée à fcMi 
goût, il travaille fi bien auprès d'elle, 
qu'il parvint a Ini plaire £ à sVn Sun 
aimer. D'abord Teurs amours- (ont heiw 
rciifes , parce qu'ils y mettent beaucoup 
ic circonCpcâion ; mais un «értaïn matin 
que répoux était allél (on CluDige, Bé" 
langer, qui fe dorlottait au lit, s'a^ifa 
d'envoyer chereber la Dame, & loi pro- 
pofe de fe placer à fcs côtés. Vaïnemenc 
elle lui repréfcnte les fuites dangeieufes 
d'une pareille imptudence , 6 Ton nuti 
feDUci icaœr Se %n"û la trouvât (ôitics 



J74. F A B t 1 A TJ :i 

l'amanc infîQe lue fa demande extraT*^ 

gante , Bc il y met tant dlrameur qu'au 

rifque de ce qui peut en léliilter , la ■ 

)klle a L^ complaisance de fe {Hetct à Coa 

caprice.^ 

A peine eft-ellc couchée qu'il va prendra 
tous fcs vëtemcDs , 8c les enièrmc C<m& 
clé. II s'habille enfuice , Se envoyé prier 
Marttn de venir déjeuner avec hu. Martin 
tccourt ; Se tronvant à fon ami un air de 
}abîladon donr il ne peut s'empêchei; d« 
lai faire compUmenc , k fkvon répon<t 
que ce n'eft pas &ns caufe , puifqu'ert 
^ momeat i^ pofledc entre deux dr^3 
U plus belle fèmnK qui Toit dans coûte 1« 
ville. L'autre demande s'il ne pourrait pas 
voir ceae Beauté chaimaate. On la livre 
^ute entière à fes regards. Seulement oa 
ft Co'\n de lui cacher le vilàge , afin qu'elle 
(C (bic point reconnue. Marria çà dans 
l^&dmiration , Ac làns fe douter aucunement 
qu'on vient de lui moncrer ià fcmnic (o), 
îl f^dte fôn ami fur le bot^eur qu'il a. 
CcpcadAoc Sjranger le eût pftflèr dan* 
«ne ViiVK cbamb» pour d^jeùaet }, St 
^GD^aoc ce GBOU il lendlcs vâcfiaenS'i 



O TT C O W T I S. \7f- 
b Daote , qui s'bubillc à la Mtc & »■ 
tourne chez elle. 

Quoique dans la ferme lélbluDon de 
fè Teager, elle toume fou aventure ùt 
plailancerie ; & pendant quelques jouis 
tàitimgac au Galant le même accueil. Mais 
un cetcam (bir elle l'cnvoyc chercher k 
(on tour , & lui propolè de fc baigner 

" «nfcmWc , prétendant que le 'mari eft c» 
campagne. II aflure , lui , l'avoir vu en 
ville. On traite Tes raitbns de vafnes dé* 
faites ; S: pour ifavoir pas l'air de l» 
nauvailé volonté , il fe voie contiaint dfi 
céda. Il n'eft pas plutôt dans le bain; 
que k Bourgeoife à Cm tout enlevé lès. . 
habits , Cous prétexte de ne lalllèt aucun 
Indite fi quelqu'un venait à enttet ; aprjs 
<]Uoi elle Te déshabille & enct^ aufG dans 
l'eau, 

' ■ Mus à rinflane «a entend frapper. C^ 
1^ Manin qu'avait envoyé chercher 
k fripponnc. Bétangetïre croît perdu, il 
t>ric' Gi Mie de le ucber quelque pam 
«iQuoi! ptdmm, bl dit-elle , grand As 
« Sst comme « es , un homme te fait 
» peui ! Voilà donc qnell* icâôuicc il | 

, .. Cooyk- 



ij& F A B t ï A tJ- r 
•> a avec toi dans un ^gcr ! Eh btea t 
» fl m n'as pas le cœur de m? défendre « 
M tu n'as qu'à te cacker deriicre mot». 
C'eft le parti qut prend le fire. II iè 
upît dans un cota de la baignoire ; & , 
pout n'être point vu , étend un dta^ fur 
£i tête. 

Le mari entré, b femme lui fitic Ggaa 
ie s'appFochpr ,. Se lui dit tout bas à l'an 
aille. : « Sire , je me baignr ici. avec uns 
« de mes voiâoes , qui fe cache parca 
V qu'elle z la peau on peu noire. Ama-< 
B Tons-nous-ea un moment, je vous prie. 
B Dites que tous voulez tous baigacr 
•> aulïï , & faites-lui peu >\ Martin ne 
demandair qu-'à rite^ Il déclare tout faauG 
qu'il va profiter du bain , 2c app^e la 
Cluunbriei;e pour Ce déshabiller. Bûangcr, 
mourant de frayeur , pouJTe du pied la 
Bourgeoife ; 3c de fon coin la prie à gc 
nouz & les nuius jointes, d'imagiticr 
quelque rufè pour renvoyer Coa époux. 
MUE celle-ci lui tourne Je dos , fana 
ligner lui répondre ; ' d'autant pluf 
- iàpsËùte qu'elle le voie dans de <!«% 
Crsadei tnaica. 



«WCOMTSÏ. 177 
iQiMod Martin eft déshabillé , il vient 
uettie un pied dans la baignoire. Il dit 
2c Sût mille poliUbmieries , de agace de 
mille manieies la prétendue voilÎDiï qui, 
courbée tn deux & k face prcfque fuc 
l'eau pour n'être pas reconnue , tenait 
le drap à deux mains tant qu'elle pou* 
Tait- Enfin la Dame Martin, après s'être 
bien amuféc à fês dépens , iâit ligne 1, 
foo mari de oc pas ponlTer la plaifante- 
xie plus loin & de fc retirer, " Vous m"a- 
^ viez joué un cour , dit elle alors à l'a^ 
„ mant bai&uc : j'ai voulu vous le rendre. 
„ Mus je viens de voir que vous Êtes un 
„ lâche Se un poltron ; adieu, ne comptez 
„ plus fur mon amitié , en voilik pour la 
„ vie „. A CCS mots die lui tend Tes lu- 
iHts, & le renvoyé, doublement humilié 
«l'avoir perdu ià maître^ 2c de liû avoii 
fervi de jouet. 

• L'auteut condud qu'il ne &ut jafflaii 
fc moquer des femmes. On en efl tou- 
jours U duppe , dit-il ; &ites-leur une 
0Îche , <llet TOUS en tendront cent.. 



•rtS F A a L I A TT j;. 



la frtnàert partît in FaiHaa , t'tfi-i-&rt2 
1( ttmr Joui par fAmaia , ft troiae iaiu U» 
C«Dt KouTcUci nouvelles de la Coût de BodI'^ 
jogne.p. I. 

Lu amt) NwtHiftti ejathangi Verirtitt 
Atux attntartt. Finir rtndre la première pbix 
flni/àiH 6' l'airuia inoiiu coupable, iU fiip''. 
foftat ju'oa a eoimntacl pv td jaatr tt MU^ 
4e U btigntire , t^ ju'if j'en vtafe p«r ctiui 
in lit, 
f Se trame ài^ dmt gtwnne . GÎont. 1 1 i 

J Data Strapuolc , /fiiit> 1 1 , Nd¥, i it 
\ Daat J'Accadia di Brcnu ■ p. »S. 
m Dmt Bandello , 1. 1 , p. il , »<. 
^ Sr iatu ht Amuu Heureux , p. ij. 

. L'Opira^omigiie du Soulwn HoSit-Dacii 
tt^quece Com ,i^^ -atlbdâtrt.tfra/bk 
ftut ilceae. 

Dmt ht Cïiu Nouvellci concMant cent 
Lînoiru, Nov, iis, on fiiit voir m mari Ji 
femme- daia le Idn. Il croit U reconaah'e j 
mnij comme il la ritreiae cht^ lut juand ii-y 
mare , il fi perfiadt ji^il t'efi trompi , Cs"ûU 
imm à tUt-nJm^ It Jii^foa ^u'il a ok 



iTOTÊ, 

ï a , fâicirt fen ami jkr le lùTAtuf jSilI a i 
fin) fi ioiiitr aucuntmeiù qu'on vUnt de lui 
rvnùrtr fi femme ). Ce tiïit d'impudence li- 
ècccine a eu lielicmeni Iku Mat le finie fliï* 
Vint. Louii d'OiIéani , fierc de Chaclet VI 4 
ttiia coucha »ec l'ooe de r» nahrtffeii 
Mmicice d'EnEhicn. celle donc il eue le fil* 
meux bltaril Comte de Dunois , il re^ut t îi 
iraiÏD , dlAi r* chimbte Aubère de Caiù» 
ijni fciit l'ipoux ; & lui St, lomme dant 1* 
Fibliku , ■doûret f^ femme Puu qu'il U' ti^ 



F A B £ I A V X 



P« * BOIVm DE PROVINS. 

Coucioit 



Fauchmi fait nuiaka it « FabUtai. 



<?" 



i'£r ravcntiue Je BoïvId ?' 
approche & m'écoute, II poiuia fc 
vanter de k favotr au vrai , à moins 
qu'il ne bouche fes oreilles poui ne pa» 
jtn'eatcndte. . , 

C'était UD inaîcre Rîbaud 8c un coquia 
bien adroit que ce Boivin. Provins n'ca 
avait pai deux comjnc lui. Un jour il lui 
piii envie , ^codant le tems de k foire , 
de jouet un tour de Ton métier. Depuis 
un mois il avait expiés laifTé croître Cz 
barbe. Il prit une cotie , un fuicot fie 
* Sotie une d^ippe de bure grife , une coïfic* 
Je bon- jj buras, de gros fouliers bien épais, 
avec une grande bourfc de cuir dans la- 
quelle il mit douze deniers qui compo- 
Cûcoi tout iôa avoil i ft pour mieux 
ic£cfflblcc 



* o C ti ii î È s. iy^ 

felièmbler k un VUltùii , il s'ataa. d'un 
âiguilloDi 

Ainfî ^quipp^ , le drôle âlli Jans tiâd 
hie cUtouinée , viî^-vis la maifoa d'un» 
tcrtaine Mabile, Coufurîere fore renom' 
ioie, & 4ui avait chez elle pluCeurs ou» 
Vricrcs. Le long du mur était une riauche t 
^ivin s'y aSït t mit ^oq oiguiLIon pit 
terre j & , le dos un peu tourne agi fe* 
nétres de Mabile , fans paraître s'occupe! 
d'elle il commença , d'un ait fbn ^-^ 
&ii^ , à le parler ainli i 

" Ça , puifque , nous voilà liofs de U 
)i toirt , Se dans iin endtoit ttaDquUle> 
i, &iCon3 un peu notre compte. D'abotj 
i, J'ai reçu pour uo de mes IxeuÈ trente* 
i, neuf fous ; j'en aï re^i dix-neuf pour dd 
,> autre. Siirquoitl&uidé&lquet douze de* 
>imer5qii';)'aidona^àGitautquimelcsA 
il &it Vendre. Dii-neuf Se trenic-iieuf , çA 
i, fait i . . ça iâic ^ 1 . ; motbleii , fi j'avais 
j, ici des feveS ou desîtois pour comptée, }d 
il te fautais bien vkci Dîz-ncuf Se Crence« 
i, neuf., 1. Oh! je metappellequcSiroulti'l 
(, dir> que c'^tût cinquante. Item, pour d^X 
„fetiersdebIé,pDtu toaimucBE, mes en* 
Tmtir. '■ If 



iSl PAltlADZ 

„ cbons & la laine âc mes agneaux , dn-' 
„ quantc autres fous. Cinquante & puis 
„ cinquante , Se puis dij-neuf , & puî* 
„ trentCTneuf , ça 6it bien tout juftement 
'„ ceuc Cent fous > c'cft comme qui dï- 
,) rait cinq livres .... n'eft-cc pas î Une 
„ deux , crois .... Et tout en parlanc 
ainfi, Boivin iàiCàic fbtmer fes douze 
deniers ; il les prenait à plein poing , 
les tirait de fa bouifc, les y remettait: 
on eût dit qu'il avait à compter un ci^for. 

Les filles , au bruit , «Etaient accourues 
à la fèn^oe , Se. elles avaient appelle Ma- 
bilc. " Chut , leur dit celle-ci , ne l'in- 
„ lertompez pas.^ iàot noas amafer du 
„ Villain , Se nous régaler aujoutd'hui à 
f, Ces dépens. LailTez-moi Jîiii'c,,. 

Mobile était une des commerès les 
^us fines Se les plus adroites dont 
tous ayez jamais ouï patler; mais elle 
ce lavait pas avoir a&ite i un matob 
Ken autrement ruK qu'elle encore. Le 
pendatt , feignant touJMus de n'être oc- 
cupé que de Ton compte qu'il embrouil- 
lait exprés k chaque moment , répétait 
Ar fes doigts £m Ùi îtab^ciUc , dâ-ocuf. 



A C O H ¥ Z S. lÈf 

iC pois trence-^euf , & puis cent , U pais 
cinquante. EOÉa lu bout de quelque tems, 
comme s'il n'eût pu fe dépctret d'un dé-* 
tail auïfi cmban-alIàDt , il s'ëcrià avec un 
Ibupir: " Abl fi j'avais ici ma douce nieca 
„ Mabile , la fille de Tiéce nia (œur t 
t. Elle avait de lefprit celle-là. Quelle 
„ consolation ce ferait poui: moi à ptéfent 
„ que l'ai pCtdu ma femme & me^ 
j, enÊms. Elle m'Jiderait dans mon mé- 
„ nage ; je lui aurais doani un bon mari, 
„ & , après moi , tout mon bien. Mais 
„ elle s'efl: enfuie la mauvaife & m^ planté 
1, là „. En parlant ainfi > Boivin fanglo- 
tait doulourenfement > 8c il s'éctiait de 
tiouvcau : ah 1 Mabile , au douce nîect 
Mabile. , 

Mabile qui n'avait pas perJu no mot 
de nsui ce fbliloque , ctut qu'il était tenu 
de profiter de la confidence. Elle defcendit 
dam la rue. " Prud'homme , dît-elle > 
I, excufcz-moi fi je vous {nterromps ; mais 
„ vous relfemblez fi lôrt à un onde que 
,,.j'ai, qu'il ne -m'a pas ité poflible d'y 
„ tenir. Dites-moi un peu quel eft votre 
„ nom & votre village, s'il vousplah ,«, 
ï. .» " 



($4 F A B t I A If X 

Boivin répondit qu'il s'appellait Fouchct 
de la BroulTe ; puis tEgi-tâant la, Coutu* 
jrteie avec un air d'éionncmcDC , il ajouta: 
" Mais vous-même , Damoifelle , je CaiS 
„ bien uompé , fi Tous.D'éccs pas Mabils 

A ces mots Mabile feint de Ce pâmec 
& tombe aflife fin la louche. Un moment 
^rès , elle fe relevé & s'écrie : Dieu m'» 
éoac accordé enfin tout ce que je de- 
mandais. Alors elle fe jette au cou de 
Boivin , le lérie dans fe; br^ , lui batfe 
les yeui èc la bouche , & femble ne pou- 
voir jamais fe laiTcrdcrembralTer. "Douce 
„ amie , reprend If Ribaud , c'en dmic 
„ véritablement toi î — Oui , Sire , eftd 
„ la fille de votre fœur Tiéce. — Ah 1 belle 
„ oiece , tu es cuifc que j'ai eu pendant 
„ lot^-tems bien du chagrin ; mais je rc 
„ pardonne, puiTquc te voilà tettouvéc,,: 
Et mes deux hipocrices de s'embralTcr d« 
nouveai) , en larmoyant chacun de leuif 
côté. 

Les filles admiraient , de la fçn£cre „ 
tadrelTe.avcc laquelle Mabile jouait Ton 
^eribnnage. Elles vouluieoc la icçonderV 



ou C -O N T 1 s. lîf 

te dercendirenC <ians U lae pour lui do- 
Diandcr û l'hoonfre homme à qui elle 
lémoignaic tant d'anùàé était <!c fa feu- 
BaiiTaoce. " De nu connaiflànçe , Damoi- 
f, felles ! Eh ! <feit mon onde Foucher , 
„ le propre frcrc de ma raete Tiéce. — 
„ Quoi , Damel votre oncle fouchet donr 
„ vous nous avez tuic de fois patI4 i — 
,, Oui viaifflent, lui-mÈme.— Cènes, vous 
„ devez étte bien gloiieufe j car fi une 
„ nièce comme vous lui £ut honneur > 
„ entre nous il eft bien taillé pour vou» 
„ en hiic xuHî „, Alors les Donzellei 
^nrcQt l'une après l'autre, avec une r^ 
▼érenee , erabraflcr Boivin, " Mais ne reC- 
„ tezdoncpas plus long-tcms dans la ruci 
„ bel oncle , lui dirent-elles ; entrez i c'e& 
„ ici pour vous fHôu/ Saint-JaUen , & 
„ nous vous y recevrons comme vous le 
„ méritez ,?, En même tems elles le prirent 
Itar-delTous les bras , pour le conduire s 
U maifbn. Au milieu de tout ceci i! afc 
fcâait un air ivais qd vous ent fait pâ- 
mer de rire. Les fillettes avaient beaucoup 
de peine à s'en empêcher; elles lui tiraient 
U Ungue par dcrticte en Ip moquant de 



Xt6 Failtaui 

lui : mais encore une fois le plus fot dan» 

cette aventure n'était pas cdui qui le pa- 

raiflait. 

Auffî-tôt qu'il fiit entré , Mabile appella 
yfanne, l'une des ouvrières , poar loi com- 
mander un bondùier. "Avez-vousdel'at- 
„ gcnc à me donner'} répliqua celle-ci. 
„ Je ne poflède pas une maille. Va tou- 
„ jours , reprit Mabile , & Kicts en gage , 
„ s'il le fiiut , nos furcots Se nos cou- 
„ verturcs. C'eft aux dépens de ce Vit 
„ laUi que nous nous régalons ; avant le 
„ foir il aura tout payé „. Vfane courue 
donc chez l'ufuriei chercher de l'argent , 
& tevbt avec detut oies K deuï cha- 
pons gras. Toute la maifori aufli-tôt fil 
met en œuvre pour les apprêter. L'une 
]es plume , l'autre fait du iêu j ccile-^ 
tourne la broche , celle-là met la table-, 
tandis qu'une autte va queA du vin, 

Mabile, pendant ce tenu , tâchait d'a- 
mufer fon hôte. '^ Bel oncle , comment 
„ fe porte ma tante î Et mes petits çju- 
„ lins , ils doivent fcrc bien grandis 
,> depuis que je ne les ai vus?— Ah! 
n belle nicce , )'zi manqué de mounr de 



V C O M T B s. • 187 

^ dutgtin. Dieu les 2 tous pris. Te fuis 
„ louc Teul à piéfent , Bl et n'eft plus 
„ que de roi que je peux aitendie ma cot>- 
„ folaiîon. — Que m'avM-voiis dit là , bel 
„ oncle ; Hélas ! je m'en doutais qu'il de- 
„ vaic m'arriver malheur ; j'ai rêvé de 
„ morts cette nuit „. Et alors elle fe mît 
à pleurer. " Boa , bon , les morts font 
„ morts , lui dix Yfanc ; il &ut les laiffer , 
„ & rire avec les vivans. Allons , Dame , 
„ kvcz , & mettci-vous à table ; le <Iiner 
„ cft prêt Quand vous aurez bu , vous 
„ aurez de quoi Etire des larmes „. 

Kl changement llger de deux eu irott mvti 
m'a permi de traiTuire , 'jufp'd ctm Htmiir* 
phrafi.le Fablîm de Boîvin , ^'aiaremeat }e 
n'tufe jamùs ajl préJlnTtr i met LeSeurtt 
tant ht miruTi en fani mdhonnicej. Ci jftfi 
poinc i'imt couturière çu'il l'agit ; e'efl d'âne 
femme déyauie d un rnftitr tîtn digirent , & lo- 
git, filon là covlamt Ju tems, «te ft troagt 
^ini unf rat ictuuriiie , fut VAmeur nomme U 

rue des P (a) Lu nécefft^ où je mt irou- 

riraii d-iUérer le xtxcefdn Cmtitïftntrtpre, 
naii de U caatinmr , me force de Cinterrompri 
Ici. J'ai tmrtirti eegmdMl UJiiite ; la fit-H 



l88 F A s L 1 A V X 

fM finir mantivr ^diei furent lu mowf An 
fieclt dant tequil la partit la fbit difiingith ia 
4a Naihn itait tuta^ii par det graj^rttù euffî 

rirobaiaei. 

Boivin klat de ^tita&a lori^u'Jt voh 
le repas qu'tm lai a fcrvi. Il àécUue que 
ce n'c(t pu Ton intcncion de caufci à fà 
nièce une pareille dépcnfe; 8c, conuoe 
s'il voulait s'en chargée, ÎI fèinc de ponei; 
|a main à . fa bourfc pour en niet douzq 
deniers, La nîccc l'arrcce j en proteftanï 
que c'eft lai &ire infulte. Elle avait poiu; 
jtojet de l'enivrer & de lui cfcamoteç 
alors la boHife entière. Dans ce dcfTeio, 
elle le fait boire copieufemeat ; mais- le 
Kibaud poJl^daic une tète à l'épreuve. Il 
t^vale gaiement toutes les rafades yue lui 
verfent les filles , làns feulecnenE en pf 
taître moins altéré. 

Quand Mabik voit qu'elle ne peut réuf> 
fir par cette voie à le voler, elle en em-« 
ploiçuoe autre. En faveur de la parenté j, 
site veut le régaler de rHâttt SatniJut 
iUa , qu'on lui a promis. Je n'ai pas be<- 
£>i>l 4'«pIi'ïUW k ftns de «WÇ «prçfr 



„,,„.., X.oo^Sl^- 



• C ô M T E J. 189 . 
fon qu'on a déjÎL vue employée ailleurs. 
yikne eft chargée de la comftiiflion , qM 
dicz TAuteur cft décrite avec routes fes 
circonftances ; mais il eft recommandé cour 
bas 3 la députée de profiter du premier mo- 
ment 01! Je Villain s'oubliera j pour .lui 
rouper les cordon* fa bouffe. Cclui-cî , 
^«s fin qu'elle j les coupe lui-même, 
ùia qu'il y paraifle, par-delTous fa chappej 
& il cache la bourfe dans fou Icin. 

Quand il rentre , Mabile , qui voit 
les deux cordons pendans , & q-jî la croit 
cfcamorée , va pour la redemander à 
Tlàce, Celle-ci proreftc qu'elle n'a rien 
TH. Elles fc difeot des injures & fe battent. 
Boivin , de foo côté , fe plaint qu'on l'a. 
Tolé. -Tout ce qu'il y a de gens dans la 
maifon , prend parti pour ou contre Mo- 
bile i le combat devient général. On crie , 
anjure,ons'arraclicle$ cheveux. Les tifons 
& les meubles volent à la tÉtc, C'eft im va- 
carme iî effroyable que les voifins & les paP 
iàtis accourent au bruit , & qu'ils font obli- . 
gés de frapper fur les combattans pour les 
fiparer. Quant à Boivîn , ^rès avoir joid 
^ ce (pcààde, il « conter Cin ho» 
t» 



190 Fabliaux 

tore au Piévôc, qui, le foir en dïverdfe 

k taMc fes unis , & lui donne <^ fous; 



NOTE. 

la, Lfgitfilen la coutamt du umi mitt 
Ta trouft doit ant rue détournée tpit VAuuur 
Kommt U rat ta P.. . . ) Plulîenti Autcuri 
ont lemarquÉ iiit , pir un déiéglemeiK de 
mtzaïf bien Cngulier , Ici pioflitu£cs pub)!- 
sues s'écaîcnc muliiplites en Fcince fous St 
Louis 1 iin poinc ironninc. Il les vexa Se In 
poucfuivii peDiJ^iDC (OUI fon ttgae arec une 
rigueut qu'on taxa même de dureté ; ti ce- 
feodxnt jamait ellci ne furent plus coniniu- 
aei, La plupattdesgouveinemeni municipaux 
fe viicDi obligés de Ici aucotilei auihencique' 
meni, & lui-même enlïn de Ëiirc <le: loii pour 
(lies. S'il cil nillc , encore une foî( , de pou- 
TOii oppofer des exemples d'une pareille cra- 
, pulc i ceux qui exaltent Cias celle les Gecte* 
palléi , il fauc avouer au mois! ijue les ré- 
gtemeni que lîrenc nos Pores pour ces malheu» 
KUfet Se mfpriiàbles ccéacucei , 'annonce upe 
tigeffe donc on poucrait deCtet aujourd'hui 
]Bi bout eOctt. Ib lu rDunenaiuit i drt Of- 



OVCONTBS. I^ 

jEcîect , i du lafpeâcun ou idei femmtt q^j 
CD [ipoadiiclili ili Ici •bligcaicor, comm* 
on voit pK le FMi»a ; dluibitcr ctruinci 
mes , Se orjiaaimncnl Ici riict In piui bU» 
te Ici pUii viUinct; i Ene tenfenuiei chea 
tllet tout 1« Toin, i une lîeuTC pvfciicc; i 
fonsc ctnaÏDi hihiuou cninnei marques ii^ 
£uDiacct, Set. En un moc , ce n'iciic pas uua 
profélficiti infôlence , qu'on kiriît inruftcr aux 
bsnnci ni<EUis fu Coa hnpudcncc & fon fiRt ; 
c'ccaic une claflè paruculiere , dérouée i la 
liiuialiré d'un cenaio nombre d'hommes , maïi* 
VcDue dans l'avili Qc ment où «Ile doic loujouri 
celter, te abrolumcni ïft>rie de loucetlci au- 
frei par ix honte Se par l'opprobre. 

Lei piolUtnif). de PioTÏnt étaient renom» 
■néet au XIII* Cecle. Une pièce de ce tenu-, 
Sniiiulét Proveritt , Se qui ne contient que 
le nom dei chofei les plus cElebres de chaque 
pa^i . mec dut ce nombre les R&aiidt it 
SoSj[iau , le les e ... ■ dt FrwnU.- 



■%■# 



j(9» F A » 1 I A TJ X . 

pm le villain de bailleul. 

e5' LA 'femme qui ht CROIRE 

A SOK MARI qu'il ÉTAIT MORT» 



E X r & A I r. 

• ViBigo ^ H Villain du VîUagc de Baîltcut « tç- 
rfe Pisit- vient au logis dans im momenc où û 
'** fcnunc , enfermée avec le Curé , ne l'at-* 
tendait pas. Elle coure au devanc de lui 
coaunc pour l'embralTcr ) mais n>ut-à-< 
coup , atfefîant un air d'étonnElnent 8ï 
d'effroi , elle lui demande s'il eH malade, 
n a beau répondrç qu'il ne fe Cent d'autro 
maladie qu'une grande faim * cUe piéceoi] 
qu'il a les yeuK éteints , avec une cou-» 
leo( eadavéreufej & que sûrement il eft 
dans un étu dangereux. U fc tâic , il 
t'examine ; mais elle donne tant de lignes 
4q doulcot qu'il iw p«ut «'empêchée « 



© W C O H T ï f . I9f 

la croire. L'époufe alors le couche .dans 
un coin de l'établc fur va peu de paJUe. 
Elle le voit s'ireindrc peo-i-peu. Enfin il 
mcun , & elle le couvre d'un drap , en 
jecunc les hauts crii. Les voifines , que 
ces cris attirent , viennent dire Tur fou 
corps quelques prières. Le Curf lui-mÉmç 
entre pour chanter Tes orcmas ; après quoi 
il cmtnene la veuve dans la chambre. 
Pendant tout ce tenu le VîHain , convaincu 
qu'il était mort, rcAatt toujours- (bus Iq 
drap , fans remuer non plus qu'un cadavre, 
Maif entendant un certain bruit dans \\. 
dumbre , & (bulevant fon linceul pout 
regarder : coquin de Prêtre , s'écae^-il , 
tu dois bien remercier Dieu de ce quQ 
je fiiis more, car fans cela , motdii.n* 
périrais id tous le bâton. 



ïe trottï iata Itt NorelJi dt Orasonl , af 
traneia Lafca, p. iji. 

Dei Pcnicrs , daai h tomt i it fa Cantin 
fiiffoft qai dam famis gtnt , pour fi direràr , 
font aecroin d un etrtaiit imbicittc , aanmt 
Bmmi, jta'U ifi nuldde. l'an d'en» fût It 



^94 Pabiiawx 

Prftre t/ U cojifegi. On bâ dit tnpâtt Ju'9 

tjt mon ,(r Ui U maitnt far la vUlt , cauchi 
itns vue chtrrim , ta chanttiu k Libéra. En 
mime ttms Ut lai tafan^tat iii ipingltt iaa. 
Ifi /c/fi ; mail un £tiat lui ayant fait trop 
de rntl , Btnaai U*t it titc , Cr iU, camnte 
ians It Fabliau , tu ti bien ieurnut it ce ^ 
Je JîiU man. 

Se tromt dirtf iiUtt lu FucHa Posgjt. 

£( imu Ict illudrei Piovcibei ,p.'io- 

Bocacc, (r d'aprii lui La Fontiine , dmt 
fc Cancc <lu Fucgaioirc de FéroailE ,fuffofint 
it mtmt une foyfiau jui, ie conctrt jutè. 
l'Âibi du Heu, fait fort mari mort; nuii U 
rtfie efi mik digirsnt. 

Notre Fiblisu a iti mû en vert far M^ 
tmbert, mail aru ^fguei cbaagemtiu ifaiik 
ifapU La£a. 



«U COWTIS. 



tAI DU PALEFROI VAIR (<i).p«h«, 
^ guï! la 



J, 



ï fiiis réellement affligé toutes les fois 
que je vois les Dames n'être pas hoiK^ 
jées autant qu'elles le méritent. Heureux 
celui qui en rencontrera Que , douce , hon- 
nête Se capable d'aimer conftamment ! Il 
jKMitra bien fe promettre des jours purs 
& fans nuages, C'eft pour célébrer uo 
pareil bonlicur que j'ai cntrepis ce Lai, 
Mais toutes les femmes ne rcflemblent 
point à ccQe dont vous aQcz cntcniîtc 
l'biftoire. Pour une que tous irouvc- 
lez loyale & lîncere , combien en cft-il qui 
{on: fàurtcs , inconftantes & perfides. Je 
ne laifTerai pas néanmoins de vous ache- 
ver mOn Conte , puirquc je l'ai annoncé: 
Tou» verrez' par-là ce que dit feîre Hugues 
le Roi , Bc pourrez aîn£ apprécier fcs »- 
lens. 

Je TOUS dirai donc qu'en Champagne 
jadis iuton btvrt Chevalier,noinmé Mc& 



ii5« Fabiiaoi . 
fire GuîUuittc , riche en bonnes qualité , 
mais pauvre d'avoir. Obligé de fubûfter 
par Ta valeur , il ne poffédait , pour roue 
bien, qu'âne petite terre valant au plus 
deuT ««s livres : & c'itait^rand ilom- 
mage j car il avait tout , courage , hon- 
neur, probité. Paraiflàit-il dans un. Tour- 
nois Hl ne s'ainufaiti«s à &ire anï Dames 
de beaujc falucs ou des fignes de galante- 
rie; il s'élançait, tête bailKc , à l'endroit 
ou h fbule était la plus forte , & ne £è 
retirait que quand il avait terralTé ou vainr 
eu fes adver&ires. Aullt était-il pat~touE 
, connu & coniîdéré. Je m'arrête avec plai- 
Cr fui fon éloge , Meflieurs , parce que 
la juflice qu'on rend aux braves gens eft 
le moyen le plus fur de leur donner des 



Dans Iç voifînage de Guillaume dcmeu- 
nic^un tris-riche Seigneur , veuf & perc 
d'une fille eitrêmement jolie , nommic 
Nina. Son Château était , ainfi que^celui 
du Chevalier, fitué dans les bois., ( car 
la Champagne alors avait beaucoup plus 
de forêts encore qu'elle n'en (a aujour- 
d'hui ) ; & ils ■ n'étaient diftans l'iin do 
i"autrc que d'une groflè lisu* 



OTI CONTÏJ. 1517 

Mais celui du Vteillarii , bâti {ùi an 
pmaûcale ibrt eCcaipé , Ce trouvait en 
outiç défendu par un fo/R profond 3( 
par uae forte haie d'épines , de forte qu'oa 
n; pouvait y abocdït que par le potw* 
levis. C'^iait-Ià que s'était retiré le Pru> 
d'itommc. I] y vivait tranquillement avco 
fa fille , fàifant valoir là terre qui lui 
rapporraltannuellcmcat mille, bonnet livKf 
de rente. 

Avec une pareille fortune , tous juges, 
bien que la Pucelle , belle Se aimable 
«imme elle était, ne devait pas manquât 
d« foupirans. De ce nombre fut Guillaume. 
Jaloux d'avoir pour maîtrelTe une perfonna 
d'un mérite aullî diftingué , 11 mit tous 
fes foins à lui plaire ; &: bientôt à force 
de courtoifîc Si de beaux faits d'armes, 
U y parvint. Mai'i quand le pcte vit les 
vifites du chevalier devenir trop fré- 
quentes , il défendit à fa fille de lui paf> 
1er , 8c le reçut lui-même avec une froi- 
deur fi marquée , que le fevori n'oJâ plu» 

Par-là fe trouva IncerrompBc toute eom^ 
stonicwon entre les deux Atna°s< L'âgn 

„,,„.., X.ooyk- 



l^S F A B t X A Q X 

ne permettatt plus au pcre de monter i 
. dieval ni de Tordr ; ainll il n'y avait 
avec lui aucun efpoir d'abfcnce. Le vieux 
renard d'ailleurs , ayant en dans fa jeu- 
nelTe plulleuis aventures , avait aj^ris par 
fon «pirience à devenir défiant & ruft. 
Guillaume n'eue demandé fculcrflcnt qu'à 
voir fa Mie; & cette faible «Mtfolatioa 
lui était interdite. 

Va jour enfin qu'il cherchait &: todaic 
anuiur des murs , il appec^ ut une poterne 
abandonnée , à travers laquelle il était 
poflïble de fe parler, li trouva moyen éc 
le &irc (avoir à Nina qui ne manqua 
pas d'en profiter. Four lui il pouvait ve- 
Dir en -«ikcté au lieu du rendez-vous par 
de petits (entiers détournés , à travers la 
fbrét , que lui feul connaiiTair. Ce dédom- 
magement léger fit d'abord te bonheur 
des deux Amans ; ils en jouirent pendant 
quelque tems avec tranfpott. Mais quoi ! fe 
[latler fans fe voir , j/aimer tendrement , te 
ne pouvoir fe le prouver 1 Pas un baîfer ! paa 
une carefle '.Toujours craindre d'Être décoiK 
vcmScd'étre féparés pour jamaisl (Guillaume 
•cputccttiFàuncpueiUclmiation. U té".. 

, • . . Cooyk- 



«u Contes. 199 

foltit d'en fortir d'une manière ou d'autre , 
& vint au château , dans le deflein de 
déclarer fes iarenrions au pcre Si d'en ob- 
tenir enfin une réponfe décîfÎTC 

« Sire , lui dit-i[ , j'ai une grâce à vtnif 
H demander : daignez m'écouter un inllani. 
» J'aime votre fitle , Sire. D'elle feule 
» dépend tout mon bonheur , Ac j'ofe 

, «• vous fupplier de m'accordei là main. 
» Vous connaiffez ma naïdincc 8c mon 

- ■• nom ; je crois avoir quelque droit k 
•> votre eltime & n'ctte point indigne de 
•• Nina. Taitcuds votre réponTc ; mais elle 
» va me donner ou la' vie ou la mort. 
■> Je conçois {ans peîlie qu'on peut aimer 
»> ma fille, répondit le Vieillard. Elle eft 
» jeune , belle & fage ; fa naîHànce cft 
»> diflinguée j je n'ai qu'elle d'héritière ; 
*> Se Cl elle mérite toujours mon amitié , 
•• un bien coufidétable l'attend. Avec ces 
••'avantages , je crois qu'il n'y a point de 
•> Prince en îrancc qui ne s'honorât de l'épou- 
■> fer. Déjà plus d'un Gentll-honunc puif- 
*. fant eft venu me folliciter i ce fujet; 
*• mais rien ne me prelle , j'attendrai uti 
• parti ceiivEiublei& je ne veux poiat fur- 

.. Cooyk- 



loo Fabliaux 

» tout de CCS Chevaliers qui, comme leurs 
•» faucons ne vivent que de proie ", 

Guillaume confus n'eut pas la force de 
répondre. Il alla fe cacher dans la fotéc, 
où il employa le telle du jour à pleu- 
rer, en actendani que les ténèbres loi 
permifièac de fe rendre à la poterne. Nina 
s'y rendit aixflî de foncôté; & ce fut alors 
qu'édarerent les fanglots douloureui. "Re- 
•> ccTci mon dernier adieu , s'écria le Che- 
wvalicr. Cen eft &fc, il n'eft plus de 
•T bonheur pour moi dans cette contrée, 
«tic il faut que je la fuie puifque je ne 
*> puis vous Y poâîÉdcr. Maudites foient 
» à jamais les rieheflès qui me (ont perdre 
*» tout ce que j'aime. Hélas ! je m'applau- 
*• diflais de les pofféder pour pouvoir vouï 
•» les offrir , r^oodit la tendre Nina. Faixt- 
•ï ii que le fon me iiJduifc à les maudire 
«aullll Mais, mon cher Guillaume .ne 
^ défcfpdrons pas encore : il nous refte une 
" reffource que depuis long-tems a prévue 
»ma rendrelTe. Vous avez prés d'ici, i 
» Médot ,' un vieil oncle , de l'âge de 
B mon pete , & fbn ami dès l'eniànce'. Si 
• vous lui êtes cher, comnc jç ne pgis 



&V C O N T I t. JOI 

*» cft douter, allez le trouver & lui confier 
» le Tccret de notre amour. Sans douce il 
M a aim^ dans Ton jeun« âge ) il aura pi" 
"rié de nous. Dites -lui qu'il peut ikira 
, » mon bonheur & le vôtre. Je ne lui demanda 
" pour cela qu'un (ervice funulé ; c'eft da 
" vous céder , pendant quelques jours feu- 
» lement , trois cens livres de rente fut 
» fa terre. Qu'il Vienne alors me demao' 
» der pour vous à fnon père ; il m'ob- 
» tiendra de Ton amitié , j'en fuis sûre J 
» & dès que nous ferons unis , nous lui 
>> remettrons en main l'afle de fon bien* 
» fait. Ah 1 mou doux ami , ai-jc bcfoin 
*> de fcs préfens pout t'aimer ! J'allais moi*« 
*» nr , s'écria Guillaume ; vous nie rcn- 
" dez la vie ». 

Il courut arafli-t5t c&ez l'oncle , & U 
fupplia de féconder fon amour , fans lui 
avouer cependant qu'il était aimé de la Pu- 
celle, •• Votre choisnemérite que des éloges, 

• répondit celui-ci. Je connais beaucoup 
» votre nuîtrclTe, elle eft charmante. Soyez 
D tranquille; Je me charge de fobtenirdc 

• Ion père , St je vais dt ce pas ÎA lui de- 

• fluoJer-'. £n efièc il monta aulll-iâc4 



loi Pailiaux 

dievaL Guillaume , ttaolpon^ de joie « 
pilât de Coa côté pour Gilatdan , où était 
annoncé uQ Toumf is qui devait durer deux 
joun. Pendant toute la route , l'amouteux 
Chevalier ne s'occupa que du bonbeur qu'il 
allait enfin gourer. Héks! il ne foup^oonaîc 
gucies qu'on fongeaic à le traiiir. 

L'oncle £ic reçu chez le père à Coa 
oïdinairc On Ce tait k cable, où tout: 
en buvant l'un à l'autre, les deux Vieil- 
lards racontèrent leurs antiques prouefTcs 
CQ amout & en chevalerie. Mais quand 
on eut deflcrvi Se que tout le monde Ce 
&t retiré : « Mon vieil anii. , dit le Sa- 
« gneur de Médot^je fuis garçon & m'cn- 
» nuie de vivre rcul. Vous allez bientôt 
, » marier votre fille & vous trouver de 
" même. Acceptez une propoiïtion que j'ai 
» à vou» faire. Accordez-moi Nina, ; je 
B lui abandonne tout mon bien, je victis 
pt demeurer avec vous, 3c ne vous quitte 
" plus qu'à la mort». Cette propoficion 
enchanta le perc. Après avoir cmbraH!! 
fon vieux. gendre", il fit venir fa lîlic, 
à laquelle il annonça l'arrangement fômefle 
su'iû vçouqu 4e condutc enTcmble, 



„.,....,-.,C.oogk 



OV CoMTISi lO^ 

' Si la Pucelle fiit conflcmée , je vous 
le lailTe à peDTer. Elle ne iciura dans Sk 
chambre que pour Ce diùAer, pour miudiré 
tnille fois la trahilèn du perfide Vieillard > 
pour appeller à fon fecours fon malheureux 
amant. Pendant ce tcms , il travaillait à la 
mériter ca fe couvrant de gloire à Galar- 
don ; & il était bien loin d'imaginer que 
par one noirceur abominable fon onde 
la lui enlevait en le désli^itanr. Le foîr 
elle courut à la poterne , car elle igno- 
lait qu'il fut au Tournois ; mais après 
avoir attendu long-tems fans le Yoii pa- 
taîire, elle fe crut abandonnée; 

Le joui fatal venait d'être fixé par les 
Vieillards au furlendemain. Le fiitur avait 
demandé que le mariage & la noce fe filTent 
en fon château de Médot, £n cbnféquence 
il iiit réglé que pour arriver de bonne 
heure ; on partirait au point du jour ; fie 
en attendant , le gendre & le bcau-perc 
envoyèrent dans tout le voiJïnage inviter 
leurs amis , c'eft-à-dirc ceux des gens dç 
leur âge qui vivueat encore. Le lende- 
main arrivèrent , les uns après les autres , 
ces barbons au corps décrépit , au fronc 
ddé , k la tête chauve fie > tremblantes 



104 pÀBttAO* 

Jamais ne fc vit alTerablce de nèce plai 
burlefqiic. Vous eullïez cru qu'ils venaient 
tous , 3Vlnt de partir poui' l'autte monde ^ 
Te dire le dernier àdieu^ 

La journée fui employée k prfparef 
les aiultemens & la pariice de la rrifle 
nariéci Elle étoufTak incérieuremcni dé 
douleur , & Te voyait obligée pourtant 
de dévorer Tes larmes Se d'affeSer un 
vifage tranquille. Lepetevenait de temscn 
tems examiner û l'ouvrage avançait. Dans 
âne de ces vilites j quelqu'un lui dciUandit 
ril fvtit foDgé k &ire venir fuffifam- 
tnent de chevaux pour conduire à Médot 
toutes lesperfonrfesquidevaient s'yrendrei 
••Les hommes ont !cs:leurs fur lefquels 
*» ils font venus, répondit-il. Ceux de mes 
*> écuries fêrviionc ; niais en tout cas * 
h pour ne pas nous trouver embartàlTés t , 
W il n'y a qu'à en envoyer chercher qucl~. 
»ques-uns de plus che^ mes voifinS";' 
Et flit le champ il dépêcha im domeC= 
dquc qu'il chargea de cette comniillîon) 

Cf lui-ci (c rappetla en route que Guil- 
laume avaic un cheval gris , magnifique ^ 
& té^eé le plus beau de tonte U Pn» 
tinct^- 



oo Contes. mj 

Vnce. Le balourd cnit que ce ferait Gate_ 
douic flatter là jeune maitrclTe que de 
lui procurer , pour une drémiMiic aullî 
^réabk , une pareille iaontutc;& il alla 
tbez le Chevalier l'emprunter. 

Guillauiq^ après avoit tempertf le prix 
ia Tournois , avait pafle chca ibn onde 
pour chercher la léponle qu'il attendait} 
anais ne l'ayant pas trouvé & s'imaginanr 
que le-' père appaicnuncnt filait quelque 
difficulté, il'diait revenu chez Im; du 
iclîe a parËûtemenr tranquille fut cette 
a£^e , fi plein de confiance en la parole 
du négociateur, qu'en entrant il commanda ' 
4u'pn fit venir un Mâiéirier, pour lui 
chanter quelques chaiifons amoureufès. Il 
Ce âattaic que fon onde fe iciait lul plai- 
Cr de venit lui annoncer lui-même I4, 
réuffite de (on melTagc ; Se dans cet cO* 
poir- il avait Gms cède, les yeux tourna 
vers la porte. 

Tout-it-coup il voie quelqu'un paraître, 
C'émt le doroeftique , qui le &laant de 
la pan de fon maître , lui demande au 
OOm du Vieillard , pour le lendemain , fon 
beau Falcfri^ giis, "Oh l de toute mon 



lOS F A B t t A tf X 

,^ ame , i^pond Guillaume , & pout fia 
„ long-tems s'il le veut. Mais quel bcfoin 
„ a-i-ii donc de mon Palefroi î — Sire , 
„ c'cft pour mener à Màior Nina , notre 
„ Demoifdle. - Sa fille 1 Eh 1 que va-t-cUe 
,i &ire à M&loc î -^ Se marier^Qaoi ! cft- 
„ ce que vous ne favca pas que Votre 
^ oncle l'a demandée à Moofeigaeûr , Se 
„ qu'il répoufc demain mat^n au point 
A du jouf „. 

A ceS paroles , Guillaume rêOx pétrifia 
' ^écomiemeot. Il ne peut croire une tra^ 
hifon aulTi noire , & & U &x certifier 
One Tecoade ibis. Msdbeilrcufcnient pour 
lui , les coupables CotiC tels qu'il ne peufr 
t'en venger. 11 fe promené pendant quel- 
que rems «n fileucc t les yeux baJfTés 8e 
l'air &iricuz. Soudain 11 s'àrffte, appelle 
(on Ecuyet , fidt fellet le cheval gris ^ 
U le livie du Valet, i' Elle le montera * 
„ fe di>il à liii-mfme ; & en le itidntant j 
„ elle fongent encore urte fois à ntoii 
„ Ne fuis-je pas trop heureux de dontri« 
„ buer à fes plaifus 1 Mais non , c^ft k 
„ ton que je l'accuIè. On a forcé (k 
t, main , elle n'en cft ^ue pluï à p loiit^ 



e V CoNTis. 107 

\, Moi , j'ai fon cœui j 8c tant que ja 
„:viyrai, die aura le mien „. 

Le Chevalier alors appelle lou! fts gcnï. 
Il leur diftribue le peu d'argent qu'il a , 
te leur permet de quitter fon fervice dès 
l'jnibuit même. Ceux-<i épêtdus demandeni 
en quoi ils ont eu le malheur de lui 
d^laire. " Je n'ai qu'à me louei de tous > 

u tous , i^pond'il i Si je voudrais qu'H 
■„ me fôt permis de tous mieux i^com-- 
„ penfer î mais la yic m'efl à charge î 
„ panez & lailTez-moî mourir,,. Les in* 
femmes le jettcut en larmes à les ge- 
noux. Ils le conjurenc de vivre , Se le 
fupplient d'agréer qu'ils relient auprès de 
lui pour adoucir Ces maux. 11 les quitte 
fans leur répondre , âc va s'enfermer dans 
Cl chambre. 

On darmait pendant ce tems an châ< 
teau du père. Pour pouvoir partir de gran^ 
matin , on s'y écair couché de bonne heure ; 
ic la Guaite * du donjon avait ordte d'é~ * Scnd4 
veiller tout le monde au (on du toclïn , "cUe* 
dès que le jour commencerait' à paraître. 
Nina feule ne put rcpofer. L'ioftant de 
Coa imailieui at^ochait ; is elle n'y voyai| 
M* 



»o8 Fàbliavz 

^us <le remède. Vingt fois (!aos la )mity 
née la pauvrette avait chercha l'occafion 
•àe s'enfuii. Elle l'eût fût fans crainte , It 
U ckofe eût été polTible : mais elle uvatt 
trop d'yeux i tromper. S: fon unique 
confolacioa fut de paflcr la nuit dans lei 
larmes. 

Vers minuit la lune Te leva, ta Guaîte 
qui le foit avait un peu bu , Se qui 
s'était etuloi'mi , fe révcilknt tour- à? 
coup , le voyant une grande daité , 
crut qu'il était d^à tard j & il fe hSttx 
bien vtte de iônner Ton cocân, Auflî-tôt 
tout Je monde de fe lever , & les do> 
meltiqucs de feller les chevaux. Le Pa- 
Ic&oi gris, comme le plus beau, fiit icC- 
âaé pour la Pucelle. A cette vue elle dc 
put contenir (k douleut ic fondit en laimcs. 
On n'y fit point attention , parce que ces 
lûmes furent attribuées au regret de qui» 
ter la mûfon patetaelle. Mais quand il 
fiit queftion de monter le cheval , elle 
s'y refti{â (i opiniâtrement qu'il &llut l'y 
placer comtnc dc fbice. On panit. D'abord 
marchaient les domeltiques , hommes te 
Icjorncï i puis les gens dc la nôcc j poil 



OTïCOÏlïIJ. 16{( 

ia rtariie ijm , peu emprelKe A'udvei , 
s'était mife 4 la queue de la troupe. On 
l'avait confiée ik un vieux Chevalier, 
bommc fage & reDonun^ , lequel devait 
lui lèrvit de parrein pour la cëtémonîe i 
8c celui-ci fêcmaie la marche. 

n y avait , pour arriver à MMot , crois 
lieues 3i &irc , toujours dans la fbrér, 8; 
par an chemin de craverlc H értoit que 
deux chevaux pouvaient à peine y pafTer 
de front. Il &llut donc allet i la file. 
Pendant la, première demi-lîeue on caufa , 
on s'égaya un peu ; mais nos barbons 
qui n'avaienrpas dormi lîiâîlâmmenti fuc- 
conlbcrettE bimtôt au Tommeil. Vous euf< 
fiez ri de vofr leure tctes chenues Tacillct 
ï droite & à gauche ou combci pattchées 
fur le cou des chevaux. 

La Pucelle fuivaù , trop occupée de là 
^uleur pour longer à etir. Pareille à 
ces criminels qu'on mené au fupplice , te 
qm , pour vivre quelques indans de plus, 
retardent la marche autant qu'ils peuvent, 
elle rallenrifTait le pas de Ton cheval. Mats 
en n'eut pas fait une lieue que , fans le 
foukû , clk fe trouva vpH féparëe iz. 
Mi 



«19 F A s t 1 A tf * 

U troapc. Son vieux cooduâeur ne ï'ei» 
Sppcrçut pa^ divancage , paicc qu'il Cota- 
jneillait comme les aunrs. Cependant fes 
yeu» s'entr'ouvraiïot ie teins eti tems î 
inais comme il voyait toujours devant 
lui k Palefroi gris , its fe refcraiaieM 
tout auffi-tôt- Les cbevaui au refte n'a- 
vaient pas bèfoin de guides. Dans ua 
chemin pareil ils ne pouvaient s'égarer. 

Il y avait un endroit pourtant où la 
Touic (e. partageait en deux. L'une ^tait 
ii continuation de celle de M<!dot , l'autre 
un petit fcniier qui conduifait chez Guil- 
laume. Tous les cavaliets de la ctoi^c 
' avaient ruivila'prcmicrc, comme de rai- 
ionj & le cheval du vieux patrcin ne 
inanqua pas de fuivte la trace des autres. 
Tour le Palefroi gris , depuis le tems qu'il 
Konduiiàii Ton maître au rendez-vous de 
la poterne il était fi fon accoutumé ait 
jcntier qu'il le prit à Ion ordinaire. 

Il £)llait, poui artiver chez Guillaume, 
fiadcr à gué une petite rivière. Au bruii 
que &ic le cheval en mettant le pkd dans 
Itau t Nina ion de ùt tiifïe rêverie. ^IIq 
& ictoiuac pour ai^^ct le pamia i 



O tï C O H T K s. II* 

Coa Cecoan , Se ne voit pcrfonne. Seule 
te abandonnée dans oac fbrft à pareille 
heure , un premier mouvei^enc d'efftoî 
la &ic d'abord ireâaillir 5 mais l'idée 
de pouvoir éch^pei au nialbeiK' qui 
la menace , étouffe fa fiayeur j Se elle 
pouiïe bardimenc Ton cheval dans la 
liviere 1 pjÉre à périr , s'il ie dut , 
plutôt que de coorommer cet hinicn af- 
freux. II n'y avait tien à craindre. Le 
cheval, £cEon £â coutume, traverfà de 
lui-même le gué ; & bientôt H aniva chex 
fon maître. 

Dès que la Guaite ai^icr^ h Oetnot* 
fclle, il corna pour avertir. Se vint lui 
demander eu fuite à elle-même, ik traven 
la petite porte du pont-levîs, ce qu'elle 
voulait. " Ouvrez vite , cria la Fucelle » 
„ c'cft une femme pourfuivic par des vo« 
„ leurs , qui tous demande du lêcouts,,. 
Elle ençloyait ce motif pour le toucber. 
L'autre regarde pat le guichet : il voit 
une jeune perfonne , pariàicement belle 
^ couverte d'un ricHe manteau d'écarlate. 
La parure , la beauté de la Demoifellc . 
^ cheval ^is qu'elle morue U qui lui 



m Fabliaux 

fcmble être te Paldîrot de Guillaume » 
téconneni 'ia point qu'il cioic que c'eft 
quelque Tét favorable qin la eompaflion 
amené auprès de fon bon maître pour le 
«infoler. Il court auflî-tôt l'avenir. Guil- 
laume avait paffé la nuit dans les larmes.. 
Ses gens vériubfemcnt affliges parce qu'ils 
l'aimaient, n'avaient pas voulu fe coucher 
plus que luL De cems en tcms ils allaient 
&ns bruit ^coutar à fa porte , dans l'ef^ 
poir que peut-être fa douleur s'allégerait; 
mais l'entendant toujours foupircr & gê- 
nât ils' revenaient pleurer enfemble. 

Cependant , dès qu'il fut qu'une femme 
Itait à fa porte, par courioilie il alb 
au devant d'elle 8: fit baifler le pont-levîï. 
O joie inefpérée ! ô bonheur 1 il voit ik 
Mie. Elle s'élance dans fes bras, en criant > 
fiuvei-moi j 8c en mênje tems elle le 
ferrait avec les Cens de toutes fts forces , 
te regardait derrière elle d'un air d'effroi , 
Conune fi réellement des ravilTcurs l'euiTent 
ItourfuivicRaffurez-vous, s'écrie-t-ÎI , raC 
furez-vouB j je vous tiens, & il n'y a per- 
fimne fur la tene qui puiiTe défbrmais'vom 
Wachu i moL Alan U appelle Ces gaé 



O W C ÏT T 1 s. ÎIJ 

lltizqncis il donne liiffereDs orJics , & 
£ùi lever le poni. Mais ce a'eft pas afTcz. 
iPoof fne pariâitnneBC heureux , il &ut 
qu'il foit l'époux de Nina. Il la conduit 
donc à fa chapelle , 3c ina&dant Con Cha* 
pclaia , lui oidonne de les marier enfèmble. 
Alois la joie centra dans le cfaêitau. Malcrc 
te domelligucs , toQs pardllTaïenc éga^ 
IcfflcRt enivrés de plaifit; Se' jamais à 
tant de chagrin ne fuccifdeienT atifli ptom* 
pcement des tranf^orcs auflï vifs. 

Il n*cn imt pas aiofî à Médot. Tout 
le mcndt y était arrivé , excepté là Pu- 
Celle Se fbn gardien. Mais on avait beau 
<ê demander ce qu'ils étaient devenus » 
petCbuoe ne pouvait l'apprendre. Enfin ce 
gaidien parut , toujours dormant Ait fon 
cheval ; & il fut fort étonné , quand on 
le réveilla, de ne plus voit la mariée 
devant luî. Comme on foupçonna qu'elle 
avait pu s'égarer dans la fbrêt , plultcun 
domefÛques fiuenc détachés pour aller la 
chercher. Mus on fut bientôt à quoi 
tfen tenir pat l'arrivée d'un Ecuyer en- 
voyé par Guillaume , lequel vint annon- 
tfr que la Dcmcnfelle était chez &a maître , 

■ , .. Cooyk- 



«14 JF A ■ £ I A U X 

ft de la pan du Chevalier invicci VaaeSe 
Zc tous les Gcndls-hotnmes de b noce i 
fè tendre chcB lui. On y courut. GuU-< 
laume alla au devant d'eux , ten«it par 
U main {à nouvelle ^aCc qtOl Icui 
^fenta fous cette qualité, 
. A ce mot d'abord s'éleva dans la uoape 
on gland murisure. Mais quand Guil* 
Jaumc eut ptié qu'on l'écoutât , quand 
il cul conté toute l'iiidoire de fes amout» 
jufqu'à l'avcntuTB du Palefroi , tout chaa-- 
■gea. Ces vieiUacds , blanchis dans des 
prinnpes d'honneut Si. do loyauté, té- , 
moigneiCQt Blême leur indignation de ce 
qu'on les avait tendus çon^liccs d'une per- 
fidie i 8r ils fe réunirent tous pour preJTer 
te peie de ratifier l'union des deux amans. 
Celui-ci ne put s'y tefufer , & la noce 
(e fie chez Guillaume. L'omJe mourut 
dans l'année. Le Chevalier, pai cet évé- 
nement , hérita de Médot. Peu de tems après, 
fon beau père étant mort »(illî ,, il fc vit 
sn des plus riches Seigneurs de Charib- 
pagne, fie il vécue aul& hcuciK qu'il 
«lériait de l'être. 



« U C O H t I s. tfj^ 

Ce FtiKiim a ité trwfak m t&l pat tf> 

imblrt. 



_ NO T E. 

(à, t(ùcfroî Kur). Ou a <ni âilleun qu* 
le faCr éixic une tôurcun gtîi;|>lanç , Bommés 
•iafi à caulc <Ie cEtce variété it cooleuc. Oïl 
ndmiDi de mfmc yeux *airi Ict ^euz bleus ^ 
farce que , comme le ridr , ili lonc pidcmjt 
de pciiii paimt blanct'; aiulî qu^on peuis'cik 
conraincte ea les tegàrdaai de f rèi. Noi Au-* 
Ùuis ne célébiâacpcefqueiànuïi que dei beau* 
féi blonde*., ih ne cdibicnt non plut que lej 
feuK véri ; maîi comme qudquetôii ils écrï> 
TënE>er{,LaRavàllie[e', troiBpè par l'onho> '/'ianT 
gVaphc, a cru (|ne ce mât CgniKaïe de cou^ duBoiil: 
fntr rertE. D'apiii cell , il admire coaftieat ^«»*>lf 
la nature a pu forniEr des yeux paceili. Si il 
^topoTe au± PhyGcielu d'cxtmin't pourquoi 
'tt pbinoâienï n'arrive piiu. 

i» tiàifni Har eft iiia àK*A fâfi 



^ 



: Coosk- 



f A B 1. 1 A V ] 



LE V-ILXAIN DE FARBU. 



*VilU(* \J M Pay(àn ic Farbu * , homme fôrC 
,,^'"- fôi I allait avec fon fils vendre quelques 
âenries à k ville. En y entrant , ils trou- 
vent dans une rue un firr à cheval ; Se 
le perc dit à Ton fils de le ramaffcr. Mais 
c'était une attrappc ; le fer était chaud ^ 
& avait ^té jette là pat des jeunes gens 
qui voulaient s'amufcr aux dépens de quel- 
que nigaud. Le fils foupjonnant une ma- 
Jice , crache fur le fer avant d'y toucher^ 8ç 
voyant bouillonner (a falive il Ce retire , 
en Ce moquant des jeunes gens Se de leui 
Ittrappe. Sa tufe adroite frappe d'admi- 
ration le Cot pcre. De retour le foir 
& Farbu, celui-ci demande à Toupcr. Sa 
femme lui Ten de la bouillie qui était brû- 
lante. II veut , avsnt de manger , s'alTu- 
ta fi elle n'dl pas trop chaude , & il 
cmploif 

, .. Cooyk- 



ou Comtes. ilj 
taiploic pour cela la même épreuve que 
foa fils avait employée pour le fer. Comme 
il ne voit rien bouillouner , il avale har- 
dùtienc ; mais il fe brûle toute la bouche , 
Se s'en prend au jcuoe homme qu'il ac* 
cuTe d'avoir des fecreu qui aç font bons 
^c pour 4ui feui. 



Se ttean ion* U Et&'ttau apfable. 



TtmtlVi 



llS F A B L I A U X 

DE L'HERBERIE. 
LE, Dir DE L'HERBERIE. 

Ttlt foal lit dnix titra it dtun fltcts, toit' 
Itmtpi ^ffraiiei-, & fin uriururti , que 
^ fai rûuiici & finiatt tnfimblt , perce fa* 
Il Ji/jn ta tfi le mime ; ne cantenint tdlUa 
dea» gue dtt prapet de charlatan dans une 
flici fubliqai-^Uti font imiadiet Hccbe- 
ih.dii mititt if ctt fonts dt'ge'ntjui don 
vtniaitnt au ptupli dit hahes. L'uht tfi in 
fraft , Veiart tjl moitU ta prcft & moini 
ta fcri. . 



xVuDAFRiDi JmbuU fabala quant] il 
la bicuk plentiflimus Hareng. Entre deux 
Tcnes une mùtc. Je vous dis donc , beaux 
Seigneurs, qu'il Y ^ dans ce bas inonde 
cinq cas parùcuUers où un galuit-honima 
tic jeut en cçnfciçBCC iTc diTpcnTcr 4« 



OD Contes, 'iiy 
croire ù. femme. Et d'aboid lî vous U 
jectcz <Ians ua four allumé, & qu'après 
lui avoir demandé, ma Mie, 'comment 
te trouvc-m id , elle vous réponde. Sire, 
je n'ai pas froid; je foutiens qu'alors tous 
êtes obligé de la croire, i". Si vous la 
jetrcz à l'eau. Se qu'après lui avoir de- 
mandé, ma Mie, as-tu foif, elle vous 
réponde, bou , mon cœur ; je dis qu'il 
faut la croire. }". Si le matin , quand elle 
Ce levé , vous lui demander ce qu'elle 
compte (aire dans la journée , & qu'elle 
vous r^nde : Sire , je compte vous laite 

enrager ; je dis , MelSeurs Quoil 

vous râei! Eft-cc que vous vous moque- 
riez de tnoi par hazard l Apprenez k me 
connaître, s'il vous plaît; & iàchez que 
je ne fuis point de ces aifronteu^s qui 
coûtent le monde en vendant fuif de moif 
ton pour graiiTe de matmote, ni. de ces 
pauvres hères qui viennent en cape à la 
porte d'une églife étaler fur un tapis des 
boîtes & fachets, & vous vendre poivre 
ou cumin. Non , Mellïcurs , non; je ne 
inc mouche point de cette main-là. Je 
-fuis.moijUnPbyHdco* babile, lequ^, ' Héie-t 



ïio* Fabiiaux 

pour pouvoir un jour vous guérit, aï pat* 
couru toute la terre habitable , le Poitou , 
l'Anjou , les Inde;, J^falem, le royaume 
des bétes & la Sologne. 

ConnailTez-vous par exemple le Seigneur 
Al Caire ? Eh bien , MeAieurs , j'ai mangé 
à Ta table pendant deux ans , & j'en ai 
rapporté une pierre qui fait rcffufdtcr les 
mons. Quiconque de vous h touchera 
cette pierre, Mellïeurs , il n'a plus i re- 
douter après cela ni fcorpion , nî taren- 
tule. Il ne doit plus craindre qu'un chien 
mon aboie après lui , nî qu'un âne ricane 
poiit lui faire peur , ni qu'un lièvre l'em- 
porte pour peu qu'il fc tienne bien. Enfin , 
quelque chofe qu'il fàflc, il ne mourra 
point fans confciTion. 

Lorlquc Dieu vint Tur' la terre, beaux 
Seigneurs , il trouva des hommes qui cru- 
/enc en lui ; il en trouva qui n'y crurent 
point. Je pourrait fort bien , moi , quoi- 
que je ne fois pas le Sauveur, n'être 
pas mieux traité que lui. Mais au reftc , 
pour mettre "/otrc confcicnce en repos, 
je veux, Meflieurs, vous montrer ici ce 
«ue je ùu ^c, Yi-t-iit paini vous 



''O U .C O N T I J. 3Ai 

qnrfquc honnête homme , bon catholique 
& craignant Dieu , qui ait mal auï dcQU> 

Qu'il approche.... Ah ! c'eft vous.l'ami î 

Répondez donc Eft-ce oui ou non que 

TOUS dites J Je ne vous entends pas ^ 

parlez phis haut..... Encore bon cela. 

Voilà un malade de bonne humeur , il fait 
rire tout le monde. Dites-moi maintenaot, 
rami.Gïotrcdenc eftcreufe. .^ . . Oui, 
n'eft - ce pas ! Cela fulBt. Je vais donc 
TOUS guérir , car je fuis bien aife de Éûre 
voir que ce n'eft pas Tint^ct qui m'a- 
mène ici. Baisez vos chaperons, vous 
autres , Se dielTcz vos oreilles: il n'y * 
pas un mot à perdre dans tout ce que je 
vais. dire. 

Il (àui, mon cher, prendre un peu de 
giailTé de marmote. Vous pilerez cela 
dans un mortier avec un crotin de None 
fortant du four ; vous en ferei une bou- 
lette que vous mettrez dans le «eux da 
votre dent; puis, fans perdre de lems, 
vous irez vous pofer les deux fefles oues 
fur un brafier bien allumiî. Dès que l'on- 
suent fera 'fondu, je réponds fur moi^ 
N, 



ni Fabliaux 

Dieu que vous ferra guéri, Porcilb poloï 
laudate earbonculus gorfelas. 
MaiQunanc, Meflieurs , voutci-voiB 

. &voir de quoi font compoffs les remèdes 
que je vous vends 1 Je vous dtiaî que j'ù 
quatre frères ; que mes quatre frères onc 
chacim quatte chiens ; Se chacun des quatre 
chiens, un collier de fer. Vous me de- 
manderez peut-ftre ce que font ces quatre 
chiens! Le voici. Tous les quatre )ours 
mes quatre frètes les mènent tons quatre 
dans U forer des Ardennes chalTcr les 
griffons, les élépham , les' balilics, les 
dragons volans , & les autres béies qu'il 
me feut journellement pour mes graiflcs. 
Avec ces graiflcs , votre fcrviteur guérit 
la mort , la brûlure , le friffon , la gale & 
la coKq^e, que Dieu puiiTc envoyer à 
eeuTiqui ne m'achèteront rien. 
Ces graiifes au rcfte on ne les mange 

' point. Non vraiment , il feut bien s'en 
garder ; car elles ont tant de vertu, que 
û on en mettait feulement gros comme 
mi pois. fut la langue d'un bcEuf, il tom- 
t>crait mort fans parler, Oa les app hquc 



ou C O N T K ï.' li| 

Air le corps à l'cndroic ou l'cnt Cou^e ; ic 
dans l'inftant , quelque violent que foie le 
mal, il s'entiiii tout droit jufqu'à la 
tivieic qui coun. Mais ce n'eil pas li 
loui, MelBeurs. Ouvrez vos yeux, rc- 
jardez-bien , vous allez voir la meiveille 
des merveilles. La voici, h voici; c'eft 
moi qui l'ai cette bolie admirable de 
jouvence , qui réparc les torts des vicîl- 
laids & l'honneur des filles qu'on va ma- 
zier , quand il a fouiïêrt quelque échec 
Au reftc, lî vous ne m'en croyez pas. 
' interrogez ma femme ; dl; peut patlci j 
je la kilTcfai dire. 

I A f £ M H z. 

Ou I , belles gens , je fuis femme d'hon- 
, neur , & ne voudrais pas , pour mon pe- 
lant d'or, vous tromper. J'ai appris k 
connaître les herbes chez Madame Trote 
de Salcme , cette Madame Tiotc dont 

fe Eût une coëffê de fes oreilles , 8c qui 
attache Ces fourcils à une chaîne d'argent 
yar derrière fes épaules. Vous (avez quç 
N4 



S'i4 Fabliaux 
^ans le tnondc entier elle s'a point ix 
pareille. Elle nous a envoya ici pourvouï 
empêcher de mourir. Mais afin que led 
pauvres .puilTent guérir comme les riches, 
Ivani de partir elle m'a fait jurer fur lea 
fâintes Reliques, que pac-tout où j'irais 
je ne pfehdrlis jamais (ju'un denier de la 
monnaie du Pays; à Orléans un Orlàuiais, 
au Mans un Mançois, à Chartres un Char-> 
Irain, à Paris un Parifïs, à Rouen oa 
Tournois, à Dijoo un Dijonnais, àLoa' 
Jres un Eftctling. 5Î cependant, MelEcars, 
il fc trouvait parmi vous homme fi pau- 
vre qu'il n'eûr pas même dans fa bourfo 
m denier, le laiiTcrais -je momïr pour 
celai Non certes. Qu'il vioine comme 
les auues. Je lui donnerai mes herbes 
gratis i pourvu feulement qu'il fbtuDtfie 
■ à man cheval du foin & de l'avoine , à 
moi du pain 8c du vin , Si. qu'au bout de 
l'année il fafle chanter, pour la confer- 
vacion de Madame Troie, une melTe ^d 
Saint-Efprît. 

Après cela, Heffleurs.je n'ai plus riea 
à vous dire. Vous connaiifez la bonté de 
mes lictbes; c'en à vous nuintouiu à en 



ou CONTZS. llf. 

kchetei. Si vous n'en voulez pas , tant 
jâs pouc vous; quand vous mouircz, je 
ne iuai qu'en tire. 



Ctat pitce pourrait fort hita avoir ité un 
it eti Jeux dam il a iti parli dam It fécond 
wolumt , aat font dt farce dramaiijue , d dtua 
ftrfanaagti ; ou à trotl , fi l'on y ftifait joutr 
rk$mme jui rient fi plaindre du m*i i* ■ 






*tj Comtes. 117 

elles qu'oa fe paie de fleuts & qu'on clumie 
l'amout. Poui; elles eaSa fut inventée la 
Poéfie : car qui ferait des vers , s'il n'ai- 
mait pas î Femme vaut mieux qu'or 6E 
argent, que ctâtcaui Sç àcis. Malheur à 
J'homme que le del a priv^ de cette 
douce confolation. Mais au milieD de feç 
plus grands chagrins, qu'une fcpvne yienoç 
s'oSnt_à luiï dans l'inAant vous venez 
ixHuirc fes lèvres Se Cou caui s'épanouir. 
£n un mot je dis que les Dames Coat 
Touvrage du Créateur le plus agréable 
comme le plus utile. Se je ibniieQS en 
conl^quence ^'aft se jurait aiTez les 
faonorei (a). ■ 

Je vous dis ceci à propos d'an laboa> 
KUt, nommé Sire Confiant du K>mel , 
Se de Dameltàboui â>n ^nlè. Éoouicz- 
cn le Fabliau. 

Extrait. 
Isabeau , jeune Si joh'e, avait plu l 
k iois au Curé du bourg, au Piivôt & 
«u Forcftier'*. Chacun d'eux la Ibllidia f q„Jc 
de ùm cûéj oShnt, pour obrenir Tes du fieii 



Ïl8 F A B t î A tl X 

bonnes grâces , le premier yingt iîvreï 4 
le fécond dix, & le troifieme une bague. 
A toures leurs Inllanccs la fage & bon-* 
nfce ^poufe répondit que foii mari 11 
nourriflkit par (on travail , qu'il h rendait 
heureufe ; 6i qu'elle fe croirait la der- 
nière des ci^atures , lî en retour de tant 
de biens elle allait le trabir. 

Un jour les trois foupirans fêjencon' 
trerent à boire enrcmbic. Bientôt, levtn 
^chauiSuit leurs cerveluz, il Te mirent k 
parler de ce qui les Occupait ït plus , 
c'eft-à-dire, de Daftie Ifâbcaui L'un dit 
qu'il jeûnerait volomieif^ quarante jours, 
sll pouvait fe décarèmer cnfuite avec un 
fi friand morceau ; l'autre , qu'il confcn- 
ticait volontiers k mourir le kndcmain 
pour pafTet une nuit avec elle. Le Curé, 
plus téfolu , les traita d'imbéciles « tc 
prétendit qucs'îls Voulaient bien «'enten- 
dre tous les trois , ils autùenc k Belle à 
beaucoup mCillcut marché. « Il ne s'agit 
9» pour cela, dît-il, que'dc réduite le 
e Vill^ fut la paille, ou le forcer à d^ 
. « gucrpir du pays. Quand elle fe vemi 
» dans la mifetc, il faudra bien aloit 



C V C O M T X s. 2Z^ 
*> venir prier à fou cour & nom effrii, 
■> humblement ce qu'elle refufe aujour- 
M d'hai avec tant de hauteur >>, Ce i«ojet 
■trace eft adqpté ; & les trois Ribauds 
convienneai enfêmble de ce que ièta 
chacun d'eui. Dès le Dimanche fuivant , 
le Paftcur monte en chaire; Se voyant 
ConlUai devant lui , il le dénonce à fes 
I^aioimem comme un excommunié ; qui a 
époaCi Ci commère fè) 8c en&eini le> 
fàints Canons. En conféqueacc il ordonne 
qu'on le chalTc honteufcmcnt de l'dglifcj 
oa fînon le Service divin va être futpcndu. 
Le Villageois lè retire concerné. U va au 
Sresbitete accendiele Curé, qu^I conjure, 
à mains jointes , d'avoir pitié de lui 8c 
d'obtenir fon abfolurioo de l'Archevêque. 
Il olFrc même de payer ufte grâce d'a- 
Vlnce, & ptopolé. huit livres. L'autre 
accepte la ptopofition d'autant plus vo- 
lontiers , qu'il y trouve un moyen de &ire 
payer au Manant les complailânces de ùk 
femme. 

Confiant rentre chez lui tout en larmes. 
Ifabeau, l'embrafTaot tendrement, lot 
demande le fujec it Tes pleurs. Il le ra- 






1)» FABLtAirr 
lonte. L' Jpou(c , gu devine lâns pcûie 
l'origine de cette quradtc, le ramure , ea 
protcfbuii qu'elle fanra bientôt la terminep. 
II5 Te mettent à table. Mais à peine ont- 
Ss commencé leur repas , qu^on vient 
cbetchec Conftuu de la part, du Ptévôt. 

Celui-ci l'accuTe d'avoir pendant la nuic 
volé, avcx fraâion, &i blé dans la. 
gtangc du Seigneur. Dictés ce délit pré- 
tendu il le £ùz mettre an c^ (lO > & lui 
annonce que le lendemain il l'envcira à, 
h potence. Le malheureux a beau proteA 
ter qu'il n'a volé de là vie , & qu'il 
aîmeriit mieux mourii que d'avoir ur 
giaia de blé à pet{bnne ; on tiaice de 
menTonges Ces protdladons ^ on pnétecd 
que des témoins ont à^Cé avoir fuivi 
la trace du blé depuis la giange jufqu'à 
£t mailbn. Enfia , quand il voit qu'il ne 
■'agit pour lui de rien moins- que k mort* 
il ptend le patti de depunder grâce , SC 
ûSce vingt livres , que le Prévôt accepte. 

Comme il revenait à la maifon , il voit 
accouiir ùm valet , qui lui annonce que ' 
le Forefticr vient de laifii aux champs 
ks deux boeufs. Upiéttodj dit k valei. 



„,,„.., X.ooyk- 



o V Contes, ije 

qac h rematne ({cttucre tous avez a>up£^ 
dans la fbcéc plufîeurs arbres. Conftant 
alors de jcttet bas fà cbappe Se 6e couiic 
après k Foreitier. Mais il en. cft de cet» 
zreacurc conune des deux autres ; le pau- 
TIC diable ne peut txvoù les bceois qu'es 
I>«>mettant cent fous. 

Il rentre au logis pour d^lorer lôa 
malheur. L'époufe au contraire ne &tc 
que rire de toutes ces perfécucions. Elltt 
{VDiDct à Confiant de le venger avanC 
yen, de {es trois enncnùs, & deluidon-^ 
ner, à leurs dépens, autant de pUi£l 
qa'Ôs lui ont donni ^c thugnn. 

Le leodemaki matin , apte»- avoir tut 
cacher fôn %atî, Ifabeau appelle -Galo- 
irot , (à fervante , & lui commande ds 
chauffer de Tcan pour un bain. Pendant 
que l'eaa chaulïê, die raconte à cette 
file lliiftoite des amours de fes tto!J 
■ galans , ainfi que le deflein qu'elle, avait 
de les punir î & CcnToic enfuite chez le 
C\jré. » Tu lui diras en confidence» 
w ajoute la Dame , que Conftant a au* 
B fourd'hui vingt livres à- payer ; que 
« nous oc poSédons fat iia C)u j & qw 



%ii FabiiAut 
» s'il veut venic m'apportet cette £binme 
B qu'il a W te premier à ni'oftrk Jcr- 
B DiecemcDC , il ne poiuia manquer d'&ie 
B bien refii.u. 

Galotiot était une grofTe paylàne , 
d'un extérieur louid & malEi' i nais fous 
cette épaiiTe enveloppe , la dtôlefle ca- 
chait beaucoup d'efpiit & de malice. Elle 
t'aquitte de fk commifEon 6 adtoicemenc 
Que , dans fon tranrport , le Curé l'em- 
biallè Se qu'il- lui donne vingt fous pour 
acheter un péli^n. Il va cofuUe prendre 
dans Ion cofTîc la fomme demandée i le 
' vétQ d'un nanteau écailate doublé de vair 
((/), il oourc porter fbn offrande. La 
Dame le reçoit d'un air aj^le. On caufe 
quelque tems. En£n elle propofe au Sire , 
avant de s'aquicter avec lui, de Ce baigner 
cnfemble ( e). Mais il n'eft pas platôi dans 
le bain , qu'elle enlevé- fes habits & les 
met fous clé j après quoi elle envoie la 
lèrvantc chez le Prévôt. 

« Je ne devrais plus vous aimer depuis 
•> que TOUS m'avez oubliée , dit Galotrot 
■ à cet Offidcr. Aufli ^yoilà ce que c'en 
> {uc iita ikbc, oa oc daigne feuli- 






ou CONTIS. lîJ 
k tuant fias làluer Ces parens. Mais mot 
B j'ai bon caut , & ja veui £dre le bien 
>> pour le mal. Vocie maîirefle eft au logis 
» qui Ce défelpere. Elle a bcCoin d'argent. 
» Vke , proâccz de l'occaHoa i & lur-iDuc 
B ne dites pas que c'eft moi qui vous 
» ai ayerti". 

Le Prévôt fie touies forces d'eicufcs k, 
& giodfc couâoe Caî la froideifr donc 
elle Ce plaignait; il lui dît mille çhaCe» 
agiéables, lui donna vingt fous comme 
le Curéi Bc après avoir piisderaigent, 
vint avec elle fnppet à la potcc d'Haï 
beau. Ciel 1 c'en mon mati , s'écria 
l'époufc. A ce mot le Cuië faute, tout 
nu , hoK ^a bain : il craint la colère de 
ce mati qui doit lut en vouloir , ££ il oc 
{ait où fe fauvcr. « PalTez dans l'autre 
» chambre, lui dii la Dame, S: cache;^- 
n vous dans ce grand tonneau où il y a 
» de la plume. Je vous couvrirai avec le 
M van que voici. Confbuiine s'aviferapa» 
» de veiûi là vous chercher ». 

Ifabcau n'eut pas plutôt mis en cagcfoa 
premier amoureux, qu'elle alla ouvrir au 
iecond. BIc pri^ïâ de m£mc k bain 4 



4î4 Fabliaux 
cclui-d , <lont elle CD&rma âe même lea 
habits ; & envoya eo&iice Galouoc chca 
fc Foreftier. 

« Madame tous a hier {an mal reçu, 
» dit au Garde - bois la ferrante. Je lai 
» en ai fait beaucoup de lepioches , Bc 
» l'ai forcée de convenir que votre bague 
• lui irait bien à la main. Voyez main' 
» tenant , Site , ce que vous avez à £iiie. 
H Moi j'ai voulu ^ulèment vous piouvcr 
» ma bonac amitié , & je m'en retourne ». 
Le galant , ravi d'une pareille nouvelle , 
^nna dix fous à Galotrot, St coonOT 
*vec là bague cbci la Belle. PreiRe par 
le Prévôt d'entrer daos le bain , elle fc 
déshabillait , pour gagner du cems , le 
plus lentement qu'il lui était poflîble. Au 
bruit que /aie le Foreftier en frappant-, 
elle s'écrie de nouveau, d'un air etïrayé } 
. c'en mon mari , je fuis perdue. Le Prévôt 
BC fait plus --que devenir. Elle l'envoie 
audl dans Je tonneau. Il s'y lance à pieds 
joints , Se tombe fur le Curé qui , pour 
ri'ètre pas vu, s'enfonçait, tant qu'il pou- 
vait, fous la plume. Celui-<i iàitua cri 
de douleur. lis fc reaumaUTcnt & fc uou.-* 



O O C O N T I J. ijf 

vent pris au même piège ; mais il étaic 
trop tard, ils ne pouvaient plus en fonîr. 

Bientôt le Foteflict y eft conduit , ainfi 
qa'eux : car pont le coup Cooftaot venait 
de iàire euenilre & voix & de fottir de 
£i cachette, une hackeen maîn. Hàbean 
alors, pour conrommer cnrï^remcni d 
Tcngcance , prt^fè à fim mari d'envoyer 
Cicccffivemcnt eherchet les femmifs des 
trois pritbnnieis, te de leur &iie i dans 
Iç lieu même , Tubir à tous ttois l'affronc 
qu'ils lui defUnaient. 

Galotroi cfl encore chargée & ce AeC* 
tkge. Uihozd vient lafcmmt du Pr/tre (/). 
ICàbeau par galanterie lui ofTre le bain :, 
l'autre le déshabille; mais lorfqu'cUe va 
entrer dans la cuve , Cooftant parait & lui 
^t aifêmcnt eipier les torts du Curé. Le 
Prévôt Se le ForeiUei qui, du tonneau od 
ils font cachés , voient l'aventure , inful- 
tenîaa Pafteur. Bicotôc arrivent les femmes 
de ceuz^i i Se le Curé è Gm loui peut fa 
moquer d'cnx., 

Maiï les prifonnîêrs n'en fôat pas quittes, 
à ce prix. Conltant , s'approcfaant du ton- 
neau avec û hach« dans, une main AcuSi^ 



^î<S Fabliaux 

chandelle dans fautrc , demande, d'un ton 
^ colçre , qui s'eft avifé de fôurer là de 
k plume i & il y met le feu. Aufll - tôt 
. lacs gens de fc làuTcr. Il les pourfuit 
avec un bâton , 6c lâche Ces chiens après 
eux. De toutes parts on crie haro Tuf ces 
corps nus & emplumés. Tous les ma- 
tins du bourg Te mettent à leurs troufles. 
Hommes, femmes, en&ns, de& à qui 
pourra les atteindre & leur aflêncr foa 
coup, Ea£n ils (e réfugient dans une mai- 
fon, ou ils font obligés de fe nommer le 
de demander grâce. Four Conftani, il eut, 
de cette aventure , des joyaux , de l'argent 
ti du plaifir. 



Ce Fthlim a hi imiti purpli^turt Autturt; 
muiV Us n'en ont prit gat et ^'iii tairàem 
4û omtare, iartmart himiriaife dt le fin. 

On conneU l«i Rémois dt La Fantaini. 

Daat Btniclio , t. 1 , f. Hx,Ne*.^i, 
il ne i'agit qui dt dam gaUat ^ au lieu dt 
trais coTTimt clu\ notre Fahlier. La femme tes 
fait dt mimt cachtr dtat un taiateat • & b 



O U C O W T Ë s. 1J7 

WUrl faU porter k aimtot dam la pltct pua 

JJdni Snapïrole , p. i(a , L. i j ^uic f- 
i Et rfitu SanTorino É 9-- Jourit. li Mw. 
ir^ou/c cdc» dam bti Jàc le Boargtoi* 
tfu'tUt ioae. Le mari rautlt fat t if frii 
}«roir tùn rolTif. J cai^t ithhan, {on pi- 
Wfinnitr , il tiumgt U foiçcr ji^greu ^parH 

Bocace, a> /oio-n. ■> tfur^fippefl fat.lt 
mtrt jul /ï vcRft ne /nie qu'exercer U ht du 
7dIion. Il a dicoofert une imrigvt itfaftmme 
Mttc un »oi/în. CElle'<:i , pour oictnirfi grâce , ^ 
({onne, J l'oriînjîre, reinfc^-'eiu au galanc 
Teut'd'COiç on eniini fripfcr i laparte-EUe 
U fait cacher dam lui fajre. jilori pir<ît ,/e 
- mari qui firme U caf-t , tf qui emuyva 
ciitrehir far fa fimme ceUt du tai/îa , lui reni 
ti qu'il a Tipi dt bd. 
, De mimt i peyf rti dam le Gautier F»> 
m ciiieux , p. ^xS. 

J Dam Us Sictztic Bouchet, fog. ff»^ 
IWrft )>■ 

m Et dam le» DÎvcivI&okiu cutîeua it st 
Verni, y.Ub 



»jS Fabliaux 



NOTES. 

(»,Je iis que Itt Damtt fora VaitPragt h 
Criatair le plus egriahlt comme le flus utile, i 
fe" Je Jàurieni en coajzqaence ju'on ni faursa 
i^ct lu konortr ). La Fonnaïne a die Je 



a ,Le iéaonct ifet Paroijjîtns commeva 
txcommuaié qiâ a époufé fa eomiaert & er^eint 
Us faints casioni }• Cent opinion tdigieuft 
itût beaucoup plus ancienne que not Votceu 
I)it Ici premiers lïmi de la Monarchie ■ elle 
avaic occalîonnf It divoicE d'une Reine , & 
poTié fur le tTÔmc ceiie abominable Frfdf- 
joode , & fameufe pat fa bcauié, fan cfpEÎi 8C 
[es ccimei. Cclle-ïi était matiicOe de Chilpé- ^ 
rie I & atiacliie au feifice d'Audouece , ipoaCt 
de ce Prince. Audanete Etant ictouchËe d'une 
£lle pendant jue Cbilpinc , ilo^nf de U 
Fiance, fàifaii la guerre aux Savons, Tiiâi- 
gonde.dont l'ambiiisa n'arpiraii i ïieD moiiti 
gu'au àve de lUiae i engagea AntEou"' i 



ou CONTIS. Z}j( 

tK& rut lu Fonis BiùTiniiix ù propre fille { 
piéicndanc ^uc ce rctaii ub moyen de t*Mn> 
Kba divanugc le Roi en deTcaint deux foii 
la ineie de fon eafânr. Xj iiop cridule Ai|- 
doucre donoa dant le pieet. Hais quaod Chil- 
pidc icTÎnt de l'acaiie , FrJdtgondc dll *■ 
4eraDt de lui'pour If çrivcait de nt point 
'Ji^tier avec la Heine , â moini qu'il ne voalûi 
le teedie coupable de pfcbi. II en demanda 
la laiTon. Elle lui dit qa'Audouece écati dt- 
*tmt fi commère , k <ju'il ne ponrair pac 
Gonfiqucnc plui ufei avec elle de fei dtoîn 
i'èfoùx. Cbilpéiic fit de giandi repcocbei â 
ia Reine ; il la foi^a. de fcendre , awc Ts 
£lle , le voile de Rcligieilfe ; il exila l'fvi- 
que qui avaic batile l'cnfânt , Se ipoufa Fr^ 
digonde'. .^;^^ 

Nous iioTVoi Cbcar*' anjouidlnî que lei Ctft.Fr 
làaes de paccein & de marrcine , ie compère F'S- ^2' 
le de commeie , fonc conuaân' une fone 
d'alliance ou d'affinicf fpirinielle. Une mar- 
reine ne peut pas , fini diTpenfe , ipouTet fou 
filleul. 

( cZ^aprli ee délie fr/tiniu il Ufài mettre _ 
mi eep ). Erpcce d'entrave dans laquelle oq en- 
ftimaii Ici piedi du ciisûnc] peur lui doillU( 
jçkAiite l» qneftigj^ 



140 Fabiiaoi 

( it , Vtru iPun rTunKOB /ctriiat deuiU dt 
•m'r )> On lïmaïqutia iti tt maniMu iciT-> 
latc, porté CQ plein joiu par un Cui£ (Uut 
1« propiB Pmoiflè. 

( « , Sllt frappft AI £îre d</c baigav «*tc 
tilt t. Au Fabliau du Curitr j'ii parli , daiu 
une noie , èa cm ulagc de fc baigner enrEni- 
ble , cmplor^ pn Ici amani avant d'cntrei 
au lie 

(/, Ii'ah<iri rîtret la forant du Prêtre )• 
-Dant le Fabliau du Cvré gui mangea d«f 
aSé-lt ( Tarn, i ] , U a éi£ fak meniion aufi 
de c« fimmts dt Prâni. Celle dooi il l'agic 
. ici , quel<iut) veu plui bai c(t nomnvéc la, 
-Prftreji, 



^^Él 



• i^ 



ov Contes. 141 

* LES TÇIOIS BOSSUS- p«D^ 
Tavcust fait auntioa de ce FaiUtai. 

-IVIessisuRs*, lî vous Ttralez m'é* 
amKt un iDft2nt , ( & d'abord je ne 
menu januis) , je vous conterai une avcn-<- 
tnrc qui arriva jadis dans un château. Ce 
château était bâti fùi le bord d'one rt- 
-vierc , vîs-i-vîs d'un pont , Bc à tris^u 
de difbuice d'une ville dont j'ai oublrf 
le nom. Suppofons pour un moment que 
ce ioit Douai. 

A Douai doDC vivait im Bourgeob , 
fâge 3c pnid'honmK , cftîmé pour là 
probité pat tous ceux de la ville. Mal- 
facureufement il n'étaîc pas riche ; maii 
il avait une fille fi belle , fi belle, qu'on 
venait par plaifii la regarder ; & à vout 
dire vrai , je ne crois pas que Natuit ail, 
jamais fbimi! cr^iurc ^uï accomplie. - 
jr^melK 9 



It43, Fabliaux. 

Le maître du château dont je vous aï 
ÇatM était un bolfu. Nature s'était jnni- 
fcc à formel aoUî ce petit bijou-là. Il 
«ft -vrai que ce a'était pas -tout-à-fiit fin 
le même modèle que la belle Bour- . 
geoife i mais au dé&ut d'efprit elle mak 
donné au magot uncgroffc tête ; Se cette 
Tête , qui vfnait fe perdre entre deux 
bautes épaules, elle l'avait armée d'i^e 
crinière é^lfe , d'un col court , d'un vitàge 
i faire reculer d'clïroi. Tel éuù en abiégf 
'le porirair du Châtelain. Peut-être dans 
.toute votre vie n'en vçtrex-vous pas up 
.içmblable. > 

Malgré là di£>rmité,.cCE ^uventaîl 
«'avii^ néanmoijis d'ûmcr la Pucellc. Il fie 
plus. Il où. la demander en mariage j ^ 
comme il était le plus riche du canton,, 
car il avait paflé fa vie à enulTer déniez 
fut denier , la pauvrette 'lui fut livrée. 
Hélas 1 il n'en devint que plus à plaindre 
Horriblement jaloux , Se d'ailleurs tE<^ 
J)ica convaincu de là laideur , il n'eue 
.plus de repos ni le jour ni Ia.nuic II allait 
& venait fàm ceiTe , rodant , ejjiioniiant 
raç-tout , II. ne Uiiliuic jaouâs cdUCi: eh«z 



ou Comtes. 149 

i que les pcribiuies qui ^ponaient qncl- 

s (ères de Nà& qa'îl ftait amfi e» 
.L^lle à ù. porte , il Ce vit abordé tout 
-Oup par trois -Ménétriers bolTus. les 
o'hantenrs avaient foit h patrie de -fc 
réunir tous les trois, pour venir lui faire 
BÎchc & s'aoiuftr à fês dépens. Ils le là- 
iierenC comme confrère , lui d^pwnderene 
«1 cette qualité de les tégalét ; & ea 
même tems , pour conftater la^ conftater- 
nîté , tons trois préfentcrcnt leur boflc. 
Cette plaifânteiie ,. qui devait , félon tott~ 
tes les apparences , être fort mal reçue du 
Siie , par événement le fut pourtant alTejs, 
bien. II conduîlît les MJnétrien à (a caî-* 
fine , leur lèrvît d^ pois au lard te lin 
chapon , & leur^vnna même , en £or-4 
tant, vingt fous parifis. Mais quand ilc 
furent à la porte , il leur dit r " Regar-# 
. „ dez bien cette maifon , & de votre vi^ 
„ ne vous avîfêz d'y mettre ie pied ; cas 
„ fi jamais je vous y attrape , vous voyez 
„ cette rivière i pour le coupc'cft là que jci 
„ vous ferai boire „. 
Nos Muficiuu^tircni bcau^up do "i^ 



t^ Fabliaux 

propos du CliâKliÛD , & ils rqtrirent Te 
chemin de la ville, àaaùnt d'une manière 
kurlefquc & chincaot tous trois à tue^ 
téie pour le narguer. Quant à lui, ùms faire 
à eux la moindre attention , il alla £ê 
promenei: dans la campagne. 

La Dame, qui le vit palTet le pont Se 
^ui aTait entendu les Méoécriers , les ^- 
pella , daoi le defTein de Te diffaraiie ua 
moment en les iàilàne diantct: Ils mon^ 
letent. On frtma les portes ; & mes gens 
aulTi-câi de débiter à Vcnvi , pour égayer 
la Châtelabe , tout ce qu'ils lavaient de 
tnieiuc. 

D^à la Dame enttaic en gûté, quand 
tout-à-coup on entend frapper en m^tre, 
C'éraic l'époux qui revenait. Les Boffus 
•lors Ce croient perdus , la femme eft 
^fle de* frayeur : & en effet tous quatre ' 
livaîent également à ctaindte. Celle - ci 
- îieureufement apperçoit fur un châltt , 
dans une pîcce voi£r>e , trois coifres qui 
étaient vides. Elle place dans chacun ua 
ItolTu , ferme fur eux le couvercle , 8c va 
•uvtir à fon mari. 
. U ne rentrait que pour cfpiomiu £k 



O V C O M T Z t. 141^ 
ftmtncà l'oidinairc. AuJE , dès qu'il eut 
icfté DO peu lie (cms ;uipt^ (telle , il Ibr- 
tic de nouveau : Se vous croyez bien qu'elle 
D'en pleura pas. A l'inftant elle counu aux 
co£;es poui dclivrci lès piij\»mier5 ;. cat 
la miic approchait ^ & . &□ maii par con- 
ii^quent ae devait pas uulcr à revenir. 
Mais quelle £ic. £à douleur ,, i^und elle 
les trouva tout trois morts 5c ima^i. 
Peu s'en âUuc qu'elle ne ibubaiiât mouric 
aulG elle-même. Au telle toutes les I2- 
mentadons polTiblcs n'eulTenc remédia k 
rien. Il fallait au phitôc fe diJbarrailêr des 
trois cadavres. Se il n'y avait pas un iqo- 

EUe courut donc à Xa. pottc , & voyant 
paiTec un gros paylân : <'Ami , lui dit- 
n elle , veui-tu être bien riche ! — Oui-r 
»> dà , douce Damc_ ^iTayez un peu , voui 
» verrci fi je l'endurerai — Eh bien , jç 
» ne te demande pour cela qu'un (èrvicç 
» d'un moment , & ic promets trente livre; 
» enlielles Sç bonnes pièces; mais il Suit 
» auparavant me jurer fur ton Dieu de me 
H gatder le fecret ». Le Paylan , que 
Knu la JÂromc, £1 tous les fcimcns qu'oM 
Oj 



i^ -F A B 1 r A C X 

voulut. La Châtelaine alors le conduîfïr'} 
fa chambre^î & ouvrant le premier ^a 
CoSres elle lai die qu'il s'agifliut de poner 
ce mon à la rivière. Il demande un lac , 
y met le boflii , t» le prédpter du haut du 
^'nc ; puis levienr , lout tSooBé , cher- 
cher (on paiement. 

« Je ne demandais par mieux que de 
n TOUS fatisfàire , répartit la Dame ; mais 
•> au moins vous conviendrez qu'il faut 
•> avoir rempli nos conditions. Vous êtes 
» convenu , n'eft-cc pas , de me débar- 
» ralTer de ce cadavre ; le voici encore ce- 
■ pendant , regardez vous - même ». En 
mf me tems elfe lui montre le fécond coffre, 
où éak un' autre boiTn. A cette vue le 
Manant eft fhipéfâit. « Comment diable î 
« eft-il donc revenu , djt-il ï Je l'avais bien 
» jetti pouftant. C'cft fûrement quelque 
M forciet ; mais patbicu il en aura le d^- 
» menti & fêta cncort une fois le faut 
» périlleui n. Il fourre aufll-tât d^ns le 
iac le fécond tiplTu , & va le jeirer , com* 
me l'auttè à la rivjere ; ayant grand foin 
de lui mettre la tête en bas & de bien rc- 
Eaidci s'il combe 



ou Comte t. i(5» 

■Pendant ce tems h I^me dérangeât 1er 
coffires vides , Sc'lcs changeait cncote de 
t^ace j de façon que le ttoifieme , qui 
était plein , Ce trouva, arnff être le premier. 
Quand le Villageois rentra , elle le prie 
pat la maio , & te conduîCânc vers le more 
qui teftait lui dit : «Vous aviez rairbti^ 
n mon cher ; il faut qnc ce foie un for- 
» cîei , & l'on n'a jamais rien vu de ièm- 
" blable. Tenez , ne le voilà-t-il pas en- 
» cote» î Le Villain grince les dents de 
rage. « Eh quoi! par tous les Diables 
„ d'Eofet, je ne fêtai donc , (Gt-il , que 
„ poittr tout le jour ce maudit boiTu ; 
„ Bi le coquin ne voudra pas mourir'. Oh î 
„ par [e cudieu , nous vctrotw „. Il l'enlevc 
sdots avec des juremens effroyables ; & 
après lui avoir attaché une grofTe pierre 
au cou, va le lancer au beau milieu du 
conranc 5 en le menaçant férieufement * 
S^ le tetrauve une troifieme (ois , de le 
6ire eipirer fous le bâton. 

Le premier objet qu'ij rencontre à Coa 
retour eft, le maître du logis qui icntrait 
chez Ihi. A cet afpcâ mon Villain ne Ct 
poflcde pliu de fiuear. « Chien de boiTu . 






Â^t FA.BLIAVX 

„ ce voilà donc encore, &.il ne fêta mt 
„ pollïble de fe dépêtrer de coi. Allous , 
„ )c vois qu'il &UC c'expédier coût de bon,,. 
n court au£-tôt fut le Châtelun , qu'if 
a^onune ; & pour rempécher de revenir , 
il le jette à la tiviere eiifetiné dans le {àc. 

Je gage que vous ne l'avei pas revu 
ce voyage - ti , dit le Manant à l'époulc 
quand i! fut reraoacé. Elle répoMit que 
Don. " II ne s'en eft motbicu guetes iàllu , 
' „ ajouta-t-ii ; S: déjà le fotcier dcait à I» 
„ ponc. Mais j'y ai mis bon ordre. Soyez 
„ tranquille , Dame. Je vous garantis qu'il 
„ ne viendra plus „. 

Il n'était pas difËcile de deviner ce 
qu'annonçait ce propos. La Dame eti ciFêt 
ne le comprit que trop bien : mais le maT- 
heuc était fair, il iaîlu: qu'elle s'en con- 
folâL Du refte elle paya ttès-eiâdemcnc 
»u Villain ce qu'elle lui avait promis j 8c 
' jaaiais peut-être si l'un mi l'au^ n'eutenc 
une journée plus heurcufe. 

Je conclus de cette aventure qu'argent 
feit couc Une femme a beau être belle j 
Dieu . pour la fermer , aurait beay épui- 
fer tout fon ûvoir j avec de l'ugcni , A 






OoCoïTTE». 1^, 
TOUS en avez , elle fera à vous : [émoîn 
le bolIU de nocre Fabliau. Maudit foii k 
jamais l'hoinnie qui atiache tiop de prix 
à ce mécal , & maudit fut-cout celui qui le 
ptcmier en &t uf^e. 



. Pahliiai font ajptx Bum- 
Irnjfïl , mail je ne puù ta cittr auamt ; tlUt 
Aatn» farmi ctlles qu'on m'a égarùt. Jt mt 
rapptUt faUemeitt qu'il fi tr«i»t copé,iptU 
gnt Ugiri i^Urtnee prit, dias la Conict 
Tanaiei pic Gueslem: ; jttf cic Aitcur, itou 
U pr/fdct de fil Concei Hogolt , dit l'eroie. 
prii cbe\ StnparoU ; & q^il aioiat ju'on m 
t fait ast farct jni fi voiae imprinth, tr. 
fâ font U litre it Faice dci Bollui. 

On ia}out une foui ce nom Jiir le Ti/&i% 
il Nïcaltt. Tigaorefi c'efi U mtme. . 

3e croit aroir Ai ea^ U Coatt. du. BiiSfiit 
ituu lu Uille ,ec nne Huiti. 



iiuKtltr. 



f A il t I A TJ r 

E S T O U R M : 



Extrait. 

X SOIS CbanoùiK , amoureux dTiiunc 
^KHilë de Jean , lui oi&enc chacun une 
fomme confidérable poui pzlfei h nuîc 
a»ec dlc Elle feini d'y confenrit , & Itnr 
affigne à ductta une hcuxc différente. A 
mefure qu'ils arrivcnc , Jean , qu'elle x 
{•revenu, les aflbnune , k leur prend l'ar- 
gent qulls apponaîeni ; mais d'un autte 
côcj il ne (ait que ^e des corps. 

Il avait un beaufrere , nommé Ellour* 
mi , efpece de bandit fans fbi ni loi , paf 
fant fa vie dans les mauvais Jicux & les 
tavernes. Jean va le trouver. Il lui avonc 
en confidence qu^il a tué un Piètre , Se 
lui demande s'il Ce Cent alTez hardi pour 
le débarralTcr du mort & l'inhumer quel- 
que part. L'autre répond , en blarphémant, 
qu'il voudrait que ce fut le- dcmici dc9 



„,,„.., „Cooyk- 



O0 COUTBS. i« 

PiJtres , a£n d'ivoît le plaifîr d'en délivret 
le 'monde ; & tl va enterrer celui-ci Aas 
ua champ. Mus quand il renorc , Jcao lui 
monuant le Tecond Clunoine puaJt , 
comme dans le laUiau ^ts Bojfui , s'é- 
tonner beaucoup de voir le mort rcveou. 
£llourmi jure épourencablement Néan* 
moins il emporte ce nouveau corps qu'it 
va enfouir ailleurs, ta même cbofe anive 
pour le croilîeme. Enfin , comme le Ri- 
baud s'en, revenait, il rencontre cnche* 
iniD un bon CBanoine qui allait à TE- 
glife chanter inclines ; Se dans l'idée CLUt 
c'en toujours fon mort , il l'aflbmme. 

Il tfi aîjl de tour fuc ce Ctare tfi vnt imU 
tanoK dtt dfiv Conttf yriciitia. Hait junijug 
le caraBire d'Efiaurmi ^ic judjurj beautùpoi- 
tiqua , 6* ju'if /aie mime api Jirrcm/n' dtf- 
Jltté, on ej{ rirotti poiirtaac de la mort de cet 
hennite Chcnome : apffaac d'auianfpliis piieiui 
gu'jl EJl inutile , tf ne produit aucun hîeiu 
L'Aattur du Fabliai dei BglTus feréc dvaifi 
Vitn. niiou». nmt Iti fiaejfu it Jiit Vit 



„,,„.., X.ooyk- 



' A B L I A D X 



p«3Mti LE SACRISTAIN DE CLUNL 

le Ch>- 

Fadcbet 6r It Ctmtt dm CJ.rurt m tm 
ianni l'txtfàt. 



V^'eit l'u&ge en Nonnaodie , lorsqu'on 
eft CD voyage & qu'oaJoge chez quelque 
and, de diaocer à foa hôte une Chan- 
Ion , oii de lut rdcicer un Coste fa), 
Jean le Chapelain ne dérogera pas i cette 
coutume. Il va vous dite une hiftoitc qui 
attiva eu Bourgogne au Sacrifïaùi de Cliini, 
cette Abbaye fi riche que tout le pays , 
dans TeEpacc de fêpt lieues à la ronde , 
lui appanienc , Se même le bourg cotiec 
de Cballcmagne (ij. 



It etnaruaetmtat dt et FaKînu Adu , 'i 
ftu il tkeji frit , h mime fit etlid dti dam 
fu'on ritat it Un , ptar hittr lu r^iààaia ^ 

I à* 



oc CoKtïS. • ;2fJ 

jt n'en Hormtrà juc i'eniiliji , ^oifit'il fait 
coaii d'uai maiàere virt & fore rapidt, Tm 
di trouri quatre vcrjîoiu diffcrcnai f ccpcaiaia 
cet iifirtacci roultni plai pa Ici détailt tf 
la narraàoa .qui Jiir U fouis du Coin. Daiu 
taai$ judtrc , Ut priaeipalu dKAWrci fin 
tes mtmet. 



Hdoues , Bourgeois de Cliui, éaii X 
la ibis Cbangeui te Muchand. Un joui 
qu'il revenait d'une foire avec diverfes 
mardiandifes , Se entr'aucres chafes avec 
des draps d'AmSèns, il fot aciaqué dans 
une ferfc par des voleurs qui lui «ile~ 
Tcrcnt fes charrettes. Oblige de vendre , 
pour {âtisiàîre fes ctéancicrs , le peu de bien 
qu'il poffidait , i! fe trouva aiufi entiire- 
meai ruiuf. Alors là femme Idoine lui 
propofa de fe retirer en Fiance (c) , o* 
elle avait des parens i Bc ils fixèrent leur 
départ au ttoifieme jour. Mais. le Sacrir- 
tain du Mouaficre , qui depuis long-tems 
aimait Idoine , voulut profiter de la cir- 
cooAance pour obtenir de la Belle ee:-^ 
taincs cotnplaifances que jufques-là il avu 
Tamt IK P. . 



Xf4 -Fabiiaux 

toujours ftllicit^s en vain. Il offrir cent 
livres ; ce qu'il pouvait promettre d'aa- 
fant pius aifiment qu'il était en même 
tems trélôrier de l'Abbaye. L'^poufc , 
tentée par une fomme auïTi eonfi(i^rabIc 
i]uicn un moment eût réparé les malheSrè 
àa ménage , fcigrii Je céder ; & de con- 
cert avec Coa mari , iJonha au Moine poui 
le foit un prétendu rendez-vous. 

Celui-ci s'échappe fèerettement par U 
porte de l'égUre dont il avait les clés. H 
livre à U Dame la fômme convenue , Se 
s'apprête à remplir l'autre moitié àa mar- 
ché , quand tout-à-coup (i: montre l'époux, 
Srnl^ d'un bâton. Hagses veut en frapper 
le Sacriftain , pour loi faire peur Se h 
forcer de s'enftiir. Malheureufemcnt il 
l'attrape fur la cctc 8c le tue roidc. Alors 
mes deux gens de Ce défefpérer. Quel iéra 
' leur fort , quand le jour paraîtra , 8i qiion 
■ découvrira chez eux ce cadavre ! Ils éraieot 
■tellement troublés que, fi les portes de 
h ville enflent été ouvertes , ils le fut- 
iènt làuvés à l'heure même. Cependant 
nécellïté ruûmant leur courage , Idoine 
(ropolâ de reponcT le corps dam le con^ 



„.,....,-.,C.oogk 



o V Contes,, ijf 

VtaX, en rentrant par l'églife avec les dés 
du Sacriti-in. ' Hugues le prit donc fut 
fes épauWs i & srcompagné de fa fcmme, 
■ qui fuivit pour ouvrir , il alla le pofcr de- 
bout coaite la porte de» latrines. 

Dans la nuit , le Prieur ii Monaftcrc 
eut befoiu de fe relever & d'aller » ren- 
drait où était placé le mon : mats il pod- 
Ta la porte û brufquement qu'il le ren- 
vcrfa par cerre avec grand bruit. Il crue 
l'avoir tué ; Se ce malheur était d'autan: 
plus fiiit pour l'effrayer qu'ayant eu quc- 
fClIc, la veiUc, avec le Saciillain, il 
Avùc lieu de craindre qu'on ne l'accusât 
du meurtre auprès de l'Abbé. Ce qu'il 
- hnagina de mieiu daaS une circonAance 
aulTi l^chcuCc , fïic de porter le cotps bors 
du Monaftcrc & de le mettre à la porte 
de quelque jolie Sourgcoirc , afîn de faire 
jetter les.foHpçons fur la vengcaiicc du 
itaari. La maifon dldoinc étant la plus 
proche , il va là le pcfet, frappe un 
grand coup à la porte , Bc Ce fauve. 

C'eti était fait dés deui épout , S dans 
ce moment ils eulîent été endormis. Ce 
cadarre qu'on eiit trouvé U lendeoiain Ici- 



îfiS Fabliaux. 

aurai: infailliblement (ait arrêter , 8ccotr< 
pabics comme ils l'étaiem:, ils fe fiilTent 
bientôt trahis euï-mfmes. Au bruit qu'ils 
entendirent , Idoine fit kver fon mari. 
Mail quand ils reviri;ht le Moine , Us fe 
crurent perdus ,_ & s'imaginetefac que c'^ 
tait le Difi'ûle qui l'avait rapporté chci 
«ux afin de (es &jre périr. Pour détournée 
te projet du malin Efpric , la Dame donna 
* Billet, à fon mari un bref * , dans lequel elle 
avait écrit le nom de Dieu. Aimé de ce 
charme Càctc , Hugues reprit courage , Se 
il enleva une féconde fois le Sacrilïain , 
^ns le delTein d'aller le dépofer quelque 
pan. 

En palTant devant la maifon de Thibaac, 
xnétayet du Couvent , il apperçut un tas 
de fumier. L'idée lui vint d'y fourrer fon 
Moine , d'autant mieux que le Sacrifia. 
. allant fouventchcz Thibaut , on pourrait 
foupçooner celui-ci du meurtre. Déjà il 
commençait à &ire un trou dans la paille , 
lorfqu'il fentit un iàc qui parailTait plein. 
■• Oh , ob ! fe dit^l à lui-même , eft-ce 
•• que le drôle aurait auITi alîommé un 
V MoÎQG î Eh bien , iU fc licodrout com- 



OO CONTIS. ZJ7 

i> pagaie , fc il aura l'honneur des deui ». 
En même cems Hugues dénoua le fac, 
& fût fort étonné d'y trouver un "cochon. 
Thibaut en effet ,' comme on approchait 
de Noïl , en avait tué un ; mais deux 
floux étaient venus fur ic foîr le lui cnle- 
■ver; Sl en attendant que la nuit Kt alfei 
avancée pour l'emporter (ans rifquc , ils 
Tavaient caché fous le fijmier-S: étaient 
allé boire à la taverne, Hugues , £àns s'em- 
barralFcr de qui venait le cochon, le tire 
du fac. Il y met k Moine & s'en revient 
2VCC fa proie. 

Les ({eux filoux avaient trouvé à la ta- 
TCme d'autres honnêtes gens , de leur , 
npmpc, avcclcfqucls ils buvaient. Quel- 
qu'un de la trouppe s'écant avîfé de dire 
qne , pour trouver le vin meilleur , il 
Voudrait avoir quelques grillades de pote, 
frais , un des voleurs s'offrît à en régaler 
la compagnie ; & il alla aaflî-tôc chercher 
(bn cochon. A l'afpcift dit (ac , on fc ré- 
crie Cirla beauté de l'animal; ou demande 
^u bois , du feu. L'un va chercher un 
couperet, Vantrc un gril î celui-ci apporte 
de la paillcj cdui-ià^eouttàlahaicart»"» 

. C-ooyl.- 



ij8 Fabliaux 
cher quelques écha\zs. Pendant ce teDU» 
la fervance dénoue le fac , Se le foulevc 
par l'autre bout, pour Ëiîrc tomber le co- 
dion. Sou<lain le. Moine paraît. Elle fait 
un cri horrible, les buveurs reftent (hi- 
péfiiiis , le Tavemier lui - même accourt 
ic veut ravoir quel cil l'auteur du meortre, 
" Je n'ai lu^ pcrfonne , rdpand le voleur. 
» J'avais feulement cfcamœiï un cochon î 
t> & le Diable , pour me faire niche , en 
» a fait un Moine. Au rcHe il appartient 
u à Thibaut, je veui que le Villaîn n'y 
» perde lien ». Le ftippon alors reioume 
au logis du K^étayer avec fou mort , Se 
il l'y accroche par le cou à la même cordo 
qui avait fervt à fufpendrc te cochon. 

Tout ceci ne put fe iàitc fans quelque 
bruit. Thibaut, réveillé, fc leva pour aller 
tâter fi fon cochon était encore à la même 
place 3 mais la corde , trop faible pour foa 
nouveau pold; , fe calTe toui-à-coup , £e 
le Moine tombe fur le Métayer qu'il rcn- 
wetfe. Celui-ci crie au feeours , il appelle 
Ûl femme & Ces valets : on vient avec de 
la lumière , K on le trouve pris fous la 
fobbc de Sacriftain, 



„,,„.., X.ooyk- 



O O C O N T E s. îf^ 

Thibaut ne flic pa.s iong-cems Tans rG- 
connaître le mort. Il craignit n^anmoiâs 
que II on le trouvait chez lui , on ne l'a» 
cusâc de l'avoi» nié; St il chercha: le 
moyen de s'en d^barialTer : car d^jà il fâî^ 
fait jour. Dans Ton écurie était un feunc 
poulain, qui n'avait point eocoie éié-dreffé. 
Si par conféquent très -farouche. Il Te le 
£ÛE amcaer. Il y place le Moînc , qu'il 
attache à la fcUc pour l'empêcher de tom- 
ber ; Se après avoir mis dans la main de 
celui-ci une vieille lance & lui avoir fuP- 
pendu au col un écu, comme li c'eût été 
un Chevalier , il chalTe avec un grand 
coup de fouet le cheval dans la ville. £n 
même tems lui U Tes valets courent après 
l'animal, en criant de toutes Icun forces , 
arrêtez , arrêtez le Moine. Ces ctis , joinit- 
àceui de la popnlace , e&roucbent encotÇ 
avantage le poulain. Il court à perte d'ha* 
leine , & Ce lance dans le couvent dont 
il trouve la porte ouverte. Lé Prieur , qui 
fe reoçontrc là , & qui -n'a pas le tems. 
de Te ranger , clt frappé de la lance Se 
tué roide. Les Moines fe fauvent. Par-tout 
on crie , gaie , gare , le Sacrîftain eft dc-> 
P4 



l6l F A B t I A U X 

Ordre» Religieux, qai'i'»horâ ayant COI»^ 
mcDcé pu f:rc des léfoimes [rii-auIlïKit 
mail bientâc corrompu! pm Ici intUTcrewt li- 
biialitfs de! Fidelei, avoieDl aquii ia do- 
maine! dignc! de SoUTcraJDs , & aSêâatcat un 
frUe de btcïrneni que n'égalaic poinc la nu- 
goificence mime de nos Eois. Le Honlfterc 
dont parle l'Auieui du Sacriflain avaic rcfa 
- i la fôj'i en laff , après la célcbration d'un 
Concile de Lfon ,icPape, deux PatriaTchei, 
douze Cardinujc , croii ArcherEqucs , quins) 
Efjques , pluCeui! Abbtt , S. Louis avec U 
Beine fa mère , foc &eie y fa fajT , l'Em- 
peteut de Con((an(inople , les fils dei Roit 
d'Acragon & de ClUille , le Duc de Bour- 
gogne , lîr Comtes , icc &c. Scc. Tous y 
avaienc logé avec leur Itiire ; & ce qui cft 
lemarquable , c'efi que lei Religieux n'avaiene 
tt£ obligé! tlequiciemileuri chambres, ni Icui 
lîféâoite.nietilîn aucun du bliiincni quifei- 
Taient i leurs exercice! otdinatiei,' 

( e , Sa femme lui propofa de fi retirtr en 
Fronce). On [(marquera cène manïcfc depai. 
1er, qui ' didingue la France de la Bonigo- 
goe. L'Auteur entend pat le premier pay! fet 
Provinces qui iraient domainei du Roî , qui 
bî ippàttcnaietit en' prop[«i i la diffîicnce 



ou Contes. i#j 

S* ecllei doni il n'ina que Suuiain , Se qui , 
comme 11 Bourgogne , avaieac Icae fouicrain 
paniculler. Le peuple die cworc aujoucd'bui 
Smt Dioii la Frantt. 



xS4 Faiiiaox 

LA LONGUE NUIT. 

Aliàt 
DU PRÊTRE QU'ON PORTE^ 



M. 



IaxiOn avait dpoufô un bon laboureur^ 
nommé Sire Borget ; & Marion écaic afTes 
jolie. AuffileCuié, qui la trouvait telle . 
lut faifait-il de fiéqucntes vifites. Le 
Villain qu'on allaima co&n fur tant de 
poIitciTe , voulut favoir quel m irait le 
iTtodf i & pour cela il feignit un voyage. 
1je% adieux oe fe firent paj fans tendres 
foupin de la part de Marion. Elle accabla 
le Prud'homme de baîfcrs. E!!c pleura 
jn£me. Mais ^pcinc eui-il le dos tourné, 
que la traStreflè courant chez le Faftcur, 
l'avenit qu'elle fe trouvait libre , & lui die 
que s'il voulait venir le foir , ils pourraient 
fe voir en siireté. Borget , qai s'était 
douté de l'aventuic , fe tenait tout prcs de 
là itux stgacts. Pendant que Ci &mmc 



ou Conte f, i6f 

iaàt dehors, il rentra chez M faiM Eue 

apperçu , & il s'y cacha pour voir ce que 

tout ceci allait devenii. 

. Dès qu'il fut nuit, -le Prêtre fe rendtr 

lu logis de la Dame , avec du vïn & quel' 

ques provilioDS fous Ton manteau. Ua 

bain l'attendait , il y cntia ; ëc pendant ce 

tems , , Marion apptêta le foupec. Mais 

tandis qu'elle allait & venait , Borgcc tout- 

à-coi^) quitte fa Cachette; il Ce jette fur le 

Cmi qu'il étrangle ; & forçant cnfui:c , tl 

va frapper à la porte de la rue , comme 

s'il ne faifait que d'arriver. L'éponfe , qui 

le reconnaît à fa maaiete de frapper , coun 

alocs couvrir d'un drap la cuve, en re7 

cominandanc au Prêtre de ne pas IbulBei^ 

& après cela elle vieht ouvrir. «Oh! 

t, doux ami , c'ell donc vous, s'écrie-f-cUe 

avec une joie aiFeâéeï Oui , j'en étais 

bien, sure que vous ne voudriez pa$ 

mb lailTer dans le chagrin & que vous 

reviendriez coucher ici. Voyez fi j'y ff 

compté : voilà vone fouper tout prêt ». 

Boigct efibâivemeat vie une une fur 

Je fea Se un chapon à la broche. Il ad;nira 

tKaucoiip la prévoyance & l'attention <^ 



%66 FabiiauY 
& Moitié, & fe mit à table où il n 
ie très -bon appéât le fouper Aa mon, 
Manon , pour fe débarrafïcr ^e lui , 
efiaya de îenivrer en le provoquant k 
boire j mais le drôle fe tint (m fet 
gardes : il voulait voir jufqu'au boat le 
dénouement de l'avcnmre. Scnlement 
quand il eut bien foupé, il dit qu'il avait 
envie de dormir; flc fc couchant ,au(H-tôc, 
il ièignit de ronfler. 

' La Dame alors courut à lôn prifônnier. 
" Beau Sire , ne m'en voudrez - vous pas, 
„ lui dit-dic, de vous avoir lai ffé là fi 
„ long-tttns ! Tai fait Wen du tnauvaii 
„ Gmg , je voiM affure ; Bc fautais de 
„ grand «rur envoyé le VtUain à tous 
„ les diables. Mais Coyex tranquille , il 
„ dort à pcéfénc , te nous pouvons, (âne 
„ rien craindre, nous dédommager d'avoir 
„ attendu. Venex, cher Sire. . ..Quoii 
„ eft-cc que vow êtes fiché î Vous oe 
„ rae dites tien »! HéUs le cber Sine 
«'avait garde de patlet. Elle eu: beau le 
"^r par le 'bras, il iie- répondît pas da:» 
Vantag^. EoSn «lie le regarda de près , S& 
TÛ qu'il était mort, ■ 



e V Contes. i6ji 

Afcn?. grand dérefpoîr, comme vous 
iraagiaez. Mais que ftircî que devenir ï 
£Uea|^IIï Gauieroo, Ta fervanie , pour 
la aHifuItcr. Gauteron depuis long- tem; 
ctaii dans la confidence de ces amours i 
Cwvent même elle les avait fàvorifées 
arec comptai fance. Elle répon<Ki que puiC' 
qifU n'y avait plus de remède, c'étaic 
folie de perdre fofi tcms en lamentations j 
que pour elle le fctil parti raifonoable 
quelle TÎt à prcndtc en ce moment , 
èàit de cacher le corps quelque part , dans 
la grange , par exemple , jufqu'au lende- 
main; qu'alors on pourrait fonget aux 
moyens de t'en débarrallèr tour-à-iâit , & 
profiter pour cela du tems où Borgec 
ferait aux champs. L'avis fut adopté. En 
confluence tes deux femelles ptircnt le 
mort, l'une par les pieds, l'antre parla 
t^ ; & elles allèrent le cacher dans la 
grange , foos des gerbes, d'avoine. Cel* 
fait, l'époùfc, ralTuréc, au moins poiu 
l'iaflant, vint fe coucher. 

Borget n'avait pas perdu un mot de 
toute cette convcrfatîon. Quand fa femme 
<BCia dans le Ik , il feignit de C^ réveillât 



ii58 Fabliaux 
& lui dit avec une foite d'inquiécDiJe ; 
« Douce amie, tu fais que nous ne devons 
,', pas mal xe. Cui^; 6c entre nous j'ai 
„ peur qu'il ne nous chetche noifc- Je 
„ le dirai confîdenuneat que c'eft même 
„ pout cela que j'ai cemls mon voyage à 
„ la femaine prochaiue, & que je fuis 
„ revena hier au foir. Aiolï, pas plm 
„ tard que demain, àès qu'il fera jour, 
„ je ferai vidci notre grange & battre 
„ louce l'avoine, atin d'avoir de l'atgeot: 
„ cat , Vois - m , tant que je me fentirai 
„ cette épine - là dans le pied , il ne me 
„ fera piis polGble de dormir tranquille. 
„ De l'avoine. Site, répondit la icmme 
„ allarmée ! Eb mais il y eu a dans le 
„ grenier quatre muîds de battue. Vendez 
„ celle-là fi vous voulez de l'argent j elle 
„ ed toute prête, & ce fera bien plutôt 
„ fait que de donner l'autre à battre. 
„ Non, reprit le mari, celle du grenier 
„ aura bientôt foo tout, je Ciîs où la 
., placer} mais il faut que la nouvelle 
„ paflc devant. Au refïe. Sceur, comme 
■ a, tu n'es pas nécciTaire à la grange, m 
„ pointas dcnuin « £ fu veià * icllcr au 



ou COKTES. 169 

i, lit. Il fuifirA éc moi pour avoir fœiL . 
„ fur les bacteun ». A ces mots Borgcc 
fetouioa fur le câcé, 2£ £1 fifmbianc de 
le renilorinir. 

Marion, malgré rinqniéniic horrible 
qae lui donnait le projet de Ton mari , 
a'oùt cependozir pas le roniccdire davan-. 
la^ ; mais diès qu'elle l'entcadic confier, 
elle fe leva doucement, & alla fui ecc 
incident nouveau confulter Gauteron qui 
n'était pas encore coochée, " Vous voîli 
„ cmbarrair^c pour bien peu de choCé , 
,,, reprit la fiUc. EK bien, puifqu'oa v» 
„ batne dans la grange , il n'y a qu'à 
„ enlever le Curé Scie porter au greniet! 
„ nous lé cacherons dans l'avoine». Ce 
conCeil fur cxénué à l'inllant: Après quoi 
îépoufe vint làns bruit & recoucher. 
. Mais le fin manant avair tout entendu, 
comme la première fois. A peine Ta fem- 
me fut-elle à fes côtés , que feignant 
encore de Ce réveiller , il entra de nou- 
veau en convcrfatîon 'kvec elle fur Cet 
prétendues inquiétudes. «SŒur, lui dit-ÏIi 
„ m m'as pourtant donné tout-à-l'lieuri; 
(. im bon confeil. Je ['ai conuadée d'«> 



ira Fabliaux 

„ bord , parce qn'iipccs tout il &tit bien 
„ un peu moacrcr à fa femme qu'on eit 
„ le maître ; mais tu avais raifoo. Se je 
■ u fuis forcé d'en convenir. Oui, j'aurai 
„ plutôt de l'argent en vendant l'avoine 
t, qui eft battue. Demain dcmc je la fais 
H porter au marché. Ma fbi, vive une 
„ fénune d'cfpiit pour bien faire aller un 
„ ménage , Se que béni foie le Prêtre qui 
f, m'a marié avec la mienne ». 
' Four fe coup Marion perdît patience. 
Elle pleuca , s'emporta , accabla fon mari 
d'injures , & fortii du lit , en criant qu'elle 
ne pouvait pkis vivre davantage avec 
on brutal Se un ivrogne qui la rendait 
malheureufe. Après «out ce vacaime , il - 
fallut bien pourtant /aller une ttoifiema 
fois confultet Gauceton. 

" Que le Diable emporte le bourra , 
„ répondit la fervante : il a juré , je crois, 
„ de nous empêcher de dormir. Allons , 
„ je vois bien que nous ne ferons en paix 
„ que quand nous aurons mis le Prêtre 
„ dehors. Eh bien, Dame , il n'y a qu'à 
,, le r'habiller Se le mettre à la porte du 
M Toilîa Chalanc C'cft lui qui eaicnc le* 



O U C N T I s. 171 

■,,■ mom , il fera du nôtre tout ce qu'il lui 
„ pUira 1. Elles allèrent donc porter Icut 
corps; 8c , pour faire defcccdte Chakiit , 
frappèrent, avaor de Te reciref ,.uii griod 
00 up à fa porte. 

Celui-ci, réveillé par le bruîi, defcenj 
avec Une lumicrc. Mais à peine a - 1 - il 
ouvert , que le cadavre tombe fur lui te 
roule à fes pieds. Il regarde Si. leconniiîc 
Ibn Curé. << Oh 1 pour le <oup , Sire Par- 
ti teur, vous en prenez crop aufll; Se. je 
„ vous l'ai déjà dit bien des ibis. Il cfl: 
„ pac-ci par-là permis à un galant-homme 
„ de boire un coup , mais parbieu vous 
„ abufcK de la permiflion. Voyri un peu 
„ le bel état! Il ne peut feulement pas fa 
„ {butcnir. Allons, relevez -vous donc, 
„ & retournez vous coucher». 

En parlant ainlî, Cbalant prit te Curé 
par le bras; mus- il s'apperçut qu'il étaie 
mort. Il ente que le Sire s'était nié en 
tombant , & il appcUa fa femme pour 
(avoir ce qu'il ferait du cadavre. Dune 
ChaUnt avale plus de raifons que lui 
encore d'en écre inquiète. Souvent, dans 
iabrcDce du Villùn, le Curé venait I4 






271 Fabliaux 

i oonfoler des ennuis de fon veuvage ; tt 
ce corps , fi on le trouvait chez-elk , ne 
pouvait manquer d'occaHooncr des inibr> 
marions qui n'eulTenc peut - être point 
tourné à fon honneur. ■ " Tu n'as pas le 
„ tems d'ailet l'enteiier au cimetière, dit- 
„ elle à fon mari j nuis rir as &it hici; 
„ un foSi dans ton champ , val'ïinetire. 
„ La terre eft remuée, on ne s'apperce- 
„ vta de rien ». 

Chalani partit avec le corps. Dans fon 
chemin il entendit quelqu'un ronfler , te 
trouva fur l'herbe un homme étendu. 
C'était un paylàn du village , qui la veille 
étant venu là. faire paître Ci jument ^ s'y 
Aait codotmi. Néamnoins, pour qu'on 
ae pût pas la lui enlever fans qu'il s'en 
appcrçùt , le Villain avait eu autiaravani 
la précaution de fe lier au poignet le 
bridon de l'animal. Chalant , que fatiguait 
le poids du Prftre , Se qui ne voulut pas 
le portci phis loin , s'en débairaSa en le 
mettant à califourchon IJir la jument. Dès 
que la béte fe Ccnzit cliargifc , elle paniti 
mais elle ne put le faire fans tirer le Ma- 
nuit qu'elle lévcilla, Cdui-ci voyant quel- 






ou Contes. 17^ 
qa'an Tur Ta tnontuie , s'imagine que c'eft 
un Tolcur qui veut la lui dérober. Il fe 
relevé en fureur , Se lui alTcoc fur le 
*râne un tel coup de bâton qu'il le jette 
& terre. Comme il ne le voit point remuer, 
il s'avife de lui lever le chaperon poui 
voir s'it le reconnaîtra ; & crouTC que c'eft 
fou Cutd. 

Extrait de cb qiTi suit. 

Alors il prend le parti <faUer le porter 
au cimetière, (kuf à qui voudra d'ypout- 
vcûr enfuite. Trois voleurs vcnaicni d'y 
entrer à l'inftant , chargés d'un Tac dan» 
lequel était un cochon qu'ils avaient volé. 
Au bruit du cheval , ils fe croient pOnr' 
iiiivis , Se Te raûvcni. Le Payiàn qui voit 
le fac en tite le cochon, 8c y met (cm 
Prêtre. Bientôt les- voleurs retournent aa 
cimetiete , & tecrouv.ani leur Ctc l'em- 
portent au cabaret. Là ils découvrent 
qu'on les a dup^ Alors ils vont ponei 
le corps chex le Bourgeois auquel ilj 
avaient volé le' cochon. Le Bourgeois le 
ponci Ton tour dans le Couvent du lieu, 



»74 FABiiAtrï 
à la pone du Prieur, f Je ne fais qu'île 
diquer ces détails , les mêmes abfblument 
que ceui du Fabliau précédent J. 

Ce jour -là couchait au Monatîerc l'Évê- 
<iue du Diocèfc. Le Prieur, qu'embanaf- 
fait (on mort , imagine d'en faire mereie 
le mcunre fur le compte du Ftélu. Pouir 
cela il va dans la chambre du voyageur^ 
& s'allèoit auprès de fon tit , une ma^ue 
CD main. On lur demande pourquoi il eft 
là. " Sire, dir - il , nous fommes obligés 
i, d'avoir ici, à caufc des voleuis , beau- 
„ coap de chiens. La nuit nous Içs la- 
it chons; nuis fouvcnt il leur arrive d'en- 
„ trer dans " les chambres, & quelquefois 
„ même de venir fe coucher Tur les lits. 
„ Si par hazard il en venait uii chez vous, 
„ je vous apporte , Sire , de quoi Ici . 
„ chaifer & vous défértdre ». Alors il 
remet à fÉvfquc la maflué , & fort. 

Quelques niomens âpres , "quand le Pré» 
lat eft rendormi , le Moine revient avec 
fon mort qu'il polè en travers fur le lit. 
L'Évéque, que le poids réveille, 8c qui 
«Imagine que ' c'cft un des chiens , ii 
Êappe avec la maâîic ; maii comme il 14 



O C O N T B s. 17f 

(bu toujours, ii aJlonge ]znisàn,-Sc à dm 
grand étonnement trouve un corps d'hom- 
me. II appqlle fes gens. Alors le Prieur 

qui ^taîr là tour près , cric au Tecours 
comme G l'im aQâCTmûc quelqu'un. Tout 
le monde accoun. On crpu^e !e Curé 
mort, & l'Évcque avec fa maiTue en 
main. Chacun reda convaincu que ce 
dernier ^rait le véritable auteur du meur- 
tre. Mais contre Tautorité quelle reflburcc î 
On cbanta au Pafle^r uae belle mclTe , oa 
l'iaiiuma avec pompe , Se Viffûtc en reftx 

ià. ■ ■ ■ 

. Icî bas, ajoute l'Auteor , bea<jcoup de 
gens font le mal i mais le fot cft celui 
Qui , quand il l'a fait., £ta lailTc coor 

■vaincre 1 



Fabliaux 



LE SACRISTAIN, 

£tfionti tj{ tncart uni imkatka du SacnHafn 
de Cliini , qu'on a lu pliu Anur ; & t' Auteur 
n'a pdi vculu qu'on s'y iron^àl, car il l'i 
ir-tinilc it mime le Saciiftain , juoigu'ij n'f 
foh' quefiion qut d'un Cwé, Son but a cti , 
et fimhte , it dhoittr l'ignorimce & rati- 
ikl Jrt Juget it fon ams , Cr Jîo-tjut it 
' tourner en ridicule In cembati }ad!ciairei, 
Bi'njî qu'une ancieme juperjlition fui rigiuàt 
alors , & qui faifait croire que le caictnt 
d'un hommt ajjàjjiiii faignaic i l'afftà de 

■ fon meurtrier. 

Tfom It eonmtnctrnent du FaUiim diffcrant 
tris-peu du trois ou quiart prccUeni, il 
Juffira d'en derjier l'andifl. Je n'tn corn- 
mencfrsi it traduliian qu^d i'aiiaca. 

Cl qu'il offre de fias curieux tjî , cemmt jt 
l'ai dû aillairt , U defcrîptioa d'im duil 
tntre t^iUains. 



O IRE Martin , Curé d'un -village far Ta 
icine au-deffut de Nogcnt , allait de tems 



„,,„.., X.ooyk- 



Ou Contes. lyf 
•D teins en bonne fbmine chez une Béi- 
gère de (j Parojllê. Un joui qu'il Ca 
irouvaic chci elle, & qu'il y cuit dans. 
un moment de àéCotdte , le Wlier da 
troupeau vient le frappet par derricic 
' avec fes cornes. Matcin tombe à la- ren- 
\crfe Si fe tue. La Betgeic va pofei le 
corps a la porte d'un de Tes voi(ins« 
nommé Adam, Celui-ci , prenant le Prêtre 
pour quelque elpion , lui fracalTe le ciân*. 
li'un coup de hache & le jette enlîiite dans 
un fac à la tiviere. Le fac roule fous l'eau 
jurqu'à Nogenc , où il eft arrêtai dans les 
âlets de deux Pêcheurs', nommés Gui eç 
Bernard, 

Au point du joui, les Pfchttirs allèrent 
lever leurs filets. La Comtefie de Nogent 
^t arrivée la veille à la Ville ; Se iU 
auraient voulu avoir du poilTon à tu^ 
offirir. " Compère, dit Bernard, voici qui 
„ ell bien lourd:, c'eit fùrement quelque 
„ gros btochet. Ma foi , fi tu veux me 
„ croire , il ne iùudra pas le lâcher à moins 
„ de TÎngt ou trente fous ». Ils eurent 
l>caucoup de peine à tirer le filet dans le 
bateau , & furent fort étonnés de irouvCï 
Tornt IK Q 



ïyS F A 6 i i A u X 

Sn fai: au lieu d'un poiiibn. CcpOulant 

leur joie n'en fut que plus grande , parce 
qu'ils crdcent que c'était un paquet de 
lurdes. Auflî ptitenc-ils le parti de nepoint 
rouvrir fur la rivière, de peur d'être 
trahie fi on les appercevaii ; mais de 
fcmportet aiulî chez eux; 8t là de pat- 
«gct libcenient leuf trouvaille. Gui Os 
chargea donc de- retroulTer les filets , 8É 
Bernard pendant ce tems porta le fac k 
£ia logis. " Leve-toi , dit-il à là femme 
„ en arrivant , Se viens ffl'aiifer à vider ce 
M paquet. Tiens , voilà ce que Dieu ntms 
'"^y-a.cnvoyé aujourd'hui. Grâce à lui, noui 
„ n'avdr.S plus befoin de travailler d'ici à 
„ long - tems w. Mais qiuuid ik entent 
ouvert & qu'ils virent le tonfuré avec ïon 
crâne fcica(R ,- ils furent lÂiiîs d'un te[ 
efltoi qu'ils Ce fauverent dans la rue. 

En .ce moment parut Guï , auquel Ipn 
camatade raconta combien leurs elpé^ 
tances étaient trompées. « A d'autres , k 
„ d'autres , répondit - il. Tu me prends 
„ pour quelque Tôt apparemment j maïs 
„ pardieu tu n'as pas trouvé ton horamci 
t, Je (âuiai bleu me faire rctidrc juilitf 



o o Contes. xy^ 
„ par la Comteffc & fes Barons , & j'y 
„ mangerai jufqu'à mon chaperon , s'il 
„ le iâuc ». Bernaid eut beau piocellet 
avec ferment qu'il n'avait rien pris, U 
eut beau offrir de rendre le paquet en 
fon entier ; l'autre l'accufa d'avoir tue un 
Prctte , & de lui faire accroire , pour k 
rendre con^licc du meuftre , que le Piè- 
tre s'était trouvé dans le fàc. « Tu mène, 
j, reprit Bernard , je n'ai tué perfonnc ; , 
„ Bc a m avais l'effronterie d'avancer cette 
„ (âuflcté en juftice , je demanderais le 
„ Champ-clos. Eh bien, tu n'as qu'à 1« 
f, demander , répliqua le premier; car pas 
^filus tard que ce ttiatin, je vais porter 
„ ttu plainte au Prévôt », 

Cet Oflkiet était affis devant fa pont 
avec lïi notables Bourgeois , en atteudatit 
qu'il lui vînt quelque caufe à juger. Dès 
qu'il eut entendu Gui , il envoya aullî-tdc 
un de fes gens chercher l'accufé. Ce dernier 
ayant comparu , le Juge s'alBt fur Ton 
petion (a) Se parla ùnft : « Bemari] , ce 
„ Prud'homme vous accufe d'une aâioa 
„ qui n'eft pas honnête. II prétend que 
„ ce loatia vous vrn uouvé enfembla 

, .. Cooyk- 



iSo F A B X I A U X 

„ un Tac plein de bardes & que vous lui 
„ en avex volé fa part. Si le faii eft vraj, 
„ il fiuic en convenir, ou linon vous 
„ attendre à fcrc puni ». 

Le Pécheur , apris avoir juré de dire 
la vcricé , avoua que Gui 8c lui avaient 
en effet trouvé un lac dans leurs filets ; 
mais il protclla en même tems que le 
fac ne contenait qu'un corps mon, " Tu 
„ as menti à la juHice , reprit le Prévôt. 
„ Il y avait des habits dans le Tac ; ainlî 
„ je te condamne, ponr ta peine, à m'en 
„ rapporter tout autant qu'il pcii^rra en 
„ confeuir. Mais ce n'cft paî tout. Voilà 
„ un homme mort: il s'agit , maintenaS 
„ de (avoir qui de vous deuï l'a rué ■>. 
Cui jura que pour lui il était innocent. 
Il avança que G. quelqu'un avait fait te 
meurtre , ce ue pouvait être que Bernard , 
& il offrit de le prouver par le combat 
CD Champ - clos. A ces paroles Bernard , 
s'approcliant pour donner Ton gage , de- 
manda de même à prouver fon ionoceace 
les armes à la main. « Je vons accorde le 
„ champ , dit le PrévÔL Le combat fera 
M lundi prochain dam le pré hois de I« 



Ou Contes. iSt 
'„ Ville. Nous verrons alors qui de vous- 
„ deux , Dieu 8c. JufUcc fàvorifccont ». 

Ce lundi était joui de nuadii. Vous 
jugerez par-là quelle aiHueace do monde 
il duc y avoir au lieu du combac. A peine 
le Prévôt put-il confervcr l'enceinte libre. 
Il y fit apporter le cadavre > Se avant tout 
il annonça que le vaincu Terait écorcbé 
vif avec k Prêtre. Mais le bon de I'atcii- 
cure , c'cil qu'aucun des deux Cbampions 
D'écait coupabfe. Dieu pour le coup allait ' 
fc trouver étrangement cmbatraffé , 8c le 
Diable s'apprftait à bien rite. 

Quand les deui Villains fiirent cncréi 
dans renccintc, on apporta des reliques. 
Gui s'avan^ant le premier & Te mctranc à 
genoux, juta fur les corps làints que 
non-feulement il n'avait pas tué le Prêtre , 
mais qu'il ne l'avait même vu ni mort , 
ni vivant. Enfuitc vint Bernard , qui dé- 
clara aufH avec fetinent qu'il éuir inno- 
cent du meurtre. Alors nos dem: Cham- 
pions prirent les armes 8c Te préparèrent 
au combat. Mais le plus hardi des deux 
tremblait de tons Tes membres. 

Gui d'aboid allongea à fon adverfai^d 



a?I FABtlATTX 

un grand coup de bâton, qui fut Cant 
effet , il eft vrai , pacce qn'il ne porta que 
fur fa harafleCô). Un fécond, donc il 
ledoubla, iùt plus heureux ^ car U attei- 
gnit Bernard fui ta tête , 8c le fit même 
tomber-fur les genoux. Mfiis celui-ci , fc 
televani en fureur , jctta pat terre (à ha- 
raJTe , & courut fur fôn eunemï , qu'il Cùùt 
par le milieu du cotps pout le cerraflcr. 
11» luttèrent quelque wms enfemble, chcr- 
elunt mutuellement à s'abattre Se n'eu 
pouvant venir à bout. 

Hcurcufemcnt pont eux Dieu en ce nM>< 
ment les vit du haut du Ciel. 11 ne voulut 
polot que dcui honnêtes Chrétiens s*étraiH 
glalfent ainti làj^s motif; Se il r^olur de 
Ktrainer Je combat par quelque figne mi- 
raculeux , & de montrer aux habiians ds 
Nogenc quelle était fa puiHânce. - 

Tout- à -coup la Bergère chez qiii le 
Ttêtte avwt été tué , vint à palTcr avec 
fon troupeau. Mais à peine le bélier , s» 
«ut du meurtre , fût-il arrivé à une le- 
gcrç diChuicx du cadavre , qu'à l'înl^t les 
plaies s'ouvrirent flc faîgncroht. Au cri que 
K. prodige fie jsRccài'aflèrobléci le I^ 



O U C O N T I s. iSj 

TÔc ordonna cfarrécet ta Betgcre Se de 
fulpcndce le combat, C'eft ce qui pou- 
vait arriver de plus heuteui pour nos 
deux poltrons. D^jà leur courage, était am 
abois, & peu s'en fallait qu'ils ne s'avouaf- 
fcnt à la fois tous deux vaincus. «L'aC- ■ 
„ fallln efl furcmtnt ici, ajouta te Prévôt } 
„ la chofc eft certaine. Oui, s'écrièrent 
„ les adîllans ; mais conunent le décou- 
„ vrir ï Oh! c'eft-là le mtJindrc de mes 
„ embarras , répartit le Sire ; Se tou9 
„ allez Toii quel homme je fuis ». 

£d parlant ainU , il fit mettre le more 
fur la haraife d'un des Villains , îc placet 1» 
hatafTe fur un builTon. Il commanda enflIitB 
que toutes les pcrfonnes qui éuient dans 
le pré fe réunillëni ea peloton. Se que 
toutes alors paJTaâcnt fuccefTivcmenc , 
l'une après l'autre , à côté du cadavie. U 
erpéraît par là reconnaître à l'approche de 
qui les plaies Jàigneraient. La Bergère fut 
appettéc à (on tout ; mais ni elle, ni touc 
ce qui éuit là de ipeâateuis , n'exdta une 
feule goutte de (àng. 

Néanmoins il reflet encore le troupeau 
à esamioci. Oz l'ii^ùlc ji^ éndt, comms 



184 F A B t I A u r 
vous l'avez vu , & itop instruit de (ks 
devoirs pour omettre un point aullî efTen- 
rie! , & trop integte en même teins pour 
dérober au fupplice des montons coupa- 
fales , s'ils méritaient la iport. Il ordotma 
donc pour eui ce qu'î] avMt ordonné pour 
les aliiftans. En cela éclata clairement fa 
profonde fagcflc ; car le éélier homicide 
ne fut pas plurôt près du mort, qu'à l'iuf- 
tant !c fang ea fordt à gros bouillons. 
Je tiens le meurtrier, s'écria le Prévôtî 
& auflî-tôi il fit approcher ta Bergère. 

Celk'ci, incerrogée , avoua que le Pré- 
tre avait à la vérité été tué chez elle par 
le- Bélier , & qu'elle l'avait porte enfuite 
à la maifoQ d'Adam ; mais elle foutint 
qu'on ne pouvait en juftice lui en faire 
un crime : & d'un ton très-réfolu , elle 
ajouta que lî le Prévôt l'entreprenait , 
elle ai appcllait d'avance à la Comteife. 
Cet Officier la voyant fi déternMnée, 
loin de la blâmer , loua au coniraîre d 
condaitc, K trouva qu'elle parlait bien. 
U envoya chercher Adam néanmoins , 
dans l'efpJrance qu'il aurait peut- être 
meilleur nuiché de abù - cL Adam es 



ou Comtes. iSf 
convenant qa'il avait jette le cadavre à 
k riviete , prétendit, comme U Beigcte, 
qu'il n'y avait pas-là de quoi le blâmer; & 
il en appclla au Comte. 

■Quand le Prévôt vit qu'il ne grgneraïc 
rien avec ces gcns-tà, ilprit le parti de 
terminer l'afFaire. Il renvoya donc les 
dcax Champions chez ,eui j il £t inhu- 
mer le mort , & abfi fut terminé le 



procès. V 

Ceci nous prouve que l'on doit i 


:c'ijourï 


s'abiVenit d= mal faire. Eu vai 


in vous 


avez choifi les ténèbres poor coi 


nnictire 


un crime , en vain vous avez pr: 


is toutes 


les précautions pofliblcs pour le ccni 


ir caché i 



le Diable elt encore plus malin que vous. 
Jl vous fera découvrir , & vous ferez d 
dupe. ,■ , ' 

NOTES. 

(a. Le Age t'ijjîc fur fin ptrren ). Au Lai 
dl Lii»y<d , l" volume , ta parlant des Jifté- 
teni ufagci dci pecrooi , j'ai dû que c'icait 
une clpccc de tribunitl cxiéiieut où Ici Sei- 
|aeiu> H^uts-Jufticietf i St let '0%ie» qui 



l8fi Fabliaux 

Us tepriCeataJeat , ccmbient U juSÎM Se fi(H 
Donnaient Icurt reocencM. 

( b . Ua grand eouf de hitoji ^i nt porta 
juejùrfa Haraffe ).ti HicalTc Ifit àa bou-^ 
tlici puciculist , ufïté dans les dueli entre 
VilUini ; U^ntl ayant cinq 1 fix picdi 
4« hautEUt , fcTvait au Champion conuoe 
i'un rempart , dcnicre lequel il fc tenait ca- 
(hf. Pour qu'il pu c voir Us mouïenieni de 
(bn ennemi,! Se patct fei coupi ou lui en 
|iorteir,la Hataiïe avait deux (roui pcaitquéi 
à la bauteur des yeux. Cette arme , que fi 
grande pcfanceur rendait trt s- fatiguante , a 
iorxai iisu 1 rexpteffioa hvefft, qui Aili- 
Cfte encore pour délîgnet l'état d'un homme 
accablé de Uflîtude. 

Dant une note du Fabliau i'Huéllae, im 
in volame, on a pu lire quelques détail] fuc 
let «on^ii iudiciiiiei. Il a été dit que les 
Vill^ini n'ayaîent pour nme oStnCve que la 
, baron ; qu'un Noble lui-mjme Etait obligé de 
n'en aïoit point d'autre , loirqu'il Ce batiaii 
Coniie UD Villain i & idle eft vraiTembUble^ 
Hieni t'otigine de notre préjuge , que lei mufi- 
i« bilan déihgaoïH»* 



„.,....,-.,C.oogk 



O C Ô N T E s. iS/ 

* DE U B0X;RGE0ISE Dt)ïaÉANS. 

AHàt 

bË LA DAMÉ QUI FIT BAÏTRS SON MAM. 



V^uÀtRi Cleïcs, écoliew , étalèaî 

Venus étudier aiii Écoles d'ÔrléaDs. t'iiû 
Jeux s'iitani: amçuraché d'uoe marchande, 
de la Ville , il chercha le moyen de fa 
ïàufiler chez la Dame. Bientôt il y pw 
Vinc, Se itréiilTit m£me à lui plaire ; maij 
J'aflîduité de (es Vlfîtcs donna des foupcotd' 
fiu mari, qui^ pour ùvoii ce i^u'il avait 
à craindre , &t crpïonnet les dcuk amant 
Jiar une petite niecc qu'il élevait che» 
lui. ^ 

La jeune perfonbe itait d'autant plu» 
propre à ce rôle, qu'ils ne £e dirent pat 
d'elle. iJn jour que le Clerc prelTait U 
ttame de lui accorder un rende* - Vous t 
" Je ne le puis dans ce motflent , r^;iou-» 
t, dit lit SourgcoiCc i &uii pienex tt< 



l88 F:A B L I A U X 

„ (icnce. Bientôt mon mari doit, aller a 
„ voyage. Nous aurons alors tout le 
„ tems de nous voir, 3c nous le pour- 
„ i^ns d'autant plus {ùtemcnt qu'il rae 
„ fera aifé de vous feiic entrer, fans que 
„ vous foyez apperçu , par la porte du 
„ Verger „. 

Mn.lheureuTenunt ce difcouts fur en- 
tendu de la petite cfpionne. Elle alla aufli' 
tôt le rapporter à fon oncle ; & dès !e 
jour même celui-ci feignant, pour trom- 
per fa Moitié, de fc rendre à je ne {Jis 
quelle foire, il lui annonça qu'il comptaîc 
partir le lendemain. 

Il partit en cfFcc ; mais fur le foir il 
tentra dans la Vilic à la faveur des ténè- 
bres, & vbr fcpoftcr, comme en fen- 
tinclls , à la ponc du Verger ; ne doutant 
pas que le Clerc n'eût- reçu l'avis de s'y 
rendre. Sa conjecture était fondée. A 
i'hearc convenue, !a Dame alla ouvrir. 
' Elle nouva l'époux i Se dans la perfua- 
fion que c'était fon ami , elle l'embraifa, 
& le prit par la main pour le conduire 
à £i chambre. L'autre, qui craignait d'être 



ou Contes. i8^ 
Kccjiinu , Tuivic en Uleacc , ec caché Ibus 
fon chaperon. 
' Mais vous iTomp«riez vingt Aigus 
plutôt qu'une femme. Tant de précau- 
tions inlpirerent à la nôtre de la défiance. 
£[le Ce baiJTa pour regarder le Siic , Se 
reconnut fon époux. Alors , avec une 
piéfcncc d'cCprit admirable, elle lui dît , 
comme û elle eût pailé i foii ami : " Que 
„ je vous fais gré de vous être rendu à 
,i mes cmpreflemens , cher &e. Néau- 
» moins je ne puis jouir encore du plai-~ 
„ fit de vous voir jufqu'à ce que tout Is 
„ monde ici foit retiré. Mais fuivez-moi. 
„ Je vais , en attendant , vous cachet ' 
„ quelque part; Se dès que je ferai libre , 
„ je viendrai auifi-tôc vous retrouver „. 
L'Ane penfe une chofe, mais fouvent 
fAnier qui le conduit en penfe une autre. 
C'eft ce qu'eut occafion d'éprouver notre 
jaloux. Il comptait attraper Ta ièmme au 
piège, & ce &t lui qui y fiit pris. 
L'adioice femelle le conduïâc dans tmc 
fàUe-bafle où elle l'enferma ; puis retour- 
tuni à U porte du Verger, elle vint 
'prendre le Clac qui l'attesdaii , & qui > à 

, .. Cooyk- 



igô- F A B E 1 A U X 

Yous dire le vrai, fut un peu miens 

accueilli que l'épouï. 

Arrcf quelques caiefTcs , auxquelles il 
étair bien dilScilc que Ce refûraiTeiii: deux 
amans affamés de fe voit , la Dame def— 
cendii un inftaijt pouc parler aui gens de la 
niaifon. " Vous avez fouvcot vu, leur- 
,, dit - elle , Tenir ici un ccnaîn Cletc 
„ Voilà je ne fais combien de tcms que 
„ ce drôle m'impomme de fon amour , 
'„ Cuis que jufqu'à prifent il m'aie été 
„ polTkble, quelque moyen que j'aie ett^ 
„ ployé , de réuflîr à m'en débarralTer. 
„ -Enfin , excédée de Tes pourfuitcs , j'aî 
„ feint d'y .céder a£n de le punir , Se. lui 
„ ai donné , pour ce moment-ci où mon 
„ mari eiï abrcnc , un précendu rendez- 
„ vous. Il eft aduellement renfermé fous 
„ clé dans la falle. Je vous le livre. Allei 
„ le corriger , Se qu'il perde à jamais 
„ l'envie de vtnit déshonorer d'honnéces 
„ femmes. Si vous iàires bien les chofes, 
„ je vous pramecs moi , au retour , du 
. „ vin pour vous régaler „. 

A ces paroles , tout ce qui était dans la 
«ïifon. Valet, 5«y«iw, Clunibriwc,. 



ou Contes. 191 
la Nicce mf me , & deux Neveux <3u Mar- 
chand , fe lèvent aufli-tÔL Ils s'anncnt de 
£>ucts Se de bâtons: Us coùreot dans la 
ikllc , & ùiûSant le jaloux par Ton cha- 
peron pour l'empËcher de crier , frappent 
fat lui à grands œups. Le malheureux 
cft ainfî chaiTé par eux hors de fa maifoa 
& jetré fur ijn fimûcr. Pour ricompenfe 
quand ils renirerenr , la Dame les régala 
de vin blanc & d'Auvemat*. Elle, de * jorie 
fbn côté , foapa tranquillement avec foa ^^ i'°' 

»»•■ «"dont 

Quant à ïépoox , cette correâion le plant 
l'avait réduit dans un tel état, qu'il fallut *'*y°' 
le lendemain le reporter chex lui. Sa commun 
iêmme accourant avec un air d'effroi, ,''''"' 
lui demanda ce qui lui était arrivé. Il „^^^^' 
répondit qu'il avait été attaqué fur la 
route par des voleurs & laifTé prefquc 
pbai mort. Elle lut fit préparer uh bain 
. d'herbes. Il guérir ; mais au milieu de 
fes douleutg j^ il s'applaudilfait d'avoir pu 
tu moins ,'J^biqu'à fes dépens , fe con- 

.Taîncre de la vertu de (à femme î & iï 
conferva pour elle , toiite fa vie , autant 

^fllme que d'amour, 

R 1 



F A B t I A U £ 



Diaa Iti CoBihiUs Sermonei i t. i ; pagi 
tyS . vnt femme , tn rcnit^vouî taecrm amaia^ 
^furprife par Varnvit de fin mari. D'an air. 
tgrayt tUi cmm m ietaxa ie bà, tr bd an^ 
_ monce que dti Archeri le cherchent pour la 
miart en prifoa , if fu'ili ont dicUrt qu'ils 
«Uiiienc revenir. Seul préttuci de le cubera 
elle U ronduk data le colombier où. tUtt. < 
rtnftrme ; 6> reritat pajtr le nuit evet 1% 

IdEin ; iaat les Cornu du Fogge , 'p^,' 

Dam Ici Facetiz Poggïi. 

Daia les Fueiie , motiî le bntle <U LoJj 
jDoaieakhi , p. 104. 
\ 'Diau HUïctftm , tom. i > ptg. ,i74t »% ' 
|JVa». 41. 

Et dans les Cem Houvelln nourdifi do 
I U Cour de Bourgogne, 

' Dmi les Ficéiicufci Jourd|b, pag. iSt i 
m mtri jelmat fe cache daas^K grenier pair 
ifier fa femme. Elle l'y enferme . ftr ptadmt 
«f temt tivoit ektrchtr fou taitaïa. 



„.,....,-.,C.oogk 



O U C O N T 1 s. Ifî 

lieta , iMl Banilello , tora, i , pjf . t ]o , 

Tcuc U munie toimilt U Catite dt Bocact 
guc Za Pancsùic d traduit ax ten , & ju'it a 
intinil/ le C • . bauu 3c conceni. 

il ^ vinat i feu-frh it mfmi dans ht 
Facnix Fiifcblini • Addici Fh. Hcimoituiit 



Cooyk- 



194 Fadliauz 

DE LA DAME ET DU CURÉ. 



EXTUA 



Uk 



L Boutgcoire d'Étampes aimait fon 
Curé. Un jour que le mari était abfcnt , 
elle donne readci-Tous au Prêtte. Il vient 
avec un phi ; & déjà les demc amans 
étaient à table, quand tout~à-<:oup le mari, 
ie retour, fe laie entendre à la porte. 
Aufli-tôt UDamc enlevé plats & aflîettes j 
elle caclie le Curé fous un grand pannïer, 
te va ouvrir. Le mari entre & monte à Ùi 
chambre fans s'apperccvoir de rien. 

Il ne tenait qu'au Curé de fortir ; d'au- 
tant plus que la Bourgeoife avait «près 
bilfé la porte ouverte : mais il avait 
oublié {on manteau dans la chambre , 8c 
d'ailleurs il ne voulait pas que l'époux 
profitât du pâté. Il monte donc après lui. 
Se s'adrcrtant à la femme : " Voifmc, 
» dit-il, je viens vouîrappopci votre paa- 



eu Contes. i^j 

„ nier & rcprcnikc mon manteau que je 
„ vous avais ki/Té eri gage à la place. Je 
„ vous prierai auflî de me rendre le pâté 
„ que- ce macia |'ai mis chez vous cd 
„ paffant,,. 

Le mari gionda beaucoup fa femme 
d'avoir ofé recevoir un gage de leur Curéj 
& après avoir fwt au PaCleur ie grandes 
ezcufci, il voulut lui f émettre ce qui lui 
'appatrenaiL " Quant au manteau, à la 
„ bonne heure, répondit la femme; mais 
„ pour le pâté , je ,(uis votre fervante , il 
„ n'en lâieta pas : à moins qu'il ne veuille 
„ le marigcc ici avec nous „, Le Prêtre 
y confent. On Ce met à table ; Bc les deuï 
amans , toujours occupés de leur premier 
projet, lâchent de profiter de la gaité du 
repas pour entavrcr l'épou. Bientôt Tes 
yeuife troublent, "Il chante, il déraifonnc; 
il vante fur-tout beaucoup fa force. « Ee 
» moi, dit le Curé, je parie que je vous 
» ponc tous trois , vous , votre femme 
» & votre fervante. —Je parie que non». 
On gage une oie. Alors, fous prétexte de 
pouvoir faifir & embraiTer plus aifément. 
lec trois petlbnncSi le Prêtre fàjt coucher 
R4 



15* FABtrAUX 

à teire le rasai fut le ventre. Il mec I« 
fervanic par-(Jcflus , couchée de la même 
manière, puU la femme ; mais celle-ci eft 

placée autrement. 

Vn moment après il fc relevé , en- 
avouant ou'il aperdu;&.la fémmccxige 
qu'au moins l'oie Ibit bien grade. 

St »a»e tau (m.Nouvsiuz Cootei i ilre. 
p. 119- 

Daru 1(1 DiïCttUrerasn! curieui; de ce cemt J 
p. ï«7' 

£[ ddiu lu Contes in Gcut d'OuriUe , t. ^\ 






c y Contes. i(j7 
B PHÊTRE ET AUSON. 



u. 



E Z T K .1 



' N Preoe amoureux âe U. fille d'une 
pauTic fenme , odrc île l'argcni; à la mcre 
pour qu'elle lui lailTc palfei la nuit avec 
la jeimc perfoime. L'autte feint d'y coq- 
fendr ; mus die livre au Ribaud une SUe 
• publique , & le lendemain elle 6ûc encrer 
dans la cliambte deux ou trois voilù». 
qui. à coups de bâton, le cbalTciiE, tenu- 
lUij à traveis la Ville. 



Ddni Bouce , t^ ieamit ■ iiott 4 ; um. 

jfïmmc tfiUicitie par un Prére ,fànt it mime 
4t c/ier d fit it^rs ; mail tilt emg» , pour 
tmiiiioa , qu'il garitra U plus profond fiUnct ^ 
Cf qu'il n'y aura poinr dt lumiires ; de ptur , 
iit tilt , ic rtreilltr fis frtr'ts jui coachtnt 
ieu h (hanibn vo^t. ta Dame Jùijtkiu <| 



iç/i F A B l I A tr * 

fi pl«( um tieillt firram ferc Uiie ; if ta» 
dit gui le Prcirt ■ trompi , l'applaulii it Jgn 
bonheur , Ut frira tntrent aec l'Ettpt , l 
■la pifiUt iufitl Ut U lirreat. 



rOE LA G R XJ E. 



-Extrait. 

V^ EST AIN Châtelain , ^oux de coiw 
ferycc l'hoimeur de fa fille , la- faiCait éle> 
ver dans une toui ifoléc ou elle ne voyait 
abfolument que fa Nourrice. Celle - ci un 
Jour', " ayJint bcfoïn tfune licQelle pouç 
faire le dîner, lôrt de va au logis du 
pcrc. PetMaiïc ^ tcnis un fcune nomiuc 
pafTc Tous la tout avec une Grue en main 
(a). La £Uctte lui demande s'il veut la 
vendre. Il répond qu'oui ; ' & en exige aa 
prix , à l'explication duquel l'innocente 
ne coiriprend rîen , mais qu'elle accordiJ' 
fans en connaître lav^eur. 

Quand la Nourrice, à Cm retour, voit 
l'oifeau Bc qu'elle apprend ce qu'il a coûtj, 
elle fe défole. Cependant, comme il n'y a 
plus de remède , elle veut apprêter la Grue 
& Coa ie nouveau pour aller chercher ce 
h* 
, .. Cooyk- 



^ao FABLiAvr 
qui «ft D^flaitc. Pendant Ton ab(ënce> 
le jeune homme repalTe fsus ta loitr, La 
Dcmoifetle , qui ^ comme la première 101$, 
éxait appuya fur la fenêtre , l'aj^elle 
alors , Jans le deâcïn de fe plaindre à lot 
dupaicmcDt qu'il a ezigf. Venez icprendte 
» votre Grat, hii dit-eHe , & rendez-moi 
M ce que je vous ai donné». Elle- eft 
bb^c; Se eSe s'applaudir enfuîte avec ta 
Bonne d'avoir trouvé un Marchand' lî com- 
pLùlâiic k la fois te & peu ïniétcniL 

Ct Caittt a ici mit tn ttrt far M. hn- 
tirt. 



NOTE. 

(a, tefft fila U Kmr mte wtt grut ta 
tain ). Il a lU die ùllcan que ti Gtae iiÙK 
U iet oifêtux qu'on mangcaii atoit> 



00 Contes. " jof 

* DU CHEVALIER p 
QVl FAISAIT PARLER. „... 



E X T R i 



U» 



/ N Clievalier preox te vaillant mûà 
pauvre , n'avait pour vivre qac la reule 
rellbarcc des Tournois. Us fiireot «léftn- 
diis i & par-Ia il fe trouva réduit à vendre 
ou à mettre en gage le peu qu'il polTédait. 
Enfin on en publia Un à La Haie en Tou- 
rainc. Mais notre brave était, £iute &ar- 
gcnt, hors d'état de s'y tendre. Cepen- 
dant Huec, foQ Ecuycr, avant vendu un 
Palefroi qui lui rcftait, il put aiufi retirer' 
de gage rcï'hànioiî*& partit.' • - ■ ■ 
II marchait au petit pas, tout occupé 
de fa trifte tituation , te précédé J^aflêz 
loin par Huet ; lorfqu'à quelque diAanca 
iv chemin, près d'un luifliaiu qui travcr- 
fik UK prairie , l'Étuycr appct;&t troii 

.. Cooyk- 



301 Faii-iau» 

lobbct en oi pofécs fur des brsncbe* 
d'arbre. Il y courut St s'ea empara. Ces, 
Têtemens j^panenaiuit à trots Dames, 
d'uoe beauté parfaite , qui Te baignaient 
dans le luiflcau. L'état de nudité où elles- 
fc trouYaicDt ne leur btflaic d'autre efpoir 
qne la compaffion ou rboonéteté de quel- 
que voyagem. Le Clievalier veaani à pafler 
quelques roamens aptes , , elles l'i^^Ilenc 
pour le prier de leur faire rcadrc leurs 
yStemens. Celui-ci galoppe aulTi-îôr après. 
Huct, & les leur rappone lui-mémc. Tou- 
chées^ de tant de .eouttoiCe , les trois 
Dames, qui ëtaicat Fàes., «veulent l'en 
lécompcnfer en le gratifiant chacune d'un 
don. La première lui accorde 'celui de- 
plaice à tout le monde , d'écre bien ac- 
cueilli çar-tout , enfin de ne trouver per— 
ïônnc, homme ou femme, qui ne fote 
Jilpofé à l'obliger. La- féconde. . . ^ 



. Tout cf qui fiât, .^ijue Twe du pfta iV 
gimaifei ptaifanuriii it tout ce rrcveil , ejl til 

fiejencpaif mima It plfcntcr en txtrait.Jt 
iJf^/adtnuaii cnut dt nui i^flcuri gui^' 



fbnt permit de tout lin , que c'efi la Jfflim 
fa'«n irtHve ddat Ici Bi'ioux ladifcrNi. Waii 
m rofpdlant d leur Tnénaire ce Uberciajgt 'd'i- 
VUgilMlia» de deux Jîeeles fan digereiu , Je 
kt prierai encart dt faire ici uae remarqua 
fâ lesr priniri Iti ttmt de Ckerêlrru ; tt- 
fUian lieetuitufe dt ttotre Fahlier «pour /oit- 
-■Jan€Bt eke^ lui an a3t de caurteifie eimtri 
^ Daatu 



F A B L I A V X 



p«H«.*DE L'ANNEAU. 



Çùûîfu le gitpt Vrifiitm Fautha ah i/imA 
Vixtreiz dt ce Fabliau, jt n'en larltràs point 

Jûr le précédent , ju'il a été imité. On It rrniM 
4aia Vergier fou le tiirt it l'Aïuieau df 




O tJ C O N T E s. JOJr 

* ra LA DEMQISELLEQIH REVAIT. 



£ X T Z A 1 T. 

KJ ^fE E)ettioifeU(i croyais en fongc être 
couchée avec Ton ami. L'ami encre dans ce 
moment & cffèéhic le téve. Puiflent , dit 
f Auteur, couces les Dames qui tn'^couccojt 
n'Avoir jamais que des t£ves pareils^ 



30S F A B L 1 A U 3 



* DE LA FEMME 
QUI «SE FIT SAIGNER. 



Extrait. 



E. 



aufant , certain Bourgeois imjoar 
avait laijfé échapper une grande fotttft. 
Il s'était vanté chez mie voifine qu'il n'y 
avait point de fémrnc alTez adroite pour 
le duper fut lafiilélité conjugale. La tienne, 
à qui ee difcouisAit rapporté, fc vanta à 
fôi\ tout non - reulemmt de * le tromper , 
luipréfent, mai$ encore de le lui dire i 
lui-même làos qu'il pût s'en fâcher. Le 
lendemain, comme ils étaient alHs tous 
deux Tut un banc au coin du feu , lUK 
Demoîfclle entre avec un fac dans lequel 
étaient des vencoufes. Le mari lui demande 
ce qu'elle veut Elle répond qu'on l'a 
envoyé chctchet ; !c fépoufe ajoute qnc 
k Tentant mal aux reins > elle veut i%. 






ou Contes. 307 

feire fkigoer & appliquer les ventoufes (a). 
Toutes deux prient Je Kijtri de venir les 
aider; & fur fa r^ponfe , qu'il craint de 
Toir couler du fang , eîles montent fan» 
loi. Or cette prétendue Demoifcllc était 
sa jeune airiaot , habillé en femme. 

Quand il eft forai, la Dame redefcend j 
& en certDCS à double entente , raconte à 
lôn mari, d'une manière très - détaillée , 
toat ce qui s'eH palTé dans fa chambre , 
fans que cclut-ci fongc (èulcmcnt k y foup- 
fonncr le moindre mal. 



NOTE. 

tt, Vnt DtJnoifiUe taire bmc anficâdat 
Upul éteitnc dts vcntaafei ). la ftmine» 
Iiilcnc donc employée! llctt i ^uclrjuci Opéj 
MtîoBt de Cbicucgie. 



5o8 Fabliaux 



* LE PECHEUR DE PONT-SUR-SEINE. 



j\. Pont-fur-Scme , uq Pfcheur vcDaîi 
d'époulèt une jeune femme qui lui avait 
opponé en dot dix vaches & dix brebis. Il 
en était aimi ; aufTi fàifaii-il tout ce qu'il 
fallait pour cela. Un ceiiain matin , au mo- 
ment qu'ils allaient fe Icvei , la Dame , apiés 
certaines cacelTes reçues , lui dit dans ua 
ttaofport de tendrelTe qu'elle le chéiilTaic 
plus que père & mcre , plus que tous Tes 
parçns ,enfcmble. Il affedta J'en douter. 
«■ Eh pourquoi ne t'aimerais- je pas , ajouta- ■ 
» t-elle î Ne fiiis-je pas bien vêtue , bien 
B nourrie ! Me raanque-t-il quelque cho- 
» fe ? N'as-m pas pour moi coures fortes 
» de bonnes façons ! Ce b'cd pas là tout , 
•■ reprît le mari ; avoue qu'il y a encore 
» une autre laifbn que tu àc veux pas 
M dite „. 






© U C O N T, E s. JOJ 

ïl'abord elle fie femblant de ne rien 
compicndre à ce difcours; mais quand 
Il fe fiii expliqué plus dairemeot , elle fe 
rdciia beaucoup fur de pareilles idées ; 8c 
proceftanr que fans les obligations que lui 
împofait fon devoir , elle ne fe fût jamais 
prêtée aux complaifànces doue il pikrlait, 
elle l'afliita que s'il pouvait prendre fur lui 
<le Dc pas les exiger , elle 1'^ aimerait bien 
jdttvantage. En vain ic Pêchcui prétendit 
qu'elle parlait contre la pcnféc , elle s'ol>- 
iHna- fî bien à foutenir le contraire qu'il 
céfoluc de la mettre à l'épreuve. 

Quelques jouts après, comme il était 
Tut la rivière occupé à* pfdier , il vît 
venir à lui un cadavre. C'était cchii d'un 
Prftrc qu'un Chevalier avait fuipris avec 
ik (axuac Se qu'il avait jct^ à l'eau. Ce 
corps mort tbutnii au Péciicux un moyen 
J'eiécuter fon ptojet. Il rentre chez lui 
d'un air concerné. 11 dit qu'ayant été ren- 
contré par trois Chevaliers , qu'il n'avait 
cepeudani jamais olFcnfés , les barbares fe 
font &it im plailît cruel dc le tourmenter , 
le qu'il n'a échappé i la mort que pat une 
pcice plus triAe mille fols que celle da U 



^10 Fabiia»3c 
Tic. En mf me tems il offre la p rftcn Ja d 
preuve de l'on malheur ; preuve que lui 
avait fournie le cadavre du Prêtre. Nâui' 
moins il Te confolc de cette infortune ,' 
dit-il , parce qu'au moins elle ne fempc' 
diera poinr d'être toujours également aimé 
de ùi femme. 

A ce difcouis la Dame , malgré les Ix^ 
les protelbuioDs qu'elle avait faites , de* 
vient rfveufe. Elle montre dans la jour' 
née beaucoup d'Iiumeui ; & aptâs pht* - 
jCcurs injures qui lui échappent fans motif, 
après une querelle trés-atgie , -elle dédaïc 
qu'elle veut Ce recirei chez Tes parens. 
Déjà même elle a fait venir une fiame 
olcce , pour l'aider 4 emmener les vadus 
& les brebis qu'elle avait apportées en é<x. 
Mais quand le mari voit les chofes deverit 
férieufes , U tire fa femme à part Se la dé- 
fâbufe entiéicmcut. Alorj clic c^pclk £k 
mets. Se , 

lui haltina 

. .. Li Clic i gilDE alainc ; 
(tamaine les beftei . timaine,' 

^Âmw Krmiat fin FfilùBt for tpitljtitt- 



. o ti C o N T 1 s. jir 

mtus it ca rijleaiatu màlgntt fur tu fm- ■ 
wet, jtt'oii entend quclqutfiii , dont la convcr- 
fitioa , ftrtir de la \tui:ke det vieux tiber» 
tînt. Il faia dire d rhvimeur de net Po(C«, ,■ 
Celles fiai auJ/Î rarei cht^ eua pu eommtuiM 
chex ROI Cojitcuri modtrnti i ff e'efi'U peut- 
Are le ptui grand dengtr qu'ofrc la leBtirt 
de ceux-ci. Vu Conte licencieux ptne enjlanf 
mer four un marnent let fini il'uti jaait 
htmme: mail l'effet l'en iffaee UtniSt ; il n'en 
refit aucune imprtjion durable. Au titu jue 
«* fiirtet de maximei feiirijuet , préftntét* 
fiut l' apparence Jïduifante it pti/o/tipAit fria 
(annàjance det pajjiani kunainit, laijfent , 
dont ttt jeunet efpriti fur-toue, un méprît iu 
femmes, unfondt £îaquUntîe (r de d^aitct 
Jïtr leur terta , qui methcurtufcmtni ne trou- 
tient ;uf trop dant la fuite la paix trie ion- 
heur des mariages. 

LcPêtheiit dePoni-fur-Seineyë trou« \m\ti 
.iant It Coatt dï 11. Seiaim, iedtultU G»- 



^ 



Fabliaux 



* DE LA DEMOISELLE 

QUI NE POUVAIT, SANS SE PAMER , 
ENTU4D&E UN CERTAIN lUKEUENT. 

DE LA DEMOISELLE 



Extra 



U. 



) N Boargeds itait refté veuf avec 
c fille , âgée d'environ vingt ans , qu'il 
aimaic au point de n'avoir d'autres vo- 
lontés que les Tiennes. Mais l'humeui de 
ccne fille était telle que le Prud'homme , 
quoiqu'il fit à Ton aife , fe voyait depuis 
quelque tems obligé de vivre Cms valet ni 
fetvante. Ces gens groflïers , dilàit la bé- 
gueule , avaient fans cefTe à la bouche Ad 
propos qui lui &ilàieut mal au cceur. Il 
y avait un jurement fur-tout qu'elle ne 
■ pouvait ^ entendre fans fe trouver mal. 
Enfin aucun domcftique c'avait pu ceoic 



n V CoKTis. 319 
flani eetic maifôn , & eîle était mêm» 
£ btea conauc qu'aucun n'ofâit s'y ptéfea- 
tei. 

II y CD eut cepctidaat un , Domm^ David, 
dtôle réfolu 6c déterminé , qui entendant 
parler de ce père imbécile & de cette 
merveillcufe dont les oreilles .âaient & 
délicates, réfolutde tenter Tavennne 8e 
de venir of&ir fes fervices au Bourgeois. 
Il le trouva aidant du bois : car , £uite 
d'aide , befoin cft de Ce Cervir foi-mËmc î 
& il le plia , au nom de Dieu , de l'iiéber» 
ger. 

Le Bourgeois , naairelicment bon , eût 
volondeis coofcnti à la prière. Néanmoins 
la oainte d'occalîoaner encore à là fille . 
quelque Ccene défagréable l'arrétair , Se il 
demanda an prétendu voyageur quelle 
était fa profèfTion &: ou il allait ainli. 
• Mon métier cft de fetvir , répondit Da» 
„ vid. Te connais aflez bien le travail 
„ des champs & celui d'un ménage ; mais 
„ je fuis fans maifon depuis quelques 
„ jours , j'en cherche une , Se voudrai^ 
„ crouver quelque ^onoftc homme qui 
^ me prît ï foa fcrvice, Js fêtais viH 

Tmu ir, s 



314 F A B L i À V X 
„ lonrïcts cet horamc-U , rqiHt le perc i 
f, audî-bien aî-je befoin d'undomeftique: 
„ mais j'ai grand'peur que ta ne con- 
„ viennct pas à ma fille , Se que tu ne :eC- 
, , tes pas ici plus Iwig-tcms que les au- 
„ Etes „. Alors il demanda au jeune hom- 
me s'il était fujcr à jutet , Se fuKout k 
prononcei un certain jurement groOlct 
qu'il lui nomma. " Ali ! fi donc. Sire, 
„ répliqua le fin matois. Comment eft-ec 
„ que pareille, choCe a pu fortir de votre 
„ bouche! Te fuis bien gueux alTiiiément; 
„ mais fur ma foi je donnerais de boa 
„ cceur une année de mes gages pour ne 
,, l'avoir pas entendue „. 

La DcmoifcUe pendant ce cems était i 
]> fenêtre, occupée à écouter le valet & 
à k loigner. Le dtôlc avait bonne mine , 
il lui plut. Elle appelîa aufli-tôt fon perc 
pour lui dire de l'arrêter , prétendant que 
c'était là l'homme qu'il leur fâilaît. Davi4 
ce jour-là s'aquitta de Coa devoir à U 
' grande fatisfaflion-de la Demoifellc, Mais 
lorfqu'elle monta' à fa chambre pour Ce 
coucher, elle fe'lît éclairer par lui; puis, 
fous prétexte que, h fauic, eÛe était Tu-* 



ou Comtes. jiy 
jette à avoir peur, elle loi die de defcendre 
Ton lit dans fâ chambre. ...... 



Dans une tutfi »trjîen , qui tfl ctUe qi^t 
imprimc'e Strhaftn , ee n'tfi point un- liattt , 
nuù nn fiuae homme de lu ville , pil ferme 
des projeti fier U donielle. Il fe trouri d fou- 
fer avec elle. Ptnîiuu le repas , un des coa- 
vivei Uiffe ichapper le mot faral Mort elle /t 
fime, fy tut auSi-rôt feim de ft pâmer it mlmtt 
Dis et mamenc tlle ne reia plus jw lui pour 
ipauK. Iltfe marUnt. le dtaouement du Contl , 
c'efi-d-dire .caui les d/taili que j'ai Jiipprimit 
dans J'inure , fiai ici imiremeat Itt mfrmu 



$i6 Fasliau X 



QUI VOULAIT VOLER. 



Vj^Ktaine Detnoifcîlc, d'uhc beauté 
laie, avait pour Toupirans grand' nombre 
de Chevaliers , d'Écuyers & de Bourgeois , 
mais elle refufaic de Ce marier * ne voulaic 
écouter aucun d'eux. Comme die était aufU 
bête que jallc , cUe s'avifa un jout de dire 
qu'elle defireraic voler. Aufli-tôt fes amans 
lui firent à l'envi des aîles avec de la cire 
Se des plumes. Cependant elle n'en vola 
pas davantage. Ua Clerc , plus fin que les 
autres , la trouvant feule , lui dit : « tou- 
u tes ces inventions - là ne valent tien . 
f belle ainic. Ne voyez - vous pas ^ue ^ 



„.,....,-.,C.oogk 



% U C O N T I s. )!y 
f« pour fendre l'air , des aîles ne C\i&Cait 
B-poinc , 8c que les oi&auz ont encore, 
» oucre cela , un bec & une ^eue ». 
L'innocente convint qu'il avaîi railon j 
• xnttK comment Ce procurer ce double 
ïnoyen ! Je m'en charge , reprit le Clerc i 
«c autli-tôt plaçant laBcUcàresxôtéE, il 
lui donna mille baîCêrs amoureiu. C'était; 
sùnlî qu'il trayaillait à ËUrc le bec , diDût- 

a :. . . . 

Au bout de quelques mois la Demoi- 
felle s'appet^uc que là taille s'airondillàii: 
de )out en jour ; Se loin d'âtte , comme 
elle s'en flattait, plus di{pofi!e à voler 
qu'auparavant , il tê trouva au contraire 
qu'elle avait peine à outchci. 



Ct Conte fOrét xtoir imaine^aace i ethi 
àt l» Jumcnc du compeic Pierre , ju'on lit 
dam Bocact tf dam La Foaiaiac ; ^ ce jul 
prouve qut ms toïcet st fora pat fi mipriptt 
Un, ^tfi ju'ici, on Bocact s'éloigne dt Rui 
Uitiif, il ifi maiat iagimam jue hd. 
Si 



?l8 F A t t I A U I, 


êcc. 


Ttlsfira Itt Fablima que m', 


>nt offent Ut 


tntmfiriu , h que mtt rechtrchts 


m'om permit 


iCoSiir m public. Il jn^tn rcfie.cn. 


corc entre les 


mains une trtmcine ; maii crax- 


ci font celle- 


uitm injîpidei , ou jî exceSinmit 


II Ltcn4ieu» i . 


JM ye n'cStraU lu friftiuer. 





fin des Fabliaux. 



FABLES 

PAR 
MARIE DE FRANCE4 



AVERTISSEMENT 

PRÉLIMÏNjIIRE, 

JLjE recueil de Fables qu'on va lire, 
fur compofë vers le milieu du xiii' liecrc 
pat une femme appcllée Marie, donrjcpar- 
lerai encore ci-defTousdans le Conte d^ 
voc du Purgacoirt de faint Patrice : Elle 
avait pris le fur-nom de France;non qu'elle 
fût de laMaifonRoyale, mais pour défignec 
le pays où elle était née : de même que le* 
autres Poëtcs fcs eoaremporaias prenaient 
le nom de leur ville , afin d'indiquer le 
lieu de leur nailTance. Si elle s'eft nom- 
mée en tête Je fon Ouvrage , c'éft de peur 
dit-ëlle , que quelqu'un n'enrreprît de lui 
en dérober la gloire. 

Cet Ouvrage aureftenousie devons, 
à ce qu'elle-même nous apprend, aui 
folJicitacioas du Comte Guillaume de 
Dampierrcj hothme, pour me fervir de 
fes propres jerracs , lafiturdt Chevalerie 



Ù de Counoijîe. le Comte pria Marie 
de tent reprendre , & dlc y confenii: t 
mais le motif d'après kquel elle fe décei- 
nîna, fait honneur à l'homiëiet^ de fou 
ame; ce fut pour fe rendreoitilc , Se pour 
conttibuet à rendre meilleurs cenï qui 
la tiraient. « Teleft, dit-elle, le but que 
» doit fc propofer quiconque a reçu du 
». Ciel le talent des Vers. II doit Tem- 
» ployer à iofttuîte fbn fïécfc j à rccueillr 
s» les exemples de Tcttu que nous' ont 
» lailTés les fageS , leurs maximes fenfées , 
» leurs bons difcottts , afin de les tranf- 
» mettre à la poft^rité : & TOÎIà ce qui 
*j m'a engagée moi-oiêmc à rimer =j. 

De pareils fentiraens dans une femma ' 
de beaucoup de mérite , font f^ts pour 
honorer fon fexe ; comme dans Je tems 
fcs' écrits honorèrent Ion tiecle. Marie 
fut la feule de ce fïecle qui fe livra au 
genre de la Fable; ce qni peut-être in- 
dique , plus quetoute autre cbofc , ta fo- 
lîdii^ de fon efprit & la jufteiTc de fon 
goût. Quant aux illtôtu qui lui Hircnt 



PRÉLIMiyjilRE. )if 
préfëret, pour eiereet foa talent , ce 
tameau inculte île la Liccéraiure , à ceux 
des Rontans, des Contes, des Chanfons 
d'amoat , vcts lefquels un engouement 
^inéiil avait porté tous les efpn[$ , ec 
pour qui feuh les fuccès & la gloire 
remblaient faits , elles ajourent encore 
à fon éloge. Si elle choifi: la Table , c'eftr 
(^aefous un mafque apparent dtfolit il n'y 
en a. nueime , dît-elle j qui ne recèle une 
PkiiofoplUe profonde. 

En effet , ce fut un homme d'un génie 
bien éconnant que celai qui le ptenùei: 
ofa donner pour Inftioitcors , aux bu-> 
mains , non des humains comme eux , 
mais des animaux & des plantes ; te qui 
par la fageflc & la laifoo fupétieures qu'il 
leur prêta , força toutes les Nations d'ap- 
plaudir au fuccés d'une entreprtfe, en 
apparence Uridicule. Efope, ouLoekman > 
comme on vondra l'appeller , eut le pre- 
micr cet honneur : car je n'cncrep rends 
pas d'examiner lequel des deux perfon- 
sagcs, calqués évidemment tas. fur L'âtt* 



3,14 jtFtRTISSEMEWT 
roi =(lfcvériobl.i »i fil" *">■« '■!»!- 

K,™ 1-Efopt a=. Grecs , o« pteo. , fi 
Us Gico »= <i £«">« pu «o Efop. J» 
toeltman (Jes Arabes. 

L-Art ic pirkr alligoriquracK , pu 
«gu.« SpuapoloBUt, dl «»= r»fc<l"' 
pasîtafo namttllc i Ihomme d-efpnr. 
En diffircn. rtms K i=i dffirm. peu- 
ples, a-habUesperfonr.>gesl'«vaienr em- 
ployée pour ou»rir à la vérité Jes oieillt! 
redoutables , peu accoutumées , ou mal 
diCpottesàVentendic: ttooin l'apologue 
de la Laie & de fes pcàis ; des membres 
révoltés contre l'cftomac ; du pauvre à 
qui un riche enlevé U feule brebis qu'il 
polTedc , Su. Bec. Hais Nathan , en re- 
prochant à David fon homicide adultère, 
n'avait commis qu'une aétion particulière 
de juftiije & de courage i Ménénius, en 
ramenanr à l'obéilTance le peuple Ro. 
main révolté contre le Sénat , qu'un trait 
d'adreflc ; le Gaulois , ennemi des Pho- 
céens nouvellement établis à Maifeillc , 
•n indifpofant contre eux le Koi Coma- 
ous, 



PRÈtîMÏNAlKE, )ij, 

nns, IcutToi&a, qu'un aâe de politique 
. bien ou mal vu : Se il n'avait réfultë de 
tout cela , aucun ivanc^c i^l pour Dw 
.nuniié. 

Une iiUe bien ann^meat Tublimej fut 
ccUc de Bid-Paï ou Pilpû , lorfqu'il ima- 
{^na > quoique Sujet, de coir^i 8c d'info 
- truire le Defpote auquel il ^lait obl^ 
:d'obéir. Tout le monde connaît cette 
longue Hiftoire allégorique , cnticinflée 
■de Contes fc d'a)K)togues , qu'il com- 
poTa dans ce df (Tcin ; Se l'on fait qu'elle 
-fut cantonnée du fuccès. Ce projet 
-Iiatdi était vraiment le projet d'un Sage , 
'parce qu'il était celui d'un homme qui 
avait entrepris de fervti: à la fbii toute fa 
•Naôon ; mus ce qui dtrit encore le rendre 
Aujourd'hui plus étonnant pour ncms , 
c'ell qu'il fut cou; n dans une tétc, née fous 
le joug du dcrpodrme , flc née par confé 



4}ueni 



avec l'aviliiTement Se tous les bas 



-préjugésquelcdefpdrifmcinfpirc, Cepeti' 

-dant en donnant au Philofophe Indien tous 

•les éloges que mérite U généteufc eouei 

Totnt IK. T. 



^i£ jrERTiSSEMENT 
fnCc , on peut encore lui faire un repra» 
■che ; celui de n'avoir poiat aflez Coagé lUl 
. bien général de l'huuuniif : car enfin ^ 
s'il fprmi aux Souverains une morale , il 
; ne fit rien , ou fit-très^eu pour la morale 
. des Sujets. Or voilà encore une fois 1» 
gloire qui eft particulière à srope. 

Celui-ci fe fentait digne d"itrc l'Infti- 
' tuuur dcj Nations ; mais il étût cfdave : 
& cjuel poids les leçons d'un efclave pou- 
vaient-elles aquérjr! Qui eût datga^ i'é. 
coûter! Pour accomplit fou defTeia, il/ 
fait patl^t les animaux à fa place ; il ima* 
ginc la Fable propremâoc .dite ; & lui im- 
-primauc ce ciiaûere d'utilité géuécalç & 
laquelle, depuis lui, les peuples qui a4* 
tivent les Lettres Tout tous coaûtcrée. 
il embrafTe dans fcm vafle plan l'hominç 
de tout: les âges & de tous les climats. 
Ses Fables , qu'on peut tegatdet comaifi 
un des premiers codes de morale qu'ait 
eus le genre himiaio , ont été fucccHive» 
ment adoptées & traduites par toutes les 
Nation; policées. Lui-au£m« a joui, pubt 



PRÉLIMIJVAIRE. Ji? 
|3ant fa vie, d'une renommée ÉclauntejSi 
çepaadaat , choCe étonnante ï toate cette 
{ûputacioB n'JafpiTa ^ aucun de &a cpnct- 
toycMs.le défit ile:fn3i:ciie;rruirestiaces.Jl 
e(k le fculFabw]ille.qu'!Ûeiiceules.Grecs. 
. Les Latins a'ea ont de même qu'ait 
Icul à citer : encore celui-ci fe fii-il un 
itonncur de travailler d'aptes Ton modèle . 
& d'îmicci plulîcurs de Tes fujeES. II cft 
frai que les Latins , Q Tupéiicurs aux au- 
tres peuples dans l'art de la guerre & d^tos 
la politique, ne futeni originaux dans au-' 
«un des genres de Liicérarure.. Toute leur 
gloire cft d'avoir fourni, dans quelques- 
tms de CC9 gestes , des Hommes dignes ' 
d'êttc compjirés.^uz Grecs. ;, 

Les Éaivaimqoi, depuis £fope &Plic- 
^e, ont fait des collections ,dc Fable^^oitc 
prefque toujours i^uni ces deux Autc^ i 
mais prefque roujoats auflî ils y en ont 
ajoujé quelques:- unes ,, tirées d'Auteuis 
étrangers ou , plus /Qoderncs. C'cft ce. 
^u'a dût au kii),* Siècle Marie de Fraocc^ 

Ti' 



^î8 AVERTISSEMENT 
CcpctuUnt, lî l'on si'en xapfNiTtûi à c* 
qu'elle dit clle-mfme ilai» fcm préant- 
bule , on pourrait crare qu'œi ne con" ' 
nùâàitaloK cbez dous 4}ac le feul Efbpc 
Elle ne tak mention que de lui . m 
aonuBe p<HiK Phedie , donne à £bn Re- 
cueil te nom 4' Yfopet ( pedt Efope ; > 
enfin elle ajoute qu'avant qu'elle le aaâz 
efr françûs , il avait éxi tiadiûi du gm 
'* Poi!t« en latin par un certain Adcoès * : ce qm 
*toÙi'' luppofcrait lu'il ne conicnait qnc Je» 
«fte Fablcîgreqncs. 1 

Komi'u D'un intre côté Ton peut afluKt qu'B 
<J« Che- eQ xenférme beaucoup <f autres ; Se ea 
patncnlîer piafîears de Phèdre , Icf- 
qncUes ne Te trouvent point dans Efope, 
Se qui étant tatincis originairemctit , 
n'ont pu être traduites pat Adenfs, 
Aa. gtec en latin. It y en a m&ne 
^ quelques-unes qui vîfiblcmeni font plus 

récentes qu'Efope & Phèdre , & que je 
l^upfonne être de Marie elle - même } 
S^ eft j pat aemple . celte du Yillali 



PRÈL.IMINAIRE. J19 
& Je l'Hcmute , dans UcjueUe it s'agit 
ia péchë originel. 

Ce n'eft pas couc Marie, après avoir 
parU de la craduâion d'Adenès , dk ira- 
Aiîic ette-in£ine de \! anglais' en fran,- 
tais. Toac ceci n'eft rien moins que 
clair , & l'on ne peut rexpUquer qu'en 
£(ànc ^Kc ^es eipcefliom , traduit du 
grec en latin , traduit de i'artglais en 
Jranfoit , Gmt mie fone de chailatanerio 
Sct^raire , nfit^e dès -lors en France , 
conune elle l'ell encore anjoard'hui , 



pour 



ezciier chez I« Lecteurs c 



liof^é que preduii toujours l'annonce de 
ce qui eft étranger. Nos FaWiers, & nos 
Romanciers fiir-tout , l'emploient très- 
fr^qnenunent , quand ils veulent traiter 
ut Hijet de la Table-ronde. Rarement ils 
lecommcnccnt , fans annoncer qu'ils l'ont 
tiré d'unç bibliothèque d'Angleterre oa 
^es archives compilées Cous, le Roi Artus. 
Four quiconque' connaît l'ancienne Ro- 
Biaocerie, ces formules triviales ne fîgnt* 
ficnc rîca i a n'en eft point dupe. 

.. Cooyk- 



3)0 A'rBRriSSZMEUT 

La Traduâion qoe je vais donner \ 
•mon tout , des Fables de Marie , cft faite 
(i'aptès quatre mandctits du tcms. An- 
noncer quatre maoufcriis, c'cft, comme 
ic l'ai <li: ailleurs , annoncer quatre rel- 
iions différentes. Ceux-ci s'accordent fi 
péuentr'cQi, que l'un des quatre, (celui 
de S,-Gctmain-des-Pr^s,)ne contient que 
foixante-llx Fables ; tandis qti^in autre . 
(celui de la Bibliothèque ' du Roi, N* 
7*1 j , ) en contient cent-deui. Les Co- 
piées fe l'ont permis non-fcutcmenr de 
les compofct^ leur gré, félon leur ordi- 
naire ; mais encore d'y inûSicr certaines 
picca étrangères , & ea particulier des Fa- 
bliaux, tels que \zLa.î dt tOifiUt, le Pré 
fauché j la Femme nayct , -le Villaia qui 
avaùun chtvalàvmdre ,'Eic.lAahcyaicpa~ 
que fe dévoue à défricher notre ancienne 
Litcérâturc , doit s'attendre à toutes ces 
opines ; & du moment qu'il met la maia 
à l'ouvrage, prendre pour Ta dcvife ces 
4eux mocs peu confolans , courage $ 
fatUiiçe, 






PRÉLIMINAIRE, jjt 
Je ne dis rien du mérite Utiëraire Je 
Marie de France ; quoiqu'elle ciu beau- 
coup de goût , ainiî qu'on le verra par 
ddq oafi» cotroftioas qu'elle s'eft per» 
ms de fiirc à fes dcuï originaux : cor- 
reftions qui , lî )e ne me trompe , fone ■ 
toutes heureures. Je ne dis ribn de fou 
fiilc , qui cft , comme le leur , fimple , 
clair , & Inéme élégant pout fon lem* : 
elle a bien un autre ffléiitc pour nous. 

Peribnne n'tgnoce que- nous devons le 
Phèdre à oAmanufcrit que l'un des frères 
Pithou découvrit dans la bibliothèque 
de S. Rémi de Reims ^ vers les detnierer 
aoB^es du Tivi' lîéde. On fait que ce- 
Aianufcrit était unique en Europe , Se 
que la Bibliothèque a depuis éprouvé un 
Incendie, Si cet accident était arrivé 
avant la. découverte de Piihou^ fi le ma-' 
nufcrit y avait péri, comme après' tout 
la chofc était poflible, Phèdre peut -être- 
ferait perdu aujourd'hui pont nous , aïnfi 
que le font beaucoup d'autres eicellens 
cuivrages d&V Antiquité. Mats le cinquième 
T4 



3Î1 AVERTISSEMENT 

livtc des Fables a'cfl point enrier. Quifaîc 
tnémc fï les quatre Autres le font , & lï.ao5 
. BDciciis CopiAes n'oac poinc faic pour )g.s. 
Auteurs grecs de latins ce qu'Us ont &it 
pour nos EcrÎYams tudoiuux. O» peut 
£re Utnfme cbofe de ITrofre. Ccttamc- 
ment te recueil que dous ayons ^e (èr 
fables n'ell point complet , puîfquc le» 
Anciens en citent quelques -unes qui ne 
s'y trouvent point. Or maintenant ne fe- 
pourrait-il pas qu'il ait eiifté au xiii' 
fiicle un manufcrit plus entier ; que ce 
tnanurcrii ait été connu de Marie ; que 
ce foit celui fiu; lequel -elle a iravùll^ j: 
8c qu'enfin il ait péri depajs par im ac- 
ciiient quelconque , ou même par le feul . 
ravage inrcnCble du tems î 

Ces ruppofitions n'ont rien que de 
très-vraifemblable : maïs dans le cas oii 
elles feraient vraies , ne Te pourrait-il 
pas auiTi qu'une patrie des Fables 'de 
l'Auteur grec te de l'AÛceui romain , 
que nous croyons perdues, Te retronvaf- 
Ant aujourd'hui dans la'colleâioa de 



FKÈtïMlNA IR E, j jj 
Marie-; Pourmoijcme pUh, je l'avoue, 
h me tepattre de cette idée confolante. 
Hua le recueil qucrje rais donner , ( cax 
jjt opprime tout ce qui fe trouve imprimé 
âesdeuxF^uIîftc5andcas,)iecroîsrecoti< 
naître {ôuTcnt cefèns exquis, cène jttHefle 
iaSii^fxiK , qui les diftii^ent tous deux, 
ce fccait de l'Antiquiié enfin , qu'une 
jnaÎD moderne contreRiit difficilement , 
êc qn'ajlurémcot on était bien moins ca- 
f^Ie encore de contrefaite au xiii* fiè- 
.cle. PiùflË-jc avoir deviné alTez henreur 
ianent, pour voir mes Leâeors pen(êr 
«omme moi & approuver ma conjeâurc t 
Au reftc lî elle k trouvât fondée , nous 
n'aurions point , il cft vrai , dans leur 
Xangae originale les Fables mêmes donc 
il s'agit ; mais au moins noos aurions 
kiBaUcs, ace'eli: un dédommagement. 

La remarque que je viens de faire par 
rapport aux Fables , on peut l'appliqun 
a ceux des antres ouvrages de l'Antiquité , 
Hiftoriens , Poètes , Orateurs , que nous 
xvons perdu» taut-i-fait, ou qui nq 



5H ArERTlSSEJilEN-T 
nous fonc parvenus que tronqués. Il cft 
polTible que quelques-uns d'entr'ctii csiP 
taflént encore en entier , il y a fù fièclcs, 
Imagioez tout ce que pendant on pareil 
cfpace , le tems & les événemens in- 
nombrables qu'il amené ont dû d^ctuîre 
de manufciits : imaginez tout ce qu'en « 
^ciuit l'ignorante avidité des Copiées ; 
qui les gratuient pour y fiibftitaer oneLé- 
gende, unmorceau de Scholaftique ou ub 
mauvais Roman : comptez, ceux qui ou 
P^ri dans certains Ordres Religieux , où , 
par une dévotion mal entendue, det Sapé- 
rieurs barbâtes déclaraient la guerre atout 
ce qui n'&aii point Evangile, Sermon, on 
Théologie. Joignez -y en&i tout ceûi 
qu'ont anéantis nos guerres de Religion , 
les guerres qu'occafionna la àimcacz Je 
Charles VI, &c. &c. ; 8C vous regarde- 
lez prcfque conime un miracle qu'il nous 
en roitparvcnu un feul. 

Cependanf au miHeu de cette cfpecB 
de conjuration deftrnéUve , il y a eu des 
sens qui dans, le tems Te iônt occupés * 



PRÉLIMINAIRE, îîf 
ftica ou mal , à traduire en vers ou ca 
fioCe ces mêmes ouvrages donr il fem- 
blaii qu'on avait juré l'eitindion. Qucl- 
quespuncs de ces Haduiflions doivcni; né- 
fcdâiiemcnt fublîftcr cncoïc : qui fait û 
l'on n'y ictrouverait pas mte partie de et 
que Douff regrettons } Un cfpoir fi douz- 
pemËCTC permis , fur-tout pour les Hii^ 
toricns que nous n'avons qu'imparfaits 
te matîljs. En vaiu , pour trouver à les 
^£)ire, on a remué les Bibliothèques 
les plus uicieimcs & les plus riches :- 
toute efpérance paraît perdue dç ce côté- 
là. S'il en relie quttqu'unc , ce ne peuc 
ctte quc: chez nos vieux Tianflateujrs :. 
or cette- mine cft encore viti^c en partie. 
Peut-être méiae. ne ferait-il pas jndignç 
du Gouvernement d'eq ocdooner l'ccploî- 
tatioa. Se de. la confiera quelque Hom~ 
me. de Ilettrcs,.inlïmit &Iaboiiei{i,qui 
aimerait afTcz la gloire & fon pays pouri 
Surmonter les longs dégoûts d'un pareil 
travail. En ce moment on fouille par 
itt oiàia ii ce même Gouvcri 
T6 



Ite A rERTISSTMENT.&e. 
Ici Bibliothèques d'Iulie ; on a yX&iê 
de même , ily apcuifannéeSflesnunulii^its 
de la Tour de Londres : n'y anraii-il 
donc que nos lichelfes natioiules qu'il ' 
négligerait î Combien d'enti^rircsJieau- 
coup plus inccrtiines n'a-t-ii pas tentées 
fouvcntî El d'ailleurs fi celle -ci n'iTaic 
«ucun fuccés, n'eft-ilpas aâûré d'avance 
qu'elle produira au moins des découTcttcs 
ttîles pour no&e Hiftoire , ou glorieuTcs 
pour notre Lictératurc ? Mon exemple doit 
encourager. Moi , Littérateur inconnu , 
fans avoir été Tccondc par fa proteâion 
fi ^vorable , n'ai-jtf pas eu le bonheur 
d'en faire quelques-unes de ce dernier 
genre ! Cependant je n'ai paicoum qu'une 
très-petite partie des manufcrits ; SC • 
forcé en quelque forte, par le genre de 
mon travail , à ne m' occuper que des 
roëtcSjj'ai entièrement n^tigé les Pro- 
iâceors. 






FABLES 

PAR 
■MARIE DE FRANCE; 

X'ABEILLE ET LA MOUCHE. 



X^'Abeille ic la. Moncbe eurenc 
querelle un joui. Celle - ci méprifàiç 
l'autre : elle fe vamait d'entrer dans les ' 
palais des Roii, de s'aiTeoir Tur Icurtfie , 
de manger à leoi cable. « Toute la terre 
» m'appartient , diiâit - elle j je vole lî. 
•> bremeni pat - tout où il me plaJt , & 
*> me nourris , (ans aucun travail , de ce 

* miel que tu iàis avec tant de peine , Se 

• pour lequel oa K dooitc la moit, Oo 



Î)S F A » t E ï. 

» me fiic HMJurk, A' eft vrai (a) , rf- 
B pondic l'Abeille i mais c'ed à regret , 
» parce que je luis utile. Pendant ma vie 
» on m'cfUmc , on me recherche : tandîl- - 
■ que loi , parclTeufe , irapottunc & va- 
„ gabonde , tu ne peux firc ea honneur 
„ nulle parc , Scie &is.chaircr de tous Icç 
„ lieux où tu parais ,,. 



Vaas Fhtin , ta dna ASean it eem Ti^ 
lli font 1(2 tioacht fif la Fourmi; Cent lUr* 
tâtre y dit djh rivaU Its mima thafu i geit 
frli que bù dit l'AbtilU iant Vautn. Elle i*Jr 
ionnt Ut 'mima éloga , ^ hut Jîir-toiit f* 
préro;(tiiKt i Jï préparer pour l'hiver , dit rtfi 
■ £oarcet contre l« faim, Aiyciird'hai gui routti 
mz^ie Jait que la Fourmï dcmturt , peadmt 
tout U terni dafl-aids , engourdie (ffimt mou- 
venuflt, citK prlctaiue pritmyance qi^ea lai 
frite jCefi pba' ^^un itogt iérifoirt. D'aUlturk 
t'il tfi pariaaMhlt à tAheiOe de fe, dennti' 
iti louanges , on ne lei pardeimtra p»int à 
la Fourmi , inftSe oujp iiietMtinode , ir-tmtf 
BiiJB iimtili que h Mcucht.- Cette FàhU ijl 
une de celles oà Marie l'tjl permis , comtm 
p- l'tirtmtr^i-, dt-40frigtr ^.prigim/ j fit 



Fabieî. i^il 

tl'tfi Bitt (fe celUi , je CT-où , ta Ptn opprau. 

VCTd (f plut /^n ton i-oûr. 

. La Fmaéne ajïàei la fvjiiin iê PieiK. 

NOTE. 

( », On mtjkir monrir , il tjl frai ). L» 
Jircouis que Maiic pt£ic ici i l'Abeills , prouï.* 
^tic de fou iniu on oc ùrtif exituic- des lu- 
■Iici le mie] le la cire, qu'en y étou^nt pac 
•les fumées ueuiuinei rinhnil lui'm£ine, 
Cecce méthode bacbace a long-tems fublillé 
m FcuicE ; quoiqu'elle lût U plus of^olle 
aux fxuiiia du Fioptiétaiie . puifiju'elle de- 
tiuilah fci mouches & qu'elle alcéraicla qua; 
liiË lie Tcia miel. Le pceniiec canton du Royau- 
itic ci ren y aie renoncé , cR le Gaiinais. 
XÀ, dit'on , fijt tcpufi Tait de. chdn-cr Itf 
ruches , en les compofant de diffitentei pie- 
tés , amovibles 1 vaioncé , c^u'on pouvaici 
ïani nuire i l'inTeétei enlercr avec le miel 
dom elles fiaient chargées:. Mais , matgrâ 
loui.fti xrantagef, ce fecret, chofe étoni 
naoïe ! ne lé répandit point au-deli du Ga^ 
lioaii ; &' il fallut iquc RèaUmuT l'^niionjfi 
te le pronlt > pour le faire adopter. Aujour-- 
d'hui il eft nooL'fi:ul;in«at connu , nuU g^tr 
ketiotuii, . 



^ F A B 1 £ S<- 

L'AIGLE, L'AUTOUR 
ET LES PICEONS. 



J .-<■ Koi lies oifuux icpo{âIt m paix , 
fCtchi Car im arbr& A [es çàtis étale l'Aii' 
tour , fon Stnickal ; Se un prti aa-dcfibm, 
ies Pigeons , occupant d'autres branches , 
iouaient & fblàtraicni Ctns cràinre fous le 
feuillage. Cenc confiance choqua l'Autour, 
ïnfolents ! leur ilit-il , vous brav« ma 
ferre , parce que la préfeneé de votre Mo- 
narque vous ralTiire j mais £ j'irais Tcul 
ici , TOUS ne m'iofultcriez point impoiuS- 
ment- 

. Un Vjà fage ne icàt point choiHr Ce$ 
Officiers parmi les midoDs : car enfia s'il 
cft des momcns où Ces regards peuVent Ici 
contenir, il en cil beaucoup plus où ils 
^ont aiTutés de n'étte peipt v«s. - 



L'ANE ET LE CHIEN. 



U» 



) K Ane Ce plaignait de fâ defHn^ ; on 
Chien l'entendu, & pt^cendit jtre bien 
plus à plaindre encore. Le premier , ra- 
contant fts inibmmes , détailla tout ce 
qu'il avait . a. foufSir pendant l'année^ 
Toujours Cus les chemins par la chaleur » 
pai le vent ou Ix pluie ; aujourd'hui c'en; 
de la fàtioe oa du blé» demain c'elt Ju 
fumier on du bois qu'il lui faut poctcr. 
Il plie fous le &rdexu , il ne peut mar- 
cher 3 on l'accable de coups. A peine lut 
Caille - t ~ on dans la journée quelque» 
înfbns de: relâche , pour aller te long des 
fclTés limier à la bitte. un peu de mau* 
mife bctbe. Du rede aucun foin de fa. 
pet&nnc ; toujours des menaces & du tai' 
pris ; jamais un mot d'amitié ni une catclTc. 

" Tu travailles le long de la femainc , iï 
„ ell vrai , lui répondit le Chien ; mais 
ft le lÀiT , ^uaml ni lenrcs , m txouvcs; 



j.\i F A B il^s. 

„ une &itb)e1iica cliaade où lu peux iit~ 
„ tendre Se repofet en paix. Moi , au con- 
^ traire , je n'ai jamais àe repot. La nuîc 
„ ODmme le jour , l'hiver comme l'été . 
„ mon fort efl dt veillci dans une cour, 
„ expoCt à toute la rigueur des fâifoiis. 
„ Vient-il à fe glilTci à»ns la malfun un 
,t voleur ou un loup ; il faut combsccre 
„ au rir^iie de nu vie , & k défendre 
„ pendant que ni don. Le. nutin , tptii 
„ une nuit aiufi palTéc , fc vais à jeun me 
„ préfentet à la cuifine pour recevoir la ré- 
„ compenfe de mes fervicà, J'y rrouTc la 
„ fervante, qui , aux dépens de Ton Maître,. 
„, déjeûne fecrettemcot avec le valec qu'elle 
,; sime. Ils me chafTeot à gcands coups de- 
,, pieds , parce que je les importune, Obii- 
f, gé d'attendre l'iieuté du dîr^i , quoique 
„ mes entrailles crient famine , j'accours 
û enfin , Se trouve toute la Emilie à ta- 
„ ble , buTOut Se mangeant bien. J'ai bca.a 
„ pendant ce tems-là les regarder pitcufe-^ 
„ ment , aucun d'eux ne daigne Icule-^ 
„ ment &ire attention à moi ; Se je me 
^, cfoi^ très - heureux fi , aptjs bien des. 
«carel&sdc uuparc, ilidaigncpt, lotr-i. 



F-A B I E s. J4J 

^ qfiîk s'otKpIus iâiii] , me jectci quel-^ 
„que os' décharné. Pendant que je fijiï 
„ occopé à li àévorti, fini dis ea^nx oti 
„ l'une des filles laifle échapper quelque 
„ incongraic^ : l'encens fïap^e f odorat i 
„ oa fe bouche le nez : au diable le Mâ^" 
i^nn, £'écrîe-t-ofi ) & à SiaSiaat im\lf 
g, coups, que je n'ai pas n)érit^s , plcuvcnc 
B Ca moi ) on me chaifc , K )e me voif 
aaf^Iigé de me Tauvei à la' cour r ^^04 
«efer tcparaiae de toute U joucoée. 

„ Tonc ce que tu viens de dire «ft vlal, 
a, icprit l'Ane } mais & l'on te ptocuis 
„ àts momcns de chagrin , tu en as d'au- 
M tics auAi qui te dédommagent. Tu vif 
„ avec ton maître , il reconnaît tes bonf 
^ o$ces , il te loue , il te carellè i & ai* 
„ moins l'emploi dgnt il t£ charge n'«ft 
^ {tas aviliiTant „'. 



F A B l E s. - 



L'ARPENTEUR ET SA PERCHE. 



Un 



Jtt Arpentetlr Touliiï' merotet Cm 
champ, &il nepoHv«icTeft;Tcifirà bout, 
parte qu'il était inte. pans là colerc il 
B*en prie i Ci pctcbc , quil jctra par Km 
avec mille injures. Tu ts tort , lépoaUt 
celle-d ; <^ n'eft pas moï ^(l'il faut blàmci, 
\e ne me fuis jamais trompée. 

Mais l'homme en place &it-il une fântc. 
il la rejette toujoim Cai quelque aniic , te 
t'en prcod i lui. 




i' AUTOUR ET LE HIBOUj 



u« 



} K AatOui te on Hibou s'étaient U^ 
d'une étroite unidé. An printcms l'Autou 
ayant fait un nid, l'autre vint y pondre. 
Alots^ noble Oifèau rentfof am généreu- 
femen^, en £ivcai ie fon ami , à U dou< 
ccur dedcTcnir pcre , il adopte les omis 
& tes coure comme ^ils étaient; les ficni. 
DÂs que les petits font édor,' il les appâte 
avec la m£me tendielTe ', mais il eft étonné 
de voir fans celTe fou nid humide tt in- 
&âé pat leur ordure , & il leur en fait des 
repioches. « VoiU vingt ans de fuite que 
» j'ai une site , leur dit-il , Se jamais je n'ai 
■ éprouvé d'aucuns de mes cn&ns dégoût 
fi femblable ». Les jeunes Hiboux répoo- 
dirent que ce n'était pas leur faute ; Se ils 
ajoutèrent naïvement que leurs parens les 
ayant bits fbittuz , il ne dépendait point 

feux d'ayoïi wi nid qui fit pr^, « yom 

.. Cooyk- 



14^ T X -a t.^,s.: 

f avez raifon , reprit l'Auroui : f ai pa voitt 
m faite fclore , je puis encore vousélcvc^ 
ta & vous nourrir ; m^ tous mes Caceh 
f> Te boroerone-là. Jauuic oa ai Mugi 
a, un mtuyw aatvKl^. 



F A B t E s. i^ 

', I 

LA BICHE, LE FAN. 
ET lE CHASSEUR. 



u. 



'HE Biche ,iiiQziùraic fôn Ra Eu noV 
ce qu'il avait à craiodce du Loup , do 
CiutlTcurs 8c des Clûens > & die lui ^. 
prenait en in£mc tems k s'en défier & è. 
'«'en ' garantit. 

Tandis qu'elle parlait, ,11s q}petçurent m 
loioL dans la campagnf ua homme à cbeva)^ 
arm^d'aic&de flèches. "Qu'eft-ceqqe 
„ced, dit le Fin? Mon fils, rendit £^ 
„ mcre , c'eft ce que tu dois redouter le 
„ plus au moode , lî ni aimes à vlne. 
], Gaide-toi bien de tslalflcr jamais xpfto^ 
„ cher par de paràlies gens ; fie £ par ha- 
3, fai-d m en es fiirpiit , fois de toutes tei 
a, forces „. 

Pendant ce difcOuts , le ChaiTcut qui les 
Bvatt TUS nufE , ifptocbait H grands ptu. 
fuyops* difùcU Piwe^fuyons, lev^c^ 



„,,„.., X.ooyk- 



94^ F A s L E S. 

;Lc ietme témëFakç , loin d'jcwuer ces avis, 
regucUiE tout cela comme des terreurs de 
Amme^ Se slimuCàic à cOpâdércE l'ha- 
billemcntdu ChalTeuT & les mouvemeni 
le&es de foa chcnL " C'eft lui qui a. peu: 
„ de nous , di&it-il. Regardez , le voilà 
„ qui dtCc€nà~& i^ui m£c pied à terre. Ab ! 
„ mon fils, fauve-toi , criait la mcie « 

'„ ftiyàbt-unt qutléllc:{UMivùt „. Hélas l i! 

' n'en £tait plss teite } d^ doc £écfae <!taic 
khc^ , Se le fin , hlcSl i more , rambaic 

■par terre. *-:-.- . ; . 

Avertirez un fou du dangèi quilome* 

'Bace, il rir* de vos~"confeils, St^n'y 
croira que quand S"!^ axahi dans le 
tnalheur. 



Qiuquc të'FaUe fiiiy^Ke Urtmgt Votlr^ 
■olpfadbtijBC Aifkcl jt me fiât i\giijari jjt la 
■flact ici cependant ; pàret fie le fujtt ea efi 

U même i fcu-ptli fut doit celU ja'an f'uifi 

■dt lire. 



» 



LES CORBEAUX. 



I It jeunes Corbeiuz TCnaicni de quittcV 
leur niJd i ih écûeot déjà giaodekts & con^ 
tncnfaienr à voler. Leur perc , avant de lu 
abandonner à eux-m^es , crut dcvoit ce- 
pendant leur donner quelques leçons. II leur 
parla donc des dangers dîSïrcns qui allaicnT 
les itienacet de toutes patts , & leur apprît 
comment il £t!lait s'en garantir ; rccoia< 
mandant fur toutes chofes d'ftre cîrconf- 
pcâs & d^fians. " Par exemple , dît-îl , 
^ £ vous voyez un homme Ce E>aiflèr pour 
„ ramalTer pierre ou hima , n'anendcz 
„ pas qu'il foit releva j commencez if a- 
„ bord par vous envoler. Mais s'3 ne lé 
^ baiflàît pas , répondirent les Corbeaux , 
„ nous pourrions refter, n'dl-il^svraiî 
„ 11 eft évident qu'alors nous n'aurions 
„ rien à craindre de lui. Eh 1 qui vous lé- 
„ pondrx, reprit un de la bande , qu'il ne 
,i porte point dans là poche de quoi vqas 
TmicIK X 



\JÙ Fa, B t ES, 

„ tuei 1 Mes frères, ctoyei-moi. kplu* 
l, sûr eft de nous enfuir. Mon enfant , cit 
„ le vieuï père à celui-ci , tu en fais aflcï 
„ poiIr n'avOir plus bcfoin de moi : adiCu , 
„ pars , me voilà, fzSnTé fur ;on compte. 
„ Quant k tes fteres , je vois qu'il leur 
^ iâudra encore quelques leçons „. 



Su ftrriif a inftri cette Fahlc parmi fit 
ContM. Chtl hà/cidtmtnt c'tfi jou PU , ta 
liead'un drienu. Le mtrt vtutfi dcb^raftr 
ie fis ptr'as, Ui lui rcpréfintenc ^'lli ma 
£(ur d'ftre tuù par Us JrlaiérrUrs. Elle rr- 
ponJ qu'il faut du tenu pour tfçJri t'arheUte, 
four h lever tr U mettre tu joui ; & qa'^in^ 
Si auront celai ie l'eavoter, — et Mais , mt 
n rnlre , t'il allaù prendre unepUrn t~-Ek 
») iitn , aupitritanc ne la M rtrrei-faus pit 
r> Tama^er ? — Oui Jârti dovti ; ifiaii il 
il n'a Qfi'à l'avaîr iaru fi pcckc i — Oi, , oA / 
M pui/jiic 'tiiu ùes fi habiles,' répond la Fie* 
n vous pvurii roUt pajiir de moi n ; & n 
perlant nùifi , tlle t'envole'. 



.lE BLÉXEAU ET LES COCHONS, 



*-j » conduîfdit ^es Porcs à l'a gtandi.'ç 
dans iine'forèc. Un Bléceaii- fe joignit à 
euï , & priieodit être de la fjmiJie. Le. 
fait- il rentra avec- cm (Jans l'écable ; mais 
quand il vît qu'on en cgorgcaic ijuîlqucs* 
nos , i[ ne voulut plus être de leurs parcns,^ 
Se jAira fur fou honneur que jamus il n^ < 
Içui avale appanenu. 




„.,....,-.,C.oogk 



f}i. Fables. 

LE BOUC ET LE CHEVALi 



Cu 



^ UT AIN Sagncnr , homW^ peu J'cf- 
^ic . »alt an cheval donc il ToiHait Te d^ 
&îre. Il crui l'occaflon Ëivoiablc pour fa 
^fàire ca même tems d'un bouc qu'il avaic 
auiC, te les expofa tous deux en ventes 
demuuknt poui l'un te pour l'autre vingt 
Tous. Plufleuis pcïfonnes marchandeceot 
le cheval j mais aucune ne voulue du bouci 
Jui au conuaiic yopiniâtra dans fbn idée , 
& déclara toujours qu'il oe vendrait point 
fun fins l'autxe. Vous devinez ce qui ar- 
liva i C'eft qu'il oe vendit ni le bouc ni le 
cheral. . 



DU CHAMEAU ET DE LA PUCE. 



u» 



Jh Cbâmcaa allaic commencer ^a 
gnmd voyage ; une Puce fauta fut fon 
dos , & fil le voyage avec lui. Quand tl 
fat de retoux , elle crut devoir le rcraer- 
cier."Vous m'avcï portée fort doucement, - 
„ lui dit-elle : je voos fuis obligée , & coor 
u viens que usa vous )c n'euffé jamais pu 
„ feire fi longue toute «. Le Chameau , 
touniant avec ctonocment la tête pour la 
regarder , répondit d'un ion ironique , 
« vous êtes trop reconnaiflantc en vérité ; 
» mais s'il faut parler vrai , je ne me fuis 
• point apperçu dans le chemin que votre 
» poids m'ait fatigué ; Se jufqu'à ce mo- 
n ment-cî , je vous l'affurc , j'ai ignoré 
e que nous faSîons enfemble ,^ 

On rencontre fouvenr ici - bas de en 
gens obtcurs , qui ont beaucoup de pré- 
tentions néanmoins. Ils fe crdient fort im* 
portans , &: l'on ne ûit feulement pas s'ils 
cziltcoi. 



lE CHEVALIER ET LE VIEILLARD. 



Xl. Y avwt un Vieillard qui avaic beau- 
coup voyage- Conune d'ailleurs il itait 
plein de fens, onie conCdétait à !a roade ; 
& Ton écoutait volontiers Ces cotifcils. Un 
jour certain Chevalier du voifinage vint 
te confultcr. « Prud'homme ^ lui dit-il , 
u je n'ai rien qui me fixe ici j, & je veu^ 
•> vivre heureux. Dilcs-m,oi , quel cft Iç 
•• pays où je dois me retirer pour cek. Dan; 
B celui où l'on "voudra vous aimer , répon- 
»dit le Vieillard, Et û je ne trouvais poin^ 
» de gens qui vouliiflent m'aimet , reprit 
»» le Gentilhomme ? — Dans ce cas-là , 
• Sire , je vous confeille d'aller où l'oq 
t> vous craindra.— Mais enfin, £ le peuple 
t^ chez qui je m'établirai n'avait point dç 
" raifons pour me craindïe. — Eh bien , 
V alors allez où l'on ne vous craindra pas, 
•• — Enfin j, fi par WCifd je ne pouvais po? 



Famés. jjp 

kl encore trouver ce pays-là , lequel clioi-. 
" Jirai-jc , j_e vous prie 3. — Celui , Sire , 
w oii vous- ne ccouverei perfonne , & oS 
" yous__ ferez sik que pcrfonjic ne vou» 



„.,....,-.,C.oogk 



■^^$6 Fables. 

LE CORBEAU ET LE LOUP. 



U„ 



J H Corbeau s'^i pofé fur le dos Jdq 
mouton. Un loup qui palTaic piès de- - li 
l'apperçac. " Voyez ce que c'eft que le 
„ bonheur , fe dic-il à lui - même ! Ce 
„ monftre , de mauvais augure, eft per- 
„ ché là tranquillement i le Berger ne lui 
„ die rien : & moi , malheureux ! û j'ap- 
,, procbais feulement de ce mouton imbé- 
„ cile , tous les chiens galopetucnt aptjt 

Le méchant caufë tant d'efFroi , que 
dés qu'il pardi , tout le monde chetchc à 
Te garantir de lui. 



Dont Efcpt U Corheaa t'mmfl J léfuttir 
U fUit d'un ânr qui aviic un utclrit Letfaat 
tf Iti gamhaitt que faic FSne pour fi iéhir- 
rsfftr de l'oifeiu , dnx/cnc liaucoup dtt pSirtl 
fui font ta. Cifi i fftfat it tts rit ^t It 
Lmfftitfi r^MKO. 



, „,,„.., X.ooyk- 



DE L'ES CAR BOT. 



Uh 



itt Efcarbot, fonaittdefoa fumier* 
vie un Aigle qui prenait Ton toI dans 
Ici. nues. Le ùle inCtâx en fin jaloux. 
« Eh ! pourquoi , iè dit-il à lui-même , 
„ ce fier oifeau a-t-il leçi de la Nature 
„ une dcfUuéc fl brillante , tandis que 
„ moi je ne &Î5 prcfquc que ramper t 
„ Après fout , s'il a des aîlcs , c'en ai'je 
„ pas auin "i S'il eft grand Se fort , n'aî~jc 
„ pas le corps beau ai luifant ! C'en cft 
« £iit ; je renonce à moi^ fumier , fie veux 
„ déformais vivre Se voler comme lui „. 

Tandis qu'il arrangeait dans fa petits 
tête fes nooreauz projets . l'oifcau Roi 
s'abatàr à cette , 8c vint fe reposer alTez 
pr^ du fumier. L'Efcarbot làilît l'occalion; 
il prend foq eflbr , faute par-delTus l'Ai- 
gle , Se pouAe , de joie , un vilain cri aigre ^ 
pour célébrer fa proucfTc. Le relie de la 
joviôécilenfuttoutËcijiaaisrutlelbir, . 



jy» F A_B L E s. 

h ^îm rayant pris, il fut oblige de rtr 
Iburner à Ton ordure , Se renonça à ioumt 
(es idées 4= grwdeur. 

Ceci cft l'image de ce qui arrive à ccr- 
etins ambitieux ùm mérite. Jaloux Je 
ceui qu'ils voient s'élever , ils veuleni 
comme eux prendre auiïï leur vot : maij 
■*'tCt rhiiloire de l'£fcarboc ; bicatôc U 
Mature les rancne àla fange d'où, ils ùrà 
ioïus. 



Fai 



tA GUENON ET 1,'OUHSi 



Ue tâutcs les femelle; d'animaiik , tous 
fkvcz que la QoEnan cd cille qui aime le 
plus cicravigtuâment les pcûtï, um<c laids 
qu'ils ibuL . ' 

II y en avait ont Un jout qui ivik & 
épàCe âa fien , & qui le tcouvaic H beau . 
qu'elle le nipntraii à cous les palTaos. Ils 
avaient beau lui riie aunez& fê-moquer 
d'elle , ticni ne la défaiNiraiL'Sii fitlic alla 
même jufqu'à vouloir le montiei à la 
Coui du Lion i mats le Monarque ayant 
dit qut ffemais il n'avait vu il laide b£te , 
elle s'en teviot fbn affligée. £u route , Ifi 
Incie 8c le fils Airent tencontr^ pai un 
Ou». Celui-ci s'oitéte avec un aie de furpn- 
fe, Bc il «"^criet " Oh! le bel en&nrl 
„ qu'il eft joli 1 c'eft lui fans doute de U 
^, beauté duquel on parle tantl Oui, Sire , 
f, répond la incre cucbantéc; & ^eft mon 



iê* f~Xt LES. 

f, fils. ^ Te Dc puis y tenir ; fbuSkn « 
„ Dame, que je le baife „. A ces mois il 
prend le poDpoD , & d'un coup de nûcluiii^ 
il loi aoqne Iz ccrrellc. 



Jtfl 



DE LA GRUE, 



X^'AJQtz eut luifourà fe plaindre da 
l'Autour, Il afTcmbla aulll - rôt tous Id 
Oifcaax Cis fujets j Se. apr^ Une avok 
ctpofô fes grieis ,'il donna, ordre qu'on 
allât làilïr U coupable Se qu'onk lui iune- 
nâc. Cctai-^i, qui prelTcntait U colère dit 
Monarque, s'était reciré durs te trou &\m 
rocher , bien réfolu i (c défendre 11 on 
l'y attaquait. Vingt fois tes oifeaui palTc- 
rent & rcpaflêrent devant te trou , Cuis 
qa'aacun d'eux osât fe rilquer à y entrer. 
La Grue enfin propofà un eipédieni qui 
annonçait bien ion imbéàttîté ) c'était d'y 
enfoDcei Ton long cou , & d'obliger avec 
le bec le rébelle à forcir. L'avis fût fort 
approuvé. En confêqucncc, la fottc, en- 
nivrëe par ces. éloges , pénètre étourdî- 
ment dans le piège i mais à peine y a-t- 
etle enfoncé la tête , que l'Autour . la lui 
Tome IV. X 



$6l F A B L B s. 

raifilTaiit avec £à ferre, la mord crueQc 

ment. 

Elle ne s'atteDcbii: pas à cet accueil. Sa 
peur eu celle qu'involontairement elle oU' 
vre reiu^mité oppofée , & confpuc les 
oifeaux qui étaient auprès d'elle. Toue le 
tDondc fc met à rire. EcfÎD elle fc tire 
du trou avec gtaod'peinc ; maïs dans la 
confufifm que lui canTe fon accident elle 
Ce Tauve , Se prend même le parti de 
paflct les mers , pour s'^oigiter à ja- 
mais des témoic» ^c hi honte. Dans là 
louie elle rencontre une Mouette de là 
connaiflance qui lui demande où dic 
«liait ainlî. L'autre lui raconte naj'vemenc 
ù crîAe aventure. " Mais , dîces-moî , 
„ rqirit la Mouette , vous n'emportez 
„ pas lâns douce avec vous l'inftrument 
„ liontcux qui vous a joué ce mauvais 
„ tout 1 ^ Belle queflion ! Eb l com- 
„ ment voulez - vous donc que je m'en 
„ fbis'dé£ute i — Eh bien , ma chcre, 
,-, pulfquc vous le portez conjours, re- 
,, tournez d'où vous venez , eroycz-moi ; 
M & craignez qu'il ne £ti[c encore pis 
. ailleurs ». 



î«î 



i'hOmme et les deux cerfs. 



u. 



} H Payfan ttiTcrlàit à pied une forft. 

Dans fa route il vie deux Cerfs qui Ce pu- 
]aienc d'un air d'ci&oi , Se qui fcmblaienc 
délibéici fui ce qu'ils avaiea: à faire. " £h! 
„ d'où vous vient cette terreur, leur dit 
„lc Manant! Je De vois ici aucun danger i 
„ Que craignez-vous î Le danger futur , 
„ i^n^CDC-ils „. 



î<4 



, L'HOMME , LE RENARD 
ET LE SERPENT. 



u», 



.' H bon Villageois , fans malkc, trcUTï 
en bivet un Serpent roïde de fxotd, Tob* 
ché de pitié , i! le met <Ians Coa fein pour 
le réchauffer ; mais U Bête mal&ifàiue 
n'cft pas pluiàc tendue à la vie, qu'elle 
cherche à étouiFcr Coa Bienfaiteur., ea le 
fetram des longs anneaux de foi^ coips. 
Celui-ci cherche à_ fe débarraflër : " Mal- 
„heureiB-l s'écrie- t -il , voilà dotic 
„ comme ni paies le bien qu'on te Ëùt i 
„ J'obéis à'moB naturel , répond le Sec* 

Pendant tout ce débat un Renard paflè 
auprès d'eux , Se voit le Villageois aux 
prifes avec fon ennemi. " Rccire-ioi, diw 
„ il au Setpcnt: tu commettais une vHIalne 
„ aâion , mais il eft encore tems de te 
„ repcnÙT. Et TOUS, ajoiUi-t-il* CB t'a* 



F A B L » Si ^6j 

,', diellânt à l'Homme , vous avez eu ton 
„ d'employer vis-à-vis de cet animal des 
„ rennes injurieux. Sachez que , quand 
„ on cft dans le danger, il n'eft pas fage 
„ d'infulter fon ennemi „. ■ ■ 



Cttte FabU efi dt Phtdre ; mai tUc n't 
riei lui ^< Jeu» aSeurs . VHommt (9 U Ser- 
ftnt, Ctlui-ci tut rhomme : oq lui demânit 
fturquoi il a tommit ce crime , û" il répand 
^e c'efi pour Sur fenvie it rendre feniice 
■auM mtchaii. Lt iiiumnnent^^'y fabfliaie Marie 
me foréx- prfférâblt ; je trauft de niimt trlt- 
Jiitfi te difcouri da Renard; peut-âre niaO' 
«noioi ftrait-il mieux flati encan dans une 
mare houche^ On peta fréter tu Renard de l» 
fincft; mal tant de fégejfe & de ralfon ne 
f/à co/aieajietu gutrei. CaïUciirj une honae 
^Sion /nrpread toujcvrs àeai un animal , ni 
tnccbtua , farce ju'tUe dinant feu caradcrti ■ 






jfâ Fables. 

LE LIEVRE ET LE DESTIN. 



U„ 



} H lierre vit pailcr iin Cerf, & il fîit 
frippé de la beauté de cet animal. Il ad- 
niirait fur-tout U ntajefté du bob dont fa 
tête était parée. Ce bols enfin fit fur lui 
une telle imprclllon , qu'il alla fe plaindre 
BU DefUn de n'avoir pas aufll rep en par- 
Uge une arme aulTi redoutable Se û capable 
de le &!re ccaîodre, Ea vain Iti Dieu lui 
repréfenta que de pareilles armes n'étaient 
pas faites pour là tétc ; Il importuna tant, 
qu'enfin elles lui furent accordées. Le voiU 
donc avec un bois de Cerf; mais il ne peut 
plus marcher ; le poids i'cnttafnc , il totûbc 
ï chaque pas , Sç périt enfin par fa âuce. 
Ceci s'adrefTc aux ambitieux quife char- 
gent d'emplois pour Icfquels ils ne foni 
point &i(s. 



F A BLE *. }fi7 

L'ASSEMBLÉE DES LIEVRES. 



X^'homme vînt un jour avec Tes chiens 
s'établir dans te pays qu'habitaient les liè- 
vres. Ceux-ci , depuis ce moment-là tou- 
jours tourmentés , toujours ùiquïeis, ré- 
folurent cnlîn d'aller vivre ailleurs ; 8C 
ils cbavoquerent à ce delTein imc afTemblée 
générale. Les plus vîeui & les plus làgcs . 
opinèrent à ledcr : ils avaient de la peine k' 
quitter cette terre où avaient vécu leurs 
pères. Se où eux-mêmes étaient nés : mais 
on n'éc(Mita point leurs repréTeacations ; 
les dabaudeurs renq>orterciit , & toute 
la troupe partît. 

Dans leur toute ils pafferenc près d'un 
marais dont les bords étaient couverts de 
Greoouiilcs. Elles étaient forties pour ref- 
pirer l'ait 8c jouir du folcil. Au bruit que 
font les lièvres en palTant , elles s'ciîraient, 
& toutes en foule fc ptécipii^nt tlans les 
eaux. Un des Lièvres s'anétc alors ; ** Fre- 
X4 



JSS F A B I, H 3." 

,1 rcs , dït-îl à la colonie fîigicivc, non! 
„ avons eu cort de quitter notre terre nst- 
„ taie. Retournons , croyez-moi ; je vois 
„ que par tous les pays on craint , & que 
„ par-tout on a lieu de craindre ,,. On 
le crut , & l'en retourna. 

On pourrait adreflcr.le même difcoms 
à tous ce': gens qui , meconieDs de leur 
patrie & iu gouvernement fous lequel ils 
vivent , ve'uknt le quiner ,' dans l'efpé- 
rancc Ae rencontrer mieuï ailleurs. Hélasl 
ils ont beau chercher} ils ne trouveront 
nulle parc de contrée qui foie faos inquié- 
tude , fans travail & fans doiikur. 



la Fable qu'on viînc Ji Un tjl imiiA iTE- 
fipe. Le Fabulilt Cric dit que lei Liant 
t'it:nt enfuis ptndint un oragt , iii fowyt- 
TCnt danj leur ceurfe un ruarais ; mes jus 
leur frayeur irfim aagmenti encore pjr /( 
iniit qut firent la Crtnouillet en fe jiam 
àtni Vil», un d-eu:4 j'arr-w f dit i fil if 
Tnipades : Ne n;nu difelons pas, mts amis; 
nom vayei ^'ilya des tnirnmtx plus foltrtia 



• F A B 1 ï s* jtfj 

QuetU tfi Vutiliti fui peut réjûlter iPunt fO; 
ràllt mtralt l Jt ne U devine point. 

Me fvionatra-t-on de dire fue eelU Ji 
notre femme Poète efi bitu autrcmtat intérefi 
■fmàe. RufpeUei-vous que Merit vimit fout un 
goiatrnemeat fiodtl , t^efi-i dire , data un Etta 
panggi entre lui miiUoa de pctiti Çfraa t. 
JoTign ipu elmpie jatr elle detait rair une in- 
fimti de perfoaties ,. moltfiétt par- Valais du 
pomoir , chercher irnit d'ioant cmtaai bu 
fiaiatÎM [Jmi douce ; relîfei aprit cela fi Fa- 
tle , tf voat fintirtx, comUea fou alligori^' 
tfi jufie , (f combien la mvrUt ju'etJc m 
ffirc, tfi IngiBitiiJim 






XI 

. Cooyk- 



LE MON, LE LOUP ET LE RENARD. 



X^E lion ic promensût nn {ont avec le 
Renard & le Loup , fes Sujets. Tout-à- 
coup il fe mit à bâillei. Se lùSa. voie 
une gueule toute lângbnte encore , 8c 
tcmfilte de floccons de Lune. Le Kenaid 
s'en appcr^ut tiè$J?ien; mais 6aiteur à 
fon ordinaire : " Sire , vous avez faim , 
„ dit-il,'8c je vois par ce bâillemetii que 
„ votre cftomac travaille , & que vous 
„ n'avez point mangf d'aujourd'hui H eft 
„ vrai , r^ndic le Lion ; ch bien , cha& 
„ Tons enfembilc , nous part3gen»u notre 
„ cbaffe ca commun • mois jurez-moi au- 
„ paravant d'être fidfcles , & de ne riea 
„ déroumer pour votre profit particulier „. 
Les deux Courtilâiis jarercat ; le Monarque 
lui-m^c fie le ferment ; fie aptes ftre 
convenus d'un fignal & d'un 4îcu de rai- 
liment , ils panircnt chacun de leur côté. 
Mais celui-d n'eut gatd« do ic ùûgu^ 



F A B Z E s. Î71 

i thatfet ; il fe rendit [ruiquîUcmcnt ai» 
lieu du rendcz-TOus. 

Pour les deux autres , ils tevînrent bieit 
tôt après , annonçant qu'ils avaient décou« 
▼en , l'un un taureau , l'autre une vache 
avec fon veau. 5ut leur rapport , le Roi 
les fuivit pour aller Étrangler les trois 
vidimes. Quand elles fliteni tuées , Yfen^ 
grin ♦ propoGi de partager. " Volontiers , ■» t^ 
„ dit le tion j eh bien , &is toî-m&nc loup. 
„ les parts. Elles doivent être proportion^ 
„nées à la taille 8c à l'appëtic de nous 
„ trois , reprit le Loup. Que le taureau 
„ foie pour vous , Sire ; Renard (uua le 
„ veau , 8c moi la vache ,„ 
. Four toute r^ponfc, le Lion furieux 
lui allonge fur le mufeau un coup de 
griflê , avec lequel il lui arrache un ccil 
& une partie de la mâchoire ; puis fe tour- 
nant vers le Ktnard , il ordonne k celui- . 
ci de parler. - " Je vpus obéirai , Sire , té- 
„ pond le Renard ; Se j'aurai foin de ne 
„ pas manquer , comme mon camarade , 
„ au refpcâ: q\ic je vous dois. Prenez le 
„ taureau, Sirejil vont appartient comme 
„ notre Roi Se notre Maître. La Reine , 



n 



■%7t F A a t ■ S. 

votre lugufte. compagne , vient de voul 
donner un Lionceau ; il eft juftc qac 
nous rrivaiiljons pour elle ; donnez-lui 
la vache. Quanc â Mellire votre fîls, 
fcï dmfî ne doivent pas êcre onl)Iiés } 
I, qu'il piciinc- le veau,,,. 

Voici comme £, ope conre cette Fallt. ■ 

*' Le Lion , l'Ane & le Renard allèrent 
„ cbafTer i ils prirent beaucoup de gibier j 
„ & le Lion ordonna de fiiirc'tes parts. 
„ L'Ane les fit réellement ; maiFi le Mo- 
„ narque le faiHHânt auflî~tâc lui-même, 
u il l'dtrangle. 11 charge enfuite du par- 
„ cage le Renard , qui plus fin que l'autre , 
„ donne prefque ^ui au tyran & dc fé 
„ rifervc qu'une 'tris-petite pordoc, In- 
u lertogé , qui lui a i^ipris à partager â 
„ jull: s c'eft ceiui-^i , dû-^ , an moa-^ 
n tuwt l'Ane non „. 



«SJ» 



LE LOUP DEVENU ROI. 



V-/ H racome que le Lion * ayant réfoljj 
un jour de voyager , convoqua tous lej 
aoinuux pout leur déclarer Son [rçjcc; 
& comme d'ailleurs il ne compult pas te- 
Tenir de fi-tôc , iJ ieur permit même . de 
fe choUtE un Roi à fa place. Tous ré- 
pondirent d'abord que, fut un ckoiï fî dif- 
ficile , ils nC s'en rapporteraient qa'it lui 
Ceul; Sc-ea confôquence , ils le prièrent 
dé chercher . dans Ta noble fanûUe , quel- 
qu'un qui fîit digne d'être ion fucccfeur. 
le ne me Tuis point donné, d'héricter , r^ 
pondit-il ; je lailTe Je tronc vacant ; pU- 
(ez-y qui vons plaira. 

D'^rès ce confentcracnt , les animaux 
prirent jour pout Te donner un Maître, 
lis choillrent le Loup , Se vinrent de- 
mander pour hii l'^cment de leur an- 
cien Monarque. " J'approuve votre élec- 
„ tion , dit cduî-ci. Votre nouveau Roi 



Î74 F A B t B Si 

„ cit aâif. huai, entiqireiiaiit ; Se je 
„ ne d^Crerais à fon courage Se à Ton 
„ uraAecc , qu'uo peu plus de faauiâk 
„ & de loyauté. Prenez garde feulemcni 
„ qu'il ne Cç donne quelque traître poni 
„ Coarciller. Si , par exemple , il alliic 
„ prendre le Rcnaid , ce féiaicnt deux 
„ m&baiu enfemble; Se alors vous aniicE 
„ tout à craindre. J'appr^bende encotc, 
„ je l'avCHicrai , qu'il ne puidè pas com- 
), mander à fa gloutonnerie. Voulez-vous 
„ fuivre un bon confeil i Faites-lut pro- 
„ mettre que uct qu'il fera Roi , il ne 
„ mangera chair d'animal vivant i Se dc 
„ lui prêtez ferment d'obéilTance , que 
>, quand il aura , le premier , prêté ce- 
i, loi-là,,. 

L'avis fiu; exécuté. Le Loup fit fànt 
fcnipole tous les fcrmcns qu'on voulut, 
parce qu'il efpérait bien les rompre im- 
. punément lorfqu'il ferait le plus ibit. En 
effet, il ne vit pas plutôt fiin autorité 
aflïïrée le Ion prédéoclTenr pani , qu'il 
voulut manger de la chair. Cependant, 
afin de ne pas trop effuoochei: les eA 
pries . il employa la mfc j Se la Ëaam 



f A t t 1 s. j7f 

lût telle qu'elle eut l'apparence de la 
jullîce. 

II appella donc la brebis , & lui demanda 
iiir la foi ^'cUe liu devait comme Sa< 
jette , ^il était vrai , ainfi qu'on le pn^ 
icndaii, qu'il dit l'halciae forte. Celle-cii 
trop bécc poui; foup^onncr le pîcgc qu'on 
lot tendait, convins avec fianchifc que 
la bouche du fire exhalait rnie odeur ca- 
pable de fudôquer. Lui auffi-i£t, avec 
l'apparence de la colère , convoque Cet 
Sarons. Il leur demande quel .traitement 
mftice celui qui a &it honte fc Infulie 
à Eaa Seigneur. Tons opinent à la. mort ; 
Se à l'inftant il fait é^ger la brebis 8c 
la mange ; après en avoir cepemlanc dis- 
tribué quelques morceaux aux Juges pour 
te iatérclTcr à fa fïïonîc. 

Quelques joncs après , lorfqne la brf- 
bis fût entièrement confomméc , il manda 
le Chevreuil , & lui £t la .même qucf- 
don qu'à l'autre. Ce dcmiçr, que l'aven- 
ture du Pottc-laînc avait rendu drconrpeâ , 
donna dans l'cxtcèmitè oppofèc i il aiïiira 
le Prince qu'il n'y avait rofcs , parfums , 
ûaionutcs, qui pou la douceut aypro- 

.. Cooyk- 



57* F A B i H s.' 

challcnt de Ton haleiDC D'après une flat- 
terie auHî grofTicic , nouveau confeil pour 
£tvoir commcni devait être puni le Sujet 
qui avkit mcati impudenuncat à Ton Sou- 
verain: nouvel utêt de nnEtpar confë' 
quuit , £c nouvelle viâime. 

Feu après , le Loup , en fe promenant , 
apperfut un gros Singe dont U eut cnvit 
Il le qaeftianna aulli lut fon halcîoc» 
comme les deux premiers j mais le dï^e 
était plut fin qu'eux. U '- tépontfit adnù- 
tement qu'elle relTemblatc à celle de mille 
autres'; c'eft-à-(£ie , qu'il ne la ttourait 
ni douce, ni (one. La tiponfe ^tait adroite) 
il n'y avait pas Ih de quoi traduire en Jif 
gement ; aullt le Tyran iùi-^ embattalIS. 
' Voici ce qu'il imagina.- 

Il le mit au lit , Te dit malade , fe 
plaignit d'un dégoût général, & envoya 
dicrcher des Médecins. Ceut-ci lui de- 
mandèrent s'il n'y aurait pas quelque cho& 
qui pût le ragoùtcr "Non, répondit-iL 
„ J'ai bien , il cft vrai , une envie dé- 
„ merurée de manger du Singe ; mais je 
„ ùit atilG le iêtmcnt que j'ai lait ci) 
(I montant fui le tiâiie > Sc j'ai la cooh 



F. A B L^E-y.: Î77 

ik Cdcncc trop délicate pour y manquer „. 
Les Médecins, comme vous pouvez croire, 
s'emprefletcnc de ra/Torer cenc ame fi ti- 
morée. A les entendre tout devenait jufte , 
quand il s'agHfait de confervcr une tête 
fi chère. Enfin ils rcptéfentereni que le- 
Roi avait promis feulement de ne poiac 
manger de chair vivante, mais que fon 
Icrment ne regardait pojnt la chair morte. 
Ainfi il n'y avait , félon em. qii'à tuer le 
Singe , & les fcnipules du &e ii'a> 
Taient plus de fiHidement 

Ces fctupules n'étaient pas bien conli-, 
dérabies , car il étrangla lui-même l'ani- 
mal , & le mangea »ufli-tôt. Ce n'eft pas 
togC. Enhardi par ces criminelles complai» 
Tances, .il devint de jour en joui plus 
enircpieiiant. Eientôt il ne comiut plus 
de frein , Se pendant wut le tems qu'il 
régna ^ il ne cefTa de dévorer (ans honte 
fes Sujets , toutes les (bis que la £ùm lui 
en demanda quelqu'un. 

On doit bien le garder de te donnu 
pour Seigneur un homme méchant , eu 
rien ne pourra l'arrêter, & il traitera fcs 
Sujets comms le Loup natta les fiens. 






^S F A B £ 1 s. 

LES DEUX LOUPS. 



D, 



/iinc Loops f eocrctenaiefu enlciiiUc 
ies brigamlagcs de leur tic Tc^rate : 
cai les méchands ont quelquefois des ic 
tours de Tenu. " Nous (bmmes en exé- 
„ cration , difaic l'un deux : auffi noas 
„ fait-wi fans ceffe la guerre^ le vivonî- 
„ nous dans des ttanfes étcncUcs. Clian- 
„ geons de conduite , elTayons de bien 
„ vrvre t le alors , loin iixK ledout&i 
gjioin d'avoir nous-taSincs i cisûodre, 
„ nous ferons par-Eout honorés & cliàit> 
„ Ta as raîfon , répondît l'autre , fbyons 
t, bons ; mais qutmaginerons-nous pour 
„ rftre 8c fuT-touT pour coaTaiacxc de 
„ notre changement ,, i 

En parlant aînli > il qiperfoit dans la 
campagne des MoilTonneuts qui coupùent 
les grains. Il propofc \ Ton camarade 
d'aller les aider. Celui-ci y confent> K 
voilà nos deux piniiens qui s'approcbem 

„,,„.., X.ooyk- 



Fables., ;?9 

its ttmiilcars. Mais dès qu'on les voit, 
on aie après eux , &: on les chalTe i 
coups de pierres & de bâtons. 

" Tu vois , dit alors on des Loops i 
„ nous avons beau faire , on nous en 
„ veut* &■ toDt, jufqu'à nos fcrrices, 
„ cft imputa k crime. £li bien , pnifqiie 
„ nous £bmmcs haïs , méritom de l'écrej 
M retournons au bois , & ^fous pis 
„ encore qu'auparavant ,^ 11$ le £reni Oc 
tinrent parole. 

Combien de fois n'eft-il pas arrivi à 
des mâchants d'afEcâer ainfi des rcmi- 
mens honactes ; mais quand il s'agit de 
les mettre à. eiécution , ils trouvent bien- 
lât on prétexte pour s'en difpcnfèr. 



)So 



DU LOUP ET DE LA GUEPE. 



KJ n Lonpj pendant fon fommeil, fiit 
piqué fous la queue par une Guêpe , è 
l'endroit que vous devinei. Jugez quels 
hurlemcns il fi: , lorfquc la douleur le li- 
veilla. Cependant , à force de contodîons 
& de mouvemens , il réuf&c à faire Cor- 
tir rinTedx ; mais quand il le vie ., il fiii 
Kllcmsnt indigné qu'un 11 petit animât 
eût pu lui arracher de pareils cris, qu'il 
l'accabla d'injures. La Guêpe fut choquée 
k fon tour de ce ton méprifant. Elle pré- 
tendit viloir mieui que luL " Aflêmble 
„ ici demun toute ta famille , lut dit-cUc ; 
,>'ï'y aJTeinbleiai la miemie; nous com- 
„ battrons , Si la viâoire décidera qui 
„ de nous eft le phis méprifable „. 

Le lendemain en tSa , au point àa 
iour, les deux troupes bien ordonnées 
Te préfcntcrent au combat. Le Loup pcr- 
fmdé que fcs ennctriis oc pouvaient p^ 



„.,....,-.,C.oogk 



F.A B I. I s. jïr 

quer qu'où il avait été lui-même piqué 
la veille , s'ciait bouché Se tampoiié , avec 
des feuilles , l'endroit iàible ; & rous Ces 
camarades en avaient fait autant. Avec 
cette ^alTuiaDcc , il s'avance fièrement à 
leur tête ; mais la Guêpe , s'élançaoi fur 
lui tout-à-coup , s'attache fous fon ventre 
à utt endroit , plus fenfîblc cncotc, qu'elle 
■pique & mord cruellement. Il ne iTattcn- 
dait paj à cette attaque, La frayeur lui 
«aulè un accident qui jette au loin le 
tampon ; mais non dans l'état où il avait 
iré mis. Notre Héros s'enfiiit à toutes 
jambes ; Se les' autres qui le voient dé- 
farmé, & qui craignent pour eui la raémc 
cliofe , fuivent ion eieraple. 
11 o'eft point d'ennemis méprifables. 






jix F A s L X I. 



PU LOUP ET DU HÉRISSON. 



, Jjz Loup 8c le Méiiflba s'iraient réu- 
nis pour cholTer eofèmble. Vvm devait 
prêter les chiens , les attirer i lui , ft 
les combattre avec fes pointes ; & faiitre 
pcodaQi ce tems devait Cùitt le emponei 
la pmie. Un jour qu'ils chaflâient ainf, . 
le Loup trouva à cnlcvci ' un Agneau i 
mais il fut appeiçu de loin par les Bei- 
gers , qui audt-côt lâchèrent leurs chiens 
après lui. Citait au HiriiTon i ies at- ' 
Kndre ; il n'en eut pas le courage , K \ 
fupplia fon compagnon de le tiret da 
danger. Celui-ci ûi la fourdc oreille. L'autre ' 
înfîfiant vaiuemenr , lui dit enfin : " Cher i 
„ ami , il m'cft bien douloureux de mon- ■ 
„ rir ainii fans pouvoir embrafler pour 
„ la dernière fois , Sc ma femme & mes 
,, enfans. Puifque tu es sûr d'échapper , 
» charge-roi à ma place de ce uiftc of' 

1 .. Cooyk- 



Fables. ^Sj 

„ Bec, je fen fiipplic. Approcte , & ponc- 
„ leur au moins im bùCtt , comme le 
„ dernier gage de moU' tendre actaclie- 

Le Loup , par une forte de compaflÙHi , 
s'avança pour embiaJTcr fon anû ; mais 
l'ami auITi-tôi le failic à l'oreille avec 
une telle force , que l'autre (at nyJgrS 
lui obligé de l'empoiccr. Cependant ce 
poids rallentijrait fa marche , Se donna aux 
chiens le tcms de l'atteindte. Quand le 
Hériflbn vit qu'il allait Être pris , il le 
lâcha Se grimpa fur un arbre qui était 
là auprès. Le Loup alors le fup^lia de 
dcfcendre Se de venir à fon fecours. " Que 
„ Dieu t'aide, rëpondit'l'animal auxépU 
„ nés i mais quand je t'ai prié de ve* 
„ nii au mien , m fais comme m t'ei 
„ conduit. Tu m'as abandonné , je t'ai 
„ bandOnnc. Adica, défcns-toî, me rmli 
„ en sûieté „, 



On tman dont Marit de Frtaut itu» ta- 
tnt F^lu iant U Ji^tt if en partie i pcii-i 
prit It mtmt fa celui ^n rie» it iicb 



jS4 Fables. 

Dan Vmi ^tjl un Bœuf {ui , firpni fit 

un Louj ^ frit i itrt ihoré , lui dimaaie 
pour tout! fatair > avant de mourir , ^dlir 
faire fi pritrtjur un tera-e »oifin , ifia çit 
fi fimitU puijlk tntcBdrifii ieriâers adiaa. 
On U lui ptrma; mais il fe mtt tdort à hu- 
gUr i'unt manltre igoavtmihlc , fy atrirt *at 
lia 1(1 ehicnt qui itrangUat le Loup. 

Dtnj l'tai're , le principal pttfoanagt if ■ 
me Oie.fiiiie de mime par un Loup. Ellefe -. 
plaint de ce qu'elle va périr trijlemem tf fins 
joie; tandis que fes compagnes, defiinées au» ' 
fifiiiii I y p<lraitrom ou fin des inflrumtl» i« 
Tnujique. Oh ! s'il M /sut que de la nmfvfit ; 
four te cottpAer, réplique le Loup, je fiit en 
Aat de l'en fowaïr. Mors il fi pofe far Jox 
derrière , U ellongt U cou , It commence i 
thanter à fi nuaiiere» Miii pendant et ttm 
l'Oie I qitil tt lâchée , t'ennole. Honteux défi ' 
fitàfe , il jure de ne plus chviter Jameit que 
ffund il aura bitn mengi. \ 

Cei JFabtei fine imitics d'Efije. Seulemeiu, , 
«u lieu il'un Bxuf ou fune Oie . le PabulijU ' 
Grec fifpofe un. ChcPreau ; be lui fait demm- 
dtr ait Loup dt jouer de ta fiùce pour i'égtrfet 
Oi'iinc de mourir. Le Loup (onmence à chan- 
ter; lt( chieai nctwirtnt & It mtni. ■ 

DU 



DU LOUP 

QUI AVAIT FAIT UN VŒU* 



Jadis il fut un Loup qui dans un 
momçnc & ferveur , voua de iiire un 
carême dé quarante jours , Se des'abflenïr 
icrupulîufement de chair pendant tout ce 
tems." A peine il avait prononcé ion fer- 
ment , qu'il rencontra un mouton gras 
& dodu. "Ahi quelle occafion , s'éeria- 
„ i-tl , a je n'avats pas fait un vceu ! Mais 
„ cependant , fi je ne mange poiqt ce 
„ benêt, viendra un autre qui le man~ 
„ géra & qui fe moquera de moi. D'un 
„ autre côté , après tout , il faut bTe[# 
„ dîner. Aciicterun Saumon ou un Brocher» 
„ il m'en coûtera dcui fois davantage. 
„ Eh bien, appelions cet animal Suunon , 
„ & niai^eons-le comme tel „. 
Je veux vous ^leodte par-li , qw 
7omIK ^ T 



;S£ Fables. 

lacement un homine vidcuz Te coings 
de Tes mauviiircs inclinations. Qu'uneoc* 
cafion de rechute s'oi&e à lui i adieu 
les belles réfolutions , il y fuccombeia. 



„,,„.., X.ooyk- 



F A ■ 1 E s.. }87 

DU MÉDECIN 

ET DE LA FILLE ENCEINTE, 



V^EKTAiN.BoQigeois K>mb3 raaUiIc , 
& pendant quelques jours ij fe conteoia 
ic guilar le lir, Toigné uoiqucraenc pas 
fa fîllc. Enfin ccpcmlant , comme il Tcn- 
talc le mal empirer, il envoya dietcher 
lin Médecin, Celui-ci le fâignafa). Se 
il ordonna à la Demoifelle de confervec 
le Cwg , afin qu'à fon retour 11 pùc voir , 
quand ce ûng r<;iaû tciioidt , d'où la 
maladie piovenaic, La fiUe , pour plu9 
grande (&i^ , ' alfa' ponet l'écuellc dans 
^ chambre , Se la polâ , bien couverte ; 
fur un banc. Mais l'ioftant d'après, 1'^- 
tontdic n'y foogea plus ; & la premiero 
chofe qu'elle fi( eu lencranc chez elle . 
ce (iic de tout |etter par terte. 

Qu'imaginer en pareille circooftancc. 
four ivirer i'èttç çrondéç î Elle ne iroui 



■j?8 ï A B 1. E s. 

va lien de mieux que de Ce faire lâîgner 
elle-même par une autre perlbiine ; & , 
quaiul le M^ecin reTiendiaii; , da loi 
pr^fentei ce ûng en place de celui de 
fiin peie. C'eft ce qui arriva : mais l'Ef- 
culapc devina la nicheiie , & voulut en 
punir la doAzclIe. H s'adrèflè au pete: "Ce 
„ fang-là , dit-il , me donne pour vous 
„ de bonnes cfp^rtntes j il m'annonce que 
„ bientôt vous aurez lâi cnËuic de plus „. 
A ces paroles Je Prud'kommc refte intcr* 
dit) &: il t'ell avec d'autant plus de rai- 
fon qu'il éuit vcuft 1! en demande l'a- 
pplication. De lôn côté la Fille rougit. En- 
fin tout s'eipliquc 1 & celle-ci , ibrcfc d'a- 
vouer la vérité , convient gu'à trois nois 
de là riiorofcope du Médecin doit s'ac 
complir. ■ , 

Combien de gens' qui, en voulant 
trampec les autres , qui été trompés eux* 
axiasfis. 



( f 1 Siwoyâ eitrehv jot ll/itcin juî le fii- 
jpu }• L'at; de Wfiiûcatpt {tant ttj(-p>it 



f A B t E s, jSfj 

m&c£ au iiiins de none FabuIiOc, U était 
eieicé par Ici Hî^gcidi. Gcui-ci ponaicnc 
mime oïdinait^mcnc daot Icurt vïlTui un fj- 
chec rempli dei droguci IC d«i lïmpici lu 
plui ufîlji , poBi les adminitltet â l'inllant 
au nulads , #^ «n arajt Bribin* 



LES OISEAUX 
SE CHOISISSANT UN ROI, 



J-Jes Oireauz ayanc perda leur Roi, 
l'étaient afTcmbUs àafis tut gtaad bois 
pour lui donner un fuccelTeur. Tous le 
trouvèrent à la Dicne , excité le Cou- 
cou. On l'entendii chanter à quelque 
éiftance Jc-là ; fà voix fônc te fonoïc 
fîrappa tout le monde; on crut 4u'un Oi- 
iéau qui annonçait tant de vigueur , était 
£iit pour gouverner un grand empire , & 
en cooléquenee il fut ua^nîmemeni éln 
Hoi. 

' Cq»endant , avant de lui jurer oWif- 
fânce , on voulue connaître plus particu- 
lièrement ce qu'il était : Se l'on dépécha 
vas lui , pour s'en ailurer , k Méfange , 
renommée entre tous les volatiles ponr 
Être fage fl: prudente. Celle-ci alla Ce per-i 
cher Cm j'arbrc oii il était : elle vola , 
VMXM aotoui de loi, l'caoùna bicnj 



F A B -L E s. J9I 

2e 'fiit d'abord choquée de l'air niais Se 
ignoble qu'elle lui trouva. Ce n'eft pa» 
tout. DoQs le dclTeln de l'^içuver & de 
pouvoir l'appréder plus poridvemcnt.ello 
fe place au-deflus de fa tête , & ;laUr6 
tomber fur lui £bn ordure. Le Coucou , 
(ans en itre"ptûs ému, k cootcmc de 
fécpuei Ces plumes. 

Alors la M^fange s'en recoume , te va 
rtcontct i l'aflunblée ce qu'elle a ait. 
•< Ce Roi4à n'eft pas ce qu'il nous Jàut; 
M dit-elle ; car s'il n'a pas. o(! fe venger 
~ de moi qni fois fàtble Se petite , quo 
■i ftra-tU donc, quand un autre plu* 
w fort que lui l'înfultera t Noos arooj 
» bcfbb d'un chef robuftc Se courageux , 
•> qui foie en état de &iie trembler tout 
B fes fufets ,' & de n'en redouter aucun. 
En parUin .al[£ , elle )«tnr les yeux fur 
l'Aigle , Se admira la fiuce qu'annonçait 
cet Oifeau , Ùt haute «ûllc & Ton regard 
fier. « Voici , ajouta-Ftilc , le Maître qui 
*» nous convient. Il porte des armes ibt- 
» midables , il làlt rupporter long-temi 
■• la fôif te U faim , il ne craint pomc 
» In combats i 8c nous pomons èax aE- 

.. C,oogk\ 



ÎJ9i F A B 1 E s. ' 

•• (mis à'XTUKx qu'il ne raloiuen point 

• de ptmit l'injuHicc,^ 

On crnt h MéCange ; on choîfit l'Aigle 
pour Roi , & depuis ce icms il c'a point 
eclI2 de rêcic. 



Ptiâ eornnt ^fiyt cvne etm FMtî 

XxsC^exax étaient afTeml)!^ pour cboï* 
fir DO RoL Le Pân deaaada. la coutooik, 
ptécendaitE qu'elle était due à là buncÀ 
Déjà on pcocbait à la lui afcQidcb, lorf- 
que le Geai s'y c^ipla. Si pendant eoa 
règne , nons fbmincs uuijués » lui dit-il, 
giÙDOUS défe n d r ai - 



„.,....,-.,C.oogk 



LE PRÊTRE ET.-LE LOUP, 



!_/ M Prftre avait un Loup privé , au- 
qticl il voulut apprendre à lire. Ça, dit- v 
il , en lui montrant un alphat^t ^ regarde 
bien ced , & r^ete âpiès tnoi : jt. Le 
Loup, au lieu de répéter la lettre, le mîc 
à crier 5/. En vain Je Prêtre Te tuait 
■àe lui crier j4, il en revenait tonjourï 
i prononcer le cri âa mouton. Oh! je 
vois bien St pr£fetit » s'écria le Maître, 
que ce qa'on a dans le cccui, on l'a 
toujours fur les lèvres* 






DU PRUD'HOMME 

QUI VIT SA FEHHE AVEC UN AMANT. 



u» 



/ N Villaio , homme fort £mple, fiu 
^ronoé un jogt , en renciint- chez loi , 
de trouver la ciumbrç fermée. Il icguda 
pat le trou de la licrnitc , & vie fur le 
lit m ixnnme coqcbé avec Ci femme, 
L'innocent fc retire auHÎ-stôtj mais bien 
réfolu cependant de &ire tapage, loifi 
qu'elle fêtait feule. Il revient le fotr daoï 
ce delTcin : la Daine qui Je voit tentrei 
de fan mauvaifc humeur, lui demande 
ce qu'il a. Alors il commence la que- 
relle. * Voilà toujoun de tes lubies on 
B dinaires , T^nd-«IIe ; fie il n'y a pu 
■«moyen de te guérir. Imbécille*. eft-ce 
» que m ne fais pas qu'il y a dans 11 
» chambre un cuvier plein d'eau; Tiens , 
r> regarde ». 

En parlant aiii£ , elle le iqene au cuviet; 



„.,....,-.,C.oogk 



Fables. j9f 

8c penilint qu'il y regarde , elle lui pnSk 
un bras autpur du cou. Effoaivemenc il 
v(Mt dans l'eau ik propre image , collée 
k celle de û femme dans l'acdtudc 
que je viens de vous dépeiodre. « £h 
u bien , lui dit-c[le , voilà ce que m as 
»vu tantôt i c'était toi Se moi, 6c cc- 
» pendant voilà pourquoi tu te fôches ", 
Il convint qu'il avait ton, & promit 
de ne pitis januis croire ce qu'il veirait. 



19* F A frt ES.' 

DU RENARD ET DU COQ. 



\J N C09 chaocait fui Coa fumier. Près 
de I4 éaÏL un Raurd qui le guettait^ 
nuis il n'était pas sàCé au lotion d'ap- 
pK>cIicr de lui Ù13? l'cSutyacbtx , 8e ce- 
pendant c"cft ce «lont l'iiipocnce vînc à 
bout par une nife. " Site , lui dit-il , je 
„ ne puis lifif^davant^ à l'envie de 
a, vpus téiaoigà^ ' comb^ca tous m'aycE 
„ donn^ ici de phiQi. Il y a Jong~[ems 
„ que je jens tt-garde , & je vpus trouTC , 
„ il 6mj£^ convenir , le plus parfeii des 
„ auimaui ,que j'ois jamais connus. Mais 
„ ce qui me plaît covofis fut-Cout, c'eft 
„ votre voix. De ma vie je n'en ai encore 
„ entendu UDC pareille , excepté peut-ftre 
„ celle de votre pcre : il cft vrai pour- 
„ tant que lui il chantait les yeux fet- 
„ mes. Je Tuis capable de le £tire comme 
„ mon père „ , répondit le Coq ; & à 
J'i:ilt»nc, kimaat les yeux, U bat des 



F A B l E s. ^97 

«Iles poiu chanter ; nuis à l'infUot aoJli 
H cft faifi Si enlevé par le Renard. 

Heuîeufemcnt pour lui , des Bergers 
qui écaienc là à peu de diftaace , virent 
le Voleur cinporter là proie, lis lâchèrent 
leurs chiens après lui. Le Coq alors uCànc 
d'adrede à l'on, tour, die au Ravilîeurt 
criez-leur que je fuis de vos amis , ils 
Toas laîflèronr aller. Le Renard le croie , 
il ouvre la bouche pour parler ; mais il 
lâche ainlî l'Oifeau , qui aulll^côr vole fur 
Un arbre & fe moque de lui. Maudic foie 
celui qui parle , lorfqu'il devrait fe raire , 
dit-il.' Maudit foit , ajouta le Coq , celui 
qui ferme les yeux , lorfqu'il devsûc 
TCÎIlci. 



}*fi f J^ » i s i. 

LE RENARD ET L'OURSE. 



Uk, 



H vieux Renaud ^it dcrcnu amoif 
leax d'une jumc Ourfè , fà voUînc. No» 
conrenc de lui faire des ptopofitions fott 
nulbonnftes , il s'imancipa nn ionr au 
point qu'elle fe mit en colère , & qu'elle 
Je pourfuivit pour le pnnir. C'eft à quoi 
le drôle s'anendair. £n courant devaU 
clic , il la fit tomber dans on piège qu'il 
avait tendu, & où elle fc trouva telle- 
ment empêtrée , qu'il accomplit tous fe 
«tofirs , fans qu'elle pût en aucune iàfon 
l'en empêcher. Quand il fc fut fatls&ii, 
il la quitu, & ajouta d'un ait ironique: 
x II n'a tenu qu'à vous, la belle, que 
„ je vous fulTe quelque gté de ce qui 
„ vient de m'ariivcr ; mais grâce à voue 
„ humeur gentille , je n'en ai pas moins 
,, tout obtenu , fie ne votts en at nulle 



Combien de gens a qui pareille avcit- 
cure eft arrivée, &: qui, fans être Re- 
nard» , oDt pu dire la même ckofc. 






lE RENARD ET LE PIGEON. 



** i OOjiQUOi te riens-fu aîniï 2 l'é- 
„an, iJifàic un R(i^rd k certain Pi- 
ggeoQ qu'il voyait pciché fut un toit Det 
a, ctads , viens pics de moi Tarn d^ance. 
B, £b quoi ! ne (ais-ta donc pas l'orion- 
,, nanCc qui vient d'être publiée! La paix 
,,' «ft faite entte les quadrupèdes S: les oi- 
„ &3tai; les deux Monarques l'ont lignée 
a, muticUement ; 8c, Tous les peines let 
„ plus graves , ils ont défendu toute boC- 
« tilité entre leurs Sujets. J'ai lu mpi- 
„ même l'édit; Pigeons & Renards peuvcot 
t, déformais jouei enfemble en toute fà~ 
H reié. Viens donc , oc te £iis pas ' 
^ attendre. J'y irais, répondit la Colombe , 
„ mais dis-moi auparavant ce que nous 
*, veulent ces deux Ctaffeuts que je vois 
„ là-bâs avec leurs chiens 3 •*- Sont-âs bien 
„ éloignés î — Non , ils accourent vers 
n nous au galop , & biuuôt ils nous au- ' 



«^ Fables; , 

„ ront joints. — Adieu , nous nont tc- 
„ verconj une aucrc fois ; je crains que 
„ les hommes n'aient publié de tcut 
„ côté une ordonnance contraire à I» 
„ nôtre ,r 






DU VILLAIN ET DU FOLET. 



Mr tttDAUT plu£eurs jonts on VUldn 
avait ité occupé à guetter un Folet qiù- 
depuis quelque tems' rodait dans fa mai- 
ion. En&i il l'arrrappai & le Génie fiiE 
obligé de compoCer «ve lui pour ravoir 
là libetté. Forme trois fouhaits, dit- 
il «u Manant, )e les accomplirai. A ces 
conditions on le lâche. Le Villageois 
rentre chei lui , bien content , pour Ta- 
conter Ton aventure à fa femme i Bc dans 
la joie oii il cft , il permet mcmc à celle- 
ci de former feule uo des trois vœux. 

Une remaine entière Te palTa , fans qu'ils 
puflcnt fe décider fur ce qu'ils deman- 
deraienr. Le Dimanche enfin , comme ils 
avaient à dîner un morceau de mouton , 
il fe trouva un os dont la femme voulut 
avoir la moelle. N'en pouvant venir à bout, 
elle fouhaita à fon mari un bec de bé' 
taSc , afin qu'il pût la lui tirer, A peine 



LH^L- 



4DI Fables.' 

«-mUc Eût Ton Tccu qu'il efl iccomp]!. 
Jugn après «U de la coIkc du îfirc. 
Iteiit le venger , il ibuhaice de fcn côc6 
il la ièmme , qu'elle ait la tête du même 
oirsau. Autre métanutiphofc , Se tioiivelle 
plainte pat confisquent. La querelle duai, 
àe part Se d'autre , le irefle du jour. Enfia 
le Coïr, il âtlut bien pourtant £ùte la 
paix avant de Te mettre au lit.' Le Villaia 
^manda que Ta ièmme & loi fullau li; 
ttbïis dans leur premier état, Il l'obtînt 
à l'inllant: mais ce (îit là auilî tout le 
feiic qu'il mira de Ces. trois tccuz, , 




LE VILLAIN ET SES BCEUFS. 



D. 



; Bœufs repofaîenr Sc tuminaienc 
tranquillement dans leur Stable , tandis 
que kur Maîcre navaillait à en ôcei le 
fumier. Au Heu de profiter en paix du 
repos qu'il leur accordaic , les focs ani- 
inauz s'aviferent de lui faite' des repro- 
■ches Tut tout l'argent qu'ils lui avaient 
gagné jurques-Jà par leur travaiL •! Oh , 
N oh ! dit le VîUain en coîere , je fuis 
u nu foi bien bon de me donner tant 
» de peine. Ça , me» amis , dites-moi 
•> un peu , qui de vous ou de moi a 
» fait toat ce fumier î C'cft nous , r^oo- 
n dirent-ils. — EK bien , puifque vous 
•» l'avez fait & que je vous nourris , vous 
*> aurez la boDt£ de l'ôter , s'il vous 
" pUic » : Se aufli-tôt il lu fit travailler. 



4fH F A B t s ^. 

. DU VUXAIN ET DE SON CHEVAL. 



U. 



/N Vi!!ain qui voyageait !c Dinun' 
che, voulut en louce entendre la Meïïc. 
Il entra pour cela dans une Églifc & 
lailTa fon dieval à la porte. Pendant 
tout le tems que dura le Saciîficc , il 
pria Dieu de lui donner un autre cbc 
val , parce que le fien ne valiic tien > 
mds quand il fordt, il s'apperçut qu'on 
le lui ayait voM. Alors il rentra pouc 
demander à Dieu de le lui rendre, 
parce que jamus il utn avait eu un & 
bon. 



LE VtLLAIN ET LE DRAGON. 



u„ 



J N Dragon <)ai habitait une crcvadc 
de rocher ^vaic fait 'connaifTance avec un 
Paylân du voilînagc. « Sois mon ami , 
w lui avait-il <îit ; je puis te rendre bien- 
» tôt riche , & ne te demande pour cela 
» que de m'apporter ici du lait deui fois 
» par jour :- mais fonge auni à qi'ccre 
» lîdclc ; car s'il t'arrive jamais de me 
» trahir , je t'avertis d'avance que tu f en 
» repentiras long-tems. 

Dès le lendemain cfFedivement le Villaia 
porta du lait à l'animal , & il en reçut en 
tccompeafc ane pièce d'or. De retour chez 
lui , il raconta Ton aventure à fâ feitime . 
& lui montra ce qu'il venait de recevoir. 
A la vue de cet or , l'imagination de 
tcpoufe s'enflamme ; elle fuppofe que le 
Dragon a en fa polTcinon un ttéforim- 
xienfe, & confcille à fon mari de le 
tuer , afin de s'emparer de tout \ la fois. 
2ï 



'4oé Fables. 

I^ mari fc laUTc tenter. Il prend une 
hache. Ce rend le foir au rocher avec 
du laie : puis lotfqu'il vint le Dragon oc- 
cupa à boire, il levé là hache pour le 
coiqiec co deux 3 mus fa préapitanou 
eft telle que fim coup , mal-aflené , porte 
iîir Le rocher , & que le Mooftre (c rer 
tire lâns hlefTatc 

Celui-ci ne arda pas à fe venger. Des 
h nuit xn&ne , le . fils du traJue , fes 
chevaux. Ces bcrufs) fes moutons, tout 
fut étranglé. Jugez quelle déiôlaiion, 
quand notre homme Ce réveilla. Il s'en 
prit à celle dont le confeil perfide lu[ 
«vaic attiré tous ces déûtfbesj & la 
femme , qui en craignait d^uties encore-» 
confciUa alors d'employer les exculcs le 
d'aller demander grâce au Dragon, le 
Vilkin s'en va donc de iionveau , avec 
du lait , Te préTenter à la crcvaflc. lÀ il 
fe ictte- à genoux , Bt d'un air humble 
fupplie l'animal d'accepter Coo préfent. 

■ Sans doute c'eA'dii poifdn que tu m'^ 

■ portes-là , répond l'autre î N'ayant pu 
» réullir hier avec la hache , tu crois un 
* breuvage plut sûr appaïasmcnt : Ke- 

.. Cooyk- 



Fables. 407 

B roumc chez toi , & u'approchc junaît 
» d'ici. La feule grâce que je peui t'ac 
» corder eft de ne pas venger ton crime 
•> fur toi-même. Mais c'en eft fait pour 
» toujours entre nous deux. Tant que m 
•> fimgciis à ton fils , ni dois me haïr ; 
» Se je te craindrai moi, tant que je 
» verrai fur ce rocher rempreinic de u 
■ traiiilàn». 



Data Efofc > e'ifl U Serptnc gui eft cea- 
pabU, U lut U fiit d'un Lahoartur. Le Payfaa. 
jiû f<mr U tutr , tr il itmnjut fin coup, Qutl- 
juc tenu aprèi U ra«iime me du pain , iaas 
ftfitrance çui fia cnntrni aura tout onMié, Ce 
dernier lui répond eommt ci-ieSia qu'il aa 
peut pluj y itroir J'amitii ni de cm^arue eatrt 
tua deia. 



^ 



Z« 

.. Cooyk- 



4oS F A s 1 z s. 

ru VnXAlN ET DE L-ESCARBOT. 



u„ 



'' N Payfân Te {bulageait de cenaiii 
befoin dans Coa verger. Un LCcubm , 
pioSun de l'occalion , fc gli0ï dam lu 
iateftiiis du Sire ) vous devinez pu du. 
Notre hommo IbufFrit beaucoup , il ne 
dormit plus , le ventre lui enfla i eniîii 
comme il ignorait t'origiae du mal , Ton 
îtiquiémile fut telle qu'il alla conlùltct 
un M^edn, L'Elculapc qui était tout 
auflî ignorant que lui , mais d'une antre 
manière , dddata que c'étaient lignes de 
SroircfTe. A linflant la nouvelle s'en ré- 
pand à la ronde. Le peuple , toujours foc 
& fuperftiticui , publie que ce prodige 
cft l'annonce d'un grand malheur. On at- 
tend , en tremblant , le moment des coU' 
chcs. On- va mfmê jufqu'à garder jour 
& nuit l'homme & l'en&nr. 

Un beau matin rECcatbot fôrtit pat 
od il était entrée & l'on ne parla pluï 
de la grolTeire que pour en nie. 



Cilte Fablt fereàt n'itrt jii'unt pareUl p§J 
li£eant de la Momsgne qui eahatt use Soa- 
râ. On rtgardtraa aujoarCkai cotamt it ma** 
Paît ton, du ptaijenccries partUles ; b l'on 
Airait raifitt : mais le goût était maint d^licur , 
it'y a cinqjîtclti. Je n'ai traduit celle-ci^ 
farce qu'elle tourne, ta ridinde Vigaortnce du 
ftufle tf fa Jugerfiitian. Il femile pi'on ne 
dtvah pas aattiirt laM de pkilofophie if la 
ftmme gai noKt a donné h Pucgacoire d« S. 



DU YILLAIN ET DE L'HERHIT& 



«I'ai eatendu parler ^'un ViUam qrf 
tioumùt fbir mauvais que Dieu nous eût 
dajun^ pour une pomme. Dans l'on voi- 
fioage liabicait un bon Hermite qu'ilal- 
lait vole fouveat. Le faîne lionunc lui 
parlait toujours des chofcs divines ; mais 
le Manant en tevenaic ùas cefTc à dire 
qu'afliirémcni Adam n'avait pas péché 
comme on le dilàit ; qu'une pomme n'eit 
pas un raoïccau alTez fiiand pour aire 
d^fobéir aux ordres optes de Dieu , 
& que quant k lia, s'il s'était ttouré 
. dans te Paradis tert«(tre , le Serpent à 
coup sûr n'eût pu le tenter avec pareille 
amorce. 

Toutes ces objeélk«s cnouyereat I'Her<- 
mite. Il rélblut de les faire finir ; & du 
jour qu'il 2ttendai[ le Villain , il cacha 
fous une jatte une fouris qu'il avait prifc : 
puis . quand celiû-^ Bu arrivé > il If 



Fables. 4r'ï 

^irita pour un moment Cons prétexte 
d'aller à l'Eglifc , & lui recommanda fui 
toutes chofes de ne point toucher à la 
jatte. C'en Jcait alTez de cette dëfeure 
pour exciter la curiofité du Villageois. Il 
foupçonna à tout ccd du mifterc , leva 
la jatte , & vie une foutis qui s'ichappa. 
I^ Reclus à fon retdut le gronda bcau> 
coup. « C'eft votre faute , répondit le 
■■ Villaio : il ne iàllait pas me rendre «!• 
** rieitt. Si TOUS ne m'aviez rien ii£ea~ 
*> du , • je n'aurais toncké à rien.. Eh, 
«bien, répartît l'Hcrmite , puifquc m 
■ m'as' déTobéi làns qu'il en réfultâi 
" pour toi aucun plai£r , con^is-tu nuio- 
lû tenant comment Adam a pu défobéti 
» à Dieu pour celai de m^ngec un* 
» pomme ») 



4- 



LE VILLAIN ET LE LOUP. 



SJis Chiens chaflaicnt un lMup.Jl& 
trouva arrêté dans là courfe par uce rt- 
vîere brge & rapide ; mais heiircufcraent 
pour lui il y avait-li un bâceau , & il 
pria le maîcrc de le palTer de l'autre 
.côté. « Que me donncr«s-m pour mt 
B peine , demanda le Batelier î — Je a: 
»puis. Sire, yous payer en argent, 
•» parce que je n'en ai pas î mais je vous 
« dirai , fi vous le voijex , trois raaïi- 
»• mes admirables , vraiment dignes d'ém 
» écrites en lettres d'or. Et d'abord poW 
» vous prouver que mon încenaoa n'eft 
B pas de tromper , voici la première: 
H Fais toujours le bien , fans t'inqaiiur 
1» de ce qui en arrivera ". 

La marime ayant fait impredton for 
le Batelier , il refut le Loup dans là na- 
celle. Quand on fut au milieu de la li- 
viere, notxe paUager ouvrit une fecwuit 



Fabien 41; 

jôis h bouche, fie dît: Si un trompeur 

te promit quelque ckofe , crains toujours 
d'hre dupe. Enfin , iorfqu'il fui uriré à 
bord, il s'élança hors du bateau , & en 
s'cnfùyant , ajouta : Regarde toujours 
comme perdu te que tu auras fait pour 
un méchant. 



Ket LeSeari fe rappellrfom sSremtnt it»iwV 
lu iatii lei FabHsus un Coi^e , inciufc'IrLai 
Je eOifelec , donc U fuite ejl U mcm: que celui 
il caa FaiU. Un Oifenu . p'ù dam Us filet* 
iTim Payfan, promit pour fa rançon rroit 
maximli Tntrpeilteufii ; &* cci maximet, ju'd 
Ht lorpju'il tfl Uçhi, fom.cammt ici, Kocts 
irùii dMfiirii. 

Marie de France m fifie a mh en Fablt 
mffl ce Conte ie fOifeUti l^ je Joupfaitite 
fM« ce n'tfi pat U feul. Le Villain & l'Ef- 
Miboi, qu'on a lu ci-de£us , U Prud'homm* 
.qui vit f4 femme avec un Anuni, k Miilecm 
ÎC la Fille enceinte, me partirent vifiblement 
Îm FaSKiiu» donc etlt l'ifi imparte, peut-étra 
même efi-ce d'a/rèi cet enempU que Its Co-i 
fifiet prf dtas le temt ont fait dti rtcueilt 
ie fet Ftblti , y om infhi , conunc j< l'ai dit 



.xyk- 



tT4 V A -B l t «. 

êitUurt, fh^iuri Conttt. QuoîjuVI tn^fok', 
wnci lit trois max'unti par UfjutUrt tlU ttr- 
mîae fi FMt de fOiCcla & du VilliÎM. 

K« croii paf tout ce qD'enlsniJni î 
eirde bien ce qiM tu onrui 
* Quel- Fu pcomelc > DC le penb pu; 

,ue pco- 

au'oate CoTTimt Ncrit t'était pirmli it rntttre en 
£ac. FubUi certains Comit , m t'ejl ftrmls aaj^ 
dans la fiiti il( mettre en Contfi pelfuu- 
tattt de fis Fables. C'tjl et jui tfi orrai 
fpéci,Utment d ctlle du VilUin & Aa Loup. 
Voici comme on la trouve imitée dans le Pog- 

ce Un fmnrrt B»telier ^i n'arak riea gagné 

11 fort trifie ckei lui. Toui-d-eoup un ktmma 
n l'jppd/E pour paffer Veau. Le . »oili fin 
» content i mais guonJ il s'agit i'iere payé, 
» on lui diclare ^on n'a pas luia maille , (f 
» DR lai ofre en dciommagemeat un eonfiil, 
» ^i, iit-on, lui rtaiira beaucoup. Il a beau 
n dire jue fi fimmt & fis enfant ne rirenf- 
v> pas de conftili : faute de mieiui , il efi 
n obligé de s'en caluenttrt II demande doot 
» ^el rfi ce coafiil capable de l'enricbir. Lt 
u vtici, rifooi le pifagtr i «« pffft /«dmi 

„,,„.., X.ooyk- 



P A B L E 5. 4TJ 

M perfimu ju*™ oe t'ait pay^ faimte u, 

_ Ce Conte Te nouTC ife même diiu IS 
j Cinji-enna;,;». 17iacp. 44,. 

I Dme la Giieciere dt MonK , p. i$4. 
J Diiu le Courier Fseltitoa , p. ij. 

\ Dint le FtKiliaut Rireilh-maàa , p 

^ Et diiw lepBjîi-wnipD<fe*Curiqff,p. ji; 
■ ^ te Tr^or rf« Ricréaliont , p. i j t. 
\ Le Famam Jrlorct p. ijo. 
J 1« Cuntw de D^irritri , T. î , p. »i»: 
J El les faettut Frt/ctiini t l'anuigen» 
t^difictemmsnt. 

Sriwi cHUKf, c't^ un Pélerîn qtd n'ayant 
fti di gitei payer l'^uhrrpfle chti Ugutl il a 
logé , effi-e de le fatiiffire en ckanfans. u Je 

II n'ai pas btfiin de chaînons, dit VHéttlitr , 
n il me fait dt Vargt», — Jlfiij fi enfin je 
» parviini d roui rendre cineeat par es 
n tnvftnrii . de gwoi taai ploinJref-vouj n i 
£[ olori iTiDn homme de cbanrtr ttna ee ^it 
forait de ehanfont , fini qu'il pSi ctfeaiane 
r/ujjîr d conteutr. En^n îl en dit wte , d«nt 
le rejrein Aaie. mcuei la main i U poche , 
«c gtyn Vb&x», Ok l puir ccUe^i ejuvt, j 



4I(J F A B £ E 5. 

fafft. Ht l'Âulergifit ta faarîmt. Eh tiin. 
pàfpie cilteei »oiu a Jttisfait , répli^ U 
fileria , aaui toilà qiàau ; mlicu. 
. Cem Fablt tfi la ftalt de leqatll! fai cki 
5B(/îuM imuazioai. Il m'iit àé facile it fiiri 
la mfine chofe four U plui grand aambre ia 
précédentes. Mail (ts fujtti n'étant peint II 
plupart de l'infeneian de Marie , & par caa- 
Jcquent ne anani point d l'heaneur de la Fraïut 

t/regù d Us renadiqaer fir caix £») /liv- 
raient Us aroir piUù. 



DU V I L L A I N 

QUI DONNA SES BCEUFS AU LOUP. 



i i c s Boeufs d'un ViUaîn avaient fï inx{ 
travaillé , ils Tavaienr tant fait jurer , 
qu'enfin «{ans Ton îinpatieace il fôuhaita 
qu'ils iUlTent mangés du Loup. Or vous 
fàurez que là tout auprès était un Loup 
qui entendit le fbuliait du ViUaîn , & 
qui vint auilïtôt fe préfenter à lui pour 
ftvoir les Bœufi. Celui-ci de les refiifer, 
comme vous l'imaginez bien i l'autre 
d'inlifter : là-deflas grande difpute. Un 
Renard pafTe çar-là ; on le choific pour 
atbittc. 

Le nouveau Juge commence d'abord 
par faire jurer aux deux parties qu'elles 
s'en r^iportcront à fan jugement , quel 
qu'il foit. Quand leur ferment eft &it , 
il tire le ViUaîn à l'éean , Se lui dit à' 
I\>idllc ; *' Écoute , i'iUoi , ÏI ne tient 



^iS F A 9 L E s. 

„ qu'à moi dans ce moment-ci Ae tO- 
H ruiner pour jamais > fl je reux. Mais 
„ je ne fuis pas méchant , Se m vas en 
„ voir la prcnve. Vem-m me promcrtre 
„ une poule gialTe pour moi , avec une 
„ oie pour ma femme 3 Je te promets » 
„ en retour , noit-lêulcmeDt de prononcer 
„ en t;i faTcm , mais encore de ta livrci 
„ vivant le Loajf ton ennemi ,„ 

Les conditions ayint été acceptées , il 
va de même parler fccrectemenc au Loi^ 
B Coulîn , lui dit-il , tu ûis bien , entra 
„ nous , que tu n'as aucun droit fur ki 
„ E<eals de ce Manant. Je viens de le 
f, Termonei néanmoins ; Si i force de le* 
„ préreniadons j'ai obtenu de lui , pouf 
„ dédommagement , un beau & granj 
„ fromage qu'il dcflinait au Bâton fbn 
,. Seigneur. Si tu veux en. goûter, futi-- 
f, moi, je fais ou il Ta mis „. 

En parlant aîn£ , il le conduit vert m 
puits voiiln , & lui montre l'image de la 
pleine lune qui fe peignait dans l'eau; 
car déjà b nuit était commencée. " Lo 
„ voilà , dii-il , ce fromage délicieux que 
(ji'iù enfin extorqué; voilà la cave oA 






P A B L e s. 4lf ' 

M fth le gardait. Allons , defccns „. 

te Loup , défiant & foupçonneux , n'ofa 
point s'y lifqucr j l'autre , qui ne pou- 
vait l'attitet dant lé piège qu'en lui inf- 
pitant par foa exemple une certaine con- 
Jîance , Ce met dans un des Tce^ux , & , 
loifqu'il eft activé à l'eau , il y en&nce 
ia tête , comme s'il voulait tout manger 
à lui léul. " Appone-m'en donc im mo'-. 
„ ceau , lui crie le Loup. — Je ne le 
„ pui», mon ami ; il eft tro^ lourd } ii 
f, faut que tu viennes toi-même „> 

Sire Loup a tant de peut d'arriver trop 
tard , qu'il fe précipite dans le ' fceiu 
vide. Plus lourd que le Renard , il l'en- 
levé & dcfccnd à là place. Celui-ci , en 
paflant , le félicite fur ù bonne fortune. 
« Je délire que . le firomage Toit à ton 
„ goût , lui dit-il } mais n'en mange pas 
„ trop cependant : car je vus aveitir le 
„ ViÛain , 8t je fuis petfnadé que tu^ 
„ auras de l\à quelque autre dwfe ^ 






LE VIILAIN ET LE SERPENT. 



u» 



} N Villaîn s'éiMt IW d'amirié a*ec un 
Serpent , & il lui tenonvellait chaque 

Kiu fcsproteftadons d'acachcmenT, La mi- 
jne bétc voulut s'en aflurer. Elle alWgua 
un voyage, & avant de partie donna au 
Villageois un œuf, qu'elle lui rccom- 
manda de garder bien eiaâement. Tact 
de foins 6c de prjdileâions pour un craf 
le furprireni : il en demanda la tairos. i 
*' C'eft qu'à cet Œufefl: attachée lacon- 
„ fcrvation de mes jours , répondit le 
„ Serpent ; à l'inftanc même qu'il fe caf- 
„ fera , je dois mourir „. En puknc 
aiolï , l'animal dit adieu à fon com- 
pagnon , Se feignit de s'éloigner ; mais 
fon difcours avait échaiitFé la cerrclle do 
Manant. Celui-ci Ce crut poflcfleur dt 
la vie du reptile , & il s'imagina que , 
s'il le faiTait périr, il s'emparerait ne 
tous fes tréfors. Dans ce deflêin il jeite 
l'auf 
i 



Fables. ^it 

l'œuf par terre ; mais à peine l'a - 1 - il 
cuffé y que le Serpent , retournant fur 
lui en colère , lui rqiroclie Ta perfidie, 
& le quitte pour jamais. 

Ne confiez jamds ni votre honneur à 
■a traître, ni votre iréfor à un avatc. 



'4^1 F A B L B E. 

DES DEUX VÏLLAINS. 



X ou s les jouts un Viltain allait à l'É- 
glife prier Dieu qu'il le benî: , lui , fa 
famne & Tes cn&as ; mais ml autre 
avec eux. Un jour qu'il fâifâit fa priera 
fort haut , un autre Villain qui était au- 
ptès àe lui l'entendit; & celui-ci ajouta: 
•■ Moa bon Dieu , maudilTcz cet hom'- 
,,'inej maudi/Tez fa femnle Se Ces en' 
„ fans , St aiû autre qu'eux „ 



LE VOLEUR ET l£S MOUTONS. 



^wy» avait mis an pSnirage on nora- 
btew troiqteau de Mourons ; 8C comme 
f endixHC était fënné , oa oc leur avait 
iotmé aucun gaidieo. Vjt Volcat s^ 
«ppciçut t fc t>":tfia ^ cette récutii^ 
pour en <lérobcr un. Le lendemain il 
vint en enlever un fécond ) le rut-4endc-^ 
main deux ou trois; & pendant lon^ 
tenu il £t ainll lous les îoius. Les Moa-> 
tons voulurent d'abord en avertir leur 
maître; nwus choqués de l'indiOtErence 
m4"'t(^^ 'vcc laquelle il fcmbUît les 
avoir abandonnés , ils le piquèrent cen- 
tre lui; H pour le punir, le lailTcrcni 
enlever les uns ^rcs les antres , uns 
fooCet le iQDindre cri. Le Voleur ce- 
pendant rninc tant de fois au butin, 

qu'enfin il ne refta plus qu'un agneau. 

Qoaod ««Iiii-<i vit que Em tour éia? 
A4» 



.xyk- 



J^14 F A B t E s, 

venu , il cnc peur , Se alla Ce pbindre 
xa maître. Nous avons pris un fot parti , 
lui dil-il; mais n'en foycz point éton- 
sés , Dous àions un grand nombi^ 



Fia du quturleitu P'olumt^ 






TABLE 

DES FABLIAUX; 

Et autres Pièces contenues dans « 

Volume. 

Du pauvre Clerc, - p*S- * 

Auberie , ii 

Âmmelot, *7 

Xai d'Idoine i 1» 

Lai d'Ifi^eau, )i 

Laide Biacrix ^ )} 

Argentine. l& 

La Chatelaiite de S. Gilles , »! 

Marian , ' AS 

La Châtelaine de Vergy , 43 

Le Bourgeois d'Mbeville , 74 
Du Chevalier qui confijfa fa femme , sa' 

Dit Prêtre qui dit la Paffion, loi 

Lai du BuiJ/bn d^ipine , i*j 

Lai de Gugemer , lîo 

X?« Maimon , 11? 

Xd Malehonte, m 

jLui du Prifonnier , 11* 

ta re0e du Cari, J46 



TABLE; 

'De la maïaïaîft femme , \^% 
Des irtKf Fvtmtf gui trouvfrott. tut an* 

neau , %6f 

la VitiUe, Hr 

AloiU , 17a 

Les deux Ckangeurst m 

Boivfn de Provins , lEk) 

U Vdlain de BailUat^ ijt 

i^i du Palefroi vair ,, 19; 

i« Villain dt Farbu ^ xi< 

De VHerktru, xî\ 
J}e la Dame gui attrap» an Prttre > un 

Prévét & m Fortfiier^ »tS 

Xtf trois Sq^&r , a>4t 

Efiourmit %jp 

Le Saerifiain dt Cùaù.^ %^t, 

La loagut N)dt t %S* 

i* Satrifiain , V)6. 

J}e la Boargeoifi £Orllant * rt? 

Ge la Dame & du.- Curi , a^ 

L% Prêtre & Mifm , xyy 

De la Grue , %^g 
Du Chevalier qui forfait Parler t joi 

De rJjuieau.^ yn 

De la DemoifiUt gut rtyaie , 30{ 
Cf la Fmmt j« fi fit. faigwt ioS 



TABLE. 

tx Pêcheur de Pûm-Jùr-Stîne , jût 
De ta Demaifelle qui ne pouvait, faas 
fe pâmer, eiaeadrt un crrtaîn jure- 

. ment, }ik 

JDeia Demoifilie quivoulait voler, \\6 

Fables par Marie de Fkance. 

.Avertijfemeni préliminaire , jii 

HAheiUe & la Mouche, })7 

U Aigle , r Autour & Us Pigeons , )4a 

L'Ane & le Chien , 341 

L'Arpenteur & fit Perche , (44 

L' Autour & le Hibou , J4{ 

La Biche , le Fàn & le Chafear, J47 

Lee Corbeaux i )4y 

Le SUreau if let Cockoru , jjl 

Le Bouc (i le, Cheval , 3^1 

J3u Chameau & de la Pucti )f) 

Le Chevalier & le Vieillard, ^$4 

Le Corbeau & le Loup, jf£ 

De l'Efcarbot , Îf7 

Im Guenon & tOurs ^ }f j, 

De la Grue , j<i 

L'Homme & les deux Cerfit jtff 

L'Homme , le Renard & le Serpent , 164, 

Le Lièvre fy le Defiin ,■ ]M